HARVEY
Né àFolkton, en 1578, Harvey voyagea d'abord en France, en Allemagne, en Italie, pour s'instruire. Il suivit pendant quatre ans les leçons de Fabrice d'Aquapendente, à Padoue, et c'est là, sans doute, qu'il eut connaissance de la petite circulation découverte par Michel Servet, Columbus et Césalpin. Ceci est d'autant plus vraisemblable, qu'il n"a point cité ces auteurs. Quoi qu'il en soit, de retour en Angleterre, Harvey ne tarda pas à publier sa découverte ; il l'appuie , d'ailleurs , non sur des raisonnements, mais sur des vivisections bien dirigées. Il montre d'abord sur l'animal vivant : 1° que la pointe du cœur se relève et frappe les côtes ; l2° qu'il se contracte dans toutes ses dimensions ; 3° qu'il se durcit. En même temps que les ventricules se contractent, les artères se dilatent, et leur dilatation se fait lorsque les oreillettes se contractent.
L'interprétation de ces faits conduit Harvey à expliquer la circulation de la manière suivante : l'oreillette se contracte et pousse le sang clans les ventricules qui se distendent, et le cœur vient frapper les côtes par sa pointe. Après leur distension, les ventricules se contractent et poussent le sang, le droit dans l'artère pulmonaire, le gauche dans toutes les artères du corps. Harvey démontre la circulation du sang dans les vaisseaux par la ligature; il démontre par le même moyen le passage du sang des artères dans les veines. Dans ses démonstrations, Harvey n'a pas manqué de faire intervenir le véritable usage des valvules du cœur et des vaisseaux.
Harvey ne s'est pas borné à la découverte de la circulation ; il a constaté expérimentalement que le cœur est Yultimum moriens, et que le mouvement des oreillettes continue longtemps après la cessation des contractions ventriculaires ; il a constaté aussi que le cœur pouvait recouvrer ses mouvements après avoir cessé de battre, si on l'excitait par la chaleur ou si on injectait du sang dans ses cavités.
Le Traité de la génération de Harvey est recommandable à tous égards. Il y professe l'opinion que les vivipares proviennent d'un œuf placé dans le corps de la mère. D'autres expériences lui démontrèrent que le cœur, le cerveau, la moelle, sont insensibles.
La découverte de la circulation est un fait immense dans les annales de la science. Mais un fait comme celui-là ne s'improvise pas d'emblée, quel que soit le génie de l'homme, pas plus qu'il ne donne immédiatement les nombreuses conséquences qu'il porte en germe.
C'est à ces deux points de vue que nous allons examiner la découverte de Harvey, afin de bien préciser l'influence des progrès de l'anatomie et de la physiologie sur ce point spécial.
Galien n'eut aucune idée de la circulation, et il nous paraît difficile qu'il pût en être autrement. Nous ne saurions admettre, avec Daremberg (1) et Claude Bernard (2), qu'en persévérant dans la méthode expérimentale, Galien aurait pu faire la découverte de la circulation quinze cents ans avant Harvey. Un homme isolé ne peut pas improviser les notions nécessaires au développement de Vidée expérimentale de la circulation. D'ailleurs, les travaux anatomiques de Galien sur les organes de la circulation non-seulement se réduisaient à peu de chose, mais encore ils étaient entachés d'erreurs nombreuses. Parmi ces dernières, il en est une que nous devons signaler, car elle devait éloigner, pendant longtemps, l'attention des observateurs. Nous voulons parler du trou de communication que Galien prétendait exister entre le ventricule droit et le ventricule gauche.
Les dissections anatomiques, complètement négligées après Galien, ne reprirent faveur qu'à partir du seizième siècle, avec
(1) DAREMBEiir.. Histoire des sciences médicales, p. 580, t. Ier.
(2) Cl. Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.
Bérenger de Carpi, Nicolas Massa, Fernel, etc. C'est à cette époque que Charles Etienne parle, le premier, des valvules des veines sous le nom d'apophyses venarum. Levasseur reconnaît que les parois du ventricule droit sont plus épaisses que celles du ventricule gauche ; il reconnaît aussi que le ventricule droit est plus grand que le ventricule gauche. J. Sylvius, Fallope, Fabrice d'Aquapendente , apportent leur contingent de recherches sur les vaisseaux sanguins. Eustache découvre la valvule de la veine cave inférieure et celle des veines coronaires. Yidus Vidius décrit les tubercules pyramidaux des valvules sygmoïdes. Bauhin décrit le trou ovale et sa valvule bien avant Botal. Enfin, le grand Vésale surpasse tous ces anatomistes justement célèbres par l'exactitude de ses descriptions, par le nombre de ses découvertes, et surtout en niant, le premier, l'existence du trou que Galien avait admis sur la paroi ventriculairc. Lui-môme ne tire aucun parti de cette découverte au point de vue de la circulation pulmonaire; mais d'autres bientôt s'acquittèrent de ce soin.
Parmi les anatomistes qui, par leurs travaux, préparèrent la découverte de la circulation, quelques-uns s'occupèrent avec succès de l'usage des parties, c'est-à-dire de physiologie. A cette époque, on ne distinguait pas encore ces deux divisions de la science de l'homme ; mais l'on conçoit aisément que la connaissance des usages d'une partie eût autant d'attrait, sinon plus, que celle de sa structure. Charles Etienne reconnut sur le vivant le mouvement de systole et de diastole du cœur. Coiter constata sur un chat vivant que les ventricules se dilatent après la contraction des oreillettes, et que le ventricule droit ne cessait de vivre qu'après le ventricule gauche ; il reconnut enfin que les oreillettes se meuvent encore alors que tout mouvement a disparu dans les ventricules.
Vésale, non moins bon expérimentateur qu'excellent anatomiste, s'assura, par la ligature des artères sur le vivant, que la partie de l'artère, qui communique encore avec le cœur, continue de battre, tandis que celle qui se dirige vers la périphérie se vide de sang et perd tout battement. Ce grand homme inventait en même temps la respiration artificielle, si employée de nos jours dans l'expérimentation physiologique.
