‹ Application des sciences à la médecineChapitre 11 sur 69 · DEPUIS GALIEN JUSQU'A VESA LE · texte numérisé non relu

DEPUIS GALIEN JUSQU'A VESA LE

niveau du canal de l'urèthre pour l'extraction d'un calcul :

Or, dit-il, on place une ligature en arrière, afin que le calcul ne retourne pas sur ses pas, et l'on en place une en avant, après avoir attiré la peau sur le gland, pour qu'après la sortie de la pierre, la peau du prépuce déliée revienne sur elle-même et couvre l'incision.

Les Arabes, après la prise d'Alexandrie par Ammon (610), ne conservèrent de la belle bibliothèque de Cléopâtre que les ouvrages de médecine, dont ils donnèrent des traductions ou de simples versions. D'après les recherches de M. Renan, il paraît certain que les livres grecs furent d'abord traduits par les Persans, les Hébreux et les Syriens. Les Arabes se sont appliqués surtout à traduire ces derniers.

La science, dont les Arabes restèrent quelque temps les dépositaires, fit peu de progrès entre leurs mains. La loi leur défendait de toucher aux cadavres, et ils considéraient comme une sorte de déshonneur de pratiquer les opérations chirurgicales. Rhasès se plaint, en effet, qu'on confiât ce soin aux esclaves. Cependant ils eurent de nombreuses écoles, très-florissantes, en Asie et surtout en Espagne : Cordoue (1), Grenade, Tolède, Séville, Valence, Malaga. Parmi les principaux médecins arabes, nous nommerons Rhasès, qui professa à Bagdad et àCordouevers l'an 900. C'est un compilateur de Galien ; mais il a distingué anatomiquementle spinaventosa, qu'il fit connaître, de la paedarthrocace. C'est à Aétius ou à lui qu'on attribue l'invention du selon. Il a inventé aussi un instrument propre à relever la luette. Avicenne, Albucasis, Averrhoës, ne furent également que des compilateurs.

Vers cette môme époque, Salerne, qui fut connue d'abord comme station d'hiver, devint un centre d'étude important.

Le collège de Salerne, fondé par Charlcmagnc en 802, et désigné quelque temps après sous le nom d' Ecole de Salerne, fit un instant renaître le culte de l'anatomic ; mais là aussi on en était réduit à étudier cette science sur le cochon. Cette école s'appliqua surtout à conserver le dépôt des connaissances acquises en traduisant les Grecs et les Arabes ; mais par ellemême elle ne réalisa aucun progrès. On ne peut pas considérer comme tel le code empirique que cette école nous a laissé en vers latins.

(1) La bibliothèque de Cordoue renfermait 60,000 manuscrits.

DÉVELOPPEMENT DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE DEPUIS VÉSALE JUSQU'A HARVEY.

André Vesale, de Bruxelles (1514), eut le courage de montrer les erreurs de Galien. Il eut aussi le talent de faire mieux qu'on n'avait fait jusqu'à lui. Sa supériorité lui procura beaucoup d'ennemis. Les plus acharnés furent Eustache,àRome,et Jacques Sylvius, à Paris, qui ne l'appelait que Vesanus.

Yésale disséqua beaucoup de cadavres humains, ce dont on s'aperçoit à l'exactitude des dessins qui composent son bel atlas d'anatomie. On trouve dans cet atlas une description à peu près complète de toutes les parties du corps humain. L'ostéologie est remarquablement bien traitée ; on y trouve toutes les particularités qu'on a si minutieusement décrites depuis ; les os sésamoïdes sont indiqués. Nous observerons seulement que Yésale ne connaissait que Venclume et le marteau, et qu'il n'a point parlé du limaçon ni des canaux demicirculaires. Par contre, il a rangé parmi les èlres de raison l'os du cœur décrit par Galien et ses successeurs. Quant à l'os incorruptible et incombustible, qu'on disait devoir être le point de départ de la résurrection, il laissa aux théologiens le soin d'en discuter l'existence.

