CHAPITRE DOUZIÈME
couleur véritable , mais celle du soleil ou de l’azur du ciel sur les parties de cette
surface qui les réfléchissent, (i)
Lorsque la verdure couverte de rosée réfléchit la lumière du soleil, une infinité de bulles étincelantes, disséminées sur les feuilles, ne présentent au premier aspect, qu’une teinte blanchâtre, lumineuse et uniforme; mais avec un peu d attention, on s’aperçoit aisément que cette teinte est composée de points scintillans , rouges , jaunes, bleus, etc. ; enfin quelle est un mélange de toutes les couleurs de l’iris.
Claude-le-Lorrain a très bien imité la rosée, quelques-uns de ses tableaux semblent impreignés de cette fraîcheur humide que l’on respire le matin d’un beau jour.
La surface d’un corps mat, quelle que soit sa couleur, est toujours plus ou moins empreinte de celle de 1 objet lumineux qui 1 éclairé (iï) , mais il ne faut pas rehausseï les parties éclairées d’un corps mat avec du blanc pur, à moins que ce corps ne soit blanc lui-même, car les rehauts ou les grands clairs doivent toujours laisser apercevoir la beauté primitive de la couleur sur laquelle ils sont appliques. (3)
En physique, le blanc et le noir ne sont point admis au nombre des couleurs. (4) Mais en peinture, le blanc et le noir sont considérés comme des extrêmes, entre lesquels on trouve un grand nombre de moyens, c’est-à-dire, toutes les couleurs
matérielles et leurs modifications.
On ne peut aller au-delà du blanc pour imiter la lumière en peinture, ni au-delà du noir pour représenter les ténèbres; on sait qu’il est beaucoup plus facile d’imiter un objet éclairé que le corps lumineux qui l’éclaire.
11 faut donc éviter de peindre le disque du soleil sans nécessité, et même en ce cas, il faut le supposer voilé par les vapeurs épaisses du matin ou du soir; sans cela, on ne réussira jamais à donner dans un tableau, la plus légère idée de sa lumière resplendissante. Claude-le-Lorrain, qui l’a essayé, a bien senti la difficulté de cette entreprise; car ne pouvant imiter l’éclat de cet astre d’une manière satisfaisante, il a cherché à rendre par des équivalens l’effet que produit leblouissement sur les corps opposés à une lumière trop vive pour être fixée un seul instant. On trouve dans ses beaux tableaux les résultats des observations très curieuses qu’il avait faites sur ces effets, d’après nature, et dont il a tiré le meilleur parti possible.
On ignore si Claude-le-Lorrain a connu les écrits de Léonard de Vinci, mais on pourrait croire que la plupart de ses tableaux sont peints sous la dictée de ce grand homme. On peut assurer que l’un et l’autre avaient bien étudié la nature.
(i) Idem , chap. cxxxi.
(a) Idem , chap. lxxxi et cccxxxii.
(3) Idem , chap. cccxxxix.
(4) Idem , chap. clxi.
PERSPECTIVE AÉRIENNE