‹ Application de la doctrine physiologique à la chirurgieChapitre 15 sur 18 · TRAITEMENT LOCAL DES MALADIES CHIRURGICALES CHRONIQUES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT LOCAL DES MALADIES CHIRURGICALES CHRONIQUES

Les principes théoriques expose's dans le chapitre précédent, et dont la doctrine physiologique a mis l'exactitude hors de doute, sont de la plus haute importance en chirurgie. Ils jettent de vives lumières sur le traitement de cette multitude de maladies auxquelles on n'opposait presque jamais que des excitants généraux ou locaux, destinés à fondre la lymphe , à corriger l'âcreté des liquides, à donner aux vaisseaux la force de se débarrasser des matières qui les engorgent, à rendre enfin à toutes les parties le ton dont on les supposait privées. Ces indications, qui sont encore proposées dans certaine nosographie chirurgicale , et dont le système de Brown ou un humorisme dégoûtant a fourni les bases, ne méritent plus d'être combattues ; elles sont en opposition formelle avec les progrès les moins contestés de la pathologie et de la physiologie pathologique. Les détails dans lesquels je suis entré concernant la

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nature des maladies auxquelles elles s'appliquent me dispensent de les discuter ici de nouveau : l'échafaudage suranné des systèmes d'où elles sont déduites étant écroulé , les conséquences pratiques de ces systèmes doivent rentrer dans le néant.

Il est résulté des discussions précédentes que l'irritation est la cause prochaine de la plupart des affections que le chirurgien doit traiter. Il me reste à examiner actuellement quels sont , en général, les moyens les plus propres à détruire cette irritation , et suivant quelles règles il convient de procéder à la guérison des principales maladies qu'elle constitue.

La plupart des ulcères qui ne sont pas entretenus, soit par des corps étrangers ou des altérations locales quis'opposent mécaniquement à leur cicatrisation, soit par des désordres généraux dans la constitution des sujets, cèdent à l'usage de pansements simples, de moyens hygiéniques convenables, et d'un régime approprié à l'état des viscères digestifs. Lorsque les solutions de continuité dont il s'agit sont tapissées de chairs pâles, fongueuses, mollasses, blafardes, insensibles , et baignées d'un pus séreux et mal élaboré , la cicatrisation ne se faisant pas , il est indiqué , si le malade est faible , sans présenter

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de signes d'excitation viscérale, d'administrer , à l'intérieur, des substances toniques, et de recourir Localement aux applications stimulantes. Chez les sujets placés dans de telles circonstances , l'ulcère présente une irritation manifeste, mais qui est trop faible pour faire subir aux parties affectées les transformations successives que nécessite l'organisation de la cicatrice. Le tissu de cette dernière a besoin , comme le cal des os, d'un degré assez considérable de phlogose pour être formé ; et dans les cas où cette inflammation n'existe pas, il faut la produire artificiellement en excitant la plaie, au moyen de plumasseaux imbibés de vin , de décoction de quinquina , d'alcool; de l'application du nitrate d'argent fondu , et même à l'aide de la cautérisation objective ou immédiate.

Admettre l'existence d'ulcères atoniques , c'est supposer que la faiblesse peut détruire la continuité des parties; ce qui est opposé à toutes les lois de l'organisme animal. Il est vrai que l'état de débilité générale ou locale favorise l'action des causes irritantes qui déterminent l'ulcération; mais celle-ci n'en est pas moins le résultat incontestable de la stimulation des parties affectées. Que cette irritation soit faible ou considérable , son existence n'en

est pas moins attestée par la présence même de la solution de continuité qu'elle a produite et qu'elle entretient. Si l'on avait appelé atoniques les seuls ulcères qui ne sont pas assez enflammés pour marcher vers la guérison, il y aurait eu quelque ombre de raison dans cette manière de voir; mais attacher cette dénomination à des plaies produites par Faction irritante des liquides froids, et accompagnées d'un tel gonflement inflammatoire qu'il faut les couvrir, durant plusieurs jours, de cataplasmes émollients, cela ne saurait avoir lieu que par un étrange renversement des principes les mieux démontrés de la physiologie pathologique.

Les solutions de continuité que des pansements irritants ont long-temps entretenues, et dont les bords, soumis à l'influence de l'inflammation chronique, se couvrent de callosités, guérissent avec une promptitude remarquable , aumoyendes topiques émollients et de saignées locales, pratiquées à l'aide des sangsues. Cette observation n'est pas nouvelle ; mais elle mérite d'être recueillie, parce qu'elle constate les bons effets des déplétions sanguines contre les irritations externes assez avancées pour avoir déjà profondément altéré la texture des parties qui en sont le siège. Le cas dont il s'agit est un

de ceux où la compression , méthodiquement exercée et jointe aux pansements doux et relâchants, est suivie de succès rapides et presque merveilleux.

Les dartres , les te ignés, et tou tes ces éruptions dont les auteurs se sont empressés comme à l'envi à multiplier les espèces et les variétés, ne consistent qu'en des irritations plus ou moins vives des follicules cébacés et des vaisseaux exhalans de la sueur. Plusieurs d'entre elles sont entretenues par les moyens même que l'on emploie pour les combattre ; elles augmentent d'étendue par l'action des substances irritantes dont on les couvre. 11 y a peu de temps encore que j'ai vu une jeune personne atteinte d'une dartre furfuracée au côté droit du thorax. D'abord léger , peu douloureux et caractérisé seulement par la présence de quelques écailles furfuracées, cet exanthème fit des progrès rapides sous l'influence des eaux de Baréges , et d'autres topiques stimulans ; en peu de semaines les tégumensdes environs sont devenus rouges , tuméfiés , très sensibles ; les croûtes étaient plus épaisses ; elles paraissaient alors recouvrir des érosions profondes, de véritables ulcérations. Des bains, des cataplasmes émolliens, des fomentations relâchantes , de lé-

gers minoratifs souvent répétés , suffirent en peu de temps pour faire disparaître , avec tous les accidents , jusqu'aux dernières traces de la dartre qui les produisait.

