‹ Application de la perspective linéaire aux arts du dessinChapitre 48 sur 160 · ECHELLE PERSPECTIVE DE GERARD DESARGUES · texte numérisé non relu

ECHELLE PERSPECTIVE DE GERARD DESARGUES

La plupart des habiles peintres du siècle de Louis XIV ont fait usage de la méthode de Desargues: elle est encore employée très utilement dans certains cas.

On dit qu’il a pris la première idée de son échelle fuyante , de celle de lomaso Lauretti, peintre sicilien. Cela se peut; mais Léonard de Vinci, dans son Traité de la Peinture , avait déjà fait les observations suivantes sur lesquelles cette échelle paraît avoir été fondée.

Il dit, chap. 3aa, « qu’il a trouvé par expérience que, si la distance d’un second objet à un premier est égale à celle de ce premier objet à l’œil du spectateur, et que ces deux objets soient d’égale grandeur, le second ne paraîtra que de la moitié de la grandeur du premier, et que, si un troisième objet est éloigné du second , autant que celui-ci l’est du premier, le troisième ne paraîtra avoir que le tiers de la grandeur de ce premier ; et qu’enfin les objets diminueront ainsi à mesure que la distance augmentera proportionnellement. »

Il faut remarquer que, dans le même chapitre, Léonard dit que l’on peut faire la distance principale égale au double de la grandeur du tableau , et que cette distance est ainsi déterminée par G. Desargues.

Quelle que soit son origine, voici la méthode de Desargues.

11 propose de déterminer sur la profondeur du terrein perspectif du tableau , un nombre quelconque d’espaces parallèles à sa base , dont chacun soit égal à la distance principale, quelle que soit l’étendue de cette distance.

Pratique. — Première opération.

i° il divise l’intervalle compris entre la base et l’horizon, en deux parties égales, et, par le point de division, il mène une parallèle à l’horizon. Ce premier espace entre cette parallèle et la base est perspectivement égal à la distance.

2° Pour déterminer un second espace perspectivement égal et parallèle au premier, il divise la même hauteur comprise entre la base et l’horizon en trois parties égales; et, par le second point de division, il mène une parallèle à l’horizon: cette ligne indique la profondeur du second espace demandé.

3° 11 continue ainsi, en divisant la hauteur comprise entre la base et l’horizon en quatre parties égales, et successivement en cinq, puis en six, et toujours en augmentant d’une unité , et faisant passer une parallèle à l’horizon par l’avantdernier point de chaque division.

Ces lignes représentent une suite d’espaces parallèles entre eux, et dont chacun est perspectivement égal à la distance principale.

Desargues en augmente le nombre autant qu’il est nécessaire et possible.

DÉGRADATION LINÉAIRE

Deuxièm e opération .

Après avoir dégradé cette suite d’espaces parallèles et perspectivement égaux entre eux, et chacun à la distance principale, Desargues détermine l’étendue de cette distance , c’est-à-dire le nombre de pieds quelle doit contenir.

1 0 II divise perspectivement la profondeur de chaque espace par des parallèles à l’horizon , en ce même nombre de pieds qu’il a déterminé.

11 appelle cette dégradation de la profondeur du tableau: l’échelle fuyante.

2° Ensuite il divise la base du tableau en parties égales qui représentent des pieds, dont le nombre égale la moitié de celui que contient la profondeur de chaque espace : c’est ce qu’il appelle l’échelle de front.

3° Enfin , menant des lignes de chaque division de la base du tableau au point principal ou point de vue, selon lui, il forme une suite de carreaux , qu’il appelle treillis perspectif. Il augmente le nombre de ces carreaux autant qu’il est nécessaire et possible.

Chacun de ces carreaux, qu'il appelle petit-pied , lui sert de mesure pour déterminer les dimensions perspectives de tous les objets qu’il veut représenter sur les différens plans de son tableau.

On pourrait se servir de l’échelle de Desargues , pour mettre une sorte de dégradation aux flots de la mer, figurés dans un tableau.

On sait que Joseph Vernet soumettait à la dégradation perspective les flots qu’il représentait si bien.

Comme les flots sont extrêmement mobiles, que leurs formes et leur grandeur varient à l’infini, et qu’ils se meuvent et se succèdent sans cesse, on ne doit considérer les lignes dégradées que nous proposons d’indiquer sur le tableau, que comme des guides que l’on retrouve par intervalle, en s’écartant plus ou moins de leur rectitude.

Nous savons que, quand on peint d’après nature l’eau agitée, les flots qui vont et viennent plus ou moins rapidement, reprennent de temps à autre des formes à-peu-près pareilles à celles que l’on y avait déjà remarquées, qu’alors on saisit ces formes fugitives pour les peindre au vol , pour ainsi dire; en ce cas, toute dégradation linéaire est inutile: mais, si l’on veut les peindre dans l’atelier sur un tableau composé, et s’il faut avoir recours à la mémoire, peut-être quelques lignes perspectives ne seront pas inutiles pour donner à la représentation de la mer son apparence horizontale.

Nous terminerons ce chapitre, en donnant un moyen pour retrouver, sur un tableau , les contours des édifices ou des corps rectilignes qui , ayant été tracés , seraient effacés par quelque accident.

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