La myologie est exposée avec non moins de soin. Cependant il a décrit des muscles qui n'existent pas (les muscles intérieurs du nez), et il en a omis quelques-uns dont il ne connaissait pas l'existence. Yésale était persuadé que les mouvements ne sont possibles qu'avec le concours des muscles. C'est pourquoi il les suit avec un ordre méthodique dans les membres comme dans les vaisseaux et les viscères. Quelques-unes de ses descriptions, par exemple celle des muscles du fascia lata, sont de vrais modèles. Plein de sollicitude pour ses élèves, Yésale décrit également la manière de disséquer les muscles, de préparer les ligaments et les différentes parties du squelette.

1/angéiologie est la troisième partie de l'ouvrage de Yésale. Il admettait trois ordres de fibres dans les parois des veines : les unes longitudinales, les autres transversales, les autres obliques. Cannatus, dit-il, lui avait montré les membranes intérieures des veines (valvules).

La neurologie est remarquablement bien exposée pour l'époque. Cependant Vésale n'a pas connu les nerfs olfactifs, qui avaient déjà été décrits; il n'a pas connu non plus le grand sympathique et n'a décrit que sept paires de nefs cérébraux. Il a été bien plus précis dans la description des nerfs vertébraux et dans celle de Yencéphale, en général et en particulier.

La splanchnologie forme la dernière partie de l'ouvrage. Les viscères de l'abdomen, y compris les organes de la génération, sont décrits dans le dernier chapitre. L'épiploon avec ses appendices, l'appendice cœcal, le mésentère, les glandes intestinales et celles de l'estomac sont parfaitement exposés. La description du foie et de la rate laissent beaucoup à désirer ; la description du cœur est beaucoup plus exacte que celle de Galien. Vésale nie l'existence d'un trou sur la cloison des ventricules, contrairement à ce que disait Galien. La description du muscle cardiaque, celle de ses cavités, de ses valvules, est si parfaite, que Sénac, très-compétent en la matière, a pu dire : « Vésale, en la fournissant, a donné un exemple presque inimitable. » Vésale a fait de la méthode expérimentale au point de vue de la physiologie. Il savait que le sang est poussé dans les artères par le ventricule gauche; il a lié les artères et, enfin, il a pratiqué la respiration artificielle sur un chien qui venait de mourir. Vésale, en un mot, est une des plus grandes figures du XVIme siècle, car il a contribué plus que tout autre à la restauration et aux progrès de l'anatomie.

Cependant il ne faudrait pas croire que l'impulsion extraordinaire donnée à cette époque aux études anatomiques fut le fait d'un seul homme. Les erreurs de Galien commençaient à fatiguer l'esprit, et l'aiguillon de la curiosité scientifique ne tarda pas à pousser les savants de tous les points du globe vers de nouvelles recherches.

Jean Fernel, né à Montdidier en 1 486, emprunta beaucoup aux Arabes ; mais sa description des ligaments de Y épine, du carpe, du métacarpe et de la hanche, est entièrement neuve. Sa description des veines et des artères prouve qu'il avait disséqué des cadavres.

Jean de Vigo, né à Gênes en 1504, fut surtout grand chirurgien. Dans son traité de chirurgie, nous trouvons une pensée

dont la vérité sera démontrée plus tard : « Le cerveau de l'homme, dit-il, est beaucoup plus grand que celui des autres animaux ; c'est peut-être pour cela cpu'il a la raison en partage et qu'il est le roi de tous les animaux qui sont sur la terre (1). »

Achillinus, né à Bologne en 1463, est un des meilleurs anatomistes de la Renaissance. Parmi les choses qu'il a décrites un des premiers, nous mentionnerons le marteau et Y enclume, la valvule du caecum } le canal cholédoque, la terminaison de la moelle épinière à la première vertèbre lombaire. C'est lui qui a donné au col de la matrice le nom de museau de tanche.