La doctrine physiologique est fréquemment utile dans un grand nombre de circonstances où les systèmes anciens laissent les praticiens sans guide au milieu de symptômes contradictoires. J'ai actuellement sous les yeux une jeune fille pour laquelle je fus consulté au mois de novembre 1822. Cette jeune personne était atteinte de cette insupportable incommodité qui consiste à exhaler par le nez une odeur infecte et nauséabonde. Ses parens la, repoussaient , aucune de ses compagnes ne pouvait se livrer avec elle aux jeux et aux amusements de l'enfance. Des médecins consultés avaient déclaré que ia maladie résidait dans les bronches ou les poumons, qu'ils supposaient ulcérés et en suppuration. Des amers , des antiscoi> butiques, un régime animal , furent prescrits sans succès : le mal au lieu de diminuer faisait des progrès continuels. La malade et la famille entière étaient dans une affliction profonde. Je fus alors appelé. La poitrine de la jeune personne était bien conformée , la percussion et le stéthoscope n'annonçaient aucune

altération dans les organes qu'elle renferme. Jamais la malade n'avait éprouvé de douleur à cette partie ; le teint était bon , le pouls sans fréquence , la coloration naturelle , l'embonpoint médiocre. Cet ensemble de phénomènes me fit juger d'abord qu'il n'existait aucune altération profonde et chronique aux organes de la respiration. Mais la jeune fille éprouvait des douleurs assez fréquentes à la tête ; un embarras habituel se faisait sentir dans les fosses nasales ; le mucus sécrété par la membrane pituitaire était jaune , épais, abondant, et présentait l'odeur repoussante qui accompagnait la respiration. Enfin, examinée attentivement, la muqueuse nasale offrait des traces évidentes de phlogose ; et toutes les fois que les maux de tête , Tenchifrenement et la sécrétion pituitaire augmentaient, l'odeur devenait plus infecte et plus insupportable. Il était évident, d'après ces symptômes, que la membrane muqueuse nasale était le siège exclusif du mal, et que celui-ci consistait en une irritation chronique ou peut-être en des ulcérations de cette partie. En conséquence de ce diagnostic, des sangsues furent appliquées durant les paroxysmes de céphalalgie ; des fumigations émollientes ont été dirigées dans

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les fosses nasales; la transpiration fut excitée au moyen de bains et de gilets de flanelle habituellement portés sur la peau ; de légers minoratifs complétèrent le système de révulsion que je m'étais proposé de suivre. La maladie durait depuis plusieurs années , elle avait résisté à tous les stimulants ; elle céda en deux mois et demi au traitement que je viens d'indiquer. La jeune personne est actuellement exempte de toute incommodité , sa gaieté est revenue, son embonpoint a fait des progrès, et depuis long-temps personne ne s'aperçoit plus qu'elle exhale aucune odeur désagréable. Les fistules , pour la guérison desquelles on a imaginé tant de procédés opératoires , et tant d'instruments divers , sont quelquefois susceptibles d'être complètement guéries par un traitement antiphlogistique local , employé avec méthode et persévérance. Les fistules lacrymales, par exemple , dépendent beaucoup plus fréquemment que ne le pensent les praticiens vulgaires, de la phlogose et de la tuméfaction de la membrane muqueuse du canal nasal. Dans ces cas , qu'il n'y ait que dilatation du sac lacrymal^ ou que les larmes se soient déjà frayé un passage sur la joue, des injections émollientes, poussées par les points lacrymaux ou par

la fistule , et des sangsues appliquées au grand angle de l'œil et sur le côté du nez correspondant à la maladie , parviennent fréquemment , ainsi que M. Demours Ta fait observer, à détruire l'inflammation et l'épaississement de la membrane muqueuse affectée, de telle sorte que le passage normal étant rétabli , le liquide reprend sa route accoutumée. Alors la tumeur formée par le sac lacrymalou la perforation de ce réservoir disparaissent graduellement. Il faut avouer toutefois que ce traitement est long , et que le résultat étant subordonné à la patience et à l'exactitude des malades , le succès ne couronne pas constamment les efforts du praticien le plus habile. La compression exercée sur la membrane enflammée par la canule de M. Dupuytren est un moyen beaucoup plus expéditif et plus sûr. Cet instrument ne produit aucune incommodité ; lorsqu'il est demeuré en place durant quelques mois, et que le hasard le fait se détacher et tomber dans les fosses nasales, la guérison qu'il a procurée n'en persiste pas moins.

Les trajets fistuleux , quoique organisés et tapissés par une membrane muqueuse anormale épaisse et résistante , s'oblitèrent constamment en un temps fort court, sous l'influence des

applications émollientes , après que l'on a détourné le cours des liquides irritants qui les entretenaient.

Les caries des os sont incontestablement f e£= fet immédiat de l'irritation et de l'ulcération du tissu de ces organes. Aussi faut-il , lorsque la partie affectée est douloureuse et enflammée, la recouvrir de topiques émollients, quelle que soit d'ailleurs la faiblesse générale du sujet. J'ai été témoin , l'année dernière , de la guérison spontanée d'une carie des os du tarse produite par un coup de pointe de faux , chez un homme adulte et vigoureux. La plaie primitive , qui n'avait pu se réunir par première intention , persista et fournit, quelques semaines après l'accident, une suppuration grisâtre ; un stilet promené dans sa partie la plus profonde, fit sentir les os dépouillés de leur périoste , rugueux et ramollis. Dès lors, la carie étant évidente , on fit usage , à l'extérieur , des stimulants de toute espèce. Loin de céder, le mal devint plus opiniâtre, plus étendu ; une inflammation, accompagnée d'œdème et d'une couleur bleuâtre des téguments , envahissait déjà toute la portion moyenne du pied , et les moyens employés pour la combattre demeurant sans succès, l'amputation fut proposée. Le malade refusa de s'y

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soumettre. Abandonnant son pied à la nature , il garda un repos absolu , et se borna à l'emploi de cataplasmes et de bains émollîents. Il vit bientôt la douleur diminuer et cesser, l'inflammation et le gonflement disparaître, et l'ulcère prendre un aspect plus favorable. Trois pièces d'os peu volumineuses sortirent successivement, et la cicatrisation de la plaie ne se fit pas longtemps attendre après leur expulsion.

Les observations de ce genre ne sont pas rares dans les fastes de la science ; elles démontrent que les chirurgiens ont fait un usage trop général et trop exclusif des topiques irritants contre les caries des os , et qu'il est des cas, plus nombreux que ne le pensent la plupart des praticiens , où les applications émollientes , le repos et les antiphlogistiques sont beaucoup, plus convenables et plus efficaces.

Cependant , lorsque la carie ne cède pas au traitement ab-irritant, et que toute l'inflammation locale exubérante paraît détruite, l'expérience a constaté les bons effets que produisent les bains et les douches avec les eaux alcalines, savonneuses, hydro-sulfureuses, martiales, etc. Les applications et les injections faites avec la teinture de mirrhe et d'aloës, l'usage des huiles essentielles ou de l'essence de térébenthine sont

quelquefois suivis de la guérison des caries légères et superficielles. Les douches de vapeur aromatique , dirigées sur les parties affectées , ont été fréquemment avantageuses. Ces moyens, tout en stimulant les parties , paraissent changer leur manière d'agir, et leur imprimer un degré d'irritation différent de celui qui entretenait la carie. La cautérisation , si puissante contre cette affection , détermine , ainsi qu'on le sait , la mort ou la nécrose de toute la portion d'os malade, et provoque dans les couches sous-jacentes une excitation vive, que suit le développement de bourgeons celluleux et vasculaires de bonne nature.

