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CHAPITRE III

PHÉNOMÈNES SYMPATHIQUES DÉTERMINÉS PAR LES LÉSIONS CHIRURGICALES AIGUËS,

Toutes les fois qu'une vive irritation se développe à l'extérieur du corps, elle détermine sympathiquement un trouble plus ou moins considérable dans les fonctions des principaux viscères de l'économie. La fièvre se développe. Lorsque ce mouvement fébrile est simple , il présente a l'observateur les caractères de ce que l'on nomme fièvre inflammatoire ; et quand il succède à des plaies ou à d'autres violences externes, on lui donne le nom de fièvre traumatique. Chez les sujets où cette fièvre existe en même temps qu'une sécrétion bilieuse ou muqueuse abondante , et chez ceux où il survient soit un affaiblissement profond de l'organisme animal , soit une perversion d'action du système nerveux , les praticiens disent ordinairement qu'elle a dégénéré , ou qu'elle s'est convertie en fièvre bilieuse , muqueuse , adynamique ou ataxique. Examinons dans quelles circonstances et suivant quel mécanisme s'opèrent ces prétendues dégénérations.

Les viscères ne sont pas tous disposés à recevoir avec une égale intensité les irradiations sympathiques produites par les lésions des parties extérieures du corps. Le cerveau, l'estomac et le cœur paraissent former, au milieu de l'organisme vivant, des points cenlraux vers lesquels convergent tous les mouvements vitaux insolites , déterminés par les irritations des autres organes. Le premier de ces viscères reçoit, au moyen des nerfs, l'impression sympathique produite par la partie irritée , et il la réfléchit dans toutes les divisions de l'arbre nerveux, et surtout vers le centre épigastrique et vers le cœur. Alors, les signes de la gastro-entérite et l'accélération du pouls se manifestant, le mouvement fébrile commence. Si, lors de l'invasion de la maladie , tous les organes sont dans leur état normal et que la lésion extérieure soit modérée , l'excitation fébrile est peu violente et ne présente aucun danger. On observe les phénomènes suivants:pulsations fortes, amples et fréquentes des artères, soif médiocre, inappétence , dégoût pour les substances animales , désir de prendre des boissons froides et acidulées , rougeur à la pointe et aux bords de la langue, dont la partie moyenne est humide, et blanchâtre, chaleur augmentée et halitueuse

de la peau , urines d'abord rares , limpides et colorées , ensuite sédimenteuses et abondantes. Vers le second , le troisième ou le quatrième jour, tous ces phénomènes diminuent en même temps que la suppuration se manifeste à la plaie et que la vive inflammation des parties affectées se dissipe.

Telle est la marche ordinaire et la plus avantageuse des accidents. Mais si, à l'époque où la fièvre symptomatique se développe, les viscères, à l'excitation desquels elle est due., sont soumis à l'influence d'autres causes d'irritation, ou s'ils sont déjà plus ou moins fortement irrités , les phénomènes indiqués plus haut acquièrent un surcroît d'intensité, ou même d'autres affectionsse manifestent. Supposons, par exemple, qu'un sujet bilieux , dont l'appareil gastro-hépatique est fort irritable, soit blessé, n'est -il pas évident que la gastro-entérite qu'il éprouvera à Fépoque de l'inflammation des parties lésées , sera plus vive que chez un homme pourvu d'une organisation différente? Chez lui, l'irritation de l'estomac se compliquera d'une sécrétion bilieuse abondante , de nausées , de vomissements de matières verdâtres , amères et porracées ; de diarrhée bilieuse ; d'une teinte jaunâtre répandue sur toute la périphérie du

