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APPAREILS GÉNÉRATEURS DE L'ÉLECTRICITÉ

L'électricité, entre les mains du médecin, est un instrument très-puissant dont il est nécessaire de bien connaître les divers modes d'action. Ces modes se réduisent à trois : effet mécanique, effet chimique, effet calorique. Ces trois modes d'action pourraient, à la rigueur, être produits par le même appareil, car l'électricité est un agent toujours identique à lui-même ; mais il est beaucoup plus pratique de se servir de générateurs différents et spéciaux pour chaque mode d'action. Nous examinerons ces divers générateurs et nous indiquerons le moyen de s'en servir.

A. Pour provoquer dans le corps vivant les effets mécaniques de l'électricité, on se sert de tous les appareils capables de dégager le fluide électrique : appareils à frottement (électricité statique), appareils reposant sur le principe de la pile de Volta appareils galvaniques ou voltaïques), appareils dans lesquels le générateur du courant électrique est un aimant (appareils magnéto-électriques), appareils dans lesquels les courants voltaïques ou magnétiques donnent naissance à des courants d'induction (appareils Yolta-faradiques ou d'induction).

B. Pour produire les effets chimiques et caloriques, on se sert plus particulièrement des appareils voltaïques et magnétiques.

1° Appareils à frottement. — L'électricité dégagée parle frottement peut engendrer des phénomènes physiques (contraction musculaire), des phénomènes caloriques (étincelles) et des phénomènes chimiques (recomposition de l'eau avec le pistolet de Volta). Les appareils qui fournissent ce genre d'électricité sont les premiers qui aient été employés. C'est avec eux qu'on donnait les bains électriques, en plaçant le patient sur un banc isolé et en le mettant en communication avec la machine au moyen d'une chaîne.

(I) Tripif.r, Applications de l'électricité à la médecine et ii lu chirurgie, p. '■>!. Paris, 1874.

C'est aussi avec ces appareils que l'on chargeait autrefois la bouteille de Leyde destinée à fournir les étincelles.

Aujourd'hui, bien que l'instrumentation ait été singulièrement perfectionnée, on se sert peu de ces appareils.

Nous donnerons néanmoins la description de l'appareil de M. F. Carré.

Machine de M. F. Carré. — Cette machine électro-stati-

Fig. 62. — Machine de M. F. Carré.

que est une combinaison fort ingénieuse des machines de lloltz et de Ramsden.

Un premier plateau A tourne lentement entre deux coussins D comme le plateau des machines de Ramsden; il s'électrise positivement et sert d'introducteur. Le plateau B tourne à quelques millimètres de distance, avec une vitesse dix lois plus grande; il fournit de l'électricité positive au peigne inférieur E et au conducteur T, en se chargeant négativement; la rotation amène l'électricité négative au peigne supérieur F et au conducteur G; un secteur en caoutchouc durci de forme rectangulaire, placé derrière le plateau supérieur en B, augmente d'un tiers la quantité d'électricité qui serait dégagée sans son adjonction.

Avec une machine avant un plateau do oO centimètres, un obtient des étincelles de lo à 18 centimètres.

Lorsqu'on emploie la bouteille de Leyde,*il ne faut pas oublier l'expérience de Volta, d'après laquelle l'électricité positive d'une bouteille de Leyde agit sur la contraction musculaire cinq à six fois plus énergiquement que l'électricité négative.

Aujourd'hui on demande de préférence aux appareils d'induction les effets que peut produire l'électricité statique.

2° Appareils voltaïques ou à courants continus. — Bien que la pile de Yolta ait été le point de départ de toutes celles qui ont été faites jusqu'ici, puisqu'on les désigne sous le nom de piles voltaïques, le principe sur lequel ces appareils reposent n'est pas du tout celui de Yolta. Celui-ci pensait que la force électro-motrice se développe au contact de deux métaux et qu'elle chasse sur l'un le fluide positif, sur l'autre le fluide négatif.