Depuis les expériences de Tenon sur le traitement des nécroses , il est bien démontré que les huiles essentielles , les teintures alcooliques et les autres moyens stimulants ne sont propres qu'à retarder la séparation des lames osseuses frappées de mort. Les applications émollientes hâtent au contraire le développement des bourgeons celluleux et vasculaires et la chute de 'l'escarre solide qui les recouvre. Il paraît que les topiques du premier genre augmentent l'irritation et crispent en quelque sorte les vaisseaux, tandis que les autres opèrent un relâchement général qui est suivi de l'épanouissement

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du réseau capillaire et d'une végétation plus active du fond de la plaie.

Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur le traitement de quelques unes des lésions chirurgicales les plus fréquentes , il nous reste à examiner les procédés à employer contre les maladies qui ont fait spécialement le sujet du chapitre précédent.

§ Ier. Traitement des affections scrofuleuses externes. Aussitôt que les tumeurs formées par les ganglions lymphatiques sont devenues pâles , indolentes et stationnaires , on est dans l'usage de les recouvrir d'emplâtres stimulants. Or l'expérience démontre que ces moyens sont inefficaces et même nuisibles chez le plus grand nombre des sujets. Ils ne sont propres qu'à enraciner plus profondément l'irritation dans l'organe affecté. Sous leur influence, les tumeurs deviennent ordinairement plus dures et plus opiniâtres. Qui n'a vu les ganglionites de l'aine, lorsqu'on les couvre trop tôt d'emplâtre de Vigo, ou qu'on les frotte avec le liniment ammoniacal avant que la résolution ne soit déjà presque complète, acquérir une solidité considérable , résister ensuite à tous les fondants , et persister dans le même état durant plusieurs années? Dire qu'alors les répercussifs ont dis-

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sipé la portion la plus liquide de l'engorgement et que les vaisseaux affaiblis ne peuvent se débarrasser du reste *, c'est reproduire ces théories humorales et mécaniques depuis long-temps méprisées des médecins instruits. On s'étonne que des doctrines aussi contraires à l'observation trouvent encore aujourd'hui des partisans. Le fait est que les applications stimulantes accroissent , dans les cas dont il s'agit , l'irritation , et hâtent la marche des transformations fibreuses ou squirreuses qu'elle tend à imprimer aux parties qu'elle envahit.

Il semble que dans les cas qui nous occupent les chirurgiens soient impatients de recourir aux substances irritantes : ils craignent de perdre un jour en employant les topiques relâchants. J'ai vu cependant des ganglionites, qui avaient opiniâtrement résisté aux fondants les plus actifs et aux toniques les plus puissants de la matière médicale , se dissoudre , comme par enchantement , sous l'influence des sangsues et des cataplasmes émollients, continués avec persévérance. Les praticiens ne font peutêtre pas assez attention, chez les enfants, aux causes qui ont provoqué les ganglionites du cou ;

1 Nosographie chirurgicale , tom. I , pag. CLXXXI v.

ils ne tiennent pas assez compte des éruptions des téguments du crâne , des irritations dentaires, du froid habituel de la tête , du cou et des bras. Cependant , écarter d'abord les causes déterminantes de la maladie , et recourir ensuite aux saignées locales ainsi qu'aux applications émollientes , telles devraient être les bases du traitement à employer contre les prétendues iScrofules. Tel est celui que la raison indique et dont l'expérience confirme déjà les avantages. Ce traitement antiphlogistique local n'empêche pas de recourir à l'intérieur, si le sujet en a réellement besoin, et si les viscères digestifs ne présentent aucun signe d'irritation, aux aliments nourrissants et de bonne qualité ; à l'usage du vin vieux <le Bordeaux , à l'élixir de gentiane avec addition de carbonate de soude ou de baryte ; aux exercices gymnastiques en plein air; en un mot, à tous les moyens qui, augmentant l'énergie du système sanguin, et distribuant en quelque sorte les mouvements vitaux avec égalité dans toutes les parties du corps, détruisent la prédominance anormale d'action dont jouissent le système lymphatique en général et les parties affectées en particulier »,

1 De tous les moyens hygiéniques préconisés contre les

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Traitement des phlegmasies articulaires. Les observations précédentes sont applicables aux inflammations chroniques des articulations. Ces affections sont du nombre de celles que la plupart des chirurgiens ont l'habitude de traiter au moyen des substances irritantes les plus énergiques. Après avoir épuisé la longue série des liniments et des frictions mercurielles, ammoniacales ou sulfuriques; des bains alcalins , martiaux et sulfureux ; des cataplasmes de plantes aromatiques bouillies dans le vin , ou de terre de rémouleur , etc. , on a recours aux vésicatoires , aux moxa , aux cautères. Un traitescrofules , il n'en est pas de plus puissant , de plus salutaire que la gymnastique. Et sous ce rapport , Paris offre des ressources que l'on chercherait vainement ailleurs. Un vaste gymnase, dirigé par M. Amoros, et protégé par les ministres de la guerre et de l'intérieur , y est constamment ouvert au public. Cet établissement surpasse , par son étendue , la multiplicité des machines que l'on y trouve rassemblées, la méthode d'enseignement que Ton y suit , les précautions de toute espèce dont on y entoure les enfants , ce que l'antiquité nous a offert de plus merveilleux en ce genre. Un médecin préside à tous les exercices de ce gymnase , afin de les adapter à la nature des infirmités qu'il faut combattre. On compte déjà dans cet établissement, digne de la bienveillance de tons les philantropes , un grand nombre d'exemples de guérison de maladies scrofuleuses et de déviations diverses, soit de la colonne vertébrale , soit des épaules et des membres.

ment de ce genre , dans lequel on ne fait, usage que de moyens excitants, et où les révulsifs sont employés avant que l'irritation ait été suffisamment combattue , n'est propre qu'à aggraver le mal; aussi, pour quelques succès très rares, obtenus par cette méthode , et que l'on cite à tout instant, voit-on se multiplier chaque jour les cas où les maladies chroniques des articulations se terminent par la mort des sujets ou nécessitent l'amputation des membres.

L'expérience a cependant démontré que les saignées locales, le repos absolu des parties affectées , les bains , les applications émollientes , sont les moyens les plus efficaces que l'art puisse opposer aux arthrites chroniques. Le repos seul a procuré à M. Bouche t de Lyon des succès inespérés dans les maladies du genou. Il maintient cette articulation immobile en fixant le membie entier dans une gouttière composée de deux parties qui peuvent se mouvoir l'une sur l'autre, soit pour fléchir, soit pour étendre la jambe. Ces deux gouttières , dans lesquelles on fixe les deux parties du membre abdominal au moyen de courroies , sont réunies par une vis à crémaillère , adaptée au côté de l'appareil , près du genou, et qui borne invariablement les mouvements de cette articulation.