Cependant Yésale avait montré que la cloison ventriculaire n'est pas percée de trous comme le croyait Galien. Dès lors,
C6 APPLICATION DE L'ANATl >MIE ET DE LA PHYSIOLOGIE
on dut chercher par quelle voie le sang veineux passait du ventricule droit dans le ventricule gauche. Cette recherche aboutit à la découverte de la petite circulation. Servet, Columbus, démontrèrent par la simple observation que le sang du cœur droit est conduit au poumon par l'artère pulmonaire, et de là au cœur gauche par les veines pulmonaires.
L'idée d'une certaine circulation du sang venait d'entrer dans la science; mais ce n'était pas toute la circulation. Il fallait encore un nouvel effort; il fallait surtout détruire deux erreurs et acquérir deux notions nouvelles. La première erreur consistait à croire que le sang part du foie pour alimenter directement l'estomac, le mésentère et l'intestin par le moyen des veines. La seconde était la croyance au transport du chyle dans le foie exclusivement par la veine porte. Les notions nouvelles à acquérir étaient la découverte des vaisseaux lactés et celle des vaisseaux capillaires. Ceci devait être l'œuvre du dix-septième siècle.
Si l'on en excepte les quelques particularités que nous venons de signaler, tout était prêt pour la découverte de la circulation du sang quand Harvey parut. Les agents moteurs de cette circulation étaient parfaitement déterminés par les observations patientes et minutieuses des anatomistes du seizième siècle. Le cours du sang avait été constaté par la ligature des vaisseaux. La circulation cardio-pulmonaire était un fait évident. La contraction et la dilatation cardiaques avaient été constatées sur le vivant. Que fallait-il de plus pour être conduit à Vidée expérimentale d'une circulation générale? Presque rien. Mais ce presque rien, c'est le génie; c'est l'intelligence éclairée par tous les faits d'observation et concevant une idée nouvelle. Harvey conçut cette idée, et c'est là sa grande découverte.
Mais les grandes idées , même chez les intelligences les mieux douées, ne viennent pas ainsi toutes seules ; préparé par de fortes études, formé à l'école de Fabrice d'Aquapendente, dont il avait écouté les leçons pendant cinq ans, Harvey possédait non-seulement toute la science de son temps, mais encore celle qu'il tâchait d'acquérir lui-même en ouvrant des animaux vivants. C'est ainsi qu'il put voir les battements du cœur et leur ordre de succession ; il les vit aussi sur un gentilhomme anglais dont le cœur avait été mis à nu
par une carie des côtes. C'est dans ces conditions que Harvey conçut l'idée de la circulation du sang. Quant à la démonstration de l'idée, c'était relativement peu de chose. Comme nous l'avons vu, Vésale avait déjà lié les vaisseaux pour démontrer le cours du sang et sa dépendance du cœur. Harvey porta sa ligature tantôt sur les veines, tantôt sur les artères, tantôt sur les deux vaisseaux à la fois, et il démontra ainsi que le sang circule. Cette démonstration était complétée par des considérations relatives aux valvules des veines.
Ces différentes preuves, manœuvrées par une intelligence d'élite, étaient suffisantes pour assurer l'avenir de la découverte ; mais elles étaient loin d'être complètes. Il manquait à Harvey la connaissance des vaisseaux capillaires pour expliquer le passage du sang artériel dans les conduits veineux. Ce ne fut que quelques années plus tard que, grâce au microscope inventé récemment, Malpighi compléta la découverte de Harvey par celle des vaisseaux capillaires.
Il manquait aussi à Harvey la connaissance du rôle physiologique des vaisseaux lactés qu'Aselli venait de découvrir.
Ces quelques lacunes, touchant des faits indispensables à la connaissance complète de la circulation sanguine, expliquent, sans la justifier néanmoins, l'opposition violente que la grande découverte rencontra en bien des endroits et principalement à la Faculté de Paris. Riolan, docteur-régent de cette Faculté, fut un des adversaires les plus acharnés de Harvey. Cette vivacité s'explique, sans doute, par l'intérêt tout particulier que Riolan avait dans la question, car, de son côté, il soutenait que dans le cœur le sang circule de gauche à droite.
DEVELOPPEMENT DE L ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE DEPUIS UARYEY JUSQUA BICIIAT.
La découverte d'un fait aussi grand par lui-même et par ses conséquences que la circulation du sang suffit à elle seule pour illustrer tout un siècle. Aussi disons-nous volontiers que le dix-septième siècle est le siècle de la découverte de la circulation du sang. Durant cette longue période qui sépare Harvey de Bichat, les découvertes en anatomie et en physiologie sont journalières, et, en quelque sorte, incessantes. C'est pourquoi,
pour établir un certain ordre dans notre exposition, nous examinerons séparément les progrès de l'anatomie et ceux de la physiologie.
ANATOMIE
L'impulsion donnée par Vésale et ses successeurs aux études anatomiques se poursuit sans transition durant cette période.
Thomas Bartholin, né à Copenhague, en 1616, composa un traité d'anatomie où les connaissances du temps sont accompagnées de détails originaux. Il employa la méthode pneumatique de Riolan pour étudier les lymphatiques du foie, qu'il prétendait avoir découverts le premier. Contrairement à ce que l'on avait dit jusque-là, il assura que le foie ne reçoit que des vaisseaux lympbathiques et nullement des vaisseaux lactés.
Thomas Bartholin est le premier qui ait signalé l'erreur des anciens touchant la physiologie du foie. Cette constatation, développée en termes ironiques dans un traité spécial intitulé De hepate defuncto, est le premier pas vers la connaissance de la véritable physiologie de la digestion.
Virsungus, anatomiste bavarois, professa à Padouc. Il découvrit le canal pancréatique et en donna une bonne description.