Aujourd'hui on pense, — et cela a été démontré vrai par les expériences de Becquerel, —que l'élément de Yolta est formé par une succession de trois substances conductrices différentes, et qu'il y a deux sortes de courants. Le courant le plus fort l'emporte sur l'autre, et, de là, circulation. Si, par exemple, dans un vase rempli d'acide nitrique, on met deux lames d'or communiquant ensemble au moyen d'un fil conducteur, aucun courant ne se manifeste; mais, si on verse quelques gouttes d'acide chlorhydrique tout près d'une des lames, l'eau régale qui se forme attaque le métal le plus proche, et il se forme un courant marchant, dans le vase, de la lame attaquée à l'autre.

Dans la pile de Yolta, le zinc était attaqué par l'eau salée qui n'avait pas d'action sur le cuivre, et, de là, le dégagement d'un courant du pôle zinc au pôle cuivre.

Dans toutes les piles indistinctement, qu'elles soient ou non construites avec des métaux, le courant électrique est engendré par des phénomènes analogues. Dans toutes, il y a, comme principe générateur, une action chimique prépondérante.

Partant de ce fait général, que toutes les piles voltaïques ont pour principe générateur de l'électricité une action chimique prépondérante, le nombre de piles de ce genre doit être considérable et il s'agit de faire parmi elles un choix motivé.

Au point de vue médical, toutes les piles voltaïques construi-

ELECTRICITE. Bi3

tes par de bons fabricants se valent à peu près, quel que soit le mode qui ait été employé pour engendrer l'électricité.

La question de bonne fabrication et de production convenable d'un courant électrique étant réservée, les motifs qui doivent inspirer le médecin dans son choix sont les suivants :

Que faut-il au médecin qui, sans s'occuper spécialement des applications électriques, n'est pas fâché de trouver dans un coin de son cabinet un appareil électrique toujours prêt à fonctionner, malgré toutes les négligences possibles?

Il lui faut un appareil qui ne demande pas à être chargé souvent et qui, dans les longs intervalles de repos, ne dépense rien.

Évidemment les éléments de Bunsen et de Grove, à acide sulfurique et azotique, ceux de Grenet à acide sulfurique et bichromate de potasse, ceux de Daniel au sulfate de cuivre, ne sauraient lui convenir, car dans ces appareils la dépense est continue et l'entretien fort assujettissant. Au contraire, les éléments de Marié-Davy au sulfate d'oxydulc de mercure et au sulfate de plomb, ceux de Léclanché au peroxyde de manganèse et chlorhydrate d'ammoniaque, ceux au chlorure d'argent, ceux au chlorhydrate d'ammoniaque ou au sesquioxyde de fer conviennent parfaitement bien, parce que, dans ces appareils, la pile ne dépense que lorsqu'elle travaille, c'est-à-dire lorsque le circuit est fermé.

La pile à chlorure d'argent de M. Gaiffe, la pile au sulfate de cuivre de M. Trouvé, la pile de Rumkorf au bisulfate de mercure, nous paraissent réaliser les conditions que nous venons de mentionner.

Avant d'aborder la description de quelques-uns de ces appareils, il nous paraît utile de donner quelques définitions.

a. Tension. — Considérant comme synonymes deux termes, dont l'un vise la cause virtuelle et l'autre l'effet sensible, M. Tripier définit la tension électrique : « La forme manifestée de ce qu'on a appelé la force ou la cause électro-motrice. »

La tension est variable selon les sources qui engendrent l'électricité ; mais elle est semblable pour tous les couples de la même espèce. En effet, quelle que soit la forme et les dimensions des appareils, du moment que les corps générateurs sont

(1) Tripier, loc. cit., p. 11.

semblables, la force électro-motrice qui résulte de leurs affinités chimiques sera également semblable.

