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DES BRUITS

Les bruits se distinguent essentiellement des sons, comme nous l'avons vu page 439. Pour mettre un certain ordre dans notre exposition, nous diviserons les bruits qui peuvent intéresser le médecin en deux catégories, selon que le bruit est provoqué parla percussion, ou bien selon que le bruit est produit par le mouvement spontané de nos organes.

Les premiers représentent ce qu'on appelle la percussion; les seconds sont constitués par ce qu'on désigne sous le nom (V auscultation.

1° Bruits provoqués ou de percussion. — L'idée de percuter les organes directement ou indirectement à travers un corps interposé appartient à Auenbrugger et à Gorvisart. Mais c'est le professeur Piorry qui a eu le mérite de faire de la percussion médiate une véritable science de diagnostic.

Depuis la publication du Traité de la percussion médiate par M. Piorry (1828), la percussion a fait quelques progrès, cela n'est pas douteux : les travaux de MM. "Woillez (3), Notta (4),

(1) Voir pour l'explication de la formation des tons, p. 226.

(2) Voir aux applications anatomo-physiologiques la formation physiologique des lettres, p. 232.

(3) Woillez, Arch. de méd., 1855.

(4) Notta, Arch. de méd., 1850.

Skoda (l), Flint, Wintrich, Biermer, P. Niemeyer (2), Peter (3), A. Cros (4),H. Favre(5),Mailliot(6) et enfin le traité classique de MM.Barth etH. Roger en font foi; mais il reste beaucoup à faire.

Ainsi, par exemple, on s'entend à peu près lorsqu'on parle de son mat et de son plein, de son tympanique ; mais il est regrettable que ces bruits divers n'aient pas une terminologie plus scientifique. Il résulte, en effet, de ce manque de précision dans les termes que chacun comprend à sa façon ce qu'on doit entendre par submatité, par son creux, par son vide. A quoi cela tient-il? Cela tient à ce que les physiciens n'ont pas voulu s'occuper de ce sujet un peu trop médical; cela tient aussi peut-être à ce que les médecins ne se sont pas trouvés suffisamment physiciens. M. Woillez cependant, dans un travail intitulé : Bruits de percussion, inséré dans les Archives de médecine (1855), a cherché à traiter la question en physicien. Entre autres choses, il a démontré que les matités généralement admises sont des sonorités aiguës, comme l'avait déjà remarqué Flint. Mais l'auteur lui-même avoue que le problème doit être considéré comme étant encore à l'étude.

L'école de Vienne, sous la direction de Skoda, a cherché de son côté à asseoir le problème sur une base scientifique. M. Niemeyer pense même qu'elle a atteint ce résultat (7). Sans prétendre nier l'intérêt qu'inspirent les travaux de cette école, nous ne saurions cependant accepter comme un progrès l'invention du plessimètre de verre de Hesse qui permet de décider si Ton a affaire à une hémorrhagie de la peau ou à une simple hyperémie (8), ni l'invention du bruit de chuchotement ou de cliquetis, sous prétexte que la dénomination de pot fêlé, habituellement employée, est empirique et spécifique (9), ni l'invention du bruit skodique de la pleurésie signalé pour la première fois par Notta (Archives de médecine, t. XXII, 1850).

(1) Skoda, Traité de percussion et d'auscultation. Vienne.

(2) P. Niemeyer, Précis de percussion et d'auscultation.

(3) Peter, Plessigraphe.

(4) Plessimètre et dermo graphie.

(5) H. Favre, Exposé sommaire de plessimétrisme. (G) Discussion sur les mouvements du cœur.

(7) Paul Niemeyer, Précis de percussion et d'auscultation, traduit de l'allemand par A. Szerlecki fils, p. 2.

(8) Loc. cit., p. 3.

(9) Loc. cit., p. 11.

ACOUSTIQUE. ii7

Malgré l'insuffisance et l'imperfection du langage employé en plessimétrie, on peut néanmoins s'entendre. En considérant comme plein et sonore le bruit que l'on obtient en percutant au-dessous de la clavicule sur un individu sain, on peut désigner sous le nom de mat le bruit que l'on obtient au niveau du foie, et sous le nom de tympanique celui qu'on obtient au niveau des intestins distendus par des gaz. Les nuances que présentent ces trois bruits types peuvent recevoir des dénominations explicatives ; il en est de même du mélange, de l'association de ces divers bruits. Le bruit plein et sono?'e est produit par la vibration simultanée, et en proportions variables, des solides et des gaz. Lorsqu'on percute un poumon sain, on entend le bruit des parois thoraciques et le bruit de l'air dont les vibrations semblent se propager dans un certain périmètre ; quand on percute un poumon plus ou moins envahi par la tuberculose, le son plein des parois thoraciques n'est plus accompagné par le son clair de l'air bronchique placé au dessous et le bruit est mat. Le bruit tympanique est obtenu toutes les fois qu'on percute au-dessus d'une cavité remplie d'air ou d'un fluide gazeux.

La connaissance de la valeur de ces divers bruits, jointe à la connaissance des résultats plessimétriques que l'on obtient sur le corps de l'homme sain, permet de délimiter la plupart des organes, et de dire s'ils ont augmenté ou diminué de volume, si leur densité ou leur constitution intime a été modifiée. Sans cloute, on a exagéré les résultats du plessimétrisme ; mais, réduit à ses justes proportions, c'est un moyen dediagnosedes plus précieux. Quant à la question de savoir s'il est préférable de percuter sur le doigt ou sur un plessimètre, nous pensons que le meilleur moyen est celui qui est le moins compliqué. Par conséquent, nous donnons la préférence à la percussion du doigt appliqué par sa face palmaire sur la partie qu'il faut explorer. Le motif de cette préférence repose d'ailleurs sur cette considération que le doigt, par le toucher, saisit des nuances qui échappent si on interpose un corps étranger.

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