Des guérisons remarquables ont été obtenues ainsi , quelquefois avec la conservation complète de la mobilité du membre ; dans d'autres cas, avec des ankyloses , tantôt fibroligamenteuses , tantôt osseuses. #

M. Janson, successeur, à l'Hôtel-Dieu de Lyon, du praticien célèbre que je viens de citer, continue d'employer cette méthode ; il y joint seulement l'application de topiques secs et chauds , et celle de sachets résolutifs ou de quelques exutoires autour de la tumeur. Ce traitement est beaucoup plus simple que celui dont l'excellence prétendue est généralement vantée par les auteurs. Cependant de nouvelles observations ont démontré qu'au repos il est plus avantageux d'ajouter les saignées locales souvent réitérées, que les excitants décorés du titre de résolutifs. Plusieurs exemples authentiques de guérison d'arthrites anciennes et presque entièrement abandonnées ont eu récemment lieu à Paris, dans un des hôpitaux les plus fréquentés , et tout porte à croire que les observations de ce genre se multiplieront chaque jour davantage , à mesure que les principes de la nouvelle doctrine médicale seront plus généralement adoptés par les chirurgiens.

Ce n'est que quand , au moyen des évacua

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tions sanguines ■ locales , on a obtenu la chute de l'irritation, que les vésicatoires , les moxa, les cautères , sont véritablement utiles pour combattre les phlegmasies articulaires chroniques. Cette vérité pratique est applicable au traitement de toutes les inflammations externes. Jusqu'à ce que l'on ait abattu le mouvement fluxionnaire ainsi que la douleur et la chaleur qui l'accompagnent , les révulsifs ne sauraient produire aucun bon effet : l'irritation est trop profonde, trop enracinée pour être facilement déplacée , et l'action stimulante , que l'on destine à la contre - balancer , tourne alors tout entière à son profit et augmente son intensité. C'est ainsi que j'ai vu vingt fois , dans les arthrites du genou et de la hanche , les vésicatoires et les moxa exaspérer tous les accidents et déterminer chez les malades une fièvre violente. Débutez donc toujours par le repos , les saignées locales, un régime sévère et adoucissant; si la douleur est vive, recouvrez la partie de cataplasmes émollients ; dans le cas contraire contentez-vous de l'envelopper de flanelle. La chaleur, l'humidité et le poids des cataplasmes favorisent fréquemment la tuméfaction mollasse et œdémateuse du tissu cellulaire; ils sont par conséquent nuisibles toutes les fois qu'il

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existe un engorgement indolent des parties externes de l'articulation. Il convient que le malade prenne souvent des bains, qui remplacent avantageusement les cataplasmes, favorisent la transpiration , et sont en même temps émollients et révulsifs.

Ce n'est que lorsque , au moyen de ce traitement antiphlogistique , on a obtenu la diminution notable de l'irritation et de la phlogose , que les vésicatoires , les moxa, ou le cautère actuel peuvent être profitables ; ils produisent quelquefois alors des effets merveilleux. Les irritants locaux destinés à fortifier les parties ne conviennent qu'à l'époque où la cure est achevée , c'est-à-dire lorsque , les derniers restes de l'irritation étant dissipés , il ne s'agit plus que de rendre à l'articulation, réellement affaiblie , sa solidité primitive. Alors , les bains et les douches avec les eaux minérales sulfureuses , le massage des parties affectées au milieu de liquides chargés de principes émollients, des mouvements et des exercices graduellement augmentés, sont éminemment propres à donner aux tissus musculaires et fibreux de la souplesse et de la force tout à la fois. Le vin, les aromates, Tacooî camphré, sur l'usage desquels on insiste ordi-

nairement avec tant de force , sont moins convenables que les moyens précédents : ils semblent resserrer et durcir les tissus , plutôt que favoriser leur extensibilité , en les fortifiant et en rendant leur nutrition plus active. Leur application ne réussit que rarement chez les hommes déjà âgés dont les articulations sont desséchées et rqidies à la suite d'anciennes blessures.

Telle est la méthode de traitement la plus rationnelle qu'il soit actuellement possible d'opposer aux arthrites chroniques de toutes les formes , depuis la goutte commençante et la tumeur blanche la plus légère , jusqu'au rhumatisme articulaire le plus invétéré et à l'engorgement le plus considérable de tous les tissus qui composent ou qui environnent une articulation. Si la maladie a de la tendance à se reproduire , comme dans la goutte et le rhumatisme , le traitement antiphlogistique général et local abrège les accès , diminue leur violence , les éloigne et prévient la formation des concrétions calcaires et la désorganisation des parties. L'économie ne s'accoutumant pas alors à une irritation presque permanente des parties externes , les métastases de cette irritation sur les viscères , à la suite desquelles

succombent un si grand nombre de goutteux, n'ont pas lieu. En un mot , partout où il existe une phlegmasie des articulations, quel que soit le nom dont les auteurs l'aient décorée, il faut la combattre au moyen des antipblogistiques , et chercher à l'éteindre , à moins, toutefois , que l'organisme, habitué à sa présence, ne puisse en supporter la privation sans danger. Mais alors il importe constamment de modérer la violence et de combattre les exacerbations trop aiguës de cette irritation.

Une dernière observation, que ne manqueront pas de faire les personnes qui réfléchissent et qui méditent sur les résultats des divers moyens thérapeutiques qu'elles emploient , c'est que désormais, lorsqu'on appliquera le traitement antiphlo gis tique, et surtout les saignées locales, avec plus de vigueur et de persévérance au traitement des lésions des articulations, on verra moins souvent les phlegmasies produites par ces lésions passer à l'état chronique, et entraîner la perte des malades , ou nécessiter l'ablation des parties. L'exemple suivant , qui m'est fourni par M. Janson , me semble propre à démontrer de plus en plus les étonnants succès dont les saignées locales peuvent être suivies dans le traitement des inflam-

mations des articulations les plus profondes. Une femme est prise tout à coup, en sortant d'un bain, d'une douleur cruelle à la hanche gauche. Elle entre de suite à l'hôpital. Deux [ours après elle présentait un alongementde deux pouces et demi du membre douloureux, et tous les symptômes de la luxation spontanée commençante. La tête du fémur était sur le point d'abandonner la cavité cotyloïde. Des sangsues sont appliquées autour de la hanche , puis des vésicatoires volants : tout mouvement de la cuisse est interdit à la malade. Six jours après, les douleurs sont entièrement calmées ; le membre se raccourcit , reprend sa forme et sa direction. Aubout de trois semaines, la cure est complète. § III. Traitement du Cancer. En démontrant que les tumeurs squirreuses , cancéreuses et autres du même genre , sont le résultat de l'inflammation chronique et des altérations que cette inflammation a déterminées dans la nutrition des parties affectées , la nouvelle doctrine médicale a eu déjà sur la pratique de la chirurgie la plus heureuse influence. Cette fatalité qui semblait attachée à l'existence des tissus anormaux, et qui faisait supposer qu'une fois développés ils ne sont plus susceptibles de se résoudre ; cette fatalité, combattue avec succès

