TROISIÈME PARTIE
truire un régime devenu rétrograde. Mais, quand il fallut construire, la crise centrale fit bientôt sentir que le nivellement exige la compression permanente des supériorités quelconques, tandis que le libre essor développe l'inégalité. Néanmoins , l'hétérogénéité propre au parti révolutionnaire y permet encore la coexistence des deux écoles, dont l'opposition reste implicite, comme pendant les cinq siècles antérieurs, sous la prépondérance des conservateurs, équivalente à la résistance des rétrogrades. Or, la saine politique doit aujourd'hui manifester et développer cette distinction, en accueillant les vrais libéraux et repoussant les purs niveleurs ; car les premiers ne deviennent anarchiques que quand ils prennent le moyen pour le but, tandis que les seconds sont toujours indisciplinables. Telle est l'épuration systématique qui peut seule permettre au parti révolutionnaire de concourir, à sa manière, autant que le parti rétrograde, à l'installation de la transition organique, sous la commune présidence du parti conservateur.
Cette scission semble essentiellement équivalente à celle, ci-dessus motivée, entre les lettrés et les prolétaires, où résident maintenant les chefs et les membres de la démocratie occidentale. En effet, les premiers prêchent surtout l'égalité, tandis que les seconds préfèrent spontanément la liberté, suivant les tendances respectives vers la domination ou l'amélioration. Néanmoins, les lettrés aspirent à la liberté quand ils sont comprimés, et les prolétaires à l'égalité lorsqu'ils espèrent prévaloir. Quoique chacune des deux séparations doive être prise en considération habituelle, il faut toujours éviter de les confondre, et même il importe de subordonner l'une à l'autre. Les conservateurs doivent,
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par exception, autant accueillir les lettrés sincèrement libéraux que repousser les prolétaires vraiment niveleurs; parce que, contre leurs natures respectives, ceux-ci sont impropres à seconder une saine politique, tandis que ceux-là peuvent s'y rallier. Toutes les dignes aspirations à la liberté tendent à sortir de l'état purement révolutionnaire, en disposant à séparer les deux puissances, dont la conftfbion caractérise Panafchîè moderne. Au contraire, depuis que l'égalité ne peut plus être confondue avec la fraternité, la persistance à niveler indique toujours une infériorité, de cœur et d'esprit, qui rend incapable de seconder la régénération occidentale.
Il faut aussi comparer la distinction qui doit prévaloir envers les révolutionnaires au contraste des deux modes opposés que comporte l'anarchie moderne. Quoique ce camp ait toujours été rallié par une doctrine, ses dogmes n'ont jamais cessé de flotter entre deux aberrations contraires, l'individualisme et le communisme. L'état normal de la société demande que le concours se concilie toujours avec l'indépendance. Mais, dans la progression occidentale , cette conciliation ne put être dignement ébauchée que sous la dernière phase du moyen âge, suivant le mode propre au monothéisme défensif. Pendant tout le cours de la révolution moderne, les deux conditions de l'ordre divergèrent de plus en plus, et les besoins du progrès firent prévaloir l'indépendance sur le concours, inversement au caractère politique de l'antiquité. Depuis que la destination organique de la crise finale est devenue assez appréciable, l'instinct révolutionnaire pousse davantage au communisme qu'à l'individualisme, quoique ces deux