‹ Application des sciences à la médecineChapitre 41 sur 69 · LOIS DE LA RÉFRACTION · texte numérisé non relu

LOIS DE LA RÉFRACTION

Physiologie de l'œil. — Ophthalmoscope. — Microscope.

Physiologie de l'œil. — Les lois de l'optique ont conduit les expérimentateurs à considérer l'œil comme un système dinptrique centré, dans lequel on trouve trois milieux réfringents : l'humeur aqueuse, le cristallin, Y humeur vitrée ; et trois surfaces réfringentes : la cornée et les deux faces du cristallin.

L'étude de la marche des rayons lumineux à travers ces divers milieux est un problème de physique optique trèscomplexe qui a exercé le génie des plus savants physiciens : Cotes, Euler, Laplace, Gauss, Listing, Helmholtz, Donders, etc.

Sans entrer dans ces hautes questions d'analyse mathématique de la vision, nous indiquerons simplement, d'après les meilleures sources, la marche des rayons à travers les milieux de l'œil.

La puissance réfringente des deux lames de la cornée étant à peu près égale à celle de l'humeur aqueuse, et celle-ci ne différant pas beaucoup de celle de l'humeur vitrée, on a l'habitude de ne considérer, au point de vue qui nous occupe, que la réfringence du cristallin qui, semblable aux lentilles con-

vergentes, possède un centre optique (1) où les axes des faisceaux lumineux viennent se croiser. Le centre est près de sa face postérieure.

Après leur réfraction à travers le cristallin, les rayons lumineux convergent vers un môme point, vers le foyer, et ce foyer, dans la vision distincte, se trouve placé sur la rétine.

La rétine est dans son entier une surface focale dont l'appareil lenticulaire est représenté par le cristallin (2). Cependant la vision n'est pas parfaitement distincte sur tous les points rétiniens. Mariotte, par une expérience ingénieuse, avait démontré qu'au niveau de l'entrée du nerf optique dans le globe oculaire il y a un point qui est insensible aux impressions; c'est le punctum caecum. Donders a démontré que le point où la vision est tout à fait distincte est situé à une petite distance en dehors du pôle postérieur de l'œil, en dehors par conséquent de l'axe optique. Ce point, désigné sous le nom de tache jaune (macula lutea), détermine, avec le point lumineux, ce qu'on appelle axe visuel principal. L'axe visuel fait avec l'axe optique un angle de 5° environ.

Les images se reproduisent sur la surface focale rétinienne par le même procédé que dans les lentilles biconvexes. Par conséquent, sur la rétine, l'image des objets doit être renversée.

Ce fait est réel et l'on peut s'en assurer en regardant, par derrière, un œil de lapin albinos. La transparence des membranes permet de s'assurer que le paysage devant lequel on a placé l'œil du lapin se trouve dessiné sens dessus dessous sur la partie postérieure de l'organe. Voir droit au moyen d'images renversées n'est pas, comme on l'a prétendu souvent, l'effet de l'habitude ou de l'éducation. Pour M. Giraud-Teulon, voir droit est une faculté innée, ou plutôt une certaine manière de vivre propre aux bâtonnets rétiniens, et qui consiste à reporter ses sensations en dehors de nous et dans la direction diamé traie des imp7'essions (3). « Quant au dessin qui est renversé, c'est la géométrie qui le renverse », ajoute avec esprit le savant physiologiste.

(1) Centre de similitude géométrique de M. Giraud-Teulon.

(2) Giraud-Teulon, Revue des cours scientifiques, 7 mars 1868.

(3) Giraud-Teulon, L'œil, \t, 7.

DE L'OPTIQUE. i81

Cette explication nous paraît plausible ; niais nous faisons nos réserves à l'endroit de la propriété de sentir que posséderaient les bâtonnets.

La rétine, considérée au point de vue physiologique, a pour mission : 1° de recevoir le mouvement lumineux déjà transformé, organisé par les milieux de l'œil; 2° de lui faire subir une transformation nouvelle qui, à son tour, excite l'activité propre des nerfs optiques et, en définitive, réveille la sensation de lumière dans les couches optiques. C'est à travers cette filière que le sensorium voit les objets, les extériorise, et leur assigne un point déterminé dans l'espace.

Accommodation de l'œil aux distances. — Lorsqu'on approche une image un peu plus près ou un peu plus loin qu'il ne le faut de l'objectif d'une chambre noire, dans laquelle l'écran se trouve au foyer des rayons parallèles, l'image de cet objet sur l'écran est confuse. Pour lui rendre sa netteté, il faut éloigner l'écran proportionnellement au rapprochement de l'objet, ou bien remplacer le premier objectif par une lentille plus forte et laisser l'écran à sa place.

Un phénomène analogue à celui que nous venons de décrire se produit quand nous regardons des objets à des distances différentes. La lentille oculaire se conduit absolument comme la lentille de la chambre noire, et elle nous enverrait nécessairement des images confuses si on ne déplaçait pas l'écran, c'est-à-dire la rétine, ou bien si on ne changeait pas la lentille, c'est-à-dire le cristallin. Cependant nous ne déplaçons pas l'écran, et nous ne changeons pas de lentille pour voir aux différentes distances. C'est que la vie a des ressources que la matière inanimée ne connaît pas. Voici le secret de cette accommodation.

Purkinge avait démontré que, lorsqu'on place une bougie devant le champ pupillaire, il se développe sur ce dernier trois images de la bougie, doux droites, et la troisième renversée : la première est une image virtuelle produite par la convexité de la cornée ; la seconde est engendrée par la convexité antérieure du cristallin; la troisième, renversée, est produite par la face postérieure et concave du cristallin (1).

(1) Ce phénomène a été utilisé par Sanson pour diagnostiquer les cata- , ractes.

Cramer, en examinant ces images avec un microscope particulier, découvrit que la deuxième image devient plus petite, et se rapproche de la première dès que l'œil s'accommode pour un objet rapproché, et il conclut de là que la face antérieure du cristallin qui donne l'image devient en ce moment plus convexe.

Ce fait ayant été bien constaté, restait à savoir par quel procédé le cristallin peut ainsi changer si facilement et si souvent de forme. On attribue cette fonction à l'action du muscle ciliaire combinée avec celle de 17m. Le muscle ciliaire, découvert par Bowmann, forme une zone annulaire autour du cristallin.

La faculté de s'accommoder aux distances a ses limites que l'on désigne sous le nom de point rapproché et de point éloigné de la vue distincte. Le premier est la limite inférieure de la vision nette; il est à peu près à la même distance pour tout œil régulier du même âge. A vingt ans, ce point se trouve à une distance moyenne de 10 centimètres. Quant au punetma remotum, il est à l'infini dans l'œil normal. L'espace compris entre les deux points dont nous venons de parler, porte le nom d'étendue de l'accommodation.

Anomalies de la réfraction. — Dans les conditions normales de

Fig. 42. — Œil normal ou emmétrope.

la dioptrique oculaire, les rayons parallèles venant de l'infini ont leur foyer sur la rétine ; mais il peut arriver que le foyer se trouve en avant ou en arrière de la rétine, et, dans ces deux derniers cas, la vue n'est plus distincte. M. Donders désigne sous le nom d'emmétrope l'œil qui reçoit sur la rétine les rayons parallèles venant de l'infini, et ,sous le nom d'amétrope, les yeux dont le foyer où viennent aboutir les rayons de l'in-

fini se trouve en avant ou en arrière de la rétine. L'amétropie se distingue en myopie et en hypermétropie, selon que le foyer principal de l'œil se trouve en avant ou en arrière de la rétine.

Dans la myopie, le foyer se forme en avant de la rétine;

Fig. 43. — Œil myope.

mais on peut, avec des verres concaves placés devant les yeux, amener ce foyer sur la rétine même.

Dans l'hypermétropie, qu'il ne faut pas confondre avec le trouble de l'accommodation désigné sous le nom de presbyopie, le foyer principal se forme en arrière de la rétine ; mais on

Fig. 44. — Œil hypermétrope.

peut le ramener sur celle-ci au moyen de verres convexes, comme on le voit sur les figures ci-jointes empruntées à Follin (1).

Le pouvoir accommodatif est très-variable selon les individus. On mesure son étendue avec les échelles typographiques

(1) Follin, Leçons sur l'exploration de l'oeil, p. 200. A. Delahaye édit.

ou bien avec des appareils désignés sous le nom d'optomètres. De Graefe, Hasner, ont construit de bons optomètres ; mais le plus facile à manier est celui de M. Badal.

Optomètre métrique international du docteur Badal. — Cet instrument permet de mesurer simultanément la réfraction et Y acuité visuelle, — ce qu'on appelait autrefois Importée et la finesse de la vue, — de manière à déterminer le n° des verres de lunette qui corrigent exactement, pour la vision de loin et de près, les anomalies de l'appareil optique : presbytie, myopie, hypermétropie, astigmatisme, etc. Les optomètres inventés jusqu'ici ne pouvaient donner que la mesure du pouvoir réfringent de l'œil. Pour mesurer l'acuité, chose indispensable toutes les fois qu'il s'agit de poser le diagnostic précis d'une affection interne de l'œil, de juger de l'aptitude à telle ou telle profession ou de procéder à un examen médicolégal (conseils de révision de l'armée, etc.), il fallait ensuite avoir recours à un nouvel examen pratiqué à l'aide des lentilles d'essai de la boîte d'oculiste et des tableaux d'épreuves connus sous le nom d'échelles typographiques pour la mesure de l'acuité. De là une perte de temps considérable et des causes d'erreurs fréquentes. L'optomètre du docteur Badal supprime les causes d'erreurs ; il abrège considérablement l'examen des fonctions visuelles, surtout chez les sujets qui ne savent pas lire, enregistre lui-même les résultats qu'il donne, se manœuvre avec la plus grande facilité, et n'exige aucune connaissance spéciale, ce que beaucoup de médecins apprécieront.

