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SYSTÈMES PHYSIOLOGIQUES ET LEURS APPLICATIONS A LA MÉDECINE

Système iatro-chimique. — On peut dire que la vraie chimie ne date que de nos jours. Cependant il y eut toujours une chimie, composée de notions élémentaires tout à fait restreintes, et encombrée surtout de notions erronées ou hypothétiques, qui, sous le nom de magie, de kabbale, art sacré, grand art, eut pour but essentiel de trouver une panacée universelle et en même temps le moyen de faire de l'or. Cette pseudo-science, très-cultivée par les Arabes et par les hommes qui s'inspirèrent de leurs travaux, durant le moyen âge, devint, entre les mains de Paracelse, une véritable doctrine physiologique et pathologique.

Philippe-Aurèle-Théophrastc Bombast de Hohenheim dit Paracelse, né en 1493 à Einsidlen (Suisse), s'appliqua surtout à détruire le galénisme et à le remplacer par des explications moitié chimiques, moitié spiritualistes. Sous le nom de ens, il admetttait cinq forces qui exercent chacune une influence spéciale sur le corps : Yens astrale, ou iniluence des astres ; Yens veneni, ou la partie pernicieuse des aliments; Yens naturale, ou la force qui dirige le microcosme ; Yens spiritale, sorte d'esprit dont on voit l'action dans la sympathie ou l'antipathie, dans les philtres, les sorts, les charmes; Yens Dei, ou l'esprit de Dieu, qui nous envoie la maladie comme un châtiment.

Les maladies étaient produites, selon Paracelse, par la disgrégation du soufre, du mercure et du sel, et il les combattait le plus souvent par des médicaments chimiques.

Son principe thérapeutique était de n'administrer que la quintessence des médicaments, qu'il désignait sous le nom d'arcane, et comme chaque objet, dans le monde extérieur, correspond à un organe du corps (rapports du macrocosme et du microcosme), il voulait que l'on agît par les semblables, et non par les contraires.

Dans cel exposé succint des idées de Paracelso, nous avons cru devoir faire grâce aux lecteurs de toutes les folies qui s'y trouvent mêlées.

La théorie de ce fou illustre a cependant un bon côté qu'il est juste de signaler : elle fut la première tentative de réaction contre les explications humorales de Galien, et le signal de l'expérimentation et de l'analyse indépendantes.

Van Helmont, né à Bruxelles, en 1577, s'inspira des travaux de Paracelse, et, comme lui, à la place de la médecine traditionnelle, il voulut établir un dogme nouveau. Ce dogme est moitié spiritualiste et moitié chimique. Homme très-pieux, Van Helmont met en nous une âme spirituelle ; mais, au-dessous de cette âme, trop élevée pour s'occuper des affaires du corps, il place une sorte d'âme matérielle, une archéc qu'il logé dans l'estomac et qui, de là, tire les fils qui aboutissent à tous les organes. Sous les ordres de l'archée, se trouvent les ferments, qni sont en rapport avec (les ^différentes parties du corps pour exécuter les ordres de l'archée. On comprend , d'après ce simple exposé, l'usage que Van Helmont put faire de ses idées appliquées à la physiologie. Système très-commode, en vérité, qui permet de créer la physiologie de toutes pièces, sans sortir de son cabinet.

Van Helmont se préoccupa beaucoup de faire intervenir la chimie dans l'explication des modifications de l'organisme vivant ; mais ces modifications chimiques se produisaient sous les ordres de Yarchée. De sorte que le système de Van Helmont est moitié chimique, moitié spiritualiste. Dans les maladies, c'est Yarchée qui est atteinte la première par les causes morbides, telles que les passions, les excès, les médicaments, les poisons, etc. L'archée se trouve ainsi irritée, ennuyée, et elle néglige le corps, qui devient langoureux, inerte. Si la cause persiste, l'archée se fâche, et, de cette action, résulte la fièvre et toutes les maladies. Voici par quel procédé : l'archée en colère détériore les ferments des divers organes, ou bien elle envoie les ferments acides de l'estomac sur diverses parties pour y coaguler le sang et y déterminer un afflux, une irritation, à la manière d'une épine.

C'est ainsi que se produisent les pleurésies, les péripneumonies, les dyssenteries, etc. Les catarrhes sont produits par

l'archée, qui envoie dans les parties le sérum du sang, non encore devenu salin. Les dépôts urinaires proviennent de la précipitation des sels naturels de l'urine. Le frisson est produit par la frayeur de l'archée, et la fièvre par sa colère.

