‹ Appels aux dirigeantsChapitre 7 sur 22 · A UN PRETRE ORTHODOXE · texte numérisé non relu

A UN PRETRE ORTHODOXE

Cher Frère,

Votre lettre m'a fait un grand plaisir. Vous êtes le quatrième prêtre chez qui je rencontre un accord complet, non pas avec mes vues, mais avec l'essence de la doctrine du Christ, laquelle, dans sa véritable signignifîcation, est accessible même aux enfants, et ne peut faire naître de divergences. Et ce m'est une réelle joie.

Cependant une seule chose dans votre lettre m'a quelque peu troublé : c'est votre allusion à la métaphysique et à la théologie ecclésiastiques. Je crains que vous n'ayez une métaphysique à vous ou que vous n'adoptiez celle de l'Eglise, vous permettant ainsi, malgré vos idées, de demeurer prêtre.

De ce que vous êtes dans les ordres depuis dix ans, je conclus que vous êtes encore un jeune homme, à l'âge où pourrait être mon fils, sinon mon petit-fîls. Je me permets donc de vous donner un conseil, bien que vous ne me le demandiez pas, sur l'attitude que doit à mon avis garder un prêtre qui s'étant libéré de la superstition, aurait compris la doctrine chrétienne dans sa véritable signification et voudrait l'observer.

Souvent les personnes qui se trouvent dans une situation inconciliable avec les préceptes de la doctrine chrétienne, — tel un militaire ou un ecclésiastique, — inventent ou adoptent quelque système métaphysique compliqué et appelé à justifier leur façon de vivre. C'est contre cette tentation que je voudrais vous mettre en garde.

Un chrétien ne peut se baser sur une métaphysique transcendante. Tout ce qu'on peut appeler ainsi dans la doctrine chrétienne est un axiome simple, compréhensible de tous, savoir : que les hommes sont fils de Dieu et sont frères; ils doivent donc aimer et le Père et leurs frères, et agir en-

vers les autres comme ils voudraient qu'on agît envers eux. En outre, je pense que toute métaphysique est d'une inspiration maligne et n'a été inventée que pour concilier la conduite de la vie avec la doctrine chrétienne.

11 est aussi des prêtres, — j'en connais, — qui, s'apercevant du désaccord existant entre leur condition et la portée réelle du christianisme, croient se justifier en prétextant qu'ils peuvent ainsi mieux lutter contre les superstitions et propager la vérité chrétienne; j'estime cette affirmation comme étant plus fausse encore. En religion, la fin ne saurait justifier les moyens, par ce seul fait que le motif de s'écarter de la vérité fait disparaître toute possibilité d'atteindre le but qui est précisément d'apprendre la vérité.

Il importe surtout de ne pas oublier qu'aucun de nous n'est appelé à enseigner aux autres (1), mais seulement à se perfec-

(1) Saint-Matthieu XXIII, 8. « Mais vous, ne vous faites point appeler maître: car vous n'aurez qu'un maître, qui est le Christ; et pour vous, vous êtes tous frères.

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