J. Bérenger de Garpi, né à Carpi vers 1518 environ, ne fît pas de découvertes ; mais il disséqua beaucoup de cadavres ; il publia des planches d'anatomie représentant les muscles, et concourut ainsi à la restauration des études anatomiques. 11 professa à Pavie et à Bologne.

Michel Servet, né à Villanueva d'Aragon en 1509, fut, avant tout, théologien et réformateur. C'est dans un traité de théologie, Christianismi restitutïo, que Servet a exposé ses idées sur la circulation du sang. Il reconnaissait dans le corps humain trois sortes d'esprits : le naturel, qui circule dans les veines; le vital, qui circule dans les artères, et Y animal f qui réside dans le cerveau et les nerfs. Ceci est du Galien tout pur. Mais il dit plus que Galien lorsqu'il avance que le sangest porté du ventricule droit dans les poumons par l'artère pulmonaire, et que les rameaux de la veine pulmonaire s'abouchent avec les rameaux de cette dernière pour en recevoir le sang et le porter dans le ventricule gauche, qui se dilate pour le recevoir. Servet appuie son raisonnement sur les dimensions de l'artère pulmonaire, qui ne seraient pas si grandes si cette artère n'avait pour mission que de transporter le sang nécessaire à la nourriture des poumons. Ce passage prouve incontestablement que Servet a eu connaissance de la petite circulation , et que, s'il a été le successeur le plus éclairé de Galien, il a été le prédécesseur immédiat de Harvey.

(I) Portai., Histoire île l'anatomie et de la chirurgie, t. I", p. 2'i8.

DEPUIS YESALE JUSQU'A HARYEY. 53

Gabriel Fallope, né à Modène vers l'an 1190, professa à Pise et à Padoue. Haller le regarde comme un de ceux qui ont répandu les premières lumières sur l'ostéologie et l'angéiologie. Il a découvert Yétriér ; mais il eut la modestie d'attribuer la priorité de l'invention à Ingrassias. Fallope s'est appliqué à décrire les parties qui avaient été négligées par Vésale. L'oreille lui fournit un vaste butin. Il décrit l'oreille moyenne sous le nom de tambour; il y trouve trois ourlets et un filet, qu'il désigne sous le nom de corde du tambour. Il décrit également la fenêtre ronde et la fenêtre ovale, l'une conduisant dans le labyrinthe et l'autre dans le limaçon. Suit la description de Yaqueduc de Fallope, celle des canaux demi-circulaires et celle du limaçon, qu'il désigne ainsi à cause de ses contours. Fallope a très-bien compris la marche des ondes sonores à travers la chaîne des osselets. Toutes les parties de l'anatomie ont été exposées par cet illustre anatomiste avec non moins de talent qu'il n'en a montré dans la description de l'oreille ; le premier, il a décrit le ptérygoïdien interne, le releveur du palais, le géniohyo'idien, le droit antérieur de la tète, et, si on lui a attribué à tort l'invention des trompes de Fallope, déjà décrites par Hérophile et Rufus,il n'est pas moins vrai qu'à cette époque on ne les connaissait pas, et que, de ses contemporains, c'est lui le premier qui en a parlé.

Rondelet, né à Montpellier en 1507, eut une telle passion pour l'anatomie qu'il fit porter le cadavre d'un de ses enfants dans l'amphithéâtre des écoles pour en faire l'ouverture. On lui attribue la découverte des vésicules séminales, celle de la valvule du colon et la poulie de l'œil ; mais on lui a contesté, peutêtre avec raison, le mérite de ces inventions.

