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ÉLECTRICITÉ ANIMALE

La découverte de l'électricité animale est due à Galvani, comme nous l'avons vu plus haut. L'expérience sur laquelle il établit définitivement le fait est devenue classique : après avoir dénudé préalablement les nerfs lombaires d'une grenouille, on les soulève avec une tige isolante, et on obtient une contraction en amenant au contact des nerfs la surface extérieure d'une des cuisses de la grenouille.

Nobili, ayant constaté, un peu plus tard, sur une patte postérieure de grenouille, séparée du corps, l'existence d'un courant

dirigé de son extrémité à sa racine, conclut de ce fait que la grenouille possède un courant propre; mais Matteucei,Dubois- Reymond, Cl. Bernard, ne tardèrent pas à démontrer que ce courant existe également chez les animaux à sang chaud et qu'il a son siège dans la substance musculaire. D'après eux, les muscles, à l'état de repos, donnent naissance à des courants qui se dirigent de la surface du muscle vers son centre. La surface, pendant la vie, est électrisée positivement et le centre négativement. M. Dubois-Reymond démontra ensuite, qu'au moment où le muscle entre en rigidité cadavérique, les courants se déplacent, et la surface, qui était positive, devient négative tandis que le centre devient positif 1 1 .

Un peu plus tard, M. Dubois-Reymond constatait l'existence d'un courant dans les nerfs et il édifiait, sur cette découverte, une théorie qui le conduisit à confondre le fluide nerveux avec le fluide électrique. Depuis qu'on a pu mesurer la vitesse du courant nerveux qui n'est, comme nou* l'avons vu, page v21 1, que de 30 mètres par seconde, cette théorie n'était plus soutenable.

Les muscles et les nerfs ne sont pas les seuls tissus de l'organisme où l'on ait constaté des courants; on en a trouvé sur tous les points, et cela ne doit point étonner puisque l'acte chimique, quel qu'il soit, développe de l'électricité.

Déjà Vol ta avait avancé qu'on pouvait construire une véritable pile avec trois liquides associés ; mais c'est L. Foucault qui a démontré expérimentalement que tous les liquides conducteurs, pourvu qu'ils ne se précipitent pas les uns les autres, peuvent servir à faire des piles sans métal.

Des piles analogues sont réalisées en nombre incalculable dans les organismes vivants. Partout, en effet, nous voyons des liquides différents, séparés par des membranes, qui représentent un circuit électro-chimique.

Sous le nom de phénomènes électro-capillaires , Becquerel a étudié ces piles vivantes, et il est parvenu à constater qu'elles exercent sur la nutrition, sur les phénomènes d'endosmose, des actions chimiques extrêmement complexes.

Ayant eu à rendre compte de quelques-unes des expériences de Becquerel dans la Gazette des hôpitaux, nous étions arrivé à

1 C. Bernard. Propriété* des tissus vivants, p. 2u0.

des conclusions que nous reproduisons ici, parce que le temps ne les a pas modifiées :

Rien n'est plus formel que l'existence de courants électriques dans l'organisme et rien n'est plus facile à prouver.

L'existence des courants électro- capillaires ne nous parait point douteuse non plus. Mais ces divers courants sont-ils cause ou effet? M. Becquerel les considère comme des forces actives et très-actives puisque, selon lui, elles exercent « la plus grande influence sur les fonctions organiques ». De cette influence, nous n'en connaissons absolument rien, et M. Becquerel avoue lui-même que, de ces forces, on ne connaît que leur action sur le galvanomètre et nullement les produits qui résultent de leur action sur l'organisme. Cet aveu, échappé sans doute, tempère un peu l'enthousiasme à l'endroit des forces physico-chimiques et réduit de beaucoup leur influence.

Quant à nous, nous ne pensons pas que les courants électriques aient une grande influence, non pas sur les fonctions organiques, comme dit M. Becquerel, mais sur la nutrition des tissus.