Prenant peu de place, facile à transporter, et remplaçant dans tous leurs usages la boîte de verre d'essai et les échelles typographiques, il pourra être foit utile aux médecins militaires chargés des conseils de révision.

Enfin, chose à noter, il est le seul instrument qui se prête à une détermination rapide et méthodique du numéro des verres à prescrire pour la vision de près.

Description de V instrument. — Un des principaux avantages de l'optomètre du Dr Badal est la simplicité de sa disposition ; il est essentiellement constitué par un lube cylindrique en cuivre de 30 centimètres de longueur environ, dont le pied est pourvu d'une hausse destinée à mettre l'œilleton exactement à la hauteur de l'œil.

Le tube est fixé sur son support par une articulation permettant de donner à l'instrument toutes les inclinaisons possibles.

Une lentille convergente de G3 millimètres de foyer est placée dans le tube à une distance de l'œilleton précisément égale

Fig. 45. — Optomètre du Dr Badal.

à sa distance focale. La théorie de l'instrument est basée làdessus.

En arrière de la lentille se meut, à l'aide d'un pignon et d'une crémaillère, une plaque de verre dépoli portant : à gauche, une réduction photographique des nouvelles échelles métriques de Snellen ; à droite, des figures de cartes à jouer pour les illettrés, et, entre les deux, un système de lignes parallèles pour la mesure de l'astigmatisme : le tout vu par transpa-

rence. Cette plaque peut occuper toutes les positions possibles, depuis la lentille jusqu'à l'extrémité postérieure du tube. Selon sa position, les rayons lumineux réfractés, en arrivant à l'œil, présentent tous les degrés de convergence ou de divergence qui correspondent aux différents états de réfraction statique ou dynamique que l'on peut avoir occasion d'observer.

La graduation de l'instrument, tracée sur la longueur du tube, est conforme au système métrique, définitivement adopté parle dernier congrès de Bruxelles (1).

Vision binoculaire. — Pendant longtemps on avait pensé que la vision avec les deux yeux est la composante de deux actions identiques, et que les images rétiniennes étaient absolument semblables à droite et à gauche. On expliquait, dans cette théorie, la fusion sensorielle des deux images en une seule en disant que chaque élément rétinien d'un côté avait, avec l'élément géométriquement homologue de l'autre côté, un même filet nerveux, qui, d'abord dédoublé, les reliait ensuite au sensorium. C'est ce qu'on appelle la Théorie des points identiques. M. Giraud-Teulon démontrait, dès 1861, que cette théorie n'est pas soutenable. L'expérience bien connue de Malebranche, le mécanisme du stéréoscope découvert par Weatstone en 1833, lui fournirent des arguments précieux; mais il démontra, par l'analyse mathématique, l'inégalité des parallaxes d'un même point à droite et à gauche dans la vision associée ; il expliqua par le même moyen le mécanisme de la vision binoculaire.

Pour M. Giraud-Teulon, « la vision binoculaire est une résultante produisant des effets que ne peut réaliser chaque composante prise isolément. C'est d'elle que dépendent les notions exactes de relief corporel, de la distance et de la situation relative des corps dans l'espace : c'est un instrument géodésique (2).

Longtemps discutée par MM. Helmholtz, de Graefe, Donders, Hering, Panum, qui, de leur côté, professaient des théo. ries différentes, l'opinion de M. Giraud-Teulon, depuis le

(1) Cet instrument, qui se trouve entre les mains d'un grand nombre de praticiens et dans la plupart des cliniques, a obtenu en 1877 une citation honorable de l'Institut et en 1878 le prix Barbier, de la Faculté de médecine de Paris (2,000 fr.).

(2) Giraud-Teulon, L'œil, p. 21.

congrès international d'ophthalmologie, en 1867, semble s'être

imposée d'une manière définitive à l'acceptation des savants.

Influence de l'âge sur la vue. — Cette influence porte

principalement sur l'acuité de la vue qui, de vingt à quatre-

vingts ans, descend progressivement de — - ou 1 a —, et sur

la position du punctum proximum qui s'éloigne peu à peu jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans. Cet éloignement constitue la presbyopie, qui est due causalement à une diminution progressive du pouvoir accommodateur. On commence, en général, à sentir les effets de l'éloignement du punctum proximum vers l'âge de quarante à quarante-cinq ans.

L'analyse succincte que nous venons de donner, touchant les applications de la physique à la physiologie de l'œil, est intéressante par elle-même ; mais elle a une autre utilité : elle permet de déterminer immédiatement la nature des troubles qui peuvent affecter l'organe de la vue.

D'après M. Giraud-Teulon, l'exercice régulier de la fonction visuelle exige la réunion de cinq éléments principaux :

1° L'intégrité de texture et de sensibilité de la rétine et du nerf optique ;

2° L'intégrité de la transparence des milieux réfringents ; 3° Un rapport exact entre la position de l'écran sensible, ou la longueur de l'œil, et la puissance réfringente de l'organe;

4° L'intégrité de la puissance qui préside à l'ajustement de l'œil aux distances, ou accommodation;

5° L'intégrité des puissances qui gouvernent les mouvements des axes optiques, et leur harmonie avec celle qui procure l'accommodation (1).

A chacune de ces conditions correspondent des troubles définis :

Pour la première, nous trouvons les troubles de la circulation en plus ou en moins, les hypertrophies et atrophies de la rétine, les tumeurs, le glaucome-, les rétrécissements du champ visuel périphérique (hémiopie), les interruptions centrales (scotomes), la photopsie, la chromopsie, les spectres oculaires, l'héméralopie, la nyctalopie, l'hyperesthésie rétinienne, le nystagmus, etc.

(1) Giraud-Teulon, L'œil, p. 28.

Pour la seconde, nous trouvons les diverses opacités de la cornée et du cristallin.

Pour la troisième, nous trouvons la myopie, l'hypermétropie et l'astigmatisme.

Pour la quatrième, nous trouvons la mydriase, le myosis, la presbyopie, paralysie et spasme du muscle ciliaire.

Enfin, pour la cinquième, nous trouvons l'asthénopie et la diplopie.

La connaissance des phénomènes physiologiques de l'œil n'a pas seulement pour effet de nous faire pressentir la nature des troubles possibles de cet appareil ; elle nous permet encore de diagnostiquer, jusqu'à un certain point, le siège de la maladie et son traitement. Nous voulons parler des phosphènes, de la périmétrie rétinienne, et des lunettes.

Rétinoscopie phosphénienne. — Tel est le nom que M. Serres (d'Alais) donna à un procédé d'investigation destiné à éclairer le diagnostic des affections de l'œil. Déjà, en 1838, M. Saigny avait découvert les phosphènes et leur avait imposé leur nom. Mais c'est M. Serres, d'Alais, qui a eu le mérite d'étudier le phénomène mieux qu'on ne l'avait fait avant lui. Cette méthode, ou plutôt ce procédé d'investigation, a été connu avant l'invention de l'ophthalmoscope, et, en ce moment-là, il rendit de grands services à la pathologie de l'œil. Depuis l'invention de l'ophthalmoscope, son utilité a été considérablement réduite ; mais il est des cas où le phosphène seul peut éclairer le praticien. Lorsqu'aucune lésion appréciable n'existe, lorsque l'incurvation est troublée sans altération anatomique, lorsque les milieux oculaires sont opaques, l'oplithalmoscope ne peut rien et les phosphènes peuvent beaucoup.

Qu'est-ce donc qu'un phosphène? Si l'on presse légèrement et méthodiquement à travers les paupières fermées sur un des points du pourtour de l'œil, on fait naître instantanément une image lumineuse. C'est ce phénomène qu'on appelle phosphène.

Pour faciliter l'étude de ces phénomènes entoptiques, M. Serres les circonscrit dans quatre positions cardinales :

Phosphène nasal, celui que provoque la pression opérée à l'angle interne, à côté de la racine du nez;

Phosphène temporal, celui qui se produit par la compression de l'angle externe de l'œil à côté de la tempe ;

Phosphène frontal, celui qui se produit sous la pression du doigt à la partie supérieure de l'œil, au-dessous du front;

Phosphène jugal, celui qui apparaît quand on comprime la partie inférieure de l'œil au-dessus de la joue.

Ces phénomènes lumineux ne sont produits que par la compression de la rétine, qui, en cela, se conduit comme les autres nerfs sensoriaux dont le mode d'activité propre peut être réveillé par des excitants non physiologiques : l'électricité réveille le goût, le son, l'odorat, etc. Par conséquent, il est permis d'affirmer que l'impossibilité de provoquer la production des phosphènes tient à une perturbation des fonctions de la rétine. C'est sur cette considération qu'est basée le diagnostic de certaines maladies de l'œil au moyen de la rétinoscopie phosphéenne.

Comme nous l'avons déjà dit, ce procédé est applicable dans tous les cas où l'ophthalmoscope est impuissant, comme dans les atrésies de la pupille, dans l'opacité du cristallin. D'ailleurs il est toujours bon de consulter la sensibilité de la rétine, en provoquant la production des phosphènes, avant d'entreprendre une opération sur l'œil. Il est évident que, si on opère de la cataracte un homme qui est atteint en même temps d'amaurose, l'opération ne lui rendra pas la vue. Mais l'amaurose peut être diagnostiquée avant l'opération par le moyen de la rétinoscopie phosphénienne ; il est donc indispensable de l'appliquer.