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par les médecins physiologistes , est généralement détruite. Tous les praticiens savent actuellement que la nature , aidée par des secours méthodiques, peut se débarrasser, une irritation étant dissipée , des produits plus ou moins hétérogènes de cette même irritation.^ En effet, si le pus , les engorgements celluleux , les productions lardacées, fibreuses, cartilagineuses, graisseuses , etc. , disparaissent après les inflammations qui. avaient provoqué leur formation , pourquoi les tissus squirreux, cancéreux, mélaniques, cérébriformes et autres n'éprouveraientils pas le même sort? Aucune raison ne saurait démontrer qu'il ne puisse en être ainsi. Les adversaires de la nouvelle doctrine se sont bornés à dire que jamais ils n'avaient observé de guérison semblable. Mais ils n'ont disséqué que des tumeurs puisées dans des cadavres , ou extirpées au moyen de l'instrument tranchant. Or rien ne prouve que des tumeurs semblables n'aient pu disparaître , par l'absorption , sur d'autres sujets. Il n'est pas démontré , surtout , que les productions morbides, dont les écrivains qui se sont occupés d'anatomie pathologique ont donné de si belles descriptions , ne fussent absolument plus susceptibles d'être guéries par le même procédé, si les sujets eussent

vécu . ou si , au lieu d'opérer, nos observateurs eussent employé des moyens thérapeutiques en rapport avec la nature du mal. Il y a plus, l'expérience clinique démontre , avec autant d'évidence que l'on peut en acquérir sans avoir les parties malades immédiatement sous les yeux, que des tumeurs squirreuses ou cancéreuses ont été guéries par l'emploi de moyens propres à détruire l'irritation qui les avait provoquées , et qui les entretenait.

Il est un fait, toutefois, dont il ne faut se dissimuler ni la réalité ni l'importance , c'est que plus l'irritation a duré long- temps dans les parties, plus il est difficile de faire entièrement disparaître les altérations organiques qu'elle a provoquées. Cette loi est applicable , non seulement aux tissus cancéreux ou squirreux , mais aux productions fibreuses et cartilagineuses, aux épaississements ceiluleux, aux tuméfactions des ganglions lymphatiques ; en un mot, à tous les produits de l'inflammation. Il résulte de là que quand une tumeur, présumée cancéreuse, après avoir été fort long-temps indolente et stationnaire, devient ensuite graduellement douloureuse , et que l'on tarde encore à lui opposer un traitement convenable , elle résiste fréquemment à tous les efforts de l'art.

Mais ce qui la rend incurable alors , par les moyens médicinaux , est moins la présence en elle-même des tissus qui la forment, que l'ancienneté de l'irritation , qui s'est pour ainsi dire identifiée avec les organes , et qu'il est désormais impossible de détruire. Cependant, comme on possède un assez grand nombre d'exemples de tumeurs déjà très anciennes qui ont cédé à un traitement méthodique , il faut constamment y avoir recours, et ne jamais abandonner l'espoir de réussir. Lors même que l'on ne guérirait pas entièrement les malades par ce traitement , on les soulagerait du moins , et , en diminuant l'irritation , on rendrait le succès de l'opération chirurgicale plus assuré.

Parmi les faits qui constatent la possibilité de guérir, au moyen des antiphlogistiques et des saignées locales, les irritations chroniques dont les produits ont déjà acquis le caractère cancéreux, je me bornerai à rapporter les suivants.

Une dame , d'un tempérament sanguin et nerveux, âgée de vingt-cinq ans, s'aperçut, dit M. le docteur Fallot, médecin à Namur, qu'elle portait , à la partie supérieure du sein droit , une tumeur dure , de la grosseur d'un

noyau de pêche. Elle avait alors quinze ans; sa santé était parfaite, et quoiqu'elle ne pût indiquer ni la cause de cette tumeur, ni l'époque où elle s'était développée , on l'attribua généralement à un coup de coude qu'elle avait reçu en valsant. Un médecin essaya de faire fondre la tumeur à l'aide de fumigations avec le vinaigre bouillant, de frictions mercurielles et de pilules dans lesquelles entrait vraisemblablement de l'extrait de ciguë. Ces moyens déterminèrent de vives douleurs ; on y renonça, et, en 1817 , la tuméfaction égalait le volume d'une petite pomme. Elle était mobile sous la peau, dont la couleur n'avait éprouvé aucun changement. On conseilla à la malade de porter habituellement une peau de cygne, afin de tenir la partie à une chaleur douce , modérée , et d'éviter tout ce qui pouvait l'irriter. En 1819, cette personne se maria; devenue mère en 1820, l'abord du lait aux mamelles ne parut pas exercer d'influence sur la tumeur. Cependant , voulant supprimer la sécrétion du liquide , on prescrivit un régime sévère et de légers minoratifs. Aucun accident n'eut d'abord lieu ; mais le seizième jour de l'accouchement, le sein s'enflamma tout à coup, sans cause connue, et malgré l'application des sang-

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sues et des cataplasmes , les douleurs devinrent atroces. Trois petits abcès superficiels se formèrent , s'ouvrirent , et , après avoir fourni une suppuration louable , se cicatrisèrent promptement. Pendant ce travail inflammatoire , la tumeur avait augmenté de volume ; elle occupait le tiers du sein , et , quoique toujours indolente , elle gênait excessivement par son poids. De temps à autre, surtout pendant la nuit , des élancements s'y faisaient sentir. Douze sangsues furent alors appliquées deux jours de suite sur elle , et firent cesser les douleurs , qui , reparaissant quatre mois après , cédèrent au même moyen. La malade s'était toujours refusée à la réitération des saignées locales ; mais cinq mois après l'application des dernières sangsues , le sein étant redevenu douloureux , on le couvrit presque tout entier de ces animaux. Le saignement fut considérable et dura vingt-quatre heures. Il n'était pas encore terminé que la mamelle paraissait déjà plus légère , et quelques jours après, la tumeur avait entièrement disparu r.

Si l'on réfléchit que la tuméfaction dont il

1 Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, tome XII.

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s'agit datait de dix ans ; qu'elle était dure , mobile, en quelque sorte isolée des parties environnantes, et d'une origine tellement obscure qu'on pouvait la considérer comme spontanée , il sera difficile de ne pas admettre qu'elle était formée par un véritable tissu squirreux. Il y a plus , les élancements dont elle commençait à devenir le siège annonçaient ou le début ou l'imminence de la dégénération cancéreuse de sa masse. Les excitants n'avaient produit sur elle d'a«utre effet que d'augmenter son volume et de la rendre plus opiniâtre. Cependant les saignées locales ont suffi pour la faire disparaître en un temps assez court. Il est à remarquer que , quelle que soit la violence des douleurs lancinantes qui parcourent les tumeurs présumées cancéreuses , les premières applications de sangsues suffisent presque toujours soit pour les faire entièrement disparaître, soit pour diminuer de beaucoup leur intensité. Cette circonstance importante se reproduit dans toutes les observations où l'on a opposé les saignées locales aux squirres ou aux cancers.