Coiter, né à Groningue en 1534-, fut élève de Fallope, d'Eustache et d'Arantius. Il s'occupa beaucoup d'ostéogénie et prépara des squelettes de fœtus et d'enfants pour les comparer aux squelettes des adultes. Il rechercha les causes des maladies dans les lésions cadavériques et découvrit, entre autres faits, qu'un malade qui avait succombé à des accidents nerveux avait de la pituite dans les ventricules du cerveau ainsi que dans la cavité située entre la dure-mère et la piemère spinales. Il a aussi établi la relation qui existe entre

l'ictère et la présence de calculs dans le foie. Il pratiqua aussi des visisections et reconnut, par ce moyen, que la systole et la diastole ventriculaires alternent avec celles des oreillettes.

Ingrassias, né à Palerme en 1537, professa à Naples. Commentateur zélé de Galien , on lui doit néanmoins des découvertes originales en anatomie. Les- apophyses qui portent son nom étaient connues de Galien ; mais il a inventé Yétrier, que Golombus et Eustache prétendirent, mais à tort, avoir découvert les premiers. Il semble môme, d'après ses planches, qu'il connaissait le muscle du marteau.

Columbus, né à Crémone en 1539, professa à Padoue, à Pise et à Rome. Il publia un traité d'anatomie en quinze livres, qui eut plusieurs éditions de son vivant. On y remarque principalement la description des os et des ligaments. Il prétend, à tort, avoir découvert Yétrier; mais il est certain qu'il a donné le premier une bonne description du péritoine et de ses redoublements, ainsi que de la plèvre, dont l'adossement forme le médiastin. Il a également découvert quelques muscles, les sourciliers, les pyramidaux du nez; il a parlé des gaines cellulaires des tendons, qu'il désigne sous le nom de bourses; le système nerveux a été étudié par lui avec soin, et il a formulé cette idée, essentiellement physiologique, que les nerfs sont les canaux par lesquels les muscles reçoivent la force motrice et qu il ny a point de muscle qui n'ait ses nerfs. Columbus a parlé de la petite circulation à peu près clans les mêmes termes que Servet. Du cœur droit, il suit le sang dans les poumons, et de là dans le cœur gauche. Nous devons dire, cependant, qu'il a parfaitement compris et bien décrit le rôle des valvules artérielles et veineuses à l'origine du cœur.

Eustache, né à San-Severino en 1558, professa à Rome. Plusieurs de ses ouvrages ont été perdus, et, en particulier, le traité de Cont?'ove?'siïs anatomicorum. C'est peut-être l'anatomiste qui a découvert le plus de faits pendant la période qui nous occupe. Il a découvert les capsules surrénales. La description gravée sur cuivre qu'il donne des reins est admirable; il y compare les conduits urinaires à des cheveux très-fins. Il a découvert aussi les nerfs qui proviennent du plexus mésenté-

rique. Alcméon avait bien dit que les chèvres respirent par les oreilles ; mais Eustache est le premier qui ait décrit les trompes qui portent son nom, sans qu'il ait osé prétendre que nous respirons par ce canal, même après la rupture du tympan. La découverte de Yétrier, qu'il revendique pour lui, doit être attribuée à Ingrassias, d'après le témoignage de Fallope, intéressé lui-même dans la question.

Eustache a décrit le premier, et de la façon la plus complète, la veine coronaire du cœw3 qui, dit-il, présente une valvule placée à son orifice dans le cœur. Nous lui devons encore l'invention de la valvule de la veine cave. Il a également découvert le canal thoracique sur le cheval, et il en a donné la description jusque dans la veine sous-clavière.

Eustache adonné encore une excellente description des dents, de leur développement et du follicule dentaire. Contrairement à ses devanciers, il admit dix paires de nerfs cérébraux et trente paires de nerfs vertébraux. Sous le nom de nerf intercostal, il a décrit le grand sympathique avec plus de précision qu'on ne l'avait fait; il a poursuivi son origine jusqu'à la sixième paire cérébrale. Toutes les découvertes dont nous venons de parler sont tracées sur de belles planches gravées sur cuivre. On y trouve aussi la description de toutes les parties du corps humain. Eustache est, sans contredit, le plus grand anatomiste de ce temps-là, car il ne s'est pas borné à décrire en gros : il a eu l'ambition des détails, et celle, plus difficile, de pénétrer le secret de la structure intime des tissus. On ne peut qu'admirer l'ingéniosité avec laquelle il préparait les pièces anatomiques, par macération, par dessiccation, par injections ; il a même eu recours à des combinaisons de verres pour grossir les parties qu'il voulait étudier.