C'est grâce à la tension que l'électricité franchit les résistances qu'elle trouve dans le circuit formé par les conducteurs.

b. Quantité. La quantité est la somme d'électricité qu'un élément générateur peut donner.

c. h 'intensité représente la somme d'électricité qui traverse un circuit dans un temps donné.

d. La résistance est l'obstacle que l'électricité rencontre dans son passage à travers les conducteurs. La résistance est d'autant plus grande que la section du fil est moindre et sa longueur plus grande. C'est à la résistance qu'est duc le développement de la chaleur sur le point du circuit où on a accumulé les conditions de la résistance.

Les machines à frottement fournissent surtout de la tension ; les machines à action chimique (piles) donnent des courants d'une quantité relativement considérable et d'une tension toujours relativement faible, mais qu'on peut, par un artifice de construction, faire varier entre des limites assez étendues : les appareils d'induction donnent des courants passagers, intermédiaires, dans les conditions usuelles, pour la quantité, à ceux des machines à frottement et à ceux des piles, intermédiaires aussi à ceux-ci pour la tension. Enfin, en disposant convenablement du choix du moteur et de la construction du circuit, on peut faire varier les courants induits, et comme quantité et comme tension, entre des limites extrêmement étendues.

Batteries simples à courant continu de M. Gaiffe. — Les batteries simples à courant continu de M. Gaiffe sont placées dans des casiers découverts, ou enfermées dans des boîtes en bois blanc noirci, munies de poignées et fermées à l'aide de crochets.

Elles se composent d'un nombre de couples d'espèces diverses C C C, variant de 3 à 69, d'une boussole-galvanomètre B et de tampons flexibles T T, montés sur réophores de lm 50 de longueur.

Les prises de courant marquées N zéro 2, 1, 6, 8, etc., permettent de prendre les couples de 2 en 2.

Afin de répondre à tous les désirs, M. Gaiffe monte ces batteries avec différentes espèces de couples qui sont les suivan-

tes : 1° couple au sulfate de cuivre, ; 2° couple au sulfate de mercure ; 3° couple au peroxyde de manganèse et chlorure de zinc; 4° couple au sesquioxyde de fer et chlorure de zinc. Tous ont la môme forme extérieure et peuvent se substituer les uns aux autres.

Un artifice permet, en construisant les couples, de régler l'intensité maxima de courant que le médecin juge à propos de laisser à la disposition de son malade.

L'intensité demandée au courant des batteries à courant continu dépasse rarement un cinquantième d'unité d'intensité de l'Association britannique, et est souvent moins forte (un

Fig. 63. — Batteries simples à courant continu de M. Gailfe.

courant ayant l'unité d'intensité dégage de l'eau, par électrolyse, 11 i millimètres cubes d'oxygène par seconde). M. Gaiffe construit de ces appareils dont l'intensité maxima n'est que

cl imite.

de

Le galvanomètre que portent les batteries est jaugé ; un tableau indique à quelle intensité correspond environ chaque trait de la division. Il est donc facile de se rendre compte approximativement, par simple lecture, de la valeur du courant qui traverse le malade.

Description des couples et manière de les charger. — Le couple au sulfate de cuiu)'e se compose : 1° d'un tube de verre, fermé par une membrane poreuse, dans laquelle plonge un fil de cuivre ; 2° d'un zinc amalgamé ; 3° d'un vase extérieur. Pour le charger, on met dans le tube quelques cristaux de sulfate de cuivre, et l'on verse dans le vase extérieur, jusqu'aux deux tiers

de sa hauteur, le liquide excitateur formé d'eau ordinaire contenant en dissolution environ 15 pour 100 de sulfate de zinc. Pour que ce couple fonctionne régulièrement, il est nécessaire qu'il y ait toujours dans le tube de verre quelques cristaux de sulfate de cuivre non dissous. On aura donc soin de remplacer ceux qui disparaîtront par suite du travail de la pile.

Le couple au sulfate de mercure est constitué par un cylindre de charbon poreux percé d'un trou suivant son axe, d'un bâton de zinc amalgamé, et d'un vase extérieur.