Rose , du Havre , âgée de 23 ans, d'un tempérament éminemment lymphatique, eut, dit M. le docteur Maurice Treille , à l'âge de 19 ans, un enfant qu'elle n'allaita pas. De violents chagrins

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rendirent alors la santé de cette jeune personne chancelante : elle éprouvait des douleurs presque continuelles à l'estomac; la digestion des aliments était longue et fatigante, les selles irrégulières , les menstrues moins abondantes que de coutume ; enfin, des pertes blanches succédaient à l'évacuation sanguine par le vagin. Six semaines après l'invasion de ces incommodités , le sein gauche devint sensible , et une tumeur dure et mobile s'y fit apercevoir. Un traitement anti-cancéreux fut alors employé sans succès, et l'on conseilla l'extirpation de la tumeur. La malade se refusant à l'opération, une foule de remèdes lui furent administrés. Sous leur influence sa santé se détériora de plus en plus, et la mamelle ne tarda pas à être presque totalement envahie par un engorgement dur, peu sensible à la pression,mais dontle centre était le siège de douleurs lancinantes. La mamelle droite offrit bientôt après une tumeur du même aspect que la précédente ; les douleurs d'estomac alternaient avec celles des seins : de vives douleurs ostéocopes se manifestèrent; les chairs devinrent molles ; les téguments se décolorèrent et semblèrent s'étioler. Les traits du visage , tirés et flétris , offraient des rides prématurées. La diarrhée se manifestait de temps

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à autre ; la paume des mains était brûlante , le sommeil agité et nullement réparateur : tout annonçait l'existence de la cachexie cancéreuse la mieux prononcée. Aussi , quoique la malade réclamât elle-même l'opération , j'aurais cru compromettre l'art en y' recourant , et je me bornai à prescrire les moyens suivants.

D'abord, la malade dut se priver entièrement de café, de vin, et de toute autre liqueur spiritueuse. Des végétaux, et spécialement des carottes, du lait, et des mets préparés avec ce liquide ; tels furent les aliments dont on lui permit de faire usage. On lui ordonna de prendre depuis trois jusqu'à dix-huit onces d'eau de mer par jour. Des emplâtres avec la ciguë sur la tumeur ; des frictions sèches sur toute la peau , et un exercice modéré, complétèrent la série des moyens hygiéniques et médicinaux qui parurent d'abord convenables. Après un mois de leur emploi la malade se trouvait mieux; elle paraissait moins étiolée ; les douleurs d'estomac n'existaient plus ; les tumeurs offraient et la même dureté et le même volume ; les douleurs s'y faisaient encore sentir ; mais les emplâtres avaient déterminé sur la peau qu'ils recouvraient une inflammation érysipélateuse. Lorsque cette phlogose fut dissipée , on appli-

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qua dix sangsues sur la mamelle gauche et Huit sur la droite. Des cataplasmes avec la mie de pain et la décoction de mauve et de morelle recouvrirent ensuite les parties et facilitèrent l'écoulement d'un sang noir et épais. Deux jours après, les douleurs mammaires n'existaient plus; la malade avait dormi les deux nuits précédentes. Des pilules avec l'extrait de ciguë, l'aloès et la rhubarbe, furent alors ajoutées au traitement. Leur usage , combiné avec celui de l'eau de mer , entretenait une espèce de superpurgation, que l'on fut souvent forcé d'arrêter, en supprimant ces médicaments ou en diminuant leurs doses. L'application des sangsues fut réitérée huit jours après la première^ et produisit un nouveau soulagement. Alors les douleurs ostéocopes étaient dissipées , et les tumeurs diminuées de volume. Encouragé par ce premier succès , on fit appliquer, chaque huit ou quinze jours, de nouvelles sangsues. Après cinq mois environ de ce traitement, la fraîcheur et l'embonpoint de la malade étaient revenus , et il ne restait plus à la mamelle gauche que deux ganglions d'une consistance cartilagineuse, dont le volume ne surpassait pas celui d'un petit pois , et qui ne purent entièrement se dissiper. L'extirpation paraissait nécessaire ;

mais la malade s'y étant refusée , la guérison n'en fut pas moins solide. Trois ans après, s'étant mariée, Rose avait eu un enfant qu'elle nourrissait, et sa santé s'était maintenue en bon état. 1

Les détracteurs de la médecine physiologique, ajoute M. Treille , seront sans doute convaincus, en parcourant cette observation , que nous n'employons pas uniquement les sangsues comme ils Font répété. Us y pourront voir que nous savons mettre à profit tous les moyens propres à rétablir l'état normal. Cette réflexion est juste , et la guérison de la malade dont on vient de lire l'histoire est une preuve nouvelle de l'habileté du praticien qui l'a obtenue. Cependant, si les frictions cutanées > l'exercice musculaire , et les irritants dirigés sur le canal digestif, constituent des moyens précieux de révulsion contre les irritations chroniques des parties extérieures du corps, peut-être trouverait-on dansl'étatpar ticulier delà maladedontil s'agit, des circonstances qui contre- indiquaient l'emploi de quelques-uns de ces moyens. En effet, les douleurs habituelles d'estomac et la diarrhée irrégulière dont elle était depuis long-

1 Annales de la médecine physiologique , tome I.

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temps affectée , attestaient l'existence d'une gastro-entérite qui pouvait être exaspérée par l'usage des purgatifs. Lors même que les douleurs de l'estomac eurent cessé, il était à craindre que les pilules drastiques ne les reproduisissent. La ciguë d'ailleurs, qui agit spécialement en irritant les parties avec lesquelles on la met en contact , est loin de mériter les éloges qui lui ont été accordés par les admirateurs de Stœrck ; et , dans le cas particulier qui nous occupe., son usage intérieur pouvait présenter quelques inconvénients graves. L'observation de M. Treille est sans dovte fort importante , puisqu'elle fournitune preuve non équivoque de la possibilité de guérir des tumeurs présumées cancéreuses déjà fort avancées ; mais le fait suivant démontrera que l'on peut atteindre ce but à l'aide d'un traitement beaucoup plus simple encore , et plus exclusivement antiphlogistique.

