‹ Application de la Diathermie au Traitement des Cirrhoses du FoieChapitre 10 sur 20 · MÉCANISME D'ACTION DE LA DIATHERMIE · texte numérisé non relu

MÉCANISME D'ACTION DE LA DIATHERMIE

Comme son nom l'indique, la diathermie est génératrice de chaleur, chaleur qui se crée dans l'intimité même des tissus par le passage du courant. Certains auteurs ont montré que la température suivait la loi de Joule et qu’elle était en raison directe de l'intensité employée et du temps d'application. Mais cette loi de Joule n’est cependant pas applicable telle quelle : le corps humain est un conducteur complexe et il faut tenir compte de la constitution des régions du corps traversées par le courant et du liquide qui les baigne.

En 1920, le docteur G. LYON, proposait dans les cirrhoses hépatiques, les compresses échauffantes sur le foie qui & régularisent la circulation hépatique ».

L'action de la diathermie est différente de celle que l’on obtient par d’autres sources de chaleur. Celles-ci qui ne peuvent être appliquées qu’à la surface de la peau, y attirent en quantité plus considérable qu’à l’état normal, le sang, qui est soustrait aux organes voisins. Cette chaleur superficielle décongestionne donc ces organes.

La diathermie, au contraire, produit au sein de l’organe intéressé une élévation thermique, l’organisme réagit en y envoyant une grosse quantité de sang et cherche à disperser les calories supplémentaires en accélérant la circulation.

Cette accélération de la circulation dans le territoire soumis à l’action du courant décongestionne également cet organe. Comme l'écrit M. LABBÉ : « Le foie est une véritable éponge vasculaire, aussi les troubles cir-

HS ——

culatoires ont-ils dans cet organe une importance considérable, soit qu’il y ait congestion due à une hypertension sus-hépatique au cours de l’asystolie par exemple, soit qu’il y ait au contraire obstacle au cours du sang dans le foie et hypertension portale comme cela se produit dans les cirrhoses ». (M. LABBÉ. Précis de Pathologie médicale, tome V, page 672.)

La diathermie, en régularisant la circulation par cette décongestion intra-hépatique, la facilite, diminuant l'hypertension portale et la transsudation dans la cavité péritonéale.

Cette circulation sanguine plus intense est due à la vaso-dilatation des artères et artérioles causée par l'augmentation thermique. Elle détermine une plus grande activité des échanges favorisant ainsi l’élimination des déchets. Le foie étant un organe de premier ordre dans l'arrêt et la transformation des produits toxiques, il est aisé de comprendre l’importance de cette accélération dans le débit sanguin au niveau du territoire hépatique.

Des auteurs belges, les professeurs de MuNTER et | Mas, écrivent dans un article paru dans les Archives d'électricité médicale, année 1931, page 40 : « La température plus élevée du milieu ne permettrait-elle pas la dissolution de produits insuffisamment solubles à la température normale ? La fièvre qui est un phénomène de défense n’agit-elle pas de même pour faciliter l'élimination des résidus de la combustion ?

Est-il téméraire d'admettre que le courant sanguin plus chaud et plus rapide, non seulement favorise l’élimination des déchets, mais provoque également une

gymnastique dès parois vasculaires et leur rende leur élasticité et leur contractilité ?

« L’hypérémie qui en résulte facilite les échanges vitaux de la cellule. L'action de la température optima sur le développement des cultures microbiennes est connue de tout le monde. Il existe sans doute une température optima également pour la marche et le développement des phénomènes vitaux des cellules des tissus vivants.

« Cette considération a un intérêt pratique lors du traitement médical par la diathermie. Il ne faut pas toujours s’efforcer d'obtenir le maximum d’effets thermiques à l’intérieur de la région traitée. En agissant de la sorte on risquerait de dépasser la température où l’action thérapeutique et physiologique est le plus efficace, sans parler de l’action inhibitrice que la trop haute température peut entrainer ».

Nous pouvons aussi penser comme M. le professeur CAUSSADE et le docteur HENRIOT « qu’il résulte du traitement une double action générale et locale; générale : tonifiant l'organisme tout entier par apport d'énergie vitale sous forme de calories: locale, produisant les effets habituels de la chaleur, c’est-à-dire calmante, sédative et antispasmodique » (MM. Caus- SADE et HENRIOT. Société de médecine de Nancy, janvier 1922.)

Cette chaleur en changeant le régime circulatoire du foie, auraït-elle une action sclérolytique ? Depuis les travaux de BENSAUDE et de ses élèves, on connaît l’action efficace de la diathermie dans les rétrécissements fibreux du rectum. De même, le docteur P. DUHEM

écrit: «La diathermie constitue le traitement de choix des états scléreux et des états exsudatifs de l'oreille, parmi lesquels il faut envisager surtout les cicatrices d’otite adhésive, le catarrhe tubaire, l’otite exsudative ainsi que certains cas d’otites sèches telles que les scléroses du tympan et les scléroses du labyrinthe ». (Docteur P. DuxeM. La diathermie et ses applications médicales, 1933.)