Périmétrie rétinienne — L'exploration de la rétine à l'aide de phosphènes ne fournit cependant que des indications sur la sensibilité de cette membrane à la pression. Elle ne saurait suffire lorsqu'il s'agit de reconnaître l'état du champ visuel, c'està-dire la sensibilité de toute la rétine par rapport à la qualité et à la quantité de lumière qui pénètre dans l'œil. Ces renseignements, importants et indispensables pour un grand nombre de maladies oculaires, peuvent être obtenus de deux manières.

Lorsque la cornée ou les milieux de l'œil ont perdu leur transparence, lorsque la papille est obstruée par de fausses membranes, l'exploration du champ visuel se fait dans une chambre obscure à l'aide de deux lampes. On recherche d'abord jusqu'à quelle distance l'œil examiné peut distinguer la clarté d'une lampe ordinaire, et le résultat de cet examen indique le degré de sensibilité conservé au centre de la rétine.

En second lieu, on fait fixer par le malade une lampe placée en face et à courte distance, tandis que l'on promène une autre lampe dans toutes les directions jusqu'aux limites du champ visuel. Le malade doit indiquer à chaque moment où se trouve la seconde lampe. De cette manière on sera à même

Vig. 46. — Périmètre du Dr Meyer.

de constater l'affaiblissement de la vision excentrique ou les défectuosités du champ visuel (1).

Lorsque la cornée et les milieux de l'œil ont conservé leur transparence, on examine le champ visuel à l'aide du périmètre, dont Auber et Foerster se sont servis les premiers. L'instrument dont nous donnons la description est celui du Dr Meyer construit par Collin.

Le périmètre de Meyer consiste en un arc de cercle de la valeur d'un quart de circonférence (fig. 46) qui, en tournant autour du sommet, décrit dans l'espace un hémisphère au

(1) E. Meyer, Traité pratique des maladies des yeux, p. 23 à 27.

centre duquel se trouve l'œil examiné 0. Celui-ci doit fixer invariablement le point marqué au sommet de l'arc, tandis que l'autre œil est recouvert d'un bandeau.

L'arc du périmètre étant placé dans un plan déterminé, par exemple dans le plan vertical, l'explorateur fait avancer progressivement, de la périphérie vers le sommet, le curseur C qui glisse le long de l'arc et dans lequel on a préalablement introduit, selon le but de l'examen, un carré blanc ou coloré, une figure ou lettre typographique. Le glissement du curseur C est

Fig. 47. — Schéma périmétrique et champ visuel normal de l'œil droit.

obtenu à l'aide d'une chaîne sans fin qui se trouve derrière l'arc et qui est mise en mouvement par une petite manivelle M, placée de telle façon que le malade ne peut apercevoir la main de l'explorateur. Celui-ci arrête le mouvement au moment où le malade reconnaît l'objet placé sur le curseur; il lit à côté du curseur le chiffre de la division en degrés, tracés à l'extérieur de l'arc, et marque par un trait de craie sur l'ardoise noire R, à laquelle l'arc de cercle est adossé, le degré trouvé dans l'expérience.

Cette ardoise n'est autre chose que la projection de la sphère du périmètre: noire du côté du malade, l'autre côté, représenté dans la figure 47, porte une série de cercles excentri-

ques traversés par des diamètres. Ceux-ci représentent l'inclinaison méridienne de l'arc de cercle que l'observateur peut lire, à chaque moment de l'examen, sur le petit cadran sur lequel se met une aiguille J, tournant en même temps que ce dernier.

Lorque la limite du champ visuel a été déterminée pour le méridien vertical, et marquée par un trait de craie au point correspondant de l'ardoise, comme nous l'avons dit plus haut, on dispose l'arc de cercle dans un autre méridien, et on détermine pour celui-ci, comme pour le précédent, le point auquel l'objet placé sur le curseur est revenu, en partant de la périphérie. Ce point marqué sur l'ardoise, à l'endroit précis de la projection, on passe à un autre méridien et ainsi de suite jusqu'à ce que l'arc ait décrit l'hémisphère complet. 11 ne reste plus qu'à réunir par un trait continu les différents points marqués, pour avoir le tracé complet du champ visuel sur le schéma tracé au dos de l'ardoise.

Lunettes. — L'invention de cet appareil d'optique est due selon les uns à Roger Bacon, selon les autres au dominicain A. de Spina (1312).

L'usage des lunettes répond à trois indications essentielles : 1° modifier l'inclinaison des rayons lumineux à leur incidence sur la cornée; 2° modifier la quantité de lumière; 3° modifier sa couleur (t).

1° Les verres qui augmentent la convergence des rayons lumineux à travers la cornée et le cristallin présentent la disposition biconvexe ; ils sont appelés collectifs ou positifs, parce qu'ils font pénétrer dans l'œil plus de rayons lumineux pour une même surface d'ouverture de la pupille. On les conseille aux hypermétropes et aux presbytes.

Les verres qui diminuent la convergence des rayons lumineux dans leur passage à travers la cornée et le cristallin présentent la disposition biconcave ; ils sont désignés sous le nom de dispersifs ou négatifs, parce qu'ils diminuent la quantité de réfraction du système, et en même temps la somme des rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil. On les conseille aux myopes.

Depuis le congrès international ophthalmologique réuni à

1 Gir.ud-Teulox. L'œil, p. 140.

Bruxelles en 1875, on a substitué à la numération duodécimale des verres de lunettes la numération métrique. L'unité de la série est la quantité de réfraction développée par la lentille de 1 mètre de longueur focale. La série se compose de termes équidistants depuis un jusqu'à vingt, avec licence accordée d'intercaler, selon les nécessités de la pratique, les fractions décimales (1).

Les verres cylindriques modifient comme les précédents la quantité de réfraction. On les emploie surtout dans le traitement de l'astigmatisme.

Les verres prismatiques ont pour effet de dévier latéralement les rayons de lumière et de modifier en apparence la place que l'objet occupe réellement. Cette propriété est mise à profit dans le traitement delà diplopie et de l'asthénopie musculaire.

2° Pour modifier la quantité de lumière, on se sert de lunettes sténopéiques, sorte de petits écrans opaques percés de trous ou fentes qui ne laissent arriver à l'œil qu'une petite quantité de lumière. On les emploie pour obvier aux inconvénients des taies carnéoles ; on les utilise aussi après l'iridectomie, après l'opération de la pupille artificielle, dans la mydriase et la polycorie, et enfin après l'extirpation d'un œil.

3° Pour modifier la couleur de la lumière, on emploie les conse?,ves. Ce sont des verres convexes très-faibles (0,25 à 0,50 de dioptrie métrique). La teinte bleue du verre est la plus convenable. Le gris fumée agit sur la quantité et non sur la qualité de la lumière.

Dans le but de déterminer exactement le numéro des verres de lunettes, M. le Dr Badal a imaginé un instrument qui n'est au fond qu'un optomètre renversé.

Ophthalmoscope. — L'ophthalmoscope est un appareil destiné à éclairer le fond de l'œil et à renvoyer l'image de ce dernier à l'œil de l'observateur. Cet appareil a été inventé par M. Helmholtz en 1851. Voici, d'après Follin, l'expérience sur laquelle repose la théorie de l'instrument :

Supposons que F soit un foyer de lumière, M un verre transparent à surfaces parallèles placé entre l'œil observé B et celui de l'observateur A, dans une certaine inclinaison. Les rayons lumineux, sortis de F et tombant sur la lame de verre M, se divisent en deux

1) Giraud-Teulox, loc. cit., 145.

parties : l'une traverse la lame de verre, tandis que l'autre est rélléchie vers la cox'née de l'œil B; arrivé en ce point, ce dernier faisceau lumineux subit une série de réfractions et vient faire foyer sur la partie antérieure de la rétine, en e.

Ce foyer devient un nouveau centre lumineux d'où émanent des rayons qui suivent en sens inverse le trajet qu'ils ont déjà parcouru et sortent de l'œil. Ils tombent de nouveau sur la plaque M et s'y divisent en deux faisceaux secondaires, dont l'un est réfléchi par la lame vers la source lumineuse F, tandis que l'autre, traversant cette lame

Fig. 48.

en subissant une réfraction insignifiante à cause de son peu d'épaisseur, vient faire foyer en F'. Si l'œil de l'observateur A se place dans la direction de ce faisceau de lumière revenant de B, il recevra une partie de ces rayons lumineux et aura une notion de l'éclairage dn fond de l'œil. Mais, en général, cette notion est confuse, et cela est dû à ce que la plupart des yeux ne sont pas disposés pour recevoir des rayons convergents, mais bien des rayons parallèles ou des rayons divergents : or, là, les rayons restent convergents ; en pénétrant dans l'œil de l'observateur, ils deviennent plus convergents encore et font leur foyer en avant de la rétine. Cette rétine ne reçoit qu'un cercle de diffusion, au lieu d'avoir une sensation nette du point e.

M. Helmboltz, qui a conçu cette belle expérience, n'a pas tardé à comprendre que, pour donnera l'œil de l'observateur une notion nette

du point e, c'est-à-dire pour ramener sur la rétine de cet observateur une image exacte de ce point e, il fallait changer la direction des rayons convergents et les rendre parallèles ou divergents : c'est ce qu'il obtint en plaçant devant l'œil observateur une lentille divergente L.

Maintenant, au lieu d'un point lumineux, placez en F un corps lumineux, la llamme d'une lampe par exemple, et, ce que je viens de dire pour un point lumineux étant applicable à une surface lumineuse, l'observateur, lorsque l'expérience sera bien disposée, apercevra l'image de cette llamme sur la rétine observée, et d'une façon trèsnette, si l'accommodation de l'œil observateur se fait convenablement pour la distance à laquelle il se trouve de l'image extériorée de la flamme.