Une fille , âgée de 24 ans , d'un tempérament sanguin et nerveux , entra dans un hôpital , pour y faire son noviciat comme sœur hospitalière. L'année suivante, elle éprouva dans le sein gauche des douleurs lancinantes qui revenaient par intervalles , et y découvrit une petite tumeur qui roulait sous les doigts. Cinq à six

mois après, cette tumeur ayant acquis le volume d'une noix, était douloureuse au plus léger contact. La malade rentra dans sa famille, et pendant un an, plusieurs médecins de Nantes eraployèrentsans succès différents moyens internes et locaux; tous les chirurgiens qu'elle consulta lui déclarèrent qu'elle portait au sein une tumeur squirreuse qu'il fallait se hâter d'extirper. Le mal fit bientôt de nouveaux progrès , et la jeune personne, désespérée, se présenta à l'Hôtel-Dieu de Paris.

La tumeur était , à cette époque , dure , bosselée , inégale , sous-cutanée , du volume d'un gros œuf d'oie , et elle occupait la partie moyenne et externe du sein gauche. Elle était le siège de douleurs sourdes habituelles, et de temps à autre des élancements intolérables la parcouraient et s'étendaient à tout le côté correspondant de la poitrine ainsi qu'à l'épaule. Le corps de la malade était d'une maigreur extrême, sa peau chaude , sèche , et couverte d'écaillés furfuracées. Un mouvement fébrile , qui survenait chaque soir , se prolongeait une grande partie de la nuit , et se terminait par une sueur abondante et visqueuse. La malade était depuis cinq à six mois étrangère au sommeil ; elle avait éprouvé plusieurs accès d'hémoptysie,

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toussait continuellement et rendait une grande quantité de crachats épais et puriformes.

M. le professeur Lallemand , de Montpellier, qui était alors interne à l'Hôtel-Dieu et chargé du service de la salle où cette malade fut placée, se contenta, pendant environ quinze jours, de lui prescrire des boissons adoucissantes, des juleps, etc. Mais les douleurs du sein et de la poitrine s'étant encore exaspérées , ainsi que les symptômes d'affection pulmonaire , le praticien que je viens de citer lui fit appliquer huit sangsues sur le sein gauche ; un bain général et des cataplasmes émollients sur la tumeur furent ajoutés à la saignée locale. Les douleurs, la fièvre et la toux ayant diminué , on réitéra, quatre jours après, l'application des sangsues, et l'on prolongea l'usage des bains et des cataplasmes. Au bout de dix jours, la tumeur était moins dure, la toux et l'expectoration avaient diminué ; il n'existait plus de fièvre. Le même traitement fut continué, La tumeur se ramollit gra^duellement, se fondit, pour ainsi dire, et après deux mois et demi elle était réduite au volume d'une petite aveline ; les symptômes de lésion pulmonaire avaient entièrement disparu ; la malade avait repris sa fraîcheur et un peu d'embonpoint. Cependant, cent vingt sangsues avaient

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été appliquées durant un petit intervalle , et le régime alimentaire n'était composé que de soupes, de bouillons, de lait, de riz, et d'autres substances semblables. Enfin, un mois et demi après cette époque, la tumeur n'existait plus , et la malade attestait que jamais sa santé n'avait été aussi florissante.1

En comparant ces résultats du v. aitement antiphlogistique avec ceux qui suivent ordinairement l'emploi des moyens excitants, internes et externes que l'on oppose assez généralement aux tumeurs squirreuses , il est facile de décider à laquelle de ces deux méthodes on accordera la préférence. Aux faits que j'ai cités , j'aurais pu joindre un grand nombre d'exemples d'engorgements chroniques et squirreux de ganglions axillaires , cervicaux ou inguinaux ; de cancers occultes des glandes parotides, des testicules, des ovaires, et d'autres organes du même genre , qui ont été guéris à l'aide des saignées locales, des bains, et d'un régime adoucissant. Ces succès rendent de plus en plus rare la nécessité de pratiquer, pour les tumeurs squirreuses et cancéreuses, des opérations souvent

1 Observations cliniques , suivies de quelques réflexions générales sur les affections cancéreuses , par M. Maréchal Montpellier, 1821 , in-4°.

graves, toujours douloureuses, et qui privent les sujets d'organes importants. Le sarcocèle , ou le sarco-hydrocèle , n'autorise plus , par exemple, à porter l'instrument sur le testicule. Aucune des maladies de ce genre qu'on a pu recevoir dans l'hôpital militaire d'instruction de Strasbourg , depuis plus de six ans , n'a résisté, suivant M. Gama chirurgien en chef, premier professeur dans cet établissement , aux saignées locales seules ou secondées des révulsifs, du repos, et des fomentations émollientes., Ce praticien évite d'appliquer des cataplasmes sur les parties affectées; il a reconnu que leur humidité et la couche glutineuse épaisse qu'ils laissent sur la peau nuisent à la résolution de la tumeur, £n maintenant le scrotum dans un état continuel de relâchement et en s'opposant à l'action desa tonicité. Lesconduitsséminifères, qui reviennent sur eux-mêmes et reprennent de l'activité aussitôt qu'un premier dégorgement est opéré, semblent rester inertes sous l'influence des cataplasmes. « Ce serait trop exiger , dit M. Gama , que de prétendre obtenir des succès rapides par ce traitement ; mais si la guérison exige quelque patience , du moins est-elle infaillible. »

Ajoutons à ces observations que lorsque

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la nouvelle doctrine me'dicale sera mieux connue des chirurgiens ; quand surtout les tumeurs glanduleuses et cellulaires seront plus méthodiquement traitées à leur début , le nombre des cancers diminuera considérablement , et les exemples de maladies semblables , qui résistent aux saignées locales , deviendront de plus en plus rares.

Les ulcères cancéreux ou rongeants, dont les auteurs donne de si horribles et si fidèles descriptions , cèdent fréquemment au traitement antiphlogistique local. Ainsi que je l'ai déjà fait observer dans cet écrit, ils dépendent généralement d'irritations vives et permanentes exercées sur des solutions de continuité simples et que rien n'annonçait devoir prendre ce redoutable caractère. C'est ainsi que mon ami , le docteur Blaquière , observa un commencement de dégénération cancéreuse sur la plaie d'un vésicatoire au bras que l'on avait irrité avec trop de force et de persévérance. La surface de la solution de continuité se recouvrait déjà de végétations solides et douloureuses; un pus de mauvaise nature s'en écoulait ; les bords, tuméfiés et renversés en dehors , étaient entourés eux-mêmes par un engorgement livide des téguments voisins. La suppression

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de tous les irritants , des pansements simples , et une compression modérée exercée sur la partie , suffirent pour faire disparaître tous les accidents , et pour ramener la plaie à son état normal. Si la maladie avait été plus grave et l'irritation plus vive , nul doute qu'il n'eût fallu ajouter aux moyens employés des saignées locales. Les faits suivants démontreront mieux que ne le pourraient faire mes raisonnements , les bons effets que Ton est , dans ces cas difficiles , en droit d'en atteindre.