Pour le charger, on remplit, en tassant un peu, la cavité du charbon avec des morceaux de charbon de cornue de la grosseur d'un grain de blé, qui ont été roulés préalablement dans une bouillie faite de sulfate de protoxyde de mercure et d'eau ; puis on verse dans le vase extérieur, jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, le liquide excitateur formé d'eau ordinaire contenant en dissolution 15 pour 100 environ de sulfate de zinc.

Le couple au peroxyde de manganèse est constitué comme le précédent.

Pour le charger, on remplit le trou central avec des morceaux de peroxyde de manganèse aiguillé de la grosseur d'un grain de blé en les tassant un peu ; puis on met dans le vase extérieur, jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, une solution aqueuse de chlorure de zinc à 20 0/0.

Le couple au sesquioxyde de fer est encore constitué comme les précédents. On le charge en précipitant de l'oxyde de fer dans les pores du charbon à l'aide d'une dissolution saline ferrugineuse et de l'ammoniaque, ou en emplissant la cavité du charbon par des grains de charbon de cornue roulés préalablement dans une bouillie de sesquioxyde de fer précipité et d'eau ; puis on verse dans le vase extérieur, jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, une solution aqueuse de chlorure de zinc à 20 0/0.

Dans tous ces couples, le liquide doit être versé dans le vase extérieur, d'où il passe ensuite dans le tube central par une ouverture ménagée à cet effet. Il y aurait inconvénient à mettre directement du liquide dans le tube central.

Lorsque l'évaporation a enlevé une partie du liquide des couples, il faut le remplacer par de l'eau ordinaire. Lorsque les batteries cessent de fonctionner, il faut vider et laver les couples et les recharger comme il est dit plus haut.

Le premier de ces couples fonctionne à l'aide d'un dépolarisateur soluble, le sulfate de cuivre ; il s'use, même quand le circuit n'est pas fermé. Il a, comme compensation, la qualité de fournir des courants d'une constance parfaite.

Les trois autres, dont les dépolarisateurs sont insolubles, ne s'usent que lorsque leur circuit est fermé ; aussi demandentils beaucoup moins de soin et d'entretien que le premier. Leur courant n'est pas aussi constant que celui du couple à sulfate de cuivre ; mais, grâce à la faible intensité qu'on demande aux batteries à courant continu, et à l'artifice de construction dont il a déjà été parlé, la constance est assez grande pour que l'intensité ne varie pas sensiblement pendant les opérations les plus longues.

Les courants électriques ont la même valeur chimique, physique et thérapeutique, quelles que soient les piles qui leur ont donné naissance, dès qu'ils sont ramenés à la même tension et à la même intensité. On doit donc, en vue des applications thérapeutiques, choisir ceux des couples qui demandent le moins de soin et qui donnent la tension la plus grande. Ceux au peroxyde de manganèse et au sesquioxyde de fer doivent être, à ce double point de vue. préférés à tous les autres.

Manière de vérifier et de faire fonctionner la batterie. — Après avoir monté la batterie, on l'oriente en la faisant tourner sur elle-même suivant un axe vertical, de manière à amener l'aiguille du galvanomètre B sur le 0 de sa division; puis, à l'aide d'un fil conducteur quelconque, qu'on fait communiquer par une de ses extrémités avec la pièce métallique percée marquée N zéro et par l'autre extrémité successivement avec toutes les autres pièces marquées 2, 4, 6, etc., — ce qui doit donner une forte déviation du galvanomètre à chaque contact, — on vérifie si tout est en bon ordre.

Si le contact avec une des pièces percées et numérotées ne donnait pas de déviation, c'est qu'un des deux couples qui précèdent immédiatement cette pièce ne contiendrait pas de liquide, ou que les communications avec les autres couples ou avec cette pièce percée seraient mal établies ou rompues accidentellement. Il suffirait alors de mettre le liquide qui manque ou de rétablir la communication absente, pour remettre tout en ordre.

