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FROID

Ce nouveau degré du mouvement-chaleur a été appliqué à la médecine à des degrés différents : à huit, dix, quinze degrés au-dessous de zéro, quand on veut refroidir jusqu'à l'insensibilité un point isolé du corps; à quinze, vingt, vingt-cinq degrés au-dessus de zéro, quand on veut soustraire à l'organism entier un excès de calorique.

Réfrigération et anesthésie locale. — Après la découverte de l'éther et du chloroforme, on se proposa, comme on l'avait fait dans tous les temps, d'obtenir par ces nouveaux moyens l'insensibilité isolée des parties du corps. Simpson

(d'Edimbourg) il), Nunneley, Seeds, J. Roux (2) travaillèrent dans ce sens au point de vue chirurgical; Aran (3) appliqua l'éther chlorhydrique chloré àl'anesthésie des douleurs névralgiques et rhumatismales; Hardy (de Dublin) appliqua aussi le chloroforme localement, mais, par un procédé qui était un progrès, il dirigeait le chloroforme sur les parties qu'il voulait anesthésier avec un petit soufflet en caoutchouc. Ce procédé fut employé avec succès par Nélaton (4) dans la ponction d'un abcès du pied (5). P. Dubois, Moissenet réussirent également à supprimer avec lui l'élément douleur. En substituant l'éther au chloroforme et en employant un soufflet analogue à celui de Hardy, Guérard obtint des résultats encore plus satisfaisants. M. Richet, en employant ce dernier moyen, obtint presque toujours une insensibilité suffisante pour opérer, sans douleur, des panaris, des abcès, des phlegmons (6).

Sur ces entrefaites, la pulvérisation des liquides ayant été introduite dans la thérapeutique, Giraldès eut l'idée d'appliquer localement l'éther avec l'appareil de Liier (7). Cette idée fut réalisée en Angleterre parle Dr Richardson, et il se servit, à cet effet, de l'appareil dont on peut voir la reproduction cidessus fig. 61. L'appareil Richardson fut essayé par MM.L.Labbé et Demarquay, et il fut reconnu qu'avec lui on obtient, en quelques minutes, l'anesthésie locale complète avec un abaissement de 15 à 10 degrés au dessous de zéro.

N<ms nous occupons du froid dans cet article et jusqu'à présent nous avons surtout parlé à' anesthésie . C'est que, en effet, on n'est arrivé à soupçonner et à connaître l'action du premier qu'en cherchant le second. On cherchait l'anesthésie locale avec le chloroforme et l'éther sans se préoccuper du froid qui résulte de leur application. Ce n'est qu'après les résultats de Richet avec l'appareil de Guérard que la plupart des chirur-

(1) Simpson, De la production de l'anesthésie locale ^Union médicale. ISiS .

(2) J. Roux. De l'amputation et de l'élhérisme dans le tétanos traumatigue (Union médicale. 1818).

(3) Ar.vn, Union médicale. 1848.

i Nélaton, Gazette des hôpitaux. 1854.

(5) Richet, Mémoires de la Société de chirurgie.ISSi.

(6) Giraldès. article anestiiésie du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique.

(7) Giraldès, loc. citato.

liions attribuèrent l'action anesthésique des vapeurs de l'éther au froid intense qu'elles produisent.

Cette idée dirigea l'attention sur les moyens réfrigérants naturels, sur la glace.

Déjà James Arnott (de Brighton) avait obtenu l'insensibilité des parties en les soumettant à l'influence d'un mélange de deux parties de glace et d'une de sel. Ce nouveau moyen fut essayé par Yelpcau à la Charité, et les résultats obtenus parce dernier, par Demarquay, par Ad. Richard, dans les opérations des extrémités des membres, dans l'ongle incarné surtout, furent si satisfaisants que depuis il est resté dans la pratique chirurgicale (1).

