AVÈNEMENT DES VRAIS CONSERVATEURS
Destinée à terminer la révolution commencée, dans institution tout rOccident, auquatorzîème siècle, lacriscoùlaFrance <i*"ne doctrine se trouve plongée depuis 1789 n'a point encore acquis "'^^^^"^"^• un caractère décisif. Elle continue d'osciller entre la rétrogradation et l'anarchie, en laissant toujours redouter des orages sans solution. Le besoin de concilier radicalement l'ordre et le progrès est pourtant senti de plus en plus depuis soixante ans. Il a fait graduellement surgir, sous le nom de conservateui's, un parti nombreux et puissant , qui s'efforce sincèrement d'écarter à la fois les révolutionnaires et les rétrogrades. C'est là que réside i habituellement l'autorité politique, qui ne passe en d'autres mains qu'au moment des orages. Mais une telle pré-
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ÉfiaKniSM^
2 APPEL AUX CONSBRTATEURS.
pondérance reste essentiellement neutralisée par l'absence d'une doctrine appropriée à cette destination. Un parti qui semble devoir irrévocablement éteindre l'état révolutionnaire ne tend jusqu'ici qu'à le faire indéfiniment durer, en consacrant à la fois la rétrogradation théologique et l'anarchie mf^taphysique, afin de pouvoir toujours opposer l'une à l'autre.
La prolongation d'une crise qui s'aggrave de plus en plus ne résulte pas du défaut de volonté, ni même de puissance. Elle est surtout due, malgré l'altération croissante des sentiments, à l'interrègne intellectuel déterminé par l'entier épuisement du théologisme et l'impuissance organique de Tontologisme. Dès son début , l'explosion française fit également ressortir la caducité d'une religion incapable de prévenir ou d'arrêter un tel ébranlement et le danger d'une philosophie qui ne peut rien construire. Sous cette double démonstration, les deux opinions, dont la lutte remplit les cinq siècles de la révolution occidentale, sont également discréditées chez tous les esprits actifs. Néanmoins , jusqu'à l'installation d'une doctrine vraiment adaptée à la situation, l'empirisme se trouve forcé de rattacher l'ordre au type rétrograde et le progrès aux inspirations anatchiques, sans aucune conviction réelle. Ceux qui croient conduire ne peuvent obtenir ou conserver l'autorité que d'après une hypocrisie dégradante, où les inférieurs imposent leur état aux supérieurs. Voilà comment , depuis que le besoin de construire est devenu prépondérant, le scepticisme, qui ne convenait qu'au siècle de la démolition, constitue le principal obstacle à la véritable émancipation.
Non moins contraire à la sécurité qu'à la dignité, la situation contradictoire des hommes d'état les empêche
INTRODUCTIOIH. f
autant de retenir que de pousser. En temps ordinaire, ils emploient les croyances rétrogrades et les dogmes anarchiques à se neutraliser mutuellement, sans pouvoir nulle part trouver des principes de prévision ni de conduite. Ils ne peuvent éviter les déviations qu'en demeurant passifs, quoique la situation les force souvent d'agir. Toujours incapables de guider ou d'arrêter le public, ilâf se bornent à le seconder, soit quand les vices de la rétrogradation suscitent des secousses anarchiques , soit lorsque les désastres résultés de celles-ci disposent à rétrograder davantage. C'est ainsi que, faute de doctrine propre, les conservateurs actuels n'ont réellement concilié que les dangers du droit divin et ceux de la souveraineté populaire.
Ils ne peuvent changer cette attitude qu'en devenant sagement systématiques, d'après une théorie vraiment capable d'éclairer la pratique, afin d'instituer la réorganisation spirituelle qui seule terminera (a révolution occidentale. Mais une telle solution devait exclusivement émaner des philosophes, sans que les hommes d'État, tous uniquement préoccupés de con.sidérations matérielles, pussent aucunement la seconder. Elle exigeait que la raison moderne surmontât le plus universel et le plus profond des préjugés révolutionnaires, en osant concevoir, entre les deux puissances, une division fondamen* taie, destinée à combiner le programme du moyen âge avec celui de l'antiquité.
Pour, comporter une suffisante efficacité, cette construction devait embrasser l'ensemble de l'existence humaine, à la fois théorique, morale, et pratique. Le caractère, essentiellement intellectuel, de la révolution moderne obligeait d'abord à poser une base philosophi-
que, qui permît d'établir, par la démonstration, une foi non moins refusée aux abstractions métaphysiques qu'aux fictions théologiques. Mais la destination , éminemment sociale, du mouvement occidental exigeait ensuite que, sur ce fondement, surgît une synthèse vraiment universelle, aussi satisfaisante pour le sentiment et l'activité qu'envers l'intelligence.
Quoique la combinaison finale des conditions successives diit oH'rir de grandes difficultés, elle était spontanément conforme à la nature du principal efl'ort, consistant à pousser jusqu'au domaine humain l'extension continue de l'esprit positif.- 'Au milieu de la tempête française, ce complément de la science réelle se trouva dignement signalé sous la tentative, non moins admirable qu'avortée, où Condorcet entreprit de fonder la politique sur l'histoire. D'après cette impulsion, la solution fut irrévocablement abordée, en 1822, dans l'opuscule fondamental qui constata ma découverte décisive des lois sociologiques, interdite à mon éminent précurseur par ses lacunes scientifiques et ses préjugés révolutionnaires.
Ce début m'a permis d'accomplir, en une génération, d'abord la fondation philosophique, ensuite la construction religieuse, conformes à l'ensemble de ma mission. L'intime connexité des deux élaborations doit bientôt étendre à la seconde, achevée seulement l'an dernier, l'irrésistible sanction que les meilleurs esprits ont unanimement accordée, depuis treize ans, à la première. Il faut maintenant indiquer la nature et la marche de chacune d'elles, afin de mieux appliquer leur ensemble à former la doctrine qui convient aux conservateurs systématiques.
INTKODUCTIOK. 5
Je puis assez caractériser la première opération en la Fondation
y . , y , c 1 • philosophique»
représentant comme destinée a transformer la science réelle en une véritable philosophie, suivant le programme posé par Bacon et Descartes sous l'impulsion générale du mouvement moderne.
A travers l'anarchie mentale qui se développe, en Occident, depuis la fin du moyen âge, on aperçoit une issue nécessaire, d'après le contraste décisif entre l'ascendant graduel de l'esprit positifet l'extinction continue de l'esprit théologico -métaphysique. Cette opposition n'ofl're rien de f »rtuit^ puisque la décadence de l'ancienne philosophie résulte surtout de l'évolution de la nouvelle, sans laquelle la foi surnaturelle aurait toujours surmonté l'ontologie dissolvante. Pour instituer la solution indiquée par une telle situation, il fallait que la positivité, bornée jusqu'alors au terrain profane, s'emparât aussi du domaine sacré , qui semblait exclusivement appartenir aux théories déchues. Imposée parles besoins intellectuels, cette extension finale devenait également conforme aux exigences sociales, afin de guider l'activité régénératrice des populations avancées. Voilà comment surgit la conciliation nécessaire entre l'ordre et le progrès, la discipline intellectuelle reposant sur un perfectionnement théorique qui rendait spontanément impossible toute rétrogradation.
On ne pouvait solidement compléter l'esprit positif que d'après une saine appréciation de l'ensemble de ses acquisitions efl'ectives, en comparant chaque partie actuelle du domaine scientifique, soit à toutes les autres, soit à ses propres états antérieurs. Cette double comparaison comportait un essor décisif, quoique la positivité restât, comme dans l'ébauche grecque , restreinte au