Pour faire l'application du courant, on met les excitateurs, préalablement imbibés d'eau tiède, en communication avec la batterie, en insérant la goupille terminale du réophore de l'un d'eux dans la pièce marquée N zéro qui est le pôle négatif, et la goupille de l'autre réophore dans la pièce portant le chiffre qui représente le nombre de couples qu'on veut mettre dans le circuit; après quoi, on place les tampons sur les points à électriser.

La tension du courant dépend de la nature des couples employés et du nombre de ceux compris dans le circuit. Elle est indépendante de la dimension de ces couples.

Lorsqu'on veut donner au courant une tension déterminée, il suffit de mettre dans le circuit le nombre de couples nécessaires pour que le produit de leur tension individuelle par ce nombre atteigne le chiffre voulu.

Nous donnons ci-dessous, en nombres ronds, la tension de chacun des couples dont M. Gaiffe compose ses batteries simples mesurée en unités de l'Association britannique.

1° Tension du courant d'un couple au sulfate de cuivre. 1 »

2° Tension du courant d'un couple au sulfate de mercure 1 50

3° Tension du courant d'un couple au peroxyde de manganèse 1 50

i° Tension du courant d'un couple au sesquioxyde de fer 1 30

Pour avoir un courant ayant une tension de 35 unités, par exemple, on voit qu'il faut 35 couples au sulfate de cuivre ou 23 ou 21 couples au sulfate de mercure ou au peroxyde de manganèse, ou enfin 27 couples au sesquioxyde de fer.

L'intensité s'apprécie par simple lecture du galvanomètre. Elle va en croissant pour une position donnée des excitateurs sur le malade avec le nombre de couples qu'on met dans le circuit. Mais il est un moyen de la modérer sans changer la tension du courant : c'est d'intercaler une résistance dans le circuit extérieur. Cette résistance, qui est fournie très-commodément par un réostat dans les grands appareils, peut l'être beaucoup plus simplement, pour ceux qui font l'objet de cette explication et qui ont un but spécial, par le liquide qui mouille les excitateurs et par l'épaisseur des couches d'agaric et de peau qui les couvrent. On comprend, en effet, que moins ce

liquide sera conducteur, moins la quantité d'électricité qui passera sera grande. En prenant de l'eau distillée, qui est un corps très-peu conducteur, et qu'on emploiera soit pure, soit salée avec diverses proportions de sel de cuisine, on réglera assez bien l'intensité.

Lorsqu'une déviation du galvanomètre un peu grande indique que l'intensité du courant est forte, il faut surveiller avec soin les parties placées sous les excitateurs pour éviter des brûlures qui se produiraient rapidement.

Les piles que nous venons de décrire peuvent servir dans la plupart des cas de la pratique courante; mais, si l'on désire n'avoir pas à se préoccuper de charger fréquemment ses piies et pouvoir compter sur un appareil qui, bien que ne fonctionnant pas, conserve néanmoins toutes ses propriétés, il faut avoir recours aux piles et aux appareils suivants.

Pile à courant constant et continu de M. Trouvé. — La pile Daniell est la seule qui produise des courants réellement constants et continus; mais, dans sa forme primitive, son application à l'art médical était extrêmement restreinte, à cause de son volume, de son prix élevé, des vases fragiles qu'elle exigeait, de l'incrustation du vase poreux et enfin de la difficulté qu'on éprouvait à la transporter.

M. Trouvé a donc cherché à réduire son volume au minimum, tout en lui conservant ses propriétés physiques, et à la mettre ainsi à la portée de tous les médecins.

L'élément de la pile de M. Trouvé est constitué de la manière suivante :

Entre deux disques, l'un de cuivre c, l'autre de zinc z, formant les deux électrodes, sont empilées des rondelles de papier buvard; la moitié inférieure de ces rondelles est préalablement saturée de sulfate de cuivre, l'autre moitié de sulfate de zinc.