Réfrigération générale, bains froids. — L'abus que nous avons constaté, à propos de l'application du thermomètre au diagnostic et à l'interprétation doctrinale des maladies, a eu un retentissement considérable sur le traitement des maladies fébriles, et en particulier sur le traitement du rhumatisme cérébral et de la fièvre typhoïde.

Du moment que les accidents graves sont produits par l'hyperthermie, qui favorise les fermentations et le reste, il faut soustraire au malade ce surcroît de calories et la guérison s'ensuivra. C'est ainsi que raisonnent Brandt (de Stettin), le promoteur de la méthode, et, avec lui, la plupart des médecinsprofesseurs de l'Allemagne : MM. Wunderlich, Biermer de Zurich, Thierferlder (de Borstok), Uhlc (d'Iéna), etc., etc. Le procédé de rafraîchissement généralement suivi est celui du bain froid à 20° au plus ; mais d'autres, plus audacieux ou plus expédi tifs, ont remplacé l'eau froide par le courant d'air froid (2).

Arrivant tout droit d'Allemagne, cette méthode a été naturellement accueillie en France avec un grand enthousiasme... par ceux qui l'adoptèrent. A Lyon et à Paris, cette question souleva des discussions très-passionnées; mais nous devons ajouter que les maîtres de la science surent se prémunir contre cette nouveauté suspecte; en général, ils la jugèrent sur la mine et dédaignèrent de l'appliquer.

(1) Pour obtenir une réfrigération plus prompte et plus énergique, on peut, à l'exemple d'Acl. Richard, ajouter au mélange d'Arnott un cinquième de chlorhydrate d'ammoniaque.

(2) Les docteurs Rosexthal et Miramon, de Merry (Savoie), in De la médication réfrigérante dans la fièvre typhoïde , par le docteur Renau, 1877.

M. Guéneau de Mussy, par exemple, dans sa Clinique médicale, s'exprime en ces termes :

Exposer un malade à tous ces hasards, sur la foi d'un système qui porte à faux sur les sciences physiques, comme le système de Broussais portait à faux sur la physiologie, c'est une témérité blâma- Lie , et notre race, qui porte à un bien plus haut degré le respect de la vie humaine que ne le fait la race teutonique, devrait en finir avec ces engouements injustifiés pour tout ce qui nous vient d'outre-Rhin. Acceptons avec loyauté, avec empressement, tout ce que l'Allemagne apporte de matériaux grands et utiles à l'édifice de la science; mais tenons-nous en garde contre les rêveries nuageuses et les hypothèses fantaisistes qui nous viennent en si grand nombre des bords de la Sprée ou de l'Oder; elles ne sont, très-souvent, que le plagiat d'idées trouvées par d'autres nations, et rendues fausses par le développement et les déductions que l'esprit teutonique leur ajoute avec plus ou moins de bonne foi (1).

Ces paroles peuvent paraître un peu sévères, mais dans la bouche d'un homme comme M. Noël Guéneau de Mussy qui, éclairé par l'expérience et le travail, sait mesurer ses paroles et les approprier à leur véritable signification, elles ne sont que justes.

Dans la discussion qui a eu lieu clans le sein de la Société médicale des hôpitaux au sujet de l'emploi des bains froid dans le traitement de la fièvre typhoïde, M. le professeur Peter a pris la parole contre cette médication avec un talent de bien dire, une logique, un bon sens médical que l'on ne peut s'empêcher d'admirer. Ne quittant pas le terrain de la clinique et des faits, M. Peter a démontré, d'une manière plus qu'évidente :

1° Que l'idée doctrinale de rhypertliermie repose sur une interprétation erronée, et que, loin d'être la cause de la gravité delà maladie, elle n'est qu'un des signes de cette gravité même;

2° En prenantla statistique de Brandt lui-même, — celle des hôpitaux bien entendu; dans sa clientèle de ville, l'illustre médecin, sur 207 typhoïdes, n'a perdu aucun malade, — il a trouvé une mortalité de 42 0/0; la statistique du professeur Biermer a donné une mortalité de 15 0/0; M. Féréol, à la

(1) Noël Guéneau de Mussy, Clinique médicale, p. 563. Adrien Delakaye, Lbraire-éditeur.