Fabrice d'Aquapendente , né à Aquapendente en 1537, professa à Padoue. Élève de Fallope, il a démontré, mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, la structure des valvules des veines ; il a découvert le muscle externe du marteau. Son anatomie comparée du larynx est merveilleusement bien exposée ; mais il a cru que les bêtes ont un langage qu'il est donné à quelques personnes de comprendre. Il a très-bien compris et décrit le mécanisme du saut, du vol, de la nage. Il a vu que l'épidermc est composé d'écaillés, et il a reconnu que la cor-

née est composée de plusieurs lames dont l'extérieure appartient à l'épiderme.

Arantius, né à Bologne vers l'an 1530, professa dans cette ville. On a de lui un traité, excellent pour l'époque, sur le fœtus humain, où il entre dans les plus grands détails sur la structure de la matrice, du placenta et des membranes du fœtus. On lui doit quelques découvertes en myologie, telles que Y extenseur propre de l'index, le constricteur du vagin. En physiologie, il a soutenu les idées de Columbus sur la petite circulation.

Varole, néàBologneenl543, mourut à Rome à l'âge de trentedeux ans, étant déjà premier médecin du pape Grégoire XIII. Comme Descartes, il mit l'étiquette du doute sur toutes les choses qu'il avait lues, et voulut tout voir par lui-même en commençant par le cerveau. Nous lui devons une connaissance plus exacte de l'origine des nerfs optiques, des nerfs moteurs oculaires communs et du nerf olfactif. Sa description du cerveau est beaucoup plus complète que celles de ses prédécesseurs, et il avait bien saisi le principe de sa structure, car il compare le cerveau à une écorce qui enveloppe les ventricules. La description des ventricules, et celle des plexus choroïdes, est tout à fait remarquable. Avec beaucoup de raison, il fait commencer la moelle au-dessous des ventricules du cerveau et jette le pont de Varole par-dessous la protubérance. Varole a découvert le muscle de rétrier. Il a comparé le mécanisme de la production de la voix à celui de la production du son dans les tuyaux à bouche de l'orgue. Ce fut plus tard l'opinion de Dodart, Longet, etc.

Sarpi ou Fra Paolo, né à Venise en 1555, fut élève de Fabrice d'Aquapendente ; on lui attribue à tort la découverte de la circulation du sang

rv

Jean Keppler, né à Wiel en 1571, beaucoup plus connu par ses travaux astronomiques, s'est occupé de l'œil en physicien et en physiologiste. Contre le sentiment de ses contemporains, il prétendit que la rétine est le véritable organe de la vue et que le cristallin fait l'office d'une lentille biconvexe

dont il définit le foyer. 11 a fait voir que les procès ciliaires s'éloignent dans quelques circonstances de la rétine et du cristallin.