Après avoir démontré, par cette expérience, qu'on pouvait éclairer le fond de l'œil, M. Helmholtz fit construire un instrument spécial qui porte le nom d'ophthalmoscope.

L'éclairage ainsi obtenu était loin d'êlre suffisant pour distinguer tous les détails du fond de l'œil, car, avec lui, on ne voyait réellement que le point où se forme l'image de la source lumineuse. M. Helmholtz dut perfectionner son œuvre, et il y parvint avec tout le succès désirable, en plaçant une lentille biconvexe au-devant de l'œil, à une distance un peu supérieure à sa longueur focale. Avec cette disposition nouvelle, les rayons lumineux arrivent à l'œil, observé en convergeant et, après leur convergence aux environs du centre optique, ils forment, par leur divergence, un cercle de diffusion qui éclaire une grande partie de la rétine. Dès lors la théorie de l'ophthalmoscope était complète.

La disposition que l'on a donnée aux diverses pièces qui constituent l'ophthalmoscope est très-variable. Depuis l'ophthalmoscope de M. Helmholtz jusqu'à l'ophthalmoscope binoculaire de M. Giraud-Teulon, on en compte un nombre considérable. Nous nous bornerons à décrire le plus simple et celui qui peut être employé par la généralité des praticiens.

L'ophthalmoscope le plus simple se compose : 1° d'un miroir réflecteur concave, percé d'un trou au centre; 2° d'une lentille biconvexe. Pour procéder à l'examen, on place une lampe à côté de la tête du malade et un peu en arrière. Puis on prend de la main droite le manche du miroir concave et on dirige les rayons lumineux sur l'œil à explorer en s'aidant, dans cette direction, de l'œil placé derrière le trou du miroir

concave. En même temps la main gauche saisit la lentille biconvexe et la place au-devant de l'œil du malade à une distance convenable et sur le trajet des rayons lumineux. La distance à laquelle il faut placer la lentille est variable selon l'état de réfringence des milieux de l'œil exploré. En l'absence de lentille, l'image renvoyée par l'œil doit se produire à une distance de l'œil égale à la distance de sa vision distincte. Par conséquent, cette distance doit varier selon que le sujet est

Fig. 49. — Miroir réflecteur concave percé d'un trou k son centre.

myope ou hypermétrope. Devant un myope, la lentille doit être placée aune distance plus rapprochée de l'œil ; devant l'hypermétrope, la lentille devra être placée à une distance plus grande.

Examen opththalmo&copique. — N'ayant pas l'habitude de manier cet instrument, et préoccupé exclusivement, de l'intérêt de nos lecteurs, nous renonçons ici à une rédaction personnelle, et nous empruntons au savant ouvrage du docteur Abadie, — - le plus récent (1877) et le plus complet que nous possédions sur ce sujet, — l'exposé textuel des règles à suivre dans l'examen ophthalmoscopique :

L'éclairage qui convient le mieux pour l'examen ophthalmoscopique, pratiqué dans les conditions ordinaires, est celui qui est fourni par une bonne lampe à modérateur à huile, d'un fort calibre. Cette lumière est préférable à celle du gaz, du pétrole ou du soleil ; cellesci, étant peu riches en rayons jaunes, donnent au fond de l'œil une coloration terne, gris-rougeâtre. Pourtant, dans certains cas particuliers, — pour dilférencier, par exemple, la coloration du gliome de celle de la rétinite exsudative (Knapp) ; pour apprécier le changement de teinte du fond de l'œil, observé dans la leucocythémie, il est avantageux de recourir à la lumière solaire (0. Becker).

Fig. 50. — Disposition pour l'examen ophthalmoscopique d'après Follin (1).

Afin de ne pas fatiguer le malade , Follin et Janssen ont proposé de placer devant le foyer lumineux une plaque de verre bleucobalt, destinée à intercepter les rayons jaunes et rouges qui sont le moins bien supportés par la rétine.

Cette précaution n'a aucun avantage dans la pratique habituelle, mais elle pourrait être utilisée dans certains cas d'hyperesthésie rétinienne.

Il faut, autant que possible, s'habituer dès le début à examiner le fond de l'œil sans dilater la paupière par l'atropine. Cette substance ayant, comme on sait, le fâcheux inconvénient de paralyser pendant plusieurs jours l'accommodation, l'usage en est fort pénible pour les malades qui possèdent une bonne acuité visuelle.

(1) Follix. Leçons sur l'exploration de l'œil, p. 62.

Dans certains cas, cependant, il est indispensable de recourir à ce moyen. Quand on veut examiner spécialement la région de la macula, on est obligé d'employer l'atropine; cette partie de la rétine étant fort sensible, la lumière qu'on y projette provoque, en effet, des contractions réflexes du sphincter de l'iris et un rétrécissement considérable de la pupille. L'emploi de cette substance est encore nécessaire quand on veut explorer les régions équatoriales de l'œil; elle permet d'examiner la plus grande partie de la surface rétinienne; mais, pour si grande que soit la dilatation pupillaire, il est toujours impossible d'explorer le corps ciliaire à l'ophtlialmoscope.

Fig. 51. — Papille normale avec les trois cercles concentriques a, artères; v, veines; c, lames criblées.

Enfin les états pathologiques qui altèrent la transparence des milieux réfringents de l'œil exigent également la dilatation de la pupille. Dans ce cas, une partie des rayons éclairants étant interceptée au passage par les opacités, il est de toute nécessité d'augmenter d'autant leur orifice d'entrée.

L'observateur doit se tenir à 30 centimètres environ du malade, en face de lui, et à la même hauteur; la source lumineuse est placée à côté et à gauche de la tête du sujet observé ; elle en est séparée par un écran de façon que celle-ci soit dans l'ombre. La ligne du regard des deux observateurs et la flamme de la lampe doivent être dans un même plan horizontal.

L'extrémité infra-oculaire du nerf optique ou papille, qui est la partie du fond de l'œil la plus intéressante à étudier, n'occupe pas le pôle postérieur, elle est située un peu plus en dedans ; de telle sorte que, quand on est placé en face du malade, on doit, pour amener la papille devant soi, l'engager à regarder en dedans vers l'oreille gauche de l'observateur si on examine l'œil gauche, et réciproquement.

L'observateur, tenant le miroir de l'ophthalmoscope par son manche, le place alors au-devant de son œil en l'inclinant légèrement vers la source lumineuse, de façon à projeter la lumière réfléchie vers la pupille du sujet observé. Celle-ci apparaît bientôt sous la forme d'un disque rougeâtre, preuve certaine qu'à ce moment le fond de l'œil est éclairé. Alors, appuyant la main gauche sur la région orbitairefil place une lentille biconvexe de deux pouces et demi de foyer devant l'œil observé,, d'abord à une distance très-faible, et de façon que son centre se trouve sur l'axe même du réflecteur ; puis il l'éloigné progressivement de l'œil. C'est dans ce mouvement que consiste la difficulté de l'examen ; car on parvient facilement à éclairer le fond de l'œil avec le miroir, mais, dès que l'on interpose la lentille, la préoccupation de la bien maintenir empêche de songer au réflecteur qui se déplace et l'œil n'est plus éclairé ; ce n'est que par une longue habitude et des exercices fréquemment répétés qu'on arrive à maintenir à la fois la lentille et les miroirs dans une position convenable.

Lorsque le fond de l'œil est éclairé, on est quelquefois gêné par des reflets brillants formés par la lumière réfléchie à la surface de la cornée et du cristallin. On s'en débarrasse en imprimant de légères inclinaisons au miroir ou à la lentille; du reste, on finit à la longue par s'y habituer et par en faire abstraction.

De même, pour éviter les images lumineuses du miroir, réfléchies par les surfaces antérieure etpostérieure de la lentille, jouant le rôle de réflecteurs convexes et concaves, on incline très-légèrement celleci autour de son axe vertical; les reflets se trouvent dès lors projetés hors du champ d'observation.

Il est rare qu'on parvienne du premier coup à voir la papille, et, quoi qu'on en dise, il faut de longs exercices et beaucoup de patience pour arriver à apercevoir nettement et avec facilité le fond de l'œil. Souvent, au lieu de trouver d'emblée la papille, on ne distingue qu'un vaisseau ; on le suit alors en se déplaçant très-légèrement vers le sens où ii augmente de volume, et l'on arrive ainsi nécessairement sur la papille d'où il émerge (I).

Pour compléter les détails si précis que l'on vient de lire, nous donnons ici l'image du fond de l'œil d'après Follin.

(1} Ch. Abadie, Traité des maladies des yeux, t. II, p. 14.

A ceux qui n'ont jamais pratiqué l'examen ophthalmoscopique, nous ne saurions trop recommander de s'exercer sur l'œil artificiel inventé parle professeur Maurice Perrin.

Cet appareil se compose d'une sphère creuse en cuivre ayant le volume du globe oculaire. Elle est supportée par un pied qui peut s'élever ou s'abaisser à volonté. A l'extrémité supérieure de ce support se trouve une articulation 0 qui permet à la sphère des mouvements de rotation et d'inclinaison dans tous les sens.

L'œil artificiel se compose de trois parties : la première A,

Fig. 52. — Œil artificiel de M. Maurice Perrin.

noircie à l'intérieur, représente la région équatoriale ; la seconde, correspondant à l'appareil réfringent de l'œil, cornée ou cristallin, ne comprend, pour plus de simplicité, qu'une seule lentille convexe ayant une puissance réfringente égale à celle de la totalité du système dioptrique de l'œil normal ; deux petits diaphragmes, l'un de 7, l'autre de 3 millimètres de diamètre, simulant l'iris à ses divers degrés de dilatation, s'adaptent, à l'aide d'un pas de vis, en avant de la lentille.