Nous croyons que, analogue à la chaleur animale, quant à son mode de production, l'électricité qui se développe dans nos tissus est le résultat des actions physico-chimiques de la vie ; nous croyons encore que l'électricité ne se trouve jamais en quantité ou en tension telle qu'elle puisse produire des phénomènes appréciables sur la constitution intime des tissus. Nous croyons enfin que, toujours analogue à. la chaleur, l'électricité animale se maintient, dans les conditions normales, dans une sorte d'état d'équilibre avec l'électricité atmosphérique.

Le corps vivant a besoin d'une certaine quantité d'électricité comme il a besoin d'une certaine quantité de calorique. Mais, de même que la chaleur se borne à fournir aux actes de la vie certaines conditions favorables, sans jouer le rôle de force active, de même l'électricité se présente à nous comme une des conditions nécessaires au maintien de la vie normale.

Par conséquent, nous ne sommes pas étonné que M. Becquerel n'ait pas encore trouvé dans l'organisme « les produits de l'électricité ». Nous avons la ferme conviction qu'on ne trouvera jamais rien dans cette voie, et que tout se bornera à constater la nature et l'intensité des divers courants par l'intermédiaire de leur action sur le galvanomètre (1).

Applications à la physiologie. — L'application de l'électricité à la physiologie a été l'origine de nombreux progrès ;

(1) Edouard Fournie, Compte rendu de la séance dé f Académie des sciences (Gazette des hôpitaux, 15 décembre 1874).

mais c'est principalement à titre d'excitant spécial des fonctions de l'organisme, que la force électro-motrice a été appliquée. Nous avons vu, en effet, que la plupart des découvertes sur le système nerveux, sur le développement de la chaleur animale, sur la nutrition, sur la sécrétion, ont été faites en reproduisant artificiellement, au moyen de l'excitant électrique, les phénomènes normaux. Nous avons vu aussi que c'est au moyen de l'électricité qu'on a pu mesurer la vitesse de la contraction musculaire et celle de l'agent nerveux ; nous avons vu enfin que Duchenne (de Boulogne i avait mis en évidence, au moyen des courants, le rôle fonctionnel de tous les muscles du corps.

Quant aux phénomènes qui se développent dans le corps vivant sous l'influence de l'électricité, et qui appartiennent en propre à cette dernière, ils sont assurément très-intéressants : l'état électro-tonique des muscles sous l'influence de courants découvert par Remak; l'action plus énergique du courant descendant sur la contradiction musculaire, et, inversement, l'action plus vive du courant ascendant sur la sensibilité ; les courants dérivés de M. Matteucci; tous ces faits, dus aux expériences de Yolta, Matteucci, Ritter, Marianini, Cl. Bernard, Tripier, représentent des acquisitions très-précieuses; mais on est obligé de reconnaître qu'il existe encore sur toutes ces questions des contradictions très-nombreuses.

Aussi nous ne saurions trop approuver la prudente réserve avec laquelle M. Tripier apprécie les mêmes faits :

On a pu voir, dit-il, par les considérations qui précèdent, que si les conditions physiques dans lesquelles on va opérer sont assez exactement définies, les réactions physiologiques qu'on provoquera sont déjà très-obscures. Plus obscure encore est la formule physiologique d'un cas pathologique donné : celui-ci n'est pas scientifiquement défini par ses symptômes, et c'est à peine si, dans quelques circonstances rares, on a la chance de trouver ébauchée une analyse anatomo-pbysiologique. Supposons, enfin, comblées toutes les lacunes que nous venons de constater; il restera à édifier le pont qui devra relier la thérapeutique à la pathologie.

En présence de ces difficultés, la prétention de donner, des problèmes thérapeutiques, des solutions raisonnées, précises et définitives serait illusoire : nous sommes réduits à l'empirisme. Celui-ci peut toutefois n'être pas absolu ; des théories partielles et provisoires doivent lui servir de suide ; on ne renonce pas complètement à se rendre

compte du mécanisme ou simplement de la tendance générale des phénomènes que l'on provoque I .

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