‹ Application de la perspective linéaire aux arts du dessinChapitre 3 sur 160 · FRONTISPICE · texte numérisé non relu

FRONTISPICE

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PRECIS

L HISTOIRE DE LA PERSPECTIVE

POUR SERVIR D’INTRODUCTION A l’ÉTUDE DE CETTE SCIENCE.

On est réduit à former des conjectures sur l’origine de la Perspective. Peut-être l’Égypte, qui fut le berceau des sciences et notamment celui de la Géométrie, vitelle aussi naître la Perspective; peut-être les prêtres d’Isis qui, dans l’initiation de leurs mystères, avaient réuni tout ce qui pouvait surprendre, ravir, exalter l’imagination, comptaient-ils déjà au nombre de leurs prestiges ce bel art, dont les effets sont si subits et si frappans, par les illusions qu’il produit sur le plus délicat de nos organes; mais nous n’avons aucune donnée, aucune autorité, pour appuyer cette conjecture.

C’est en Grèce que l’on trouve les premières traces de la Perspective; là, on la voit dès son enfance adoptée par la Géométrie cpii , pour assurer sa marche encore incertaine , lui donne la précision pour guide; on la voit déjà compagne inséparable de la Peinture qui, par son secours, s’élève vers la perfection.

On nous a conservé la mémoire des premiers essais connus de la Perspective ; le théâtre , alors naissant , les offrit aux regards des anciens Grecs , delà cette science prit le nom de scénographie.

Vitruve nous apprend (i) que dans Athènes, pour la première fois, Eschyle mit la tragédie au théâtre, et qu’Agatharque eut recours à la Perspective pour ajouter à l’effet des peintures de la scène; qu’il en laissa un traité, d’après lequel Démocrite et Anaxagore écrivirent sur le même sujet pour démontrer comment on peut

(1) Liv. vu , Préface.

PRÉCIS

faire concourir à un certain centre , des lignes correspondantes aux rayons qui s’étendent de 1 œil aux objets naturels (i), et, par cette illusion , donner une apparence de réalité à des édifices qui ne sont que figurés sur des surfaces planes vues de front, et qui, néanmoins, paraissent les uns saillans ou approchés, les autres fuyans ou éloignés.

Vitruve nous offre un autre exemple de la Perspective des anciens (2) : il décrit une décoration peinte par Apaturius dans la ville de Thrace sur un petit théâtre; il en blâme d’abord la composition , mais il dit ensuite que l’aspect de cette décoration flattait agréablement la vue , par son relief ou ses saillies apparentes .

Pline l’Ancien , Quintilien, Philostrate et quelques autres, nous ont transmis les noms de plusieurs peintres qui ont pratiqué la Perspective et le récit des effets qu’elle produisait.

Selon Pline, Pamphile d’Amphipolis fut le premier qui réunit l’étude des lettres et des sciences à celle de la Peinture; il s’attacha surtout à la Géométrie sans laquelle il soutenait que l’art de peindre ne pouvait arriver à sa perfection.

Pamphile confondait vraisemblablement sous une même dénomination la Perspective et la Géométrie qui l’enseigne , sinon , quel autre secours cette dernière science pouvait-elle offrir à la Peinture?

Pline dit qu’Apelles , qui fut disciple de Pamphile , convenait qu’Amphion le surpassait pour l’ordonnance, et Asclépiodore pour les mesures et la distance (3) relatives qu’il fallait mettre entre les figures dans un tableau; or, ces mesures et cette distance dépendent de la Perspective.

Le même Pline, d’après Varon, parle de Sérapion qui faisait des tableaux d’une si grande dimension , qu’une seule de ses compositions couvrait la face entière d’un édifice; il dit qu’il excellait surtout à peindre des scènes théâtrales, mais que son talent l’abandonnait quand il voulait peindre une figure humaine.

Après avoir cité Marcus Ludius qui peignit l’ancien temple des Ardéates, Pline parle d un autre Ludius qui , sous Auguste , imagina de décorer de peintures , 1 intérieur des vestibules et des appartemens ; il y représenta des maisons de campagne, des portiques, des jardins, des piscines, des canaux, etc. Après avoir

(1) Opinion de Platon sur la vision.

(2) Préface du liv. vu.

(3) Technique.