Enfin la troisième pièce C, articulée avec la première, est destinée à recevoir dans sa concavité de petites cupules en cuivre R sur lesquelles sont peintes les images ophthalmoscopiques du fond de l'œil normal ou pathologique.

Derrière l'appareil se trouve un écran D sur lequel se projette la flamme de la lampe, réfléchie par le miroir; dès que celle-ci cesse de pénétrer dans la cavité oculaire, on se rend compte ainsi de la déviation et l'on peut rectifier aisément l'éclairage par une inclinaison du miroir.

Quand la lentille adaptée à l'appareil a la puissance dioptrique de l'œil emmétrope, et que l'image placée dans la cupule est celle de l'œil physiologique, on a à sa disposition un globe oculaire artificiel sur lequel on peut s'exercer au maniement de l'ophthalmoscope absolument comme sur un œil vivant.

Pour permettre aux commençants de s'exercer à reconnaître l'état de la réfraction au moyen de l'ophthalmoscope, exercice que l'on ne saurait trop conseiller, Maurice Pcrrin a eu l'heureuse idée de munir son appareil de trois lentilles de valeur réfringente différente, représentant les principaux états dioptriques de l'œil humain.

Celle qui correspond à l'œil emmétrope a son foyer sur la rétine quand la virole de cuivre qui la supporte est vissée à fond. En dévissant cette virole autant que possible, c'est-à-dire jusqu'à la dernière rayure de la vis, on allonge d'autant la longueur de l'axe antéro-postérieur de l'œil et l'on produit ainsi une myopie artificielle.

La lentille qui correspond à l'hypermétropie a son foyer audelà de la rétine ; celle qui rend l'œil astigmate est composée d'une lentille sphérique et d'une lentille cylindrique associées. Toutes deux sont montées sur une virole et s'adaptent à l'appareil comme la première.

Quand on commence à s'exercer avec cet œil artificiel, on enlève d'abord tout diaphragme de façon à avoir une très-large pupille; puis, peu à peu, à mesure qu'on fait des progrès, on diminue l'ouverture pupillaire en changeant de diaphragme (1).

Ophthalmoscope à réfraction et optométrique. — L'examen ophthalmoscopique serait incomplet s'il ne permettait de déterminer aussi l'état de réfraction de l'œil, surtout chez les enfants où tous hs auti^es moyens font absolument défaut.

D'ailleurs , on ne peut jamais voir nettement l'image croisée du fond de l'œil, si l'on ne corrige en même temps l'anomalie de réfraction aussi légère qu'elle soit.

(1) Ch. Abadie, loc. cit., p. 16.

L'opthalmoscope du Dr Meyer remplit cette double indication.

Cet instrument, construit par Roulot, se compose de deux miroirs réflecteurs (plan et concave) et de deux disques superposés qui contiennent chacun six lentilles concaves et convexes, plus une ouverture vide (voir la fig. 53). Le diamètre

Fig. 53. — L'ophthalmoscope à réfraction et optométrique du Dr Meyer.

des lentilles est de 9 millimètres, les numéros indiquent leur force réfringente en dioptries (système métrique).

Les disques tournent isolément ou ensemble sous la pression du doigt, appliqué sur le côté de l'instrument. La rotation à droite fait apparaître successivement la série des verres convexes; la rotation à gauche, celle des verres concaves.

A chaque changement de verre, on lit le numéro produit, en additionnant les verres de même réfraction (jusqu'à 3,50, de 7 à 10 et de 14 à 17 dioptries) ou de réfractions opposées :

(4-7 et — 3 = + 4; +7 et— 2 = + 5; +.14 et— 3 = + 11, etc..)

On obtient ainsi 42 numéros , concaves et convexes depuis une demi-dioptrie jusqu'à 17 dioptries :

Cette série représente tous les verres, depuis 72 jusqu'à 2 1/4 de l'ancien numérotage,

Pour Texamen de Y image renversée, on se sert du miroir concave et de l'ouverture vide (o) des disques.

Pour Y image droite et pour la détermination ophthalmoscopique de la réfraction, on emploie le miroir plan, et on fait tourner les disques, à droite pour obtenir la série des numéros convexes, à gauche pour les numéros concaves.

Pour l'examen de Y acuité visuelle, on enlève le miroir, et, les disques étant mis en mouvement, on obtient en même temps la correction de la myopie et de Y hypermétropie . Enfin , pour la détermination de Y astigmatisme, on place , dans l'anneau destiné aux miroirs réflecteurs, une plaque à fente sténopéique divisée de 0° à 180°. Cette plaque et une lentille + 16 (ancien 2 1/2) se trouvent avec l'opthalmoscope dans une gaîne solide et très-portative.

La découverte de l'ophthalmoscope a été le point de départ de recherches qui ont conduit à une connaissance plus approfondie des milieux réfringents de l'œil et de leur pouvoir d'accommodation. Ces recherches, dont les premiers promoteurs sont MM. Donders et Virchow, nous ont permis d'apprécier les véritables conditions de la myopie et de l'hypermétropie, de la presbyotie, de la diplopie, et d'appliquer à ces troubles les moyens les plus rationnels. Nous examinerons plus particulièrement les applications de l'ophthalmoscope à la médecine.

Application de rophthalmoscope à la chirurgie et à la médecine. — Au point de vue de la chirurgie, on peut affirmer que l'ophthalmoscope a complètement transformé cette branche de l'art de guérir. N'aurait-il d abord servi qu'à désunir tous les éléments pathologiques qu'on réunissait avant sous le nom tYamaurose, que le service serait immense.

Le diagnostic des opacilés du cristallin n'est plus entouré d'incertitudes comme autrefois.

L'état jumenteux du corps vitré a été déterminé dans ses causes et ses effets par M. Desmarres.

La présence des corps flottants, visus muscarum, visus reticulalus, a pu être rattachée à sa véritable cause, c'est-à-dire à des opacités des membranes internes, à des exsudats inflammatoires, aux extravasations sanguines dans l'humeur vitrée.

Les cysticerques de la rétine et du corps vitré n'ont été bien diagnostiqués sur le vivant que depuis l'application de l'ophthalmoscope (Arch. ophthalmologiques de MM. Graefe, Donders et Arlt).

Également, les lésions de la rétine ont pu être distinguées entre elles sur le vivant, et on ne confond plus aujourd'hui les troubles qui proviennent de ces diverses lésions. Rien n'est plus facile, en effet, que de constater l'hyperémie, l'apoplexie, les hémorrhagies de la rétine avec leurs conséquences : taches, exsudats plastiques, caillots organisés. On distingue également l'anémie, l'œdème, l'hydropisie, les décollements dont cette membrane est le siège.

Beaucoup de lésions de la papille optique étaient connues avant l'ophthalmoscope. Rolfincius, Morgagni, Monteggia, Scarpa, Rognetta, Lawrence, citent des cas dans lesquels cette papille était affectée de différentes façons ; mais ces faits n'ont été recueillis qu'après la mort, tandis qu'aujourd'hui on peut les constater sur le vivant. C'est ainsi que l'on reconnaît facilement l'hyperémie de la papille optique, son anémie, son hypertrophie.

Enfin, il n'est pas jusqu'aux lésions de la choroïde qu'on ne puisse parfaitement distinguer. Si nous ajoutons à ce qui précède la possibilité de diagnostiquer la présence des corps étrangers dans la chambre antérieure, les exsudats à la surface de l'iris, les condylomes des bords pupillaires, nous avons indiqué à peu près toutes les circonstances dans lesquelles l'ophthalmoscope peut être utilement appliqué au diagnostic chirurgical.

La médecine trouve sans cloute moins d'avantages réels dans cette application. Cependant, la constatation des petites plaques ecchymo tiques et des taches jaunâtres, indices caractéristiques de la maladie de Bright, l'intéresse au point de vue du

diagnostic. Nous en dirons autant des signes que l'examen ophthalmoscopique peut lui fournir au point de vue du diagnostic des affections cérébrales. Par ses rapports anatomiques, son nerf, ses artères et ses veines, l'œil est le seul organe à travers lequel on puisse voir ce qui se passe dans le cerveau. Pénétré de cette idée, M. Bouchut s'est appliqué à reconnaître, avec l'ophthalmoscope, les lésions qui coïncident, dans l'œil, avec celles des centres nerveux, et il est arrivé à établir le diagnostic des secondes par la constatation des premières.

Découvrir dans l'œil, dit-il, avec l'ophthalmoscope, des lésions de circulation, de nutrition et de sensibilité de la rétine et du nerf optique, qui soient tellement bien en rapport avec les maladies aiguës et chroniques des méninges et du cerveau, qu'on puisse les considérer comme les symptômes de ces maladies, tel est le but de la cérébroscopie. (Bouchut, Du Diagnostic des maladies du système nerveux par l ophthalmoscopie.)

Cérébroscopie. — C'est en 1862 que M. Bouchut a publié ses premiers travaux sur la méningite aiguë; depuis lors, il n'a cessé de publier de nouveaux faits à l'appui de son idée, et un volume publié en 1865, puis un atlas de cent trente-deux figures en 1877, renferment toutes ses recherches désignées sous le nom de cérébroscopie.