Riolan, né à Paris en 1577, considéra l'anatomie comme la base essentielle de la médecine, et son enthousiasme pour cette science était si grand qu'il déclarait qu'il était permis de disséquer des hommes vivants. Passionnément épris des anciens, il vit souvent par leurs yeux ; mais il a découvert les appendices graisseux du colon ; il a donné des noms aux canaux cystique et hépatique, ainsi qu'à la plupart des muscles de la mâchoire inférieure, du larynx et du pharynx. Il a consacré un traité aux préparations anatomiques dans lequel il expose son système pneumatique, qui consiste à insuffler de l'air dans les canaux pour les gonfler et les rendre sensibles à la vue'. C'est ainsi qu'en insufflant la veine ombilicale, il remplissait d'air toutes les veines et les artères du corps. Malheureusement Riolan fut un des antagonistes les plus sévères de Harvey ; mais toute supériorité excitait son esprit satirique. On peut lui appliquer le proverbe, dont il usait souvent : « Chacun a son vercoquin dans la tête, » avec d'autant plus de raison qu'il admettait la formation des vers dans le cerveau. II ne parlait pas naturellement de ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Spigelius, né à Bruxelles en 1578, professa à Padoue. Il publia un traité d'anatomie où les descriptions sont faites avec ordre et précision, et où, surtout, la nomenclature reflète bien les connaissances du temps. Il n'a fait aucune découverte originale. Le petit lobe du foie, qui porte son nom, avait été découvert par Eustache.

Asellius, né à Crémone en 1581. Hippocrate, Érasistrate, Galien, avaient simplement indiqué les chylifères. Asellius en donna une description complète, et, s'imaginant les avoir inventés, il les appela vaisseaux lactés. Il eut le tort de les faire aboutir au foie. Cependant Eustache avait déjà découvert le canal thoracique.

Follius, né à Modène en 1615, professa l'anatomie à Venise. Il a laissé une bonne description de l'oreille, dans laquelle

on trouve signalés, pour la première fois, l'apophyse grêle du marteau, l'os lenticulaire et la cloison qui sépare le limaçon en deux rampes.

La physiologie ne suit pas parallèlement les progrès de l'anatomie. Un organe peut être découvert depuis longtemps sans qu'on en connaisse les vrais usages. C'est ce qui est arrivé pour le cœur et pour les vaisseaux. Cet organe fut connu de tous les temps, et il faut arriver au dix-septième siècle pour connaître enfin la fonction qui lui a été dévolue. La découverte de la circulation fut préparée avant son éclosion complète par des acquisitions de détail. Servet, comme nous l'avons vu (page 52), découvrit la petite circulation.

Césalpin, né à Arezzo en 1571, découvrit la petite circulation après Colombus et Michel Servet. Il compare le cœur au soufflet des instruments, qui pousse le sang comme l'autre pousse l'air, et il dit dans le traité Quxtionum medicarum, page 23-i, que la circulation du sang dans les veines est démontrée par le gonflement qui se produit au-dessous de la ligature du bras quand on veut saigner. Dans un autre traité [de Planta), il ajoute que le sang, conduit au cœur par les veines, y reçoit sa dernière perfection, et que, cette perfection acquise, il est porté par les artères dans tout le corps. Césalpin ne croyait pas au passage de l'air dans le cœur par les veines pulmonaires. Si l'on s'en tenait à ces passages, nul doute que Césalpin n'eût découvert la grande circulation ; mais, si l'on consulte les nombreuses contradictions éparses dans son livre, on reste convaincu qu'il eut une idée de la circulation, bien que cette idée ne fût pas suffisamment claire dans son esprit pour y tenir la place d'une vérité. L'honneur de la découverte complète appartenait à un médecin anglais, à Harvey.

DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE A LA MÉDECINE

Cette période est une des plus intéressantes pour le penseur. Le bon sens, l'observation sérieuse, s'y trouvent en présence avec les excentricités les plus folles que l'esprit humain puisse imaginer. Les études anatomiques sont remises en honneur, il est vrai ; mais ces efforts dans la bonne voie eurent peu de retentissement dans la pratique médicale du temps.

Le cerveau et les nerfs furent mieux connus, la petite circulation fat découverte, le canal thoracique dévoila l'existence d'une humeur autre que le sang et prépara ainsi la connaissance de la nutrition; mais tout cela ne pouvait servir qu'à stimuler le goût des recherches, sans profiter beaucoup à la pratique de l'art. C'est ce que nous remarquons, en effet, dans l'examen des travaux des médecins qui datent de cette époque.