Higmore, né à Fordnigbridgc , en 1613, a composé un ouvrage d'anatomie un peu diffus, mais clans lequel on trouve quelques découvertes : 1° le cojjjs d'Higmore, dans lequel il admettait à tort l'existence d'un petit conduit; "2° la description du sillon inférieur des côtes, qui renferme les vaisseaux sanguins, et qu'il est important d'éviter clans l'opération de l'empyeme; 3° il a décrit, mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui, les sinus maxillaires. C'est à tort que ces cavités sont désignées sous le nom d'antre d'Higmore.
Van Hoorne, né à Amsterdam, 1621. Il s'attribua la découverte du canal thoracique , qu'Eustache avait découvert déjà chez le cheval ; mais il fut le premier à décrire la structure du testicule, et nomma ovaires ce que, jusque-là, on nommait testicules chez la femme.
Pecquet, né à Dieppe, en 1625, découvrit, après Eustache, le canal thoracique chez le chien. On connaît le réservoir qui porte son nom et que le hasard lui fit découvrir. Le petit Pecquet, comme Mme de Sévigné aimait à l'appeler, découvrit ce réservoir en ouvrant un chien vivant, dans le but d'étudier la systole et la diastole ventriculaires. Il a mieux décrit les vaisseaux lactés qu'on ne l'avait fait avant lui, et il a établi leur communication avec le canal thoracique.
Rudbeck, né à Arosen, en 1630, curateur perpétuel de l'Université d'Upsal, a découvert certainement les vaisseaux lymphatiques avant Thomas Bartholin. Il les désigna sous le nom d'hépatico-séreux, parce qu'il pensait qu'ils provenaient tous du foie, et qu'ils allaient aboutir, en partie, dans le pancréas, et, en partie, dans le canal thoracique. L'ouvrage de Rudbeck parut en 1650, tandis que celui de Bartholin ne fut publié qu'en 1652. Rudbeck a également décrit la plupart des glandes séreuses.
Warthon, né dans le duché d'York en 1640, fut professeur au collège de Londres. Son Traité sur /es glandes est vraiment remarquable ; il a surtout bien décrit le conduit excréteur des glandes salivaires qui porte son nom. Sa théorie physiologique a donné naissance à l'invention du fluide nerveux. Certaines glandes étaient chargées, selon lui, de préparer la nourriture des nerfs; les autres avaient pour office d'épurer le fluide nerveux qui passe à travers les chairs.
Willis, né à Great-Bedwin, comté de Wilt, en 1622, dut beaucoup au secours de Lower, comme il le dit lui-môme dans ses Recherches anatomiques. Le premier, il divisa la substance cérébrale en substance corticale et en substance médullaire. La première, selon lui, sépare les esprits de la masse du sang; la seconde est composée de filets nerveux. Sa description des parties du cerveau est supérieure à celles qui avaient été données jusque-là. Il a surtout bien décrit les vaisseaux sanguins, et c'est à lui que nous devons la connaissance de la communication des vaisseaux sanguins du côté droit, avec les vaisseaux sanguins du côté gauche (communicante de Willis).
Willis a décrit dix paires de nerfs crâniens et a indiqué la
cinquième et la sixième paire, comme étant les origines du grand sympathique ou nerf intercostal. Fallope avait décrit le premier ganglion cervical ; Eustache avait parlé d'un filet qui unit ce dernier à la sixième paire; Willis complète ces notions, et donne la description du grand sympathique dans le cou, dans le thorax et dans l'abdomen. Il avait reconnu autant de ganglions qu'il y a de côtes.
Malpighi, né à Crevalcuore, près Bologne, en 1628, est un des anatomistes les plus remarquables de cette époque. Il fut successivement professeur à Bologne, à Pise, à Messine, et le grand-duc de Toscane fonda, à son occasion, l'Académie ciel Cimento. Son premier travail, son chef-d'œuvre, condamné d'ailleurs par Borelli auquel il était adressé, est consacré à la structure du poumon. Avant lui on considérait le poumon comme une sorte de parenchyme charnu. Il fait voir, en injectant de l'eau par l'artère pulmonaire pour laver ce prétendu parenchyme, et en insufflant de l'air par la trachée-artère, que ce tissu est vésiculeux et que les artères et les veines viennent s'anastomoser sur les parois des vésicules. Dans la recherche des vaisseaux sanguins, il se servit du microscope.
La lettre de Malpighi à Fracassatus, professeur à Pise, sur l'anatomie du cerveau, est très-curieuse. Il y compare la substance du cerveau, par rapport à sa direction et à ses prolongements, aux fibres d'un chou (chou de Malpighi). Il distingue la substance grise de la substance blanche. La première, ditil, est composée de petites glandes qui se terminent à la seconde ; celle-ci est constituée par un assemblage de nerfs. Quel rapprochement avec ce que nous savons aujourd'hui! Ces nerfs peuvent être considérés comme les canaux excréteurs des glandes. Ces glandes, dit-il encore, sont arrosées par un grand nombre de vaisseaux sanguins à l'extrémité desquels elles sont comme suspendues.
Malpighi est le premier qui ait décrit les papilles de la langue, dont la forme, dit-il, est différente à la pointe, aumilieuet à la base. Les nerfs aboutissent aux papilles et sont les organes du goût. Ce travail le conduit à la découverte des papilles du tact et des glandes sudoripares.
Pour la structure du foie, il recommande de faire comme il a fait pour le poumon, c'est-à-dire, injecter d'abord de l'eau
dans les veines pour le laver, et l'on peut voir alors, avec le microscope, de petits corps globuleux auxquels aboutissent les extrémités des vaisseaux. Ces globules sont recouverts d'une membrane propre qui adhère à celle du globule voisin, et leur assemblage forme une glande conglomérée.