DE L’HISTOIRE DE LA PERSPECTIVE

fait une longue énumération de ces ouvrages qui ornaient les intérieurs, il ajoute que le même Ludius peignit aussi les murs extérieurs des maisons , exposés aux injures de l’air ; qu’il y représenta des ports célèbres , des villes maritimes et d’autres vues très étendues, dont l’aspect était agréable et la dépense peu considérable. (i)

Pausias de Sicyone, selon le même auteur, fut le premier qui peignit des objets en raccourci: il dit que sa manière de les représenter ainsi fut souvent imitée depuis, sans jamais être égalée ; il loue surtout une grande composition cpii décorait le portique de Pompée à Rome , et qui représentait un sacrifice de bœufs. Dans ce tableau, Pausias peignit un de ces animaux vu de front, et réussit parfaitement; de plus, loin de suivre les autres peintres, qui, pour faire paraître un corps saillant, le faisaient toujours clair et environné d’ombre , il fit son bœuf tout noir, et mit ainsi sur l’objet même, la couleur ordinairement réservée pour le fond. Effort admirable de l’art ! s’écrie Pline , d’avoir osé représenter un corps saillant vu de face et non de profil , et d’avoir développé en apparence , sur une surface unie , des formes fuyantes et comme repliées sur elles-mêmes. (2)

Pline raconte (3) un fait qui , selon lui , tient du merveilleux , et dont la Perspective eut l’honneur: il dit qu’aux jeux publics donnés par Claudius Pulcher, une des peintures du théâtre représentait une maison couverte d’un toit , et que cette imitation était si parfaite , que des corbeaux vinrent s’abattre contre cette partie de la scène , trompés par l’apparence de ces tuiles imitées.

Dans son énumération des peintres du second ordre, Pline nomme enfin Eudore qui peignit une scène théâtrale.

Philostrate , en décrivant un tableau de Ménécée , qui représentait le siège de Thèbes , donne des éloges au peintre, qui ayant bordé les murs de la ville de gens armés, expose les uns entièrement à la vue, les autres dont on ne voyait que la moitié du corps , d’autres dont on n’apercevait que le buste , ou seulement la tête , ou même enfin le cimier du casque.

(1) Les marines et paysages antiques, peints sur les murs de Pompcï et ailleurs, pouvaient être des copies d’après Ludius.

(2) C’est peut-être une imitation du bœuf de Pausias que l’on a trouvée dans une peinture des thermes de Titus, à Rome.

(3) D’après Valère Maxime. Liv. 11, chap. 4-

PRÉCIS

Ces diffërens effets, dit Philostrate, étaient produits par la Perspective, qui trompe ainsi les yeux par certains contours fuyans , qui font paraître les objets plus ou moins éloignés, (i)

Quintilien et plusieurs autres auteurs parlent aussi de la Perspective des anciens , mais les passages cités sont suflisans pour attester qu’ils font connue et pratiquée.

Cependant, fun de leurs détracteurs, Charles Perrault (2), prétend qu’ils ignoraient cet art; il fonde son opinion sur ce qu’ils ne l’ont pas observé dans les bas-reliefs de la colonne Trajane; il soutient que Zeuxis et Apelles n’ont jamais connu les règles de la dégradation, c’est-à-dire les moyens de mettre les figures à leur plan dans un tableau.

Nous ne partageons pas l’avis de Perrault ; seulement 011 peut convenir que la Perspective chez les anciens n’était pas arrivée au degré de perfection où nous la voyons aujourd’hui ; les anciens qui ne représentaient alors sur leurs théâtres et sur leurs tableaux que des objets vus de face ou de profil, n’ont pas dû chercher les moyens de les représenter sous d’autres aspects , comme le font souvent les modernes; mais pourrait-on nier qu’au besoin ils n’eussent trouvé ces moyens?

S il était nécessaire d’appuyer encore l’opinion favorable aux anciens sur la Perspective, on citerait ce passage de Platon (3), que Sallier rapporte dans sa réponse à la critique de Perrault : « Socrate, dit-il, caché sous le personnage de l’interlocuteur du sophiste , prétend que l imitation est fort loin de la vérité ; que c’est un jeu, un vain amusement; que la môme grandeur 11e nous paraît pas égale vue de près ou de loin ; que les objets nous frappent de telle ou telle manière suivant la nature des milieux à travers lesquels nous les voyons (4) ; que nos sens tombent dans l’erreur à l’égard des couleurs; que cette erreur passe jusque dans l’âme, et que la Peinture, profitant de notre disposition à être trompés, n oublie rien pour nous enchanter et nous fasciner les yeux; que les dieux, pour nous garantir de ces prestiges , nous ont accordé le secours de la règle et de la mesure; qu’en l’employant nous voyons les choses comme elles sont; que les appa-

(1) Tableaux de Philostrate.

(2) Parallèle entre les Anciens et les Modernes.

(3) Liv. x de la République.

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