Le tissu scléreux est un tissu de cicatrice. En ce qui concerne notre étude, c'est un tissu de remplacement des cellules nobles du foie, tuées par l’action du poison (alcool, toxines), ce qui expliquerait que la cirrhose éthylique du foie soit une cirrhose veineuse. On améliorant par la diathermie, la nutrition cellulaire, à condition que la cause toxique soit supprimée par un régime approprié, on peut admettre que, dans certains cas, elle arrête la marche envahissante de ce tissu scléreux. Il est certain que ce traitement ne pourra le faire rétrocéder, disparaitre. Maïs n'est-ce pas déjà un résultat appréciable, que cet arrêt ? Dans les observations que nous allons présenter, nous pourrons voir que la diathermine a vraiment une action efficace sur l’état général du sujet et sur l’ascite, mais à la condition que le traitement s'adresse de préférence aux cirrhoses « jeunes », c’est-à-dire aux malades ayant un foie hypertrophié depuis peu.

Mais ces deux effets de la diathermie, modification du régime circulatoire du foie, et légère action sur la sclérose en voie de formation, dus à la chaleur produite ne seraient pas les seuls que l’on pourraîit attribuer à la diathermie.

DT

D’ARSONVAL, après quarante années d’expérimentation sur les courants à haute fréquence et d’applications cliniques, pense que les effets thérapeutiques de ces courants ne doivent pas être attribués exclusivement à leurs effets thermiques, mais à leur action sur les colloides du sang.

Il est maintenant admis généralement que les processus vitaux sont des phénomènes colloidaux. Les particules très ténues, les micelles, qui forment les colloïdes, sont en état de suspension grâce aux charges électriques qu’elles supportent. Ces charges qui sont toutes de même nom, placées dans le champ électrique créé par les courants de haute fréquence, peuvent être influencées, ce qui modifie aïnsi la composition physico-chimique du milieu.

PAGNIEZ, en effet, reconnaissait à la diathermie un rôle triple :

— Modification de l’équilibre circulatoire du foie. — Action sur la sclérose.

— Action sur l'équilibre colloïdal.

Cette action sur les colloïdes du plasma existe vraiment, les expériences de H1rsCH en témoignent. Cet auteur a analysé le plasma sanguin des malades qu’il traitait par la diathermie avant et après les séances. Il a trouvé que la diathermie changeait le rapport entre les albumines totales et les globulines, diminution des albumines et augmentation des globulines.

Voici résumée, une partie des observations.

DAppors oc LR Viscosité du sang

Cas HE ne

la ere la de la Fee la ne 1. 15,4: 54,0 40,37: 59,63 2,08 1,88 4 56,3: 43,7 41,50: 58,50 1,76 1,72 CIF NAT 38,70: 61,30 12 1,58 9 43,1: 56,9 30,80 : 60,20 1,76 n72 12.015415. 450 39,90 : 60,10 1/2 1,70 14... 405: 50 45,90: 54,10 1,08 1,68 16 553407 51,10: 48,90 1,68 1,68 1040404 SO 44,10: 55,90 1,66 1,64 10027 40 7:000 48,30: 51,70 1,60 1,56 300 NOEL CELO 55,80: 44,20 1,92 1,84 114. ..040, 378527 46,60: 53,40 1,72 1,72

Comme on le voit, le rapport entre les albumines et les globulines, qui est l’analogue du rapport sérine : globuline est fortement diminué, ce qui amène à penser que la diathermie aurait une action néfaste sur les facteurs d'ordre physico-chimique qui entrent en jeu dans la production de l’ascite puisque la pression osmotique des protéines est diminuée ainsi que la viscosité du sang.

Et cependant la diathermie a une action souvent remarquable sur lascite. Nous pensons que cette action favorable est due uniquement aux modifications

du régime circulatoire dans le district de la veineporte, et à la dilatation des vaisseaux efférents du foie qui, nous l’avons vu, entrait dans la genèse du liquide. Nous voyons donc que les facteurs purement mécaniques ont plus d'importance que les facteurs physicochimiques dans la production de l’épanchement.

Faut-il alors conclure comme la doctoresse [ACONO ? « Il sembie néanmoins probable que l’action de la diathermie résulte de modifications de la circulation locale auxquelles vraisemblablement les fonctions hépatiques et rénales restent totalement étrangères.