La substance des reins est divisée en une infinité de lobules glandulaires qui se continuent avec la substance fibreuse (conduits de Bellini). Ces fibres, dit-il, ont une disposition conique dont la base est à la périphérie, et dont la pointe va aboutir à une membrane percée de trous (bassinet). Il considère la substance fibreuse comme composée de canaux sécréteurs. L'injection des vaisseaux lui fit voir qu'ils se divisaient en une infinité de rameaux à l'extrémité desquels les glandes sont suspendues comme des pommes. La rate a été étudiée d'après les mêmes principes, et Malpighi a constaté sa .structure éminemment vasculaire et cellulo-fibreuse. La Lettre sur les glandes est une des œuvres les plus précieuses de ce grand anatomiste ; il a reconnu les follicules glandulaires, et a posé cette loi générale, que les vaisseaux sanguins viennent se ramifier ,sur la membrane enveloppante de ces follicules. Il a trouvé aussi des lymphatiques sur ces mêmes parties ; mais il n'a pas su déterminer si la lymphe était produite par la glande ou si elle venait seulement y aboutir.
La botanique a été l'objet de travaux très-sérieux de la part de Malpighi ; il a comparé l'écorce au périoste, et a découvert des vaisseaux chargés, comme les vaisseaux sanguins, de transporter les humeurs. Disons, en terminant, que Malpighi a étudié, avec le microscope, le développement de l'œuf, et qu'il a découvert que la cicatricule de l'œuf fécondé des oiseaux devenait une ampoule dans laquelle, au bout de trente heures, il voyait les premières traces du punclum saliens.
Leuwenhoëck, né à Delft en 1632, fut avec Malpighi l'inventeur de l'anatomie microscopique. Les microscopes dont on se servait à cette époque, inventés selon les uns par Janssen, selon les autres par Galilée ou Fontana, étaient trèsélémentaires, et composés de simples lentilles. Nous devons à Leuwenhoëck la découverte des globules du sang et de ceux du lait, la découverte des spermatozoaires. Leuwenhoëck a vu la structure cellulaire de l'épidémie, la structure lamelleuse
du cristallin déjà constatée par Sténon, celle de la membrane interne des artères, et enfin la structure des nerfs et des poils; mais il a vu des globules un peu partout sans les avoir assez distingués ; il en a vu dans le cerveau, dans la salive, dans le nerf optique. Il a bien vu les fibrilles musculaires, mais il n'a pas reconnu les cellules qui leur donnent naissance.
Glisson, né en 1631, professeur à Cambridge, a publié YAnatomie du foie, dans laquelle, au milieu de beaucoup de longueurs on trouve d'excellentes descriptions, touchant les canaux biliaires et l'enveloppe du foie, connue sous le nom de capsule de Glisson. Walœus avait décrit avant lui cette enveloppe ; mais la description de Glisson est plus complète. Il a publié aussi l'anatomie de l'estomac et des intestins. Nous aurons à nous occuper plus loin de ses expériences physiologiques.
Swammerdam, né à Amsterdam en 1637, étudia sous Van Hoorne et avec Sténon à Paris. Il est l'inventeur d'un liquide à injection qui, introduit chaud clans les vaisseaux, se refroidissait peu à peu. Il colorait ce liquide de différentes manières, et parvenait ainsi à rendre visible la structure intime des parties. Par ce moyen, il est parvenu à décrire les vaisseaux de la matrice mieux qu'on ne l'avait fait avant lui. Il a soutenu que les ovaires contiennent des œufs, qu'il a reconnus dans les trompes et dans la matrice. Il a découvert les valvules des vaisseaux lymphatiques ; mais son traité le plus remarquable est celui de Y Histoire générale des insectes. L'anatomie de ces petits animaux y est ingénieusement traitée; on y trouve môme la gravure des viscères de l'abeille. Swammerdam a écrit un traité sur la respiration que nous étudierons un peu plus loin avec sa physiologie. On lui doit l'invention d'un thermomètre pour apprécier le degré de chaleur des malades.
Sténon, né à Copenhague en 1638, fut élève de Bartholin et devint évoque de ïisiopolis. Il découvrit le canal qui porte son nom, étant chez Blasius, son maître, qui plus tard prétendit s'arroger la découverte. Il découvrit aussi les glandes sublinguales avec leurs canaux excréteurs, mais après Warthon. Eniin , il découvrit les canaux excréteurs de la
glande et de la caroncule lacrymales, et détruisit les opinions ridicules qu'on avait émises sur la production des larmes. Carcanus avait décrit les points lacrymaux avant Sténon. Cet auteur a constaté la nature musculeuse du cœur, et a cherché à démêler l'entrelacement de ses fibres, qu'il compare à un huit de chiffre. Il a aussi fait ressortir la structure fibreuse du cerveau, « car de dire que la substance blanche n'est qu'un corps uniforme comme serait de la cire, où il n'y a pas d'artifice caché, ce serait avoir un sentiment trop bas du plus beau chef-d'œuvre de la nature ». A propos delà génération, il a fait jouer un grand rôle à Yovule, dont il avait constaté l'existence après bien d'autres. Nous aurons à nous occuper de ses théories physiologiques.
Ruysch, né à la Haye en i t> 3 8 . Eustache avait injecté les reins avec des liquides colorés ; Riolan insufflait de l'air dans les vaisseaux pour leur donner du relief; Glisson injectait de l'encre dans les vaisseaux du foie; Bellini employait en injection une substance que la chaleur faisait fondre ; Willis et Varole employaient également les injections; Graaf se servit du mercure; Swammerdam est le premier qui ait injecté de la cire fondue et mêlée à d'autres ingrédients. Ruysch perfectionna cette dernière découverte et garda le secret. Le procédé de Ruysch était non-seulement excellent pour montrer les ramifications les plus fines des vaisseaux, mais encore il conservait les cadavres dans un état d'intégrité parfaite, ce qui permit à l'inventeur de faire un cabinet magnifique, composé de cadavres de tout âge. C'est par ces injections qu'il découvrit et montra les valvules des vaisseaux lymphatiques, et qu'il donna une description minutieuse de ces vaisseaux. Il a découvert l'artère bronchique, dont personne n'avait parlé et dont il a bien deviné l'usage.