corps , en un mot , de tous les signes des prétendues fièvres bilieuses. Que le blessé dont il s'agit soit au contraire disposé à la sécrétion muqueuse ; qu'il ait une grande quantité de matières saburrales dans les voies alimentaires, sera-t-il surprenant que ces circonstances déterminent de grandes modifications dans les symptômes de la gastro -entérite , et produisent tous les phénomènes des fièvres muqueuses? Si l'inflammation extérieure est très-considérable, ou si, la gastro-entérile ayant eu d'abord l'une des formes précédentes, on lui a opposé des vomitifs, des purgatifs et des amers qui Font exaspérée , il se pourra que la phlogose de l'estomac et des intestins acquière un très haut degré de violence, et détermine Jes symptômes de la fièvre adynamique. Enfin , s'il s'agit d'un sujet nerveux, fort irritable et doué d'une grande susceptibilité cérébrale, on verra le cerveau ou ses membranes, participant à l'irritation du canal digestif, donner lieu à des aberrations de la sensibilité, déterminer des convulsions, ou occasioner un délire tantôt gai, tantôt sombre ou furieux; en un mot, provoquer ces perversions d'actions qui caractérisent l'état ataxique.

C'est ainsi que, les principes ou les causes

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des maladies restant les mêmes, l'observateur attentif voit ces dernières se multiplier, pour ainsi dire, et revêtir mille formes variées, suivant la nature et les modifications infinies des constitutions individuelles.

Une règle générale dont la méditation est de la plus haute importance dans les cas qui nous occupent , c'est que l'intensité des fièvres symptomatiques produites par les lésions externes est constamment en rapport avec la force et l'étendue de ces lésions, ainsi qu'avec la sensibilité des parties qui en sont le siège. Ainsi, à la suite des fractures simples et des plaies non compliquées des parties molles , 1 excitation fébrile est peu violente et passagère : elle acquiert au contraire une force très-considérable et devient dangereuse , lorsque les membres sont brisés par des causes directes , ou désorganisés par les projectiles que la poudre à canon met en mouvement. Enfin , une inflammation vive de l'extrémité d'un doigt fait plus souffrir , et détermine des phénomènes sympathiques plus multipliés et plus graves que celle d'une portion, même fort étendue, du tissu cellulaire souscutané de toute autre partie.

Ce ne sont pas seulement des nuances diverses de la gastro-entérite et de la surexcitation ce-

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rébrale qui peuvent survenir à l'occasion des irritations produites par les lésions des parties extérieures du corps. Toutes les fois que les sujets blessés ont un organe plus sensible ou plus irritable que les autres, cet organe est éminemment disposé à s'enflammer à l'époque où la fièvre traumatique doit paraître. Ce fait, qui est incontestable , dépend de ce que les organes irrités forment dans l'économie des centres accidentels d'action, vers lesquels convergent tous les mouvements sympathiques.

L'observation clinique a démontré, parexemple, que des pneumonies, des pleurésies, des hépatites , des néphrites , des cystites et même des arthrites , se sont manifestées à l'occasion des blessures les plus simples , chez des sujets dont la plèvre, le poumon, le foie, les reins, la vessie ou les articulations étaient déjà irritées ou disposées à s'enflammer. C'est une loi de l'économie vivante, que les parties phiogosées coiv stituent en quelque sorte des foyers nouveaux de vitalité , qui changent absolument Tordre des sympathies. Dans l'état normal, les organes ont entre eux des relations déterminées par le degré de susceptibilité de chacun d'eux , et l'estomac est celui de tous qui est uni au reste du corps par les sympathies les plus étroites. Mais,

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dans l'état pathologique, lorsqu'une autre partie est douée d'un excès de vitalité, elle devient, par cela même , le point de l'organisme le plus sensible ; toutes les excitations convergent vers elle, et sa phlogose aigu'ë peut être le résultat du trouble excité par toute autre inflammation.

Les phlegmasies dont il s'agit, et dont les blessures déterminent sympathiquement l'apparition dans d'autres organes que le canal digestif, ne remplacent pas, à proprement parler, la gastro-entérite ; elles la précèdent, ou se développent en même temps qu'elle, et lui donnent un surcroît de force. La fièvre en devient plus violente ; et l'économie , présentant des points de phlogose et d'irritation plus multipliés, voit par cela même augmenter le danger qui !a menace.

Ces considérations sont de la plus haute importance dans la théorie et dans la pratique médico-chirurgicales ; elles servent à expliquer une multitude de phénomènes morbides, et fournissent les bases du traitement prophylactique ou curatif d'un grand nombre d'affections internes qui compliquent les blessures.

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