Dans la méningite tuberculeuse, dans l'hydrocéphalie chronique, dans la phlébite des sinus de la dure mère, dans les encéphalites simples ou par tumeur cérébrale ou par coup traumatique, dans les hémorrhagies et ramollissement du cerveau, dans les tubercules de l'encéphale, dans les maladies de la moelle épinière, aiguës ou chroniques, il y a des lésions du nerf optique, de la rétine avoisinante, des veines rétiniennes et de la choroïde qui sont produites par ces maladies.

Ce sont ces lésions, rapprochées des autres symptômes de la maladie, qui permettent de préciser le diagnostic cérébrospinal, et qui font entrevoir ce qui se passe dans le cerveau.

Ces lésions résultent de la compression intra-cranienne, par une tumeur ou par un épanchement séreux ou sanguin, d'un obstacle à la circulation des sinus par des caillots, d'une suffusion séreuse de la gaîne optique produisant l'étranglement de la papille, d'une altération de nutrition de l'encéphale par l'oblitération sénile des artères, d'une altération diathésique du cerveau par la scrofule, la syphilis, la leucémie, le diabète,

etc. ; enfin d'une action réflexe de la moelle sur les capillaires névro-rétiniens. De là résultent le gonflement et la congestion ou l'œdème de la papille, l'œdème péri-papillaire , les varices et les thromboses des veines de la rétine, les hémorrhagies de la rétine, les plaques blanches rétiniennes graisseuses qui seraient dues à une altération de nutrition, les anévrysmes des veines et des artères, les tubercules de la choroïde, etc.

Ces phénomènes intra-oculaires, bien étudiés à l'ophthalmoscope, et rapprochées des autres symptômes connus de la maladie, rapprochés des signes d'auscultation, des troubles fonctionnels observés chez le malade, permettent d'apprécier plus exactement les désordres matériels qui se produisent dans le cerveau et dans la moelle.

D'après ces recherches, il paraît que chaque .sujet qui a des troubles aigus ou chroniques du système nerveux présente des lésions particulières de l'intérieur de l'œil.

La congestion, le gonflement et l'anémie de la papille indiquent la congestion ou la phlegmasie du cerveau.

L œdème papillaire et rétinien indique, selon les autres symptômes, une méningo-encéphalite, une tumeur du cerveau avec ramollissement inflammatoire, une hydrocéphalie chronique.

La thrombose des veines rétiniennes annonce la phlébite des sinus de la dure mère. Les gaz des veines de la rétine révèlent la présence de gaz dans les veines méningées.

Les anévrysmes des artères de la rétine indiquent les anévrysmes miliaires du cerveau.

Les hémorrhagies de la rétine, d'après les autres symptômes, annoncent une compression intra-cranienne qui augmente la pression veineuse dans l'œil ; elles indiquent aussi l'altération graisseuse des veines de la rétine par albuminurie, diabète ou leucémie.

Les tubercules de l'albuminurie existent toujours avec des tubercules du cerveau ou des méninges.

Enfin l'atrophie de la papille, coïncidant avec d'autres phénomènes nerveux, révèle une encéphalite chronique des pédoncules antérieurs ou de la protubérance.

Cet accord entre les lésions ophthalmoscopiques et les troubles du système nerveux est si absolu, d'après M. Bouchut, qu'on peut le constater dans la pluralité des cas. De sorte que la cérébroscopie serait, pour l'étude des maladies du cerveau et

de la moelle, ce que sont les phénomènes d'auscultation clans les maladies du cœur et des poumons.

Examen des mouvements oculaires. — L'état des mouvements de l'œil est devenu très-important, depuis que l'on a reconnu que les troubles de motilité oculaire se rattachent intimement à un grand nombre de maladies cérébrales et spinales, dont ils constituent souvent un des premiers symptômes.

Dans ces cas , il devient indispensable d'examiner attentivement quel muscle ou quel groupe de muscles sont intéressés par l'une ou l'autre des affections dont ils sont habituellement atteints (faiblesse, paralysie ou spasme musculaire). Cette recherche serait le moyen de reconnaître à quel nerf on doit attribuer le trouble constaté, et la connaissance de ce nerf donnerait des indications sérieuses, pour la localisation de la maladie dans le système nerveux. Lorsque , dans un cas donné , le dérangement des mouvements oculaires s'accompagne de diplopie, l'étude attentive de ce symptôme, à l'aide de verres colorés et prismatiques , conduit directement au diagnostic de la maladie du système musculaire de l'œil. L'oculistique, aidée par la physiologie, a porté ce genre de recherche au plus haut degré de finesse et d'exactitude.

Dans un certain nombre de cas, la diplopie fait défaut soit à cause de la vision défectueuse de l'un des deux yeux, soit à cause de l'impossibilité, pour le malade, de se rendre compte de l'existence des deux images. Il faut alors étudier directement la mobilité de chaque œil. Cet examen peut se faire de deux façons.

On peut rechercher les points extrêmes que l'œil peut atteindre en faisant porter le regard dans toutes les directions ; cet examen, le plus simple de tous, n'est pas rigoureusement exact parce que les points de repère et de comparaison varient avec l'individu.

Le Dr Meyer a fait construire un instrument, chez Collin , qui permet une mesure plus exacte , du moins pour les mouvements de latéralité.

Il se compose de deux plaques concaves moulées d'après la forme des paupières inférieures et à écartement variable. Sur ces deux plaques se trouve une division numérotée par millimètres, et quatre aiguilles, dont une paire est mise en mou-

vement isochrone par une vis, et l'autre manœuvrée à la main. A l'aide de ces deux paires d'aiguilles, on détermine facilement l'extrême adduction (mouvement vers le nez) et l'extrême abduction (mouvement vers la tempe) de chaque œil.

Un second moyen d'examen, applicable à toutes les directions du regard , consiste dans l'emploi du périmètre. Celui du Dr Meyer, décrit plus haut, s'y prête avec la plus grande facilité.

Pour les recherches de mobilité , on place dans le curseur des caractères d'imprimerie (Snellen) assez petits pour être lus encore par la vision centrale du malade. Après avoir fixé la tête dans la mentonnière , on fait glisser le curseur de la périphérie du champ visuel vers le centre, en disant au malade de tourner son œil dans la direction où se trouve l'arc du cercle, sur lequel glisse le curseur. L'endroit où le malade peut lire les lettres, indique de combien de degrés (marqués sur l'arc de 0° jusqu'à 90°) il a pu tourner le centre de sa cornée dans la direction où l'examen a eu lieu. L'instrument est construit de façon que l'arc du cercle, en tournant autour de son sommet, décrive dans l'espace un hémisphère au centre duquel se trouve l'œil examiné. 11 devient ainsi facile d'examiner la mobilité de chaque œil dans toutes les directions possibles.

Du microscope. — Lorsque nous voulons étudier les détails d'un objet, nous le rapprochons le plus possible de notre œil et, grâce au pouvoir accommodatif, nous distinguons tout ce que la valeur de l'angle visuel, dans ces circonstances, permet de distinguer. Mais le pouvoir accommodatif a un pouvoir maxima, et, lorsque l'objet est situé trop près de l'œil, les rayons réfractés à travers les milieux de l'œil vont concourir en un point situé en arrière de la rétine, et la vision n'est plus nette. Pour obvier à cet inconvénient, on place entre l'œil et l'objet A B, un verre convexe M, appelé loupe, qui ramène dans la rétine le point de concours des rayons lumineux. Ce premier avantage de la loupe consiste donc à permettre do voir de très-près toutes les particularités de l'objet. Cet avantage n'est pas^le seul.

La lentille biconvexe M étant placée devant l'œil F' et l'objet A B se trouvant entre cette lentille et son foyer principal

F, les rayons émanes du point A prendront, au sortir de la lentille, une direction telle qu'ils sembleront provenir du point A' situé plus loin; de même, le faisceau lumineux qui a son sommet en B prendra, au sortir de la lentille, une direction telle qu'il semblera provenir du point B, ; de telle sorte que l'œil croit voir, au lieu de l'objet A B, un objet A' B' plus grand et plus éloigné de l'objet. C'est l'image virtuelle.

Il résulte des deux conditions que nous venons d'établir que non-seulement l'œil F verra l'objet A B de plus près, mais encore qu'il le verra agrandi. Tels sont les avantages de la loupe : voir de plus près et voir plus grand.

La théorie de la loupe nous conduit facilement à la théorie des microscopes.

Fig. 54. — Théorie de la loupe.

En effet, si on recueille l'image virtuelle de l'objet A' B' sur un écran, on a les conditions du microscope à projection.

Si, à la place de l'écran, on met une lentille biconvexe (loupe), celle-ci amplifie encore l'image déjà agrandie, et on a ainsi réalisé les conditions du mio-oscope composé. La loupe, dans le microscope composé, porte le nom d'oculaire, et la lentille qui fournit l'image virtuelle est désignée sous le nom d'objectif.

Tel était le microscope dont se servaient les premiers observateurs. On en attribue la découverte àZ. Janssen, fabricant de lunettes hollandais, et aussi à Drebbel, à Galilée, à Fontana. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le commencement du dix-septième siècle, Malpighi et Leuvenhoëk se servirent d'un microscope analogue à celui que nous venons de décrire.

Le microscope ainsi constitué laissait beaucoup à désirer ; il était d'un maniement difficile et, de plus, il servait mal les intérêts de la vérité. Ces défauts tenaient à deux causes : 1° au peu d'étendue du champ de l'instrument et aux

aberrations de sphéricité ; 2° aux aberrations chromatiques des lentilles. On a remédié au premier inconvénient en interposant entre l'objectif et l'oculaire une troisième lentille convergente qui porte le nom de lentille de champ. On a remédié au second inconvénient par l'addition des lentilles achromatiques. La découverte de ces lentilles est attribuée à Van Deyl et à Tan Frauhofer. Mais, en 182i seulement, Selligues appliqua au microscope les lentilles achromatiques, et, sur ses indications, Chevalier construisit le premier microscope achromatique. Ce microscope fut présenté à l'Académie des sciences en 1821. Ainsi perfectionnés, les microscopes dont on se sert aujourd'hui remplissent toutes les conditions désirables.