De Graaf, né à Schoonhaven en 1641, mourut à l'âge de trente-deux ans. Il fut élève de Sylvius, dont il adopta les théories chimiques, et de Van Hoorne.Ila publié des travaux remarquables sur les organes de la génération de l'homme et de la femme. Il a parfaitement décrit les canaux déféi^enls et leur arrivée dans les vésicules séminales. Le clitoris et ses vaisseaux ont été l'objet d'une description complète. Il s'est fait une
juste idée de Yhymen et des caroncules myrti 'formes. Les ovaires, les trompes, les corps frangés, le corps jaune, ont été mieux décrits par lui que par les autres anatomistes.
Vieussens, né dans le Rouergue en 1641, professa à Montpellier. Le plus bel ouvrage de névrologie de cette époque est sorti de sa plume. Les travaux de Willis, d'Arantius, l'ont beaucoup aidé ; mais il a fait mieux qu'eux et a redressé beaucoup d'erreurs qu'ils avaient commises. Le centre ovale, la valvule, ont justement conservé son nom. Il a découvert les vasa vasorum et les vaso-moteurs. Malheureusement, ses théories physiologiques ne répondent pas à son anatomie.
Bellini, né à Florence en 1643, professa l'anatomie à Pise. Son œuvre principale est un traité sur les reins qu'il écrivit avant d'avoir lu le travail d'Eustache sur le même sujet. Il y aurait vu que les conduits de Bellini étaient découverts avant lui.
Bidloo, né à Amsterdam en 1649, a publié des dissertations sur l'anatomie, accompagnées de cent cinq planches très-bien exécutées, surtout celle'qui représente le cerveau. Cowper acheta trois cents exemplaires de ces planches, y fit mettre son nom et son portrait, puis les donna comme siennes. Bidloo revendiqua son bien devant la Société royale de Londres. Bidloo a constaté que les nerfs sont composés de fibrilles réunies entre elles par du tissu cellulaire, et nie non-seulement les valvules des nerfs (car on en voyait alors partout), mais encore il démontre que les nerfs ne sont pas creux, comme on le croyait généralement.
Il pensait que les artères et les veines sont coniques, et qu'elles se terminent et commencent par un plexus périphérique qui s'ouvre dans une cellule intermédiaire (4e dissertation placée à la fin du Traité d'anatomie, éd. 1708).
Brunner, néàDieffenhosen en 1653, professa à Heidelberg. Ses travaux anatomiques et physiologiques, sur le pancréas, sont très-précieux, parce qu'ils sont appuyés sur des vivisections bien faites. 11 considéra les glandes intestinales qui portent son nom, comme un second pancréas, disant que celles de Peycr ne donnent que du mucus.
DEPUIS HARVEY JUSQU'A BICHAT. 7o
Pacchioni, né à Reggio en 1661, exerça à Bologne, Sienne et Rome. Il fut l'ami de Malpighi et travailla au traité qu'Eustache publia sur le cœur. Il a découvert les glandes qui portent son nom, mais cette découverte est accompagnée de beaucoup d'erreurs; il croyait, entre autres choses, que la structure de la dure-mère est musculeuse.
Cowper. Il semble que la réputation de ce grand chirurgien ne se soit alimentée que de plagiats. Nous avons vu qu'il avait volé les planches de Bidloo. Quant aux glandes qui portent son nom, elles avaient déjà été découvertes par Mery en 1684. Cowper, né en 1666, fut membre de la Société royale de Londres.
Valsalva, né à Imola en 1666, professa l'anatomie à Bologne et eut pour élève Morgagni. Son principal traité est celui de l'oreille. C'est une des œuvres les plus complètes et les mieux réussies au point de vue anatomique et physiologique. Cet ouvrage mérite d'être lu en entier. Nous nous bornerons à dire qu'il a comparé les expansions du nerf acoustique, dans le limaçon, à un instrument à cordes. Précurseur de Helmholtz sur ce sujet.
Winslow, né à Odensée en 1669, professa à Paris. Son Exposition anatomique n'a d'original que la méthode. Il a eu le mérite de réunir et de classer toutes les découvertes qui avaient été faites jusqu'à lui.
Santorini, né à Venise, en 1681, fut le disciple de Malpighi et de Bellini, et professa la philosophie et l'anatomie dans sa ville natale. Il y a beaucoup d'erreurs dans ses Observations anatomiques, mais aussi quelques vérités. Il a constaté que le siège de la couleur noire, chez les nègres, se trouve dans le corps réticulaire ; mais, de suite, l'erreur se montre, car il pense que cette couleur est produite dans la vésicule du fiel. Sa description des muscles de la face est bonne en général; bien que ce qu'il donne comme des découvertes puisse être revendiqué par des anatomistes antérieurs. Il a cependant inventé le muscle risorius. Il a donné une bonne description de l'arachnoïde et de la pie -mère. Il a connu l'entre-croisement des fibres
nerveuses au-dessous de la moelle allongée. Le larynx est la partie du corps qu'il a le mieux décrite : on connaît les cartilages qui portent son nom. Il a découvert les musc/es êpîglottiques. Dans toutes les parties qu'il décrit, et qui complètent ses Observations anatomiques,Sântorim trouve toujours l'occasion de compléter les œuvres de ses devanciers par des observations originales.
