‹ Application de la perspective linéaire aux arts du dessinChapitre 34 sur 160 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Une surface horizontale, située au-dessus de l’œil, paraît s’abaisser en s’éloignant (i), tel est l’effet que produit le plafond d’une longue galerie.

La même cause produit tous ces effets, c’est-à-dire, la diminution apparente de grandeur des objets et des intervalles qui les séparent, à mesure qu’ils s’éloignent de nous.

Si une ligne droite divisée en parties égales est vue de front, ses divisions paraîtront toujours égales entre elles.

Mais si cette ligne est vue obliquement , ses divisions égales paraîtront inégales. (2)

Les lignes géoinétrales parallèles entre elles, vues de front, paraissent toujours parallèles en perspective.

La perspective d’une figure plane, parallèle au tableau, est une figure semblable à 1 original. Ainsi, un carré, un cercle, un polygone parallèles au tableau, ne changent pas de figure en perspective , mais seulement de grandeur selon leur éloignement de l’œil.

Mais lorsque ces figures se présentent obliquement à nos yeux , elles paraissent différentes; le cercle a l'apparence d’un ovale (3), le carré celle d’un trapèze, etc.

U11 ligne droite qui se confond dans un rayon visuel, ne paraît à l’œil que comme un point. (4)

Une surface sur laquelle peut être couché un rayon visuel, ne paraît à l’œil que comme une ligne , parce que l’on n’en voit cpie l’extrémité qui est une ligne. (5)

Enfin, un solide qui ne présente à la vue qu’une de ses faces, ne paraît que comme une simple surface. (6)

remarques sur le point de vue et le point principal.

Lon 11e peut à-la-fois, sur un tableau, représenter un objet que dans une seule position; une action ou une scène, que dans un seul instant; un site ou une vue, que d’un seul point.

Quand on veut dessiner ou peindre d’après nature, un objet, une scène ou une vue , on se place ordinairement dans un lieu, d’où l’on puisse aisément voir

(1) Optique d’Euclide , théorèmes 11 et 14.

(2) Idem, théorèmes 4 et 5.

(3) Idem , théorème 4o.

(4) Catoptrique d’Euclide, sup. ire.

(3) Optique d’Euclide, théorème 22.

(G) Lacaii.le , Optique.

PRÉLIMINAIRES

d un coup -d’œil , sans être obligé de tourner la tête, les extrémités de l’objet ou de 1 étendue que l’on veut représenter , ensorte que l’axe du cône visuel , ou rayon principal , soit dirigé vers le milieu de cette étendue.

Il en est ainsi pour bien voir et pour juger de l’effet d’un tableau; car on se place ordinairement en face du milieu de ce tableau, à moins que quelque obstacle ne s’y oppose, (i)

Il suit de ces remarques , que tout ce qui est représenté dans un tableau doit être soumis à un seul point de vue (2) , et que le point principal doit être placé vers le milieu de l’horizon du tableau, si quelque raison particulière n’oblige à le placer ailleurs.

Par exemple, si pour orner ou agrandir en apparence le fond d’une galerie ou d’un jardin, on voulait y peindre plusieurs tableaux à côté l’un de l’autre, pour être vus d’un même lieu déterminé et pour produire ensemble toute l’illusion possible, il se pourrait que le point principal ne se trouvât ni sur l’un ni sur l’autre, mais entre deux; car il faudrait que ces Jableaux fussent subordonnés à ce seul point.

Le point principal est le point de fuite de toutes les lignes perpendiculaires au tableau.

Lorsque la position d’un édifice rectangulaire est telle que l’une de ses faces est parallèle au tableau, ce qu’il est aisé de connaître par les lignes horizontales couchées sur cette face qui sont parallèles entre elles , comme sont les corniches , cordons, appuis de fenêtres, etc. , ces mêmes lignes, en retour, couchées sur les faces fuyantes de cet édifice, représentent des perpendiculaires au tableau; elles doivent donc concourir et se réunir au point principal, qui est leur point de fuite.

Les édifices ou fabriques rectangulaires qui ornent le fond d’un tableau, peuvent être tellement disposés qu’aucune des lignes horizontales fuyantes , couchées sur leurs faces, ne tendent au point principal.

Ainsi, quoique nous ayons fait observer, qu’il est nécessaire que tous les objets représentés dans un tableau soient soumis à un seul point de vue , il 11e faut pas en conclure, que toutes les lignes horizontales fuyantes, doivent concourir au point principal.

remarques sur la distance principale.

Pour pratiquer la Perspective, la distance principale peut être donnée ou prise à volonté, ou bien indéterminée.

i i) Tel serait un reflet de lumière causé par le luisant du vernis.

(2) Léonard de Vinci, Traité de la Peinture, chap. liv.

Page 1