Les conditions fondamentales du microscope, telles que nous les avons décrites plus haut, restent toujours les mêmes ; mais la forme, le volume, la solidité, l'élégance, le fini du travail varient naturellement selon les constructeurs et selon les pays.

Nous ne croyons pas utile d'entrer ici dans cet ordre de considérations, avec d'autant plus de raison que ce sujet a été excellemment traité par MM. Chevalier (1839), Dujardin (1), Harting, Strauss (2), Quekett (3), Ch. Robin (4).

Nous nous bornerons à dire que les microscopes dont on se sert le plus communément dans les hôpitaux de Paris sortent des ateliers de M. Nachet et de M. C. Verick.

Microscope achromatique de C. Verick. — Ce microscope se compose d'une base en fer à cheval sur laquelle est fixée une colonne destinée à porter l'appareil optique et la platine sur laquelle on dispose les objets. Cette dernière, recouverte d'une glace noire, qui la garantit contre les acides, présente sur les côtés deux pinces à ressort. Sur la face inférieure de la platine se trouve un porte-diaphragme variable et vertical ; on y voit aussi un miroir donnant la lumière oblique; enfin, immédiatement au-dessous de la platine, la colonne présente une charnière qui permet de faire prendre la situation horizontale à l'appareil optique par un renversement en arrière.

(1) Dr jardin, Manuel de l'observateur au microscope. 1843.

(2) Stral-ss-Dl-rckheim, Traité d'anatomic comparative.

(3) QrEKErr, Practical treatise on t/te use ofthe microscope. 1848.

(4) Ch. Robin, Traité du microscope. 1871.

Le mouvement rapide s'obtient par le coulant à frottement, et le mouvement lent par une vis micrométrique. Quatre objectifs nos 0, 2, 6 et 7, et trois oculaires 1, 2 et 3 (le n° 2 est à micromètre) complètent l'appareil.

Applications. — Pour donner un compte exact des services rendus par le microscope à la médecine, nous devrions passer en revue tous les progrès de l'histologie normale et patholo-

Fig. 55. — Microscope de M. C. Verick.

gique. Nous avons rempli en partie cette tâche à propos de l'anatomie et de la physiologie (v. p. 129). Nous nous efforcerons de compléter ici ce que nous n'avions pas pu dire plus haut.

Les travaux micrographiques ont été très-profitables aux progrès de la science médicale; ils nous ont fait connaître, bien mieux qu'on ne le savait avant, la nature des lésions anatomiques et les processus morbides qui constituent un grand nombre de maladies ; ils nous ont démontré qu'il existe une classe nombreuse de tumeurs qui est due à l'hyperplasie des éléments normaux; ils nous ont dévoilé l'existence de plusieurs maladies qui sont dues à la présence de parasites ani-

maux ou végétaux; ils nous ont permis enfin de reconnaître la plupart des causes de la falsification des aliments et des remèdes.

Les travaux micrographiques ont été profitables aux progrès de Yart, mais en des proportions moindres et d'une manière indirecte, c'est-à-dire en éclairant les divers éléments du diagnostic et du pronostic. C'est ce dernier point de vue qui doit seul nous occuper ici.

Liquides de l'organisme. — L'examen microscopique des divers liquides de l'organisme peut être d'un très-grand secours au médecin. C'est pourquoi nous croyons devoir consacrer quelques pages à ce sujet spécial.

Sang. — Le sang est composé de globules rouges et de globules blancs (leucocytes). Ces derniers sont un peu plus volumineux que les premiers et ils sont en nombre bien moins considérable. Leur volume varie entre 0mm,010 et 0mm,0U et, d'après Moleschott efWelker, dans la proportion de 1 globule blanc pour 357 globules rouges (1). D'après Donders et Moleschott, ce nombre augmente momentanément après le repas.

Leucémie. — En 18-44, Donné publiait un cours de microscopie dans lequel il parle, le premier, d'une maladie que caractérise la surabondance des globules blancs du sang. L'année suivante, M. Virchow se déclarait l'inventeur de cette maladie et la désignait sous le nom de Leucémie, tandis que Bennett, autre inventeur, lui imposait celui de Leucocytbémie. Il est vrai que ces derniers eurent le mérite, - chose que Donné n'avait pas faite, — de signaler la coïncidence, qu'ils avaient constatée, entre l'exagération considérable des leucocytes et une hypertrophie de la rate et des ganglions lymphatiques.

Comme la fièvre intermittente ne jouait aucun rôle dans la genèse de ces phénomènes, MM. Virchow et Bennet en attribuèrent la cause à une altération du sang.

Ces idées ont été acceptées par Leudet, Charcot, Vigla, Trousseau; mais bientôt d'autres observateurs ont fourni des observations authentiques dans lesquelles, malgré l'hypertrophie de la rate et des ganglions lymphatiques, on n'avait pas pu constater l'augmentation caractéristique des globules

(1) D'après les dernières recherches de M. Malassez, cette proportion serait de 2 ou 3 pour 1,000.

blancs. (Woillez, Union méd., 1856. — Bondis, Recueilde la Société médicale d'observation, t. I.) Quoi qu'il en soit, on doit accorder, à Donné d'abord, et ensuite à MM. Bennctt et Yirckow, le mérite d'avoir appelé l'attention sur la coïncidence de l'augmentation des globules blancs avec certaines cachexies. Or, à ce point de vue, le microscope peut être d'une grande utilité. Il suffit, en effet, au début d'un état cachectique quelconque, de soumettre une goutte de sang à l'examen microscopique pour être immédiatement fixé sur la présence des globules blancs. Jusqu'ici le côté pratique de cette connaissance n'est pas déterminé; mais cela pourra venir.

Numération des globules rouges. — S'il est important de connaître le nombre des globules blancs, il ne l'est pas moins de connaître celui des globules rouges.

MM. Piorry (1) , Yierordt (2), Welcker , Cramer (3), de Mantcgazza (i), Potain, avaient inventé chacun une méthode pour compter les globules du sang. M. Malassez, après une critique sérieuse de ces diverses méthodes, a proposé un nouveau procédé plus pratique et plus simple et qui consiste à introduire un mélange de sang et de sérum artificiel dans un tube capillaire très-fin, qu'on peut examiner au microscope comme on examine les vaisseaux d'une patte de grenouille. En se servant d'un oculaire quadrillé, on peut compter facilement les globules compris dans une certaine longueur de ce capillaire artificiel, et, par un calcul facile, en déduire le nombre de globules par millimètre cube (5).!

Voici, d'ailleurs, l'exposé de la méthode :

Mélangeur Potain. — Pour que les éléments du sang conservent autant que possible leurs qualités pendant l'examen, on a eu l'idée de mélanger le sang à examiner avec une sorte de sérum artificiel. A cet effet, M. Malassez se sert d'un mélangeur inventé par M. Potain et qui se compose d'un tube capillaire en verre présentant vers l'une de ses extrémités une dilatation ampullaire dans laquelle se trouve une petite bille de verre.

(1) Piorry, Traité de médecine pratique, t. III, p. 58. 1847. Il conçut l'idée de la méthode, mais il ne la réalisa pas expérimentalement.

(2) Vierordt, Archiv fur physiologisphe Heilkunde. 1852.

(3) Cramer, Nederl. Lancet. 1855.

(4) Mantegazza, Del globulimetro . Milan, 1865.

(5) Malassez, De la numération des globules rouges du sang. Paris, 1873.

La longue portion du tube capillaire est telle que son volume est la centième partie de la portion dilatée.

Sérum artificiel. — Le sérum artificiel employé par M. Malassez se compose :

Solution de gomme arabique donnant au pèse-urine une densité de 1,020 ... 1 vol.

Solution de sulfate de soude et de chlorure de sodium en parties égales, donnant également une densité de 1,020 3 vol.

Capillaire artificiel de Malassez. — Ce tube est la partie essentielle de la méthode. Il est cubé de telle façon que la longueur occupée par 1 millimètre cube est égale à :

Pig. 56.

Mélangeur Potain.

P représente le poids du mercure ; L, la longueur de la colonne mercurielle ; t, la température au moment de l'observation.

D'une façon générale, le chiffre de globules compris dans une longueur / étant connu, il faudra, pour avoir le chiffre de globules contenus dans 1 millimètre cube, multiplier ce chiffre par le nombre de fois dont la longueur / sera contenue dans la longueur occupée par 1 millimètre cube, c'est-à-dire par la formule indiquée ci-dessus. Cette valeur ne changeant pas pour un même instrument, le calcul se trouve fait une fois pour toutes.

D'ailleurs, on trouve gravés sur la plaquette des capillaires les résultats de calculs semblables pour chaque capillaire : la première colonne indique ,en chiffres, un certain nombre de longueurs ; la seconde indique les valeurs par lesquelles il faut multiplier le nombre de globules comptés dans les longueurs correspondantes, pour avoir le nombre par millimètre cube. Si, par exemple, on a compté dans une longueur de 500 p., il faudra multiplier le nombre trouvé par 150.

Cela veut dire, en effet, que la longueur de 500 [t est la 150e partie de la longueur occupée par 1 millimètre cube.