Morgagni, né à Forli en 1682, fut élève de Malpighi et de Valsalva, et professa l'anatomie à Bologne. Dans ses Adversaria anatomka, il a joint le côté historique et critique à ses propres observations. Il a découvert les glandes aryténoïdiennes, ainsi que la glande et les ligaments de l'épiglotte ; il a découvert aussi les canaux excréteurs des glandes de l'urèthre et a décrit les glandes sébacées découvertes par Malpighi. On sait que les ventricules du larynx portent justement son nom. Enfin, il n'est pas une question d'anatomie qu'il n'ait exposée et soumise à une judicieuse critique. Nous aurons à nous occuper plus loin de son traité De sedibus et causis morborum.
Havers, né en Angleterre vers 1691, fut membre de la Société royale de Londres. Il a publié un traité complet sur la structure et le développement des os. Il a prétendu que le périoste s'étend, sans discontinuité, depuis la tète jusqu'aux pieds, en passant tantôt sur les os, tantôt sur les tendons et les ligaments. Il a soutenu que les os se nourrissent par les vaisseaux sanguins, et non par la moelle, comme on le croyait. Les canaux de Havers sont restés dans la science.
Ferrein, né à Frespech en 1693, professa à Paris. Comme œuvre originale, nous n'avons de lui que son mémoire sur la théorie de la voix. Il comparait les rubans vocaux à des cordes, et l'air venant des poumons à un archet.
De Kaller, né à Berne en 1708, fut élève de Boerhaave et professa à Gottingue. Peu d'hommes ont donné des productions aussi nombreuses et aussi utiles. Ses Commentaires sur Boerhaave lui ont fourni l'occasion de réunir les découvertes qui avaient été faites et de les soumettre à sa critique. Dans des publications plus spéciales, il a examiné plusieurs points
d'anatomie qui étaient encore obscurs, et c'est ainsi qu'il a donné une description remarquable du diaphragme, du cœur, des vaisseaux sanguins, etc., etc. Nous nous occuperons plus loin de sa physiologie.
Kaau Boerhaave, né à la Haye en 17 15, professa à Saint- Pétersbourg. Dans un traité sur la perspiration cutanée, il avance que l'épiderme ne se reproduit pas sur les cicatrices. Il a donné une très-bonne description du tissu cellulaire, qui, d'après lui, forme toutes les membranes. Il a également fait des injections très-fines dans les poumons, dans les glandes, dans le mésentère, et il en a tiré des notions plus précises sur la structure de ces parties.
Lieberkûhn, né à Berlin en 1711, passa sa vie à injecter le's vaisseaux du corps avec une matière dont il a donné la formule. Aidé d'un bon microscope anatomique, il a découvert les villosités intestinales qui reçoivent le chyle pour le transmettre aux vaisseaux lactés. D'après l'auteur, le chylifère aboutissant à une villosité est entre une artère, une veine et un nerf.
De Lassonne, né à Carpentras en 1717, a publié un traité sur l'organisation des os où l'on voit clairement qu'il ne connaissait pas les travaux de Havers ; un traité plus original sur l'organisation de la rate, qui , d'après l'auteur, serait cellulofibreuse ; enfin un traité sur la structure des artères , où il décrit fort bien les tuniques ainsi que les fibres musculaires circulaires et longitudinales.
Bordeu, né à Iseste en Béarn en 1722, professa l'anatomie à Montpellier. Dans son Histoire de la chylification, il donne une excellente description des muscles qui servent à la mastication et à la déglutition. Son Traité sur les recherches anatomiques et sur la position des glandes est tout à fait original. Il y démontre que l'excrétion des glandes n'est pas provoquée par la contraction des muscles, comme le professait Boerhaave. Sa description de l'épiglolte et des glandes est supérieure à toutes celles qu'on avait données. Nous avons aussi de lui un nouveau tableau des articulations du larynx ; il a cru pouvoir admettre l'existence de certains conduits faisant communiquer
la glande thyroïde avec la trachée-artère. Son mémoire sur les articulations des os de la face est le dernier mot dit sur la matière. Ses Recherclies sur le tissu muqueux renferme l'idée mère des travaux de Bichat. Ses travaux physiologiques nous occuperont bientôt.
Sénac, né près de Lombez vers 175*2. Il débuta par la traduction de YAnatomie de Huntcr ; ses commentaires en ont fait un nouvel ouvrage. Son Traité sur les maladies du cœur est un chef-d'œuvre d'érudition; on y trouve d'ailleurs des observations tout à fait originales, que les travaux ultérieurs n'ont fait que compléter.
Demours, né à Marseille en 1740, démontra la structure c*elluleuse du corps vitré en faisant geler un œil. Il démontra également la discontinuité de la cornée et de\àsclé?*otiqueen\es séparant l'une de l'autre par macération. Il a découvert enfin, la lame cartilagineuse de la cornée.
Monro, né en 1697 environ, professa à Edimbourg. Il a publié une Anatomie de l'homme où toutes les découvertes accomplies se trouvent consignées avec ordre et méthode. Mouro a ajouté à ces connaissances des observations particulières sur l'ostéogénie, sur les nerfs, sur les artères, qui eurent un grand succès.
Zinn, né à Sch\valbach,en 1737, professa à Gottingue. Dans son traité De ligamentis oculi, il a donné de l'œil la meilleure description ; les ligaments avec leurs attaches y sont parfaitement exposées ; pour étudier le cristallin, il fit geler un œil. Dans ses expériences sur les animaux vivants, il a démontré que la dure-mère est insensible et que les blessures du corps calleux n'offrent rien de particulier.
J.-F. Meckel, né à Wetzlar en 1724, fut élève de Haller et professa l'anatomie à Berlin. Dans un mémoire spécial, il a décrit, mieux que personne, la'cinquième paire et le ganglion qui porte son nom. Dans sa Dissertation sur les nerfs de lu face, il a fait connaître beaucoup de rameaux de la septième paire, et entre autres un rameau qui s'unit au grand sympathique.
Weitbrecht, professeur de physiologie à Saint-Pétersbourg vers l'an 1742, s'occupa particulièrement de syndesmologie. Si l'on en excepte Riolan et Winslov, peu d'anatomistes s'étaient occupés de cette question ; aussi a-t-il eu à glaner beaucoup et ses découvertes sont-elles nombreuses sur ce point.