« L'effet anti-ascite manque totalement dans les cas où le syndrome morbide s’est installé depuis longtemps. où il existe des altérations permanentes et immodifables de la vascularisation ». (Docteresse IAcONoO. El Polichmco, 2 novembre 1931.)

Pour se rendre compte de l'influence de la diathermie sur l’état fonctionnel du foie, on peut s’adresser à la fonction glycogénique et étudier la combustion du galactose. C’est ce que deux auteurs scandinaves, Friscx et LASCH, ont fait d’une façon indirecte il est vrai. (Acta Medica Scandinavica, septembre 1928.) Ces auteurs cherchant à connaitre l’état physiologique du foie se sont efforcés d'accroître le rendement de la cellule hépatique par la diathermie. Ils faisaient d’abord une série d’épreuves-témoins, puis une série d'épreuves après les séances de diathermie, enfin une troisième série d'épreuves dans les jours qui suivaient l'application des courants.

Voici les résultats de ces épreuves :

Chez les sujets dont le foie est cliniquement sain, la combustion du sucre au niveau du foie est fortement augmentée et le sucre éliminé dans l’urine est abaissé de 50, 70 et même 90 2e

Dans les cas où le foie est atteint, cette augmentation de la fonction glycogénique est beaucoup moins marquée et la quantité de sucre urinaire est légèrement inférieure à celle des épreuves-témoins. Cependant, dans quelques cas, parmi lesquels est une cirrhose de Laennec, les auteurs ont constaté que dans la troisième série d'épreuves faites dans les jours ayant suivi l'application de la diathermie, la quantité de sucre urinaire était bien inférieure à ce qu’elle était à la première épreuve-témoin. Et les auteurs se demandaient si ce résultat était dû à la diathermie ou à un processus spontané ?

Toujours est-il que nous pouvons retenir ce fait : que sur un foie sain, la diathermie stimule particulièrement la fonction glycogénique.

Les mêmes auteurs ont remarqué également une diminution du sucre sanguin après la diathermtie, diminution modérée il est vrai, mais qui dans une expérience a atteint 27 % et dans une autre 40 %.

FRiscH et LASCH ont étudié aussi, après action de la diathermie sur le foie, la teneur de la bile en sels biiaires et en pigments biliaires. Ici les expériences ne permettent aucune conclusion, les résultats ayant été contradictoires.

Des expériences du même genre ont été tentées par DILLENSEGER et AUDOUY, qui ont employé la diathermie comme cholérétique au cours du tubage duo-

dénal. La diathermie produit une accélération nette dans le rythme de l’excrétion biliaire provoquée, la bile s'écoule & non goutte-à-goutte, mais sous forme d'un mince filet fluide comme d’un robinet entr’ou- NÉE:

Elle est plus claire et plus fluide.

Une demi-heure après l'application thermique, les auteurs injectent une solution saline, et toujours ils ont pu recueillir les trois biles sans difficulté, il semble que l’application antérieure de la diathermie ait favorisé l’excrétion biliaire ultérieure.

Et les auteurs concluent: « Cette action ne doit pas nous surprendre, générateurs de chaleur endogène, les courants à haute fréquence ont une action certaine sur la vitalité des tissus. Par eux, les phénomènes osmotiques sont augmentés, les échanges cellulaires accrus. La sueur, les urines sont plus abondantes et leur toxicité accrue ». (DILLENSEGER et Aupouy. La dathermie employée comme cholérétique au cours du tubage duodénal. Société française d’électrothérapie et de radiologie, 25 février 1030.)

Enfin dans leur observation, D’OELNITZ, PAs- CHETTA, LIOTARD et M'° GAUTSCHI, comparent les taux d'élimination de l’urée et des chlorures avant et après le traitement. Voici leurs résultats :

Avant le $ octobre 1932 Après le 15 février 1933 Volume de l'urine ... 820 cc. 1.500 cc.

BF ac cad 2 gr. 90 16 gr. 50

COTES An ere SET. 15 7 gr. 36

Ils ont également pratiqué les dosages de l’urée et de l'azote résiduel du sang avant, au début et après le traitement diathermique :

8 décembre 1932 6 janvier 1933 15 février 1933

Uréeu. 45. O gr. 184 O gr. 128 O gr. 320

Azote résiduel. Ogr.125 O gr. 128 O gr. 070

Ces chiffres semblent indiquer vraiment une action certaine de la diathermie sur l’état fonctionnel du foie.

En résumé, la diathermie, en améliorant la circulation intrahépatique et en augmentant le calibre des veines efférentes du foie, diminue la production, par transsudation, du liquide péritonéal. Cette action décongestive améliore l’état fonctionnel du foie si les cellules hépatiques ne sont pas trop dégénérées et si elles sont encore capables de réagir.

Son action décongestive agit généralement sur le rein en augmentant la diurèse.

CAP EEE" FETE

Page 1