Un homme âgé de 5o ans, d'un tempérament sanguin , avait constamment joui d'une bonne santé , lorsqu'il lui survint , à l'âge de 4^ ans , un bouton blanchâtre au milieu du bord libre de la lèvre inférieure. Ce bouton se cicatrisa le sixième jour, après une application d'acide nitrique. L'ulcération, cependant, se rouvrit un mois après, et resta stationnaire pendant quatre années , durant lesquelles des croûtes se formaient dessus, tombaient, ou étaient arrachées, et remplacées ensuite par des croûtes nouvelles qui éprouvaient le même sort. Au commencement: de 1819, le malade consulta un chirurgien , qui cautérisa la plaie avec le nitrate d'argent fondu : à la chute de l'escarre une surface ulcérée assez considérable parut à

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découvert. Dès lors, la lèvre se tuméfia et devint douloureuse. Un autre chirurgien ayant encore cherché à déterminer la cicatrisation par des applications de sublimé , tous les accidents augmentèrent ; les douleurs devinrent plus intenses et plus rapprochées ; les bords de l'ulcération se renversèrent en dehors, et il se forma une perte de substance assez considérable pour empêcher la bouche de se fermer. M. le professeur Lallemand trouva le malade dans cet état, et reconnut, à l'aspect de la plaie, à la dureté et au renversement de ses bords , qui paraissaient lardacés, au caractère lancinant des douleurs , une de ces ulcérations cancéreuses auxquelles on ne connaît jusqu'à présent d'autre remède que l'ablation. Cependant, avant d'en venir à ce moyen extrême , qui ne. met pas à l'abri de la récidive, ce praticien voulut tenter l'emploi de moyens dont il avait obtenu d'heureux résultats dans les cas analogues. Huit sangsues furent appliquées autour de la lèvre , un cataplasme émollient les remplaça, et un bain général fut administré. Quatre jours après, la lèvre étant moins dure et moins douloureuse , on prescrivit de nouveau huit sangsues qui produisirent une diminution nouvelle des symptômes. Le lendemain, une

troisième application semblable aux précédentes eut lieu ; le cataplasme avait été continué , et la cicatrice commençait à se former. Enfin , après un mois de ce traitement , la cicatrisation était presque complète ; les douleurs avaient presque entièrement disparu ; il n'existait plus qu'un petit lambeau du bord de l'ulcère , de la grosseur d'une lentille , et qui , dur, inégal , et dépassant le niveau de la cicatrice , tardait à se réunir. On l'enleva avec le bistouri; le lendemain la petite plaie était fermée , et, quelques jours après, le malade sortit de l'hôpital.

L'observation suivante présente un exemple non moins remarquable des heureux effets du traitement antiphlogistique dans les cas d'ulcère cancéreux rongeant.

Un homme âgé de 55 ans était affecté d'un ulcère qui occupait le nez depuis son bord libre jusqu'à sa racine. L'aile gauche de cet organe était complètement détruite. Du côté droit, la destruction était un peu moins avancée ; la moitié antérieure de la cloison avait disparu. Au-dessus de l'ouverture de la fosse nasale droite , existait une perforation étroite et allongée qui communiquait avec l'intérieur de cette cavité. Les bords de cet ulcère étaient

épais , blanchâtres , renversés en dehors dans certains points, lardacés dans d'autres. Une escarre noirâtre et charbonneuse couvrait toute la surface de la plaie ; les douleurs y étaient parfois lancinantes. La maladie s'était annoncée deux ans auparavant par un petit bouton qui parut sous l'aile gauche du nez, et qui, étant plusieurs fois arraché , se convertit en un ulcère, dont les progrès furent rendus plus rapides par l'usage de topiques irritants et de caustiques. Deux applications de sangsues (une fois huit, et l'autre fois six) , des cataplasmes cmollients , des bains généraux , procurèrent , en treize jours, un mieux tel , que la cicatrice recouvrait déjà la partie inférieure de l'ulcère, ainsi que la cloison du nez. La perforation du côté droit était oblitérée ; il ne restait à se cicatriser que quelques points de la surface des cartilages déjà recouverts de bourgeons charnus , rouges et vermeils ; tout portait à croire, d'après la marche rapide de la cicatrice, que deux ou trois jours après la guérison serait complète \

Ces faits démontrent d'une manière incontestable l'exactitude de ce que j'ai dit précé-

1 Ouvrage cité de M. Maréchal.

IO

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demment , concernantl'irritation qui préside au développement des ulcères cancéreux. N'est-il pas évident, en effet , puisque les saignées locales et les applications émollientes suffisent pour guérir la maladie lorsqu'elle est déjà avancée, que ces mêmes moyens pourraient l'arrêter à son début, l'empêcher de faire des progrès, et l'étouffer , pour ainsi dire , à sa naissance ? Il résulte aussi des observations précédentes que les ulcères rongeants, lors même qu'ils ont déjà détruit une grande étendue de parties , ne sont pas nécessairement incurables, et qu'il n'est pas toujours indispensable , ou de détruire leur surface au moyen des caustiques , ou de les emporter à l'aide de l'instrument tranchant. Indépendamment du danger de l'empoisonnement qu'entraîne l'usage de la pâte arsenicale , ce moyen est quelquefois infidèle contre les petites ulcérations , et il ne saurait absolument être employé contre celles qui sont fort étendues. L'instrument tranchant présente, il est vrai, moins d'inconvénients ; mais on ne saurait y recourir lorsque l'ulcère s'étend à une grande partie du visage , et repose presque immédiatement sur les cartilages et sur les os. Alors, le chirurgien est presque toujours le spectateur oisif des progrès du

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mal , et de la destruction lente et cruelle du sujet. Le fer incandescent, qui est sans contredit le moyen le plus énergique dont on puisse faire usage dans ces pénibles circonstances , échoue souvent lui-même , soit que Ton ne porte pas assez profondément son action, soit qu'il ne puisse pénétrer dans toutes les anfractuosités de la plaie. Or , toutes les fois que l'opération reste imparfaite , on voit le mal redoubler de fureur, et faire des progrès beaucoup plus rapides qu'auparavant. Ce résultat ne doit pas étonner : il est tout simple , en effet , que l'application du caustique , celle du feu , l'action de l'instrument tranchant, lorsqu'elles ne détruisent pas complètement les parties affectées, augmentent l'irritation dont elles sont le siège , et , par là , donnent à tous les accidents une violence extraordinaire.

Les anciens, instruits du danger que l'exaspération des ulcères qui nous occupent fait courir aux malades , avaient établi le précepte de ne jamais y toucher que pour désorganiser entièrement leur surface. Mais le nom de nolime-tangere , qu'ils avaient donné à ces lésions, ne leur est plus aujourd'hui entièrement applicable : il ne faut pas y toucher, sans doute, avec des irritants ou des caustiques ; mais on

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peut le faire avantageusement avec les substances émollientes, aidées des saignées locales, des révulsifs et d'un régime convenable.

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