Béhier, Clinique médicale de la Pitié
possible ; mais il n'y a là rien de comparable à une inflammation aiguë se propageant aux diverses couches du cul-de-sac cœcal et en amenant la perforation.
Cette irritation superficielle peut-elle au moins provoquer les phénomènes cliniques qu'on rapporte à la typhlite? La colite membraneuse détermine des coliques sourdes, du météorisme, parfois des crises aiguës de douleurs abdominales extrêmement intenses avec élévation de la température, ou des phénomènes qui simulent l'étranglement interne, mais rien qui rappelle la symptomatologie locale de l'appendicite, et c'est au médecin à savoir différencier et diagnostiquer les conséquences des deux affections.
Les accidents qui résultent de l'obstruction fécale prolongée du côlon et du Ccecum ont été parfois assez graves pour amener la mort. Observe-t-on dans ces cas les symptômes de la typhlite stercorale? Nullement. Trouve-t-on à l'autopsie des lésions ulcéreuses du ccecum ou de l'appendice ? Pas davantage. L'observation suivante, publiée par J.Harley, dans le tome XI des Reports de St-Thomas hospital, montre bien que l'engorgement fécal du caecum n'a rien à voir ni avec les symptômes, ni avec les lésions de l'appendicite.
Il s'agit d'un jeune garçon de dix-sept ans, qui fut admis moribond à l'hôpital, dans un tel état de prostration qu'on ne put en tirer aucun renseignement. Le corps était réduit à un degré extrême d'émaciation ; la peau était sèche et froide, les mains et les pieds violacés, les yeux excavés, le pouls
Peut-elle
déterminer
les symptômes
de l'appendicite?
Conséquences
réelles de
l'engorgement
fécal.
filiforme, la langue humide et chargée. Le ventre n'était pas ballonné ni distendu; il donnait une sensation pâteuse, sans élasticité. 11 n'y avait pas de douleur. Le malade mourut le lendemain.
A l'autopsie, l'intestin grêle était vide de matières; la muqueuse était injectée et couverte d'un mucus d'aspect purulent. Tout le gros intestin, depuis l'orifice de l'appendice jusqu'à deux pouces de l'anus, était absolument bondé de matières fécales. Le côlon était contracté sur les scybales de manière à présenter un aspect régulièrement noueux. Le caecum était rempli par une masse volumineuse de matières d'un brun verdâtre, du poids d'une livre. Ces matières enlevées, la muqueuse apparaissait couverte d'un mucus épais, jaunâtre, et en divers points, principalement dans le caecum, elle présentait les signes d'une vive inflammation. Les autres viscères étaient sains ^
Ce malade est mort, si l'on veut, d'une intoxication résultant d'une sorte de résorption fécale ; mais à coup sur il n'a présenté aucun symptôme de typhlite. Et cependant, contrairement à l'opinion de Munchmeyer et de Béhier, la muqueuse du Ccecum était enflammée au contact des matières fécales.
On peut donc admettre que l'engorgement stercoral du caecum est capable de provoquer un certain degré d'inflammation muqueuse, quoique, pour notre part, nous croyions qu'il est le plus souvent bien plutôt l'effet que la cause de cette inflamma-
i. J. Hableï. Fœcal rétention especially as it affects the cœcum. Saint-Thomas Reports, 1881, tome XF, p. 128.
tion. Mais on ne saurait soutenir que la stagnation fécale détermine par elle-même le syndrome morbide décrit sous le nom de typhlite.