La thérapeutique de Van Helmont découlait de sa manière de voir en pathologie. 11 adressait toutes sortes de stimulations à Yarchée pour la provoquer aux crises salutaires, et il lui donnait en même temps des moyens spéciaux pour chaque genre de maladie. L'antimoine et le chlorure de mercure étaient ses préparations favorites.

Sylvius de le Boë, né à Hanovre, en 1684, peut être considéré comme l'inventeur du système chimique. C'était d'ailleurs un médecin instruit, anatomiste distingué, parfaitement au courant des progrès de la science, et grand partisan de la découverte de la circulation, qu'il démontra à la façon d'Harvey. Malheureusement, ou heureusement, car la science a bénéficié de quelques-uns de ses travaux, il eut la prétention d'expliquer tous les phénomènes physiologiques par la chimie. Nous avons vu comment il expliquait la circulation par une sorte d'explosion. A propos de la physiologie du foie, il prétendait que la bile est sécrétée par les artérioles de la vésicule et que, de là, elle se dirige en partie vers la veine cave, en partie vers le duodénum.

Sa physiologie de la digestion est plus conforme à la vérité. Il prétendait que la digestion est une fermentation qui commence dans la bouche par les sels de la salive, et qui se continue dans l'estomac et les intestins sous l'influence du suc alcalin de la bile et du suc acide du pancréas, mélangés de manière à former un composé neutre. La bile, selon lui, et cela est vrai, n'est pas excrementitielle.il expliquait assez bien le mécanisme de la respiration, quant à sa partie mécanique. Il a surtout bien déterminé les mouvements du diaphragme. Quant au phénomène respiratoire, il le caractérisait en disant que l'air rafraîchit le sang, rendu effervescent par le mélange de la lymphe et de la bile.

Au point de vue pathologique, Sylvius de le Boë ne considéra, dans le corps malade, que des fermentations, des sublimations, des précipitations, sans tenir compte des forces et de leurs organes, ou, autrement dit, des instruments vivants. C'est ainsi

que, préoccupé des fermentations dont la digestion était le type, il les excitait ou les modérait ; il les neutralisait ou il les évacuait. Il corrigeait l'àcreté de la bile par l'opium, ou bien il purgeait pour la faire sortir. Les âcretés étaient combattues par les absorbants ou par les acides. Quant aux maladies chroniques, elles étaient combattues par les fondants et les stimulants de toutes sortes.

Le système iatro-chimique eut de nombreux adeptes, tels que Willis, Vieussens , Tachenius , Porticus, Ettmuller, Andriolo, etc. ; si parfois, chez ces derniers, les éléments des explications ne sont pas les mêmes, le fond même de l'explication ne varie pas : les maladies sont constituées par des altérations humorales, dans lesquelles les solides ont peu de part.

L'humorisme des chimistes n'est autre chose, au fond; que l'humorisme d'Hippocrate et de Galien. Les premiers ont remplacé les explications démodées des seconds par des raisons empruntées à une science qui n'existait pas encore. Mais ce changement, il faut le reconnaître, fut un progrès. Toutes les fois, d'ailleurs, qu'un grand mouvement d'opinion se porte vers un certain ordre d'idées, il en reste toujours quelque chose d'utile. Si nous n'avons conservé aucune conception professée par les chimiatres touchant l'état morbide, nous avons hérité de beaucoup de formules chimiques qui sont journellement employées.

SYSTÈME IATRO-MÉGANIQUE.

Ce système n'a pas de titres de noblesse aussi anciens que le système iatro-chimique. Nous avonsvu (page 55) que Sanctorius fit intervenir dans l'étude de la physiologie la précision mathématique. Ceci était l'application heureuse d'une chose utile, mais ce n'était pas encore le système. L'application des mathématiques à la physiologie ne peut prendre réellement le nom de système qu'à partir de Descartes.

Descartes est né à la Haye, en Touraine, en 1597.

Généralement considéré comme une des gloires de l'esprit humain, Descartes nous apparaît, quand nous le regardons de près, sous un aspect tout à fait différent. Homme d'esprit

avant tout, il a su mettre au service d'un talent littéraire incontestable les connaissances scientifiques qu'il possédait d'une manière très-générale et superficielle. Nous n'en voulons d'autre preuve que sa théorie physiologique de l'homme. L'homme, selon lui, est composé d'une âme et d'un corps. En décrivant le corps, il veut qu'on s'imagine qu'il parle d'une machine semblable à notre corps. Toute sa théorie repose làdessus. On doit s'attendre dès lors à lui voir expliquer tous les mécanismes fonctionnels, de la même façon qu'il expliquerait le mécanisme des rouages d'une montre.