Oculaire quadrillé micrométrique. — Pour compter les globules dans de si petits espaces, M. Malassez se sert d'un oculaire quadrillé dont la partie quadrillée n'occupe pas tout le champ du microscope, et a une forme carrée. En regardant avec cet oculaire un micromètre objectif, on tire plus ou moins le tube rentrant du microscope jusqu'à ce que le carré quadrillé recouvre exactement une longueur de 600, 500 ou 400 ^; 60, •40 ou 50 divisions, si le micromètre est 1 millimètre divisé en 100. A ce niveau, on marque un trait sur le tube rentrant,

Fijr. 57. — Capillaire artificiel de Malassez.

et on inscrit au dessus la valeur du côté quadrillé ainsi que le numéro de l'objectif.

Il est évident que si on remplace le micromètre par le capillaire artificiel, le carré quadrillé recouvrira une longueur égale du canal et que l'on pourra calculer ainsi sa valeur.

Manœuvre des appareils. — Le mélange peut être fait au centième ou au deux centième. Dans le premier cas, on aspire le sang de manière à remplir le tube capillaire jusqu'à l'ampoule ; dans le second cas, le sang ne doit pas dépasser la moitié du tube.

Après cela, on aspire le sérum artificiel jusqu'à ce que le mélange soit arrivé au niveau du trait qui est au-dessus de l'ampoule et on agite le tube de manière à favoriser le mélange.

Le mélange une fois opéré, on chasse du mélangeur, en soufflant par le tube de caoutchouc, les premières portions; et

on dépose, de ce qui reste, une gouttelette à l'extrémité libre du capillaire artificiel.

Le microscope ayant été disposé de façon que le carré quadrillé recouvre au foyer une longueur déterminée (500 u, par exemple), on met au point et on tourne l'oculaire de façon que les lignes du quadrillage soient parallèles et perpendiculaires à

Fig. 58. — Oculaire quadrillé micrométrique.

l'axe du canal. Un obtient alors une image analogue à celle de la lig. 57.

Il ne reste plus qu'à compter les globules compris dans toute la portion de canal recouverte par le quadrillage, et à en calculer le nombre par millimètre cube. Si, par exemple, on a trouvé 118 globules, comme la longueur de la partie du tube examinée était de 500 [ji, le volume de cette partie est égal à la 150e partie de 1 millimètre cube (voir les chiffres sur le capillaire artificiel). Le nombre de globules par millimètre cube de mélange sera donc 150 fois plus fort.

Mais si 17700 est le nombre de. globules par millimètre cube

de mélange, et si ce mélange est au deux centième, le nombre de globules par millimètre cube de sang pur sera 200 fois plus considérable :

Cette opération peut se faire en quelques minutes ; mais, pour qu'elle donne des résultats précis, il est bon de la répéter et do compter les globules sur différentes parties du tube capillaire.

La numération des globules du sang est destinée, croyonsnous, à rendre de grands services. Déjà MM. Malassez, Hayem, et beaucoup d'autres, ont recueilli un grand nombre d'observations; des faits très-intéressants sont acquis; mais, pour le moment, on ne saurait indiquer des résultats pratiques bien décisifs.

Numération des globules du lait. — La numération des globules du lait donne des résultats immédiats plus pratiques. Introduit récemment dans la science par M. Bouchut, ce procédé permet d'apprécier les qualités du lait, sa richesse en beurre, et il est destiné par conséquent à guider le médecin dans le choix des nourrices (1).

M. Bouchut s'est inspiré sans doute des recherches qui avaient été faites à propos de la numération des globules du sang; mais la nature différente des fluides lui a imposé l'obligation d'inventer une instrumentation différente.

M. Bouchut prend une goutte de lait de femme, mesurée avec le compte-gouttes gradué de Limousin, et il l'introduit dans 100 gouttes d'eau salée au centième. Cette addition a pour but d'avoir un liquide à 1030 de densité, facilitant l'élévation des globules de lait. Puis une goutte de ce mélange est introduite dans une cellule de 1/10 de millimètre de profondeur que M. Bouchut a fait préparer spécialement pour l'analyse du lait, et celle-ci est placée sous l'objectif d'un microscope dont l'oculaire, semblable à celui qui sert à compter les globules sanguins, renferme un quadrillage ayant I/o de millimètre de côté. Après avoir compté les globules, on répète la môme opération sur des points différents, et on prend ensuite la moyenne du nombre de globules pour une longueur déterminée.

(1) Bouchut, De la numération des globules du lait pour l'analyse du lait de femme. 1878.

Cette moyenne est divisée par 4, parce que, ayant compté dans un quadrillage de I/o de millimètre de côté et renfermant quatre carrés de 1/10, il faut prendre le quart du nombre de globules trouvés qui représente les globules d'un des quatre carrés compris dans le quadrillage complet. Après cela, on multiplie le total par 1,000 qui est le cube de 10, caria cellule

cP

O eP

QP

D'après LE Dn- BOUCHUT.

MommEMi.s.c.

Fig. 59. — Dessin représentant l'image microscopique d'un carré de 1/5 de millimètre ayant 1/10 de millimètre de profondeur, dans lequel se trouve une goutte de lait de femme dilué au centième. Il y a 85 globules.

est au dixième, et enfin on multiplie par 100 puisque le titre du liquide est au centième.

Si, par exemple, on a trouvé 86 globules comme dans la figure ci-contre, on a :

globules par millimètre cube.

Ce résultat permet de dire combien il y a de globules dans un litre de lait et de déterminer approximativement la richesse de ce lait en beurre.

M. Bouchut a compté les globules sur cent cinquante-huit nourrices, et il est arrivé à établir que le chiffre moyen d'un bon lait est de 1,026,000 par millimètre cube, soit 102,600,000,000

par litre. Entre 800,000 et 1 ,000,000, le lait, d'après M. Bouchut, est de bonne qualité.

Ajoutons, pour tout dire sur la question des bonnes nourrices, qu'il ne suffit pas d'avoir compté les globules pour être sûr que l'enfant sera bien nourri ; il faut encore que la nourrice produise une suffisante quantité de lait. A cet effet, M. Bouchut, à l'exemple de Guillot, pèse les enfants avant et après la tetée, et s'assure ainsi de la quantité de lait avalé en vingt-quatre heures.

D'après ces recherches, l'enfant, dans le premier mois, doit prendre une moyenne de 800 grammes de lait par jour. Plus tard, cette quantité s'élève à un litre.

Urine. — L'examen microscopique de l'urine peut être utile au médecin au point de vue de sa couleur, et au point de vue des sédiments.

1° Coloration. — Virchow, Vogel, Miiller, Falk, etc., se sont préoccupés beaucoup de la coloration des urines, à ce point qu'ils ont inventé des calorimètres de l'urine. Les résultats pratiques de ces recherches ne sont pas suffisamment déterminés, et nous devons nous en tenir aux faits acquis.

L'urine est parfois teintée en rouge par la présence du sang, d'autres fois par de l'acide rosacique qui imprègne l'acide urique ou les urates de soude.

Dans ce cas, le microscope lève toute hésitation dans le diagnostic en faisant reconnaître la présence ou l'absence des globules rouges.

Les urines laiteuses doivent cet aspect à la présence de la graisse en émulsion, et c'est encore au microscope que nous devons cette constatation.

La coloration bleue, violette, des urines, a été attribuée à la présence d'une matière colorante nommée tour à tour uroglaucine par Heller, cyanourine par Braconot, et -purpurine par Golding Bird. Cette matière colorante a été trouvée quelquefois sous forme de petites aiguilles cristallisées de longueurs variées.

2° Sédiments. — Le microscope nous permet de constater dans l'urine la présence des épithéliums du rein, du bassinet, de l'urèthre, de la vessie, du vagin, et de les distinguer entre eux ; il nous permet encore de reconnaître les moules des tubes urinifères, ceux des tubes séminaux, les exsudats du rein, les

globules du pus, les leucocytes, les sporules de fongus, les sporules de pénicillium glaucum , les urates de soucie , les urates d'ammoniaque et de potasse, les cristaux d'uroglaucine, d'acide hippurique, de tyrosine, de créatinc, d'inosite ; il nous permet enfin de reconnaître des fragments d'hydatides, des cellules cancéreuses, des poils provenant de kystes, et des spermatozoaires. La constatation de ces différents corps est la source d'indications précieuses qu'il nous paraît inutile de formuler (1).

Parasites animaux et végétaux. — Nous devons au microscope la découverte d'un grand nombre d'animaux microscopiques dont on trouvera la description aux applications de la zoologie et de la botanique.

Les connaissances physiques sur le calorique ont reçu de nombreuses applications à la physiologie et à la médecine. Nous n'avons pas à revenir ici sur la production de la chaleur dans le corps vivant ; nous nous en sommes déjà occupé à propos de la chaleur animale (voy. p. 218).

Nous nous bornerons, sur ce sujet, à rappeler que la chaleur animale est due aux oxydations consécutives à l'absorption de l'oxygène par les poumons, et aux mouvements fonctionnels. Le sang n'a d'autre rôle, dans la calorification, que de transporter dans toutes les parties du corps les éléments de l'oxydation. Quant au système nerveux, nous savons, depuis l'expérience de M. Cl. Bernard sur l'influence de la section du grand sympathique, que ce système contribue à la calorification d'une manière indirecte, par son action sur la vitesse du mouvement circulatoire.

La chaleur et le froid étant des expressions qui représentent un fait relatif aux degrés divers d'un môme mouvement, nous examinerons successivement le chaud et le froid en ayant soin d'indiquer la valeur en degrés que représentent ces deux phénomènes.

(1) Voir sur ce sujet Lionel Beale, De l'urine et des dépôts urinaires, traduit de l'anglais par Ollivier et G. Bergeron.

Page 1