En donnant la courte analyse qui précède touchant les principales découvertes en anatomie depuis Vésale jusqu'à Bichat, nous n'avons pas pu avoir la prétention d'être complet. Beaucoup de noms pourraient légitimement réclamer contre une omission injuste; mais notre but n'était pas de faire ici l'histoire de l'anatomie ; on comprendra que nous ayons dû nous en tenir aux grandes lignes, à ce qui nous était nécessaire pour bien faire comprendre les rapports qui existent entre les progrès de l'anatomie et ceux de la médecine.
La découverte d'Harvey ne porta pas immédiatement ses fruits. Sans nous occuper de ceux qui la nièrent, nous nous appliquerons à signaler les motifs qui s'opposèrent à ce que ce grand fait fut apprécié comme il eût dû l'être. A notre avis, ces motifs sont au nombre de deux :
1° L'ignorance de la physiologie propre du cœur et des vaisseaux ;
2° L'ignorance delà physiologie de la circulation, qui provenait elle-même de l'ignorance où l'on était du véritable usage des poumons et des glandes en général.
Ces connaissances indispensables ne pouvaient être acquises que peu à peu ; en les préparant, les anatomistes et les physiologistes des dix-septième et dix-huitième siècles ont donné la mesure des immenses services qu'ils rendaient à la science.
Si l'on ne considère que les premiers temps qui suivirent la découverte de la circulation, loin d'être possédé d'enthousiasme pour ce grand fait, on se sent plutôt disposé à le regretter, car il a été le prétexte des inventions les plus grotesques et des systèmes les plus bizarres.
Descartes avait une manière toute particulière de comprendre et d'expliquer la circulation du sang; il attribuait la
cause des mouvements du cœur à une explosion du sang dans les ventricules, « lequel sang s'y enfle et s'y dilate comme du sang ou du lait le ferait si on le versait dans un vase fort chaud». Il pensait que le sang sort du cœur pendant sa dilatation et qu'au contraire il pénètre dans ce viscère lorsque ses ventricules sont resserrés.
Borelli fait intervenir deux causes dans la circulation : 1° le gonflement des fibres musculaires, qui se produit à la surface des ventricules (sic) ; 2° la compression des particules d'air qui, venues de l'extérieur à travers les poumons, ont conservé leur ressort et agitent la masse du sang.
Sylvius de le Boë, ne à Hanovre en 1614, professait que la formation et le mouvement du sang résultent de l'effervescence du sel volatil huileux de la bile et de l'acide dulcifié de la lymphe, ce qui produit la chaleur vitale par laquelle le sang s'atténue et devient susceptible de circuler.
Boerhaave comparait la circulation du sang à l'action d'une machine hydraulique dont le cœur est le piston.
Baglivi soupçonne que le cœur reçoit son mouvement de la dure mère.
Viessens prétend que les vaisseaux coronaires s'ouvrent dans les ventricules pour y verser le ferment acide qui irrite le cœur.
Perraud admettait un plan de fibres musculaires longitudinales qui relâchent le cœur et un autre plan de fibres circulaires qui le resserrent.
Bonhius, de Leipsick (1640), seul, professe au milieu de cette discordance d'opinions une idée inspirée par le simple bon sens : le sang, par son contact, détermine le cœur à se contracter.
Willis attribuait les mouvements du cœur à l'action des esprits animaux transmise par les nerfs.
De Haller professait que le cœur se contracte parce qu'il est irritable, et que le sang n'est que l'occasion de sa contraction, car, dit -il, la contraction persiste en dehors du corps et quand le cœur est vide.
Sénac partagea l'avis de De Haller.
Cependant les éléments vrais de la physiologie du cœur étaient formulés peu à peu, mais isolément. L'idée que les muscles ne doivent leur contraction fonctionnelle qu'à l'excitation fonctionnelle des nerfs commençait à poindre, malgré l'opposition des partisans du système de De Haller. De Lassonne découvrait les fibres circulaires des artères; Leuwenhoëck et Malpighi montraient, avec le microscope, le mouvement du sang dans les capillaires artériels et veineux. D'un autre côté, la découverte des chylifères, des lymphatiques préparaient les conditions d'une nouvelle explication de la sangnification, et la chimie se préparait, elle, à nous expliquer le secret de la transformation du sang noir en sang rouge à travers le tissu pulmonaire.
La physiologie du foie n'était possible qu'après la découverte de la circulation, par la raison bien simple que le foie était précisément considéré, depuis Galien, comme l'organe de la sanguification et le point de départ des vaisseaux sanguins. Ce fut Thomas Bartholin qui se chargea d'opérer cette heureuse réforme. Son traité De hepate defuncto est un petit chef-d'œuvre où il rend à chaque organe la fonction qui lui appartient.
La physiologie de la digestion ne fut point faite durant cette période. Elle fut remplacée par des théories chimiques ou mécaniques; mais on découvrit quelques-uns de ses éléments. L'action du suc gastrique, diversement interprétée, mais incontestable ; l'action de la bile, celle du suc pancréatique, constatée par Brunner, et enfin la découverte des vaisseaux lactés, aboutissant au canal thoracique, rendaient la physiologie de la digestion presque possible.
La physiologie du système nerveux s'enrichit d'un nombre de faits considérable dans les détails. L'action des diverses parties du cerveau fut, non pas connue, mais un peu débrouillée par AVillis, Yieussens, Molinetti, Pitcairn, Haller; les propriétés des nerfs, assez bien distinguées, mais pas suffisamment cependant pour qu'on put se faire une juste idée du mécanisme
cérébral. La théorie des esprits animaux et du fluide nerveux devait tenir longtemps encore la place de ce qui doit être la description du Mécanisme fonctionnel du cerveau. Les sensations spéciales furent aussi un peu mieux connues. Schneider, en 1669, décrivait le nerf olfactif avec ses ramifications et lui attribuait le rôle que, jusque-là, on attribuait aux ventricules cérébraux, quand on pensait qu'à la faveur des trous de l'ethmoïde, les odeurs pénétraient dans le cerveau. Valsalva tenait la théorie de l'audition prête à éclore ; la physiologie de la vision se préparait par une connaissance plus intime des parties de l'œil ; Molinetti prétendait enfin, sans se douter peut-être de l'exactitude de son idée, que toute sensation est mie sorte de tact.
