SYSTÈME IATRO-MÉCANIQUE APPLIQUÉ A LA MÉDECINE
Le système iatro-mécanique, comme celui de l'iatro-chimie ,
est un des facteurs de la révolution médicale qui s'opéra à l'époque de la découverte de la circulation du sang. Borelli en fut le principal promoteur. 11 considérait la douleur comme étant le résultat de l'ébranlement du suc, des cordons nerveux transmis au cerveau. La fièvre est le résultat de la fermentation du suc nerveux, laquelle produit la chaleur fébrile. Les lièvres intermittentes sont expliquées par le séjour momentané, dans les glandes, des sucs nerveux dégénérés, et par leur retour dans la masse sanguine, après un laps de temps. Enfin il employait le quinquina pour ouvrir les pores de la peau et favoriser l'expulsion du ferment fébrigène.
Parmi les continuateurs de Borelli en Italie nous mentionnerons les suivants :
Bellini, dans son livre De sangumis missîone, a montré qu'il avait une idée de la tension artérielle telle qu'elle est comprise de nos jours. Il avait même constaté que la vitesse du sang est plus grande après la saignée qu'avant.
Baglivi ne fut pas aussi exclusif que les autres iatro-méeaniciens ; il était, avant tout, l'interprète de la nature, cherchant à concilier les anciens avec les modernes et professant qu'il n'y a pas de livre plus instructif que le malade luimême.
Crescenzo, de Naples, autre iatro-mécanicien, s'est rendu célèbre par sa cure par l'eau. Dans les fièvres continues, il faisait boire, pendant sept à huit jours, de dix à quinze bouteilles d'eau par jour. Il agissait ainsi pour remplacer le sérum, qui est la partie, disait-il, qui se consume le plus promptemenl dans les fièvres. Nous faisons un raisonnement analogue aujourd'hui quand nous employons l'eau en abondance contre le choléra.
Pitcairn, en Angleterre, fut plus exclusif que les Italiens: il bannit toutes les explications chimiques.
Keill, médecin écossais, associa l'attraction de Newton au mécanisme.
Pour ces derniers, la fièvre est une circulation augmentée ou diminuée, et des lors la saignée joue un grand rôle dans leur thérapeutique, qui d'ailleurs était assez simple : saigner pour raréfier le sang; faire suer pour favoriser l'action de la peau ; faire vomir ou purger pour évacuer la cause morbifique.
En Hollande, le système iatro-mécanique eut pour représentant le plus fameux médecin de cette époque. Boerhaave se défendit un peu des théories chimiques. Cependant il en accepta les explications partout où les humeurs étaient en cause. -Pour tout le reste, il. fut franchement mécanicien. C'est à lui que nous sommes redevables de la Théorie de robsùntction dans les maladies : selon que le vaisseau obstrué est une veine, une artère, un vaisseau lymphatique, un canal osseux, nerveux ou glandulaire, il en résulte des inflammations de différente nature, mais que l'on peut diviser en deux grandes catégories, d'après l'état de tension ou d'atonie des fibres (toujours le striction et le laxum). Les inflammations qui sont liées à un état de tension, il les combat par les mômes moyens que nous aujourd'hui : saignées, bains, tisanes. Quant aux inflammations qui sont liées à un état d'atonie, il les combat par les irritants, les toniques. On trouve dans la Théorie, des obstructions de Boerhaave beaucoup d'idées qui ont cours encore aujourd'hui; mais il en est une qui jouit d'une faveur toute particulière en ce moment : c'est l'obstruction vasculaire, embolie ou thrombose.