Maison de Santé, sur 83 malades a eul3 décès , soit 15,66 0/0 ; M. Maurice Reynaud , h l'hôpital Lariboisière, sur 54 malades a eu 8 décès, soit 14,96 0/0 ; M. Desnos, à la Pitié, sur 37 malades a eu 5 morts, soit 13,51 0 0; M. Peter, à l'hôpital Saint-Antoine, sur 73 malades a eu 10 morts, soit 13,73 0/0; M. Mesnet, au même hôpital, sur 65 cas a eu 9 morts, soit 14 0/0.

En comparant ces statistiques, — dont les quatre premières sont empruntées aux partisans du traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, — à la statistique générale de la mortalité après la médication ancienne et rationnelle, M. Peter a fait voir que le chiffre des morts, après la nouvelle méthode, surpasse celui que l'on trouve après l'emploi de la méthode ancienne.

3° En dépouillant un grand nombre d'observations recueillies sur des typhoïdes qui ont succombé après l'usage des bains froids, M. Peter fait voir, d'une manière évidente, que les accidents mortels doivent être attribués à l'usage des bains froids, d'où il conclut judicieusement que, puisque non-seulement la méthode hypothermique ne présente aucun avantage sur l'ancienne méthode, mais que, plus que celle-ci, elle expose à des accidents mortels, il est du devoir du médecin de ne pas l'employer.

Après avoir lu le discours de M. Peter qui, h notre avis, est un vrai réquisitoire médical sur la question, il n'est pas possible d'accorder la moindre confiance à l'emploi des bains froids comme méthode générale et absolue. Si, dans quelques cas très-rares, on croit devoir l'employer, non pas comme moyen hypothermique, mais comme moyen perturbateur du système nerveux, on ne doit le faire qu'avec une extrême prudence, et ne pas insister sur son emploi dès qu'on voit que son action est inutile.

Telle est, croyons-nous, l'opinion de la majorité des cliniciens de Paris.

Il y a à peine un siècle on ne savait à peu près rien touchant les phénomènes électriques; aujourd'hui, bien que cette branche de la physique n'ait pas encore dit son dernier mot,

on sait beaucoup et déjà les notions acquises ont reçu des applications innombrables.

En 1789, Galvani, médecin de Bologne, ayant accroché au moyen d'un anneau en cuivre les nerfs lombaires d'une grenouille, qu'il avait préparée dans un but spécial, fixa l'anneau aux barreaux de sa fenêtre et fut fort étonné de voir les muscles de la grenouille se contracter immédiatement après.

Après avoir étudié le phénomène, il s'arrêta à cette idée, que la force développée, clans ces conditions, était un fluide particulier tout à fait distinct de l'électricité. Volta, quelque temps après, inventait la pile électrique et démontrait que les phénomènes observés par Galvani devaient être attribués à l'électricité.

A partir de ce moment, et malgré le mysticisme qui entourait encore cette question, l'étude de l'électricité entrait dans la voie scientifique. En 1819, OKrsted découvrait l'influence des courants sur les aimants, Ampère expliquait théoriquement cette influence et découvrait à son tour l'influence des courants sur les courants. Enfin Arago, Ohm, Wollaston, Jacobi, Faraday, Delarive, Becquerel, Grove, Pouillet, etc., imprimèrent à l'électricité physique une impulsion qui devait l'élever au niveau des autres branches de la physique.

Ne devant nous occuper ici que des applications de l'électricité à la physiologie et à la médecine, nous nous abstiendrons d'entrer dans le domaine de la physique pure pour rester sur le terrain de la biologie, et, comme entrée en matière, nous examinerons d'abord l'électricité qui se développe à l'état normal dans le corps vivant.

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