La physiologie des sécrétions fut connue très-incomplétement. Malpighi ouvrit sans doute une nouvelle voie par la description des glandes ; mais l'absence de chimie physiologique rendait, pour le moment, cette découverte improductive. Aussi voyonsnous Warthon considérer, dans le corps, deux sortes de glandes : les unes chargées de nourrir les nerfs, les autres chargées d'épurer le fluide nerveux quand il a passé à travers les chairs. Lancisi croyait que les glandes sont de petits cœurs qui se contractent et se dilatent. Sténon avait deviné la vérité pendant un moment de la vie des glandes : il avait remarqué que le sang est le milieu où les glandes puisent leurs produits, et il avait constaté que, lorsque le sang coule avec trop de rapidité, les glandes lui empruntent peu de liquide. Bordeu est un de ceux qui ont le mieux compris la fonction des glandes. Elles séparent, dit-il, de la matière sanguine un liquide particulier en vertu d'une espèce de sensibilité (propriété particulière).
La physiologie des mouvements est, sans contredit, la partie la mieux étudiée durant cette période. Il est peu d'anatomistes qui n'aient touché à cette question, et on peut dire qu'ils ont tous plus ou moius concouru à l'élucider, ce qu'ils ont fait du reste avec succès.
La physiologie de la génération. Dès les temps les plus reculés, deux théories se disputaient l'honneur d'expliquer la génération : l'une accordait aux semences réunies de l'homme et de la femme le pouvoir de procréer le nouvel être; l'autre prétendait que la semence seule du l'homme jouissait de la propriété pro-
créatrice. La première de ces théories fut celle d'Hippocrâte, la seconde celle de Zenon. En dehors de là tout était mystère, et on ne connaissait pas môme les ovaires quant à leur fonction. Harvey fut le premier qui émit la pensée que les vivipares proviennent d'un œuf placé dans le sein de la mère. De Graaf indiqua la structure des ovaires en 1671 et lit connaître, en même temps que Van Hoorne et Sténon, la rupture des vésicules ovariques et la progression des ovules, qu'il n'avait jamais vus, dans les trompes de Fallope. De Graaf pensait que les œufs sont fécondés dans l'ovaire.
Lenwenhoëek découvrit les spermatozoaires en 1677, et, contrairement à la théorie de l'évolution, il professa que ces animaux renferment le germe de l'être futur; il ajoutait qu'en se mélangeant avec l'œuf dans la matrice ils le convertissent en emhryon. Les observations de J. Hunter sur l'évolution de l'œuf du poulet firent rejeter cette manière de voir. La théorie véritable de la génération ne pouvait être bien connue qu'après la découverte de Y ovule par Baër en 1836.
Comme on a pu s'en assurer en lisant l'exposé analytique qui précède, le bilan de la physiologie des dix-septième et dix-huitième siècles se réduit à peu de chose. Beaucoup d'éléments sont réunis pour faire la physiologie des organes; mais, en définitive, aucune de ces physiologies, si ce n'est celle des mouvements, n'est complète. Cependant il est une loi de l'esprit humain qui impose à l'homme , dans la recherche de la vérité, l'obligation de se faire un système de connaissances. L'histoire nous le prouve, l'être humain ne saurait faire un progrès sans s'appuyer sur une doctrine vraie ou fausse; et, quand il ne peut s'appuyer sur une vérité, il s'appuie sur une hypothèse. L'hypothèse, pour le chercheur de vérité, est comme un bâton dans la main d'un aveugle : quand le bâton est usé, il en change, voilà tout. Ceci nous explique pourquoi les savants des siècles derniers ont remplacé la physiologie absente par les conceptions de leur esprit. C'était, pour eux, la condition sine quâ non de tirer parti, pour l'avenir, des connaissances déjà acquises.
Pour bien faire connaître l'esprit médical de cette époque, nous ne pouvons pas nous empêcher de dire un mot des systèmes physiologiques qui ont prévalu. La physiologie,
vraie ou fausse, est toujours de la physiologie ; nous ne sortirons donc pas de notre programme. Les systèmes qui ont été inventés dans cette période pour remplacer les notions physiologiques qui faisaient défaut sont, d'après nos recherches, au nombre de quatre :
1° Le système chimique, qui met à la place du mécanisme fonctionnel un ferment, un acide ou une base;
2° Le système iatro-mécanique, qui, à défaut d'explications physiologiques, emprunte aux mathématiques, à la géométrie, à la physique, la raison des choses;
3° Le système spiritualiste, qui met un agent spirituel partout où l'acte physiologique paraît inexplicable ;
•4° Le système vitaliste , qui étudie les propriétés des organes vivants.
Nous allons donner un exposé succinct de chacun de ces systèmes, en parlant de l'application de l'anatomie et de la physiologie à la médecine durant cette période.
DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE A LA MÉDECINE
Durant cette période, les applications de l'anatomie et de la physiologie furent plus immédiates et plus nombreuses que dans la précédente.
Yîanatomie normale, mieux connue dans son ensemble et dans ses détails, fut étudiée au point de vue de la pratique chirurgicale, et au point de vue du siège de la maladie. C'est de cette période, en effet, que datent Yanatomie pathologique eXYanalomie chirurgicale.
ha. physiologie reçut, elle aussi, des applications utiles; mais c'est à travers les systèmes physiologiques que nous devrons principalement les chercher.