Descartes plaçait l'âme dans la glande pinéale; cette âme, qu'il confond avec les esprits animaux des anciens, communique, au moyen de fibres nerveuses, avec toutes les parties du cerveau. Cette glande est si délicatement suspendue, que la moindre chose peut l'émouvoir. Pour mieux se faire comprendre, il compare le cerveau aux orgues des églises, dans lesquels l'air, poussé par les soufflets et les doigts de l'organiste, concourt avec les tuyaux à la production de l'harmonie; il arrive à nous prouver tout simplement, et sans s'en douter, qu'il est affreusement matérialiste. Et dire que les philosophes, les théologiens, nous ont présenté Descartes comme le chef de file du spiritualisme !

Pour expliquer la génération, il fait un emprunt au système chimique, en invoquant les ferments à son secours dans la formation des organes.

Les artères ne sont que de petits ruisseaux sans enveloppe. Pour expliquer la sécrétion, il invente l'application des mathématiques à la physiologie, et il explique tout par la configuration des pores et des atomes. Les glandes sont comme un crible dont les trous auraient différentes formes et différentes grandeurs. Enfin, poussé sans doute par le désir d'innover, au lieu d'accepter l'explication si simple d'Harvcy, sur la circulation du sang, il s'imagine que le sang sort du cœur pendant la dilatation de ce dernier, c'est-à-dire au moment de l'explosion du sang, et il critique vivement Harvey sur ses idées. N'insistons pas et bornons-nous à constater que Descartes fut un des fondateurs de Yiatro-mécanisme.

Borelli, né à Naplcs en 1608, fonda l'iatro-mécanisme en Italie. Son traité De motu animalimn consacre la justesse de

cette appréciation. D'après Borelli, les muscles se contractent parce qu'ils se gonflent, et ils se gonflent parce qu'il se produit une fermentation, turgescence ou ébullition, sous l'influence des sucs ou esprits nerveux. Ces esprits agissent par le fait de l'habitude, ou de l'expérience acquise, dans l'accomplissement des mêmes actes, tâtonnant d'abord, et finissant par agir tout à fait bien. Cela posé, Borelli explique le mécanisme du saut, du vol, de la marche, avec plus de succès qu'on ne l'aurait espéré, en considérant sa théorie physiologique de la contraction. 11 n'est plus aussi instructif dès qu'il veut évaluer en chiffres la force des muscles. Ses efforts, sur ce point, sont inutiles, car on ne saurait mesurer la vie. variable comme les vagues de l'Océan. Il a trouvé que les fibres d'un muscle peuvent supporter un poids de 80 livres sans se rompre. Il a trouvé également qu'un portefaix, ayant sur les épaules un poids de 129 livres, dépense une somme de force égale à 17,366 livres, pour se tenir sur un seul pied. La force de contraction du cœur est évaluée à 180,000 livres. La fluidité du sang est entretenue par la présence de l'air qui a pénétré dans le cœur à travers les poumons. Cet air a conservé son ressort, et il agite les particules sanguines. Les sécrétions sont expliquées par la pression du sang, et par la transsudation des parties les plus subtiles à travers les parois des vaisseaux. La digestion enfin est expliquée par la trituration, et aussi par un ferment emprunté aux iatro-chimîstes.

Ce qui précède donne une idée suffisante de ce que fut l'iatro-mécanismc. Ce système eut des adeptes dans tous les pays : Bernouilli à Bàle, Michelotti à Venise. Bellini à Pise, Baglivi à Borne, Pitcairn en Angleterre, Boerhaave en Allemagne, Pierre Fabre, Barbeyrac en France.

Le système iatro-mécanique avait, jusqu'à un certain point, sa raison d'être, car dans toute fonction il y a un élément qui ressort, plus ou moins, des lois de la physique ou de la chimie. Mais, si nous en exceptons le mécanisme des fonctions des muscles, aucune fonction n'a été éclairée par ce système durant la période qui nous occupe. Sa principale mission a été de tenir la place des véritables explications physiologiques.

Voyons les applications qui furent faites de ce système à la médecine.

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