Au milieu des épidémies de lèpre, de syphilis, de coqueluche, de suette, qui affligèrentle quinzième siècle, la conservation de la santé devint une des préoccupations dominantes, et l'on vit surgir une nuée de charlatans qui, sous les noms d'alchimistes, devins, francs-maçons, théosophes, et, au nom de Dieu ou au nom du diable, exploitèrent la crédulité publique.

Phi lippe - Aur èle - Théophraste - Bombast Par acels e ,

né à Einsilden (Zurich) en 1493, est le type de ces charlatans. Il eut le mérite de réunir en corps de doctrine toutes les extravagances de ses prédécesseurs.

Fracastor, né à Vérone en 1483, ne mérite pas d'être rangé parmi ces derniers; mais, par son livre de Sijmpathia et Antipathia, il doit être considéré comme le précurseur de Mesmer et autres.

Pendant le quinzième siècle, les travaux des médecins se réduisent à des commentaires sur Galien et les Arabes. Dans le siècle suivant, Galien perd de son autorité. Compromis par les rodomontades de Paracelse, qui brûlait publiquement ses œu-

vres, critique par Vésale, Galien n'est plus infaillible, et les Arabes, ses commentateurs, ne sont plus considérés que comme des copistes.

Jean Argentier de Castel-Xuovo, 1513, refuse d'admettre les nombreux esprits de Galien et n'en adopte qu'un.

Laurent Joubert, né à Valence en 1559, professeur h Montpellier, réduisit également le nombre des forces de Galien et enleva la force médicatrice à la domination de l'âme pour la soumettre aux lois de la nature, en la considérant comme une sorte de réaction. Ce même professeur refusa d'admettre, avec Galien, que le pus fût un résultat de la putréfaction. Enfin, la prise de Constantinople par les Turcs fait refluer vers l'Occident tous les savants grecs, qui apportent avec eux le précieux dépôt des connaissances médicales, et, dès lors, Galien n'est plus qu'au second plan.

Hippocrate prend le premier, et ses œuvres, interprétées, traduites, commentées, deviennent le guide de tous les médecins.

Duret, né à Baugé-la-Yille en 1527, Foës, né à Metz en 1528, traduisirent les œuvres du Père de la médecine et préparèrent ainsi des modèles précieux qui furent suivis par les médecins et chirurgiens de cette époque. Nous en signalerons quelquesuns.

Lanfranc, né à Milan en 1395, remarqua le premier que, dans les blessures d'artères, le sang sort par jets. Il proposa aussi la ligature bout à bout d'un nerf coupé pour conserver la motilité et la sensibilité.

Jean de Vigo recommande, à l'exemple d'Albucasis, la ligature des artères dans les hémorrhagies. Il fut un de ceux qui préconisèrent les frictions mercurielles contre la syphilis « jusqu'à un léger agacement des dents avec salivation ». Son emplâtre est encore journellement employé.

Marianus Santus, né à Borletta en 1539, s'occupa beaucoup de lithotomie, et a donné une belle description du grand appareil. Pour expliquer, par les mathématiques, les

effets de la saignée, il fit graver un parallélogramme avec ses diagonales.

Ambroise Paré, né à Laval en 1509, ne s'est jamais attribué l'invention de la ligature des artères, qui avait déjà été proposée par Albucasis et J. de Vigo ; mais il a laissé un très-bon traité sur les plaies par les armes à feu.

Ambroise Paré raconte lui-même qu'il appliqua, pour la première fois, la ligature des artères après l'amputation, sur le chevalier de Rohan, après s'être souvenu que Celse et Paul d'Égine avaient recommandé la ligature dans les plaies.

Amatus Lusitanus, né à Gastclbianco (Portugal) en 1511, cultiva l'anatomie pathologique. Il fut sectateur enthousiaste d'Hippocrate"; mais, un peu trop crédule, il accorda un grand rôle au nombre sept dans les crises.

