SYSTÈMES SPIRITUALISTES
Nous désignons sous le nom de systèmes spiritualistes tous les systèmes dans lesquels on fait intervenir, pour expliquer les phénomènes physiologiques, une entité distincte du corps.
Hippocrate et Galien furent spiritualistes ; mais leur langage sentait trop le paganisme pour que la science du moyen âge. intimement mêlée aux choses de la religion, ne désirât pas donner un vêtement nouveau au spiritualisme des anciens, en l'ornementant, d'ailleurs, des conquêtes dont on s'était enrichi. L'artiste qui prit soin d'opérer cette métamorphose fut Stahl.
Stahl, né à Anspach en 1660. Il faut considérer deux hommes dans Stahl : le penseur, le philosophe chrétien, et le physiologiste. Celui-ci est la conséquence de l'autre; mais, pour bien connaître le second, il faut savoir ce que pensait le premier. L'âme de Stahl est une puissance capable de lutter contre la tendance des éléments matériels à la putréfaction dès qu'ils sont livrés à eux-mêmes. L'âme est le principe qui conserve la crase, la mixtion corporelle, ou bien encore, la force à l'aide de laquelle le corps est mis à l'abri de Yacle corrupteur. Mais l'homme n'est pas un végétal : il sent; donc, l'âme est ce principe qui communique la sensibilité aux organes. Enfin, l'homme seul se développe dans le monde des idées intellectuelles, morales et religieuses ; donc, l'âme est ce principe qui pense et s'élève jusqu'à la notion de Dieu.
Stahl a réuni en une seule les trois facultés de Galien et de Platon : la naturelle, la vitale et l'animale, et cette âme unie à toutes les particules du corps agit sur la matière par l'intermédiaire du mouvement. Les idées philosophiques de Stahl tiennent la place, dans sa doctrine, de la physiologie du système nerveux. Quant aux autres fonctions, il les explique selon les idées iatro-chimiques et mécaniques de l'époque, mais en sousentendant toujours l'intervention active de l'âme. Tout à fait au courant de la découverte de la circulation du sang, il réfute victorieusement ceux qui prétendent que ce sont les esprits qui impriment le mouvement au cœur; il n'accepte pas non plus l'opinion de ceux qui comparent le cœur à une pompe. Tout ce que nous pouvons dire, ajoute-t-il, c'est que la systole ou contraction du cœur est, à vrai dire, le mouvement propre et naturel de cet organe; tandis que la diastole est une suspension de ce mouvement pendant laquelle le cœur devient flasque et comme abandonné au mouvement de son propre poids. A propos du battement des artères, Stahl admet la systole douce et faible des vaisseaux sanguins. Il admet aussi le mouvement tonique de Glissoirdans les capillaires. Il ne croyait pas à la continuité des veines et des artères, comme beaucoup de ses contemporains, et il pensait, à ce sujet, que le sang se répand dans les tissus avant d'être repris par les veines.
En ce qui concerne les sécrétions, Stahl n'admettait pas les théories mécaniques des pores et des atomes ; il disait avec beaucoup de sens que le sang, arrivé dans les glandes, laisse
transsuder la partie la plus fluide, et que le tissu glandulaire puise dans ce milieu ce qui lui est convenable.
La digestion était considérée par Stahl comme une fermentation qui commence dans la bouche, sous l'influence de la salive, et se termine dans l'intestin, sous l'influence du suc pancréatique qui est une autre espèce de salive. La bile ne serait qu'un suc excrémentitiel destiné à favoriser l'expulsion des fèces.
Stahl n'a pas donné beaucoup de développements à la description des mécanismes fonctionnels ; il s'est borné à choisir ce qu'il a trouvé d'exact et de démontré dans les autres systèmes, et, plutôt que de formuler à ce sujet des hypothèses, il a préféré s'abstenir, donnant d'ailleurs à entendre que l'àme était toujours là pour faire le mieux. En cela, nous ne saurions le blâmer. Nous trouvons même que le système spiritualiste, tant qu'il est renfermé dans des bornes raisonnables, est le moins dangereux de tous, car, au lieu de retarder les progrès de la science par des explications qui n'ont qu'une apparence de raison, il se contente d'enregistrer les faits acquis et de mettre son étiquette sur ceux qui ne le sont pas.
Le système spiritualiste a revêtu différentes formes. Après Stahl, nous voyons les médecins de Montpellier revenir à la pluralité des âmes des anciens et plus particulièrement à la théorie de Van Helmont, qui, comme nous l'avons vu, admettait une âme supérieure et des âmes subalternes préposées à la cuisine du corps vivant.
Barthez fut le fondateur d'un système plus épuré, plus sérieux et plus savant que celui de Van Helmont; mais en définitive les idées fondamentales sont les mêmes.