‹ Appels aux dirigeantsChapitre 8 sur 22 · Et n'appelez personne sur la terre votre père; car · texte numérisé non relu

Et n'appelez personne sur la terre votre père; car

tionner soi-même dans la vérité et dans l'amour; c'est seulement par ce perfectionnement de soi-même, — sans songer aux autres, — que nous pouvons agir sur eux.

Pardonnez-moi de faire des objections à des choses que vous ne m'avez pas dites et que peut-être vous ne pensez pas; mais ayant éprouvé une forte et heureuse impression de votre lettre, j'ai le désir de vous exprimer tout ce que je pense de la situation tragique d'un prêtre qui a distingué la vérité, et d'indiquer la meilleure façon de sortir de cette situation ainsi que d'échapper à ces dangers.

Le meilleur moyen de sortir de cette situation, — le moyen héroïque, — est celui-ci : le prêtre réunit ses paroissiens, monte dans le jubé, et au lieu de dire la messe et de s'incliner devant les icônes, se prosterne devant le peuple en lui demandant pardon de l'avoir trompé.

L'autre moyen d'apaiser ce couflit de la conscience est celui qu'a adopté, il y a dix

vous n'avez qu'un seul Père, savoir : celui qui est daus les cieux. » (Note de Vauteur.)

ans, un homme remarquable, le prêtre Appolov, du diocèse de Stavropol, que je connaissais et qui est mort depuis. Il déclara à l'archevêque ne pouvoir continuer à exercer son ministère par suite du changement de ses convictions. On le fît venir à Stavropol, où l'autorité et sa famille le tourmentèrent tellement qu'il consentit à reprendre ses fonctions. Mais l'année ne s'était pas écoulée qu'il se refusa de nouveau à exercer son ministère et quitta le froc. Sa. femme l'abandonna. Il a beaucoup souffert, et ces malheurs ont eu tant d'influence sur lui qu'il en est mort, comme un saint, sans trahir ses convictions, et surtout l'amour des hommes qui était en lui.

Voilà donc la deuxième issue. Mais je sais combien il est difficile de s'y engager par suite de considérations de famille et de milieu. Aussi, je comprends et1 ne blâme nullement le prêtre qui demeure tel par faiblesse, bien qu'il ne croie plus à ce qu'il professe. La seule chose que je puisse dire et me permettre de conseiller (de même qu'aux chrétiens auxquels on

demande de servir comme soldats), c'est de ne pas user de ruse pour inventer des prétextes permettant de croire qu'en agissant mal on agit bien. Que chacun ne cherche pas à déguiser la vérité, et il trouvera le moyen d'agir, suivant ses forces, le plus honnêtement possible.

Le prêtre qui adopte et veut suivre la véritable doctrine chrétienne, doit, à mon avis, chercher avant tout à connaître la vérité dans toute sa pureté et son intégrité, indépendamment de la situation où il se trouve, puis s'efforcer de modifier sa situation en se conformant autant que possible à la vérité reconnue. (Ce but se réalise de lui-même si l'homme est sincère).

A quel point ce but sera atteint, (c'est fort difficile pour un prêtre, car sa position est non-seulement éloignée de la vérité, mais encore contraire à elle), et comment il le sera, c'est affaire entre l'homme et Dieu et nul n'a le pouvoir de l'apprécier.

Je vous salue fraternellement,

Votre frère affectionné.

15 Août i90i. Léon Tolstoï.

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