Rember Dodoëns, né à Malines en 1519, publia un grand nombre d'observations d'anatomie pathologique.

Nicolas Massa, né à Venise en 1532, fut bon anatomiste; mais il est surtout connu par son traité de Morbo gallico, où il donne d'excellents préceptes pour la curation de la syphilis. Il voulait qu'on fît les frictions mercurielles de loin en loin, afin d'éviter la salivation.

Forestus, né à Alcmacr en 1532, fut un très-bon observateur. Les efforts qu'il fit pour établir la séméiotique sur l'inspection des urines ne lui réussirent guère, et il réduisit luimême ce procédé à sa juste valeur.

Fernel, né à Montdidier en 1180, fut un des premiers qui secouèrent le joug de Galicn. Il fut très-bon praticien et fit connaître de nouvelles altérations pathologiques.

Prosper Alpin, né à Marostica en 1553, très-connu par son traité de Medic'ina Egyptiorum, publia également un traité sur les signes diagnostiques et pronostiques d'après les idées d'Hippocrate.

Botal, né à Asti en 1501, exerça la médecine à Paris.

Pendant que l'Académie purgeait outre mesure, Botal se mit à saigner en toute occasion, ce qui lui donna beaucoup d'ennemis. Il n'était pas fort en anatomie, et, bien que le trou qui fait communiquer les deux oreillettes dans le fœtus porte son nom, il n'en est pas l'inventeur. Galien (livre XV, chap. vi, de Usu partium) l'avait déjà décrit.

Sanctorius, né à Venise en 1561. Ce médecin fit entrer la précision mathématique dans la pratique de la médecine ; il pesait la transpiration du corps avec des balances, et il était parvenu à constater que, si l'on introduit huit livres d'aliment dans le corps, on en perd cinq livres par la transpiration. 11 avait constaté aussi que les excrétions se suppléent. C'est ainsi que l'urine devient moins abondante quand on transpire beaucoup. Le premier, il appliqua la thermométrie à l'étude de la température dans les maladies, et il fit aussi construire un putsiloge pour connaître la durée des battements du pouls.

Csesar Magatus, né à Bologne en 1579, fit des études remarquables sur l'influence de l'air sur les plaies. Il s'éleva contre les pansements fréquents, prétendant que le pus est la matière de la cicatrice. On ne peut s'empêcher de voir en lui le précurseur des opérations sous-cutanées.

Si nous en exceptons la ligature des artères, qui est une des plus belles applications de l'anatomie et de la physiologie à la pratique chirurgicale, les applications anatomo-physiologiques sont à peu près nulles durant la période que nous venons d'esquisser.

La caractéristique essentielle de ce moment de l'histoire de la médecine, c'est le culte de la littérature médicale poussé à l'extrême. Non contents de posséder les livres de l'école de Salerne, les travaux de Dioscoride, de Celse, de Galien, de Soranus, les médecins traduisent Hippocrate sur le texte grec et les Juifs inondent tout l'Occident de traductions arabes.

Ce grand mouvement des esprits fut le signal d'une véritable révolution et le premier pas dans la voie qui devait y conduire. L'audace de Paracelse, brûlant publiquement les livres d'Hippocrate et de Galien, ne prouvait rien; mais des observations rigoureuses, recueillies avec indépendance par un

grand nombre d'observateurs, devaient porter atteinte aux explications théoriques et ébranler profondément la confiance aveugle qu'on avait professée jusque-là pour les anciens.

Cette révolution ne s'accomplit pas en un jour; mais on la voit commencer cà partir de ce moment.

En résumé, si nous n'avons pas pu enregistrer durant cette période de nombreuses applications de l'anatomie et de la physiologie à la médecine, nous sommes autorisé à dire que les travaux anatomiques, fécondés par une observation plus intelligente des maladies, préparaient cette application d'une façon très-efficace.

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