CHAPITRE DEUXIEME
Lorsqu’un tableau doit être peint exprès pour prolonger en apparence le fond d’une salle, d’une galerie ou d’un jardin, et que ce tableau, pour produire son effet, doit être vu d’un certain lieu déterminé; alors, la distance est donnée, mais hors ce cas, il n’existe aucune règle certaine pour l’établir.
Pour déterminer arbitrairement la distance , il faut d’abord remarquer qu’on ne peut bien voir un objet si l’on est trop près ou trop loin, et que l’effet et la grâce d’un tableau dépendent souvent du bon choix de cette distance.
L’effet désagréable que produisent quelques perspectives, vient presque toujours de la distance trop petite qui a été choisie pour les dessiner.
Les objets naturels peuvent être vus de tous les points et sous tous les aspects et paraître toujours agréables , parce qu’ils se présentent toujours directement à la vue quelle que soit leur position; ou plutôt, parce que l’on porte successivement toute son attention sur chacun de ces objets ; mais les mêmes objets représentés sur la surface d’un tableau, n’ont pas cet avantage; ils ne peuvent produire une illusion satisfaisante , si la distance , pour les bien voir et pour les peindre, n’a pas été convenablement choisie.
La distance sera suffisante si, de son extrémité qui est le point de vue, on peut aisément apercevoir à-la-fois tous les bords du tableau.
Tous les objets représentés dans un tableau doivent être surbordonnés à la même distance, et la distance peut être soumise à un objet donné.
Les peintres ne déterminent presque jamais directement la distance principale ; mais en traçant à vue sur leur tableau quelque objet régulier, dont le bon goût puisse approuver la forme, ils ont indirectement déterminé cette distance qui, alors, est subordonnée à ce premier objet; cependant elle leur est encore inconnue; quelquefois même il leur est inutile de la chercher, souvent aussi il faut la trouver pour achever une opération commencée sans elle. Dans la pratique, nous donnerons des moyens très simples pour faire cette recherche.