Pour mettre cet élément en fonction, il suffit de le tremper pendant cinq à six secondes dans l'eau et de le retirer ensuite. En effet, l'eau absorbée par le papier buvard dissout une partie des deux sels et permet ainsi la réaction chimique qui produit le courant.

Le courant à l'intérieur de la pile décompose l'eau; l'oxygène se porte sur le zinc et forme avec l'acide sulfurique du sulfate de zinc ; l'hydrogène se combine avec l'oxygène de la

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base pour reconstituer de l'eau, et une partie de cuivre à l'état métallique se dépose, comme dans la pile Daniell, sur l'électrode cuivre.

Lorsque tout le sulfate de cuivre est épuisé, — ce qui demande plus de six mois (le sulfate de zinc se renouvelle sans cesse), — il faut alors le remplacer. 11 suffit pour cela de plonger l'élément dans une solution de sulfate de cuivre faite à

Fig. 64. — Pile à courants constant et continu de M. Trouvé.

chaud, et l'élément reprend spontanément toute son activité première.

Avec cet élément, M. Trouvé a construit des appareils dont les éléments sont disposés en tension dans une cuvette d'ébonite (caoutchouc durci), rangés au-dessous du collecteur de l'inverseur du courant et du galvanomètre réunis, sur une plaque d'ébonite, le tout renfermé dans une boîte en acajou. (Voir fig. 64).

Lorsqu'on veut mettre l'appareil en action et s'en servir, il suffit de plonger une fois pour toutes, pendant quelques secondes, tous les éléments à la fois dans l'eau ordinaire. Ils resteront humides tant qu'ils seront placés dans la cuvette d'éboaite; au contraire, il suffira de les laisser deux jours à l'air

libre pour les dessécher et les mettre ainsi au repos absolu pendant un temps illimité sans aucune détérioration.

Le volume étant très-petit (2 décimètres cubes pour l'appareil de quarante éléments (représentés fig. 6-4) et 3 décimètres cubes pour l'appareil de quatre-vingts éléments destiné aux applications générales dont le poids ne dépasse pas 2 à 3 kilos), l'appareil est très-portatif, et on n'a pas à craindre l'incrustation des vases poreux, ni le grimpement des sels, ni la fragilité de l'enveloppe.

Comme il suffit, pour recharger la batterie de l'appareil, de la plonger dans une dissolution de sulfate de cuivre, on peut la laisser au repos pendant des années entières, et par suite elle peut être utilisée non-ceulement par les spécialistes, mais encore par tous les médecins qui ne s'en serviront qu'à de longs intervalles.

Pile au chlorure d'argent de M. Gaiffe. — L'appareil à courant continu de M. Gaiffe fonctionne avec des couples au chlorure d'argent, dont l'invention est due à MM. E. Becquerel et Marié-Davy. (Voir fig. 65.)

Ces couples se composent d'une lame de zinc amalgamé Z et d'une lame de chlorure d'argent fondu Y enveloppée de toile, contenues dans un flacon G H S T en caoutchouc durci qui se ferme hermétiquement à l'aide du bouchon à vis G H Des crampons V Y' , sur lesquels s'accrochent les lames Z, Y, portent les courants à l'extérieur du flacon. Un coussin formé de six ou huit feuilles de papier buvard, destiné à contenir dans ses pores le liquide excitateur, remplit l'espace II et maintient les lames à un écartement convenable- Un lien J K en caoutchouc serre les lames et le coussin en papier. Le liquide de l'excitateur est de l'eau distillée contenant environ 3 0/0 de chlorure de zinc.

En réunissant dix-huit de ces couples dans une boîte portative, M. Gaiffe a créé un appareil médical fort convenable. Voici sa description :

B B' sont les pièces qui livrent le courant et sur lesquelles s'attachent les réophores.

M M', deux manettes qui font communiquer B B' avec la série de

Fig. 65.

couples que l'on veut employer. Par leur intermédiaire, on peut faire passer graduellement tout le courant de la batterie à travers le patient sans produire de chocs voltaïques.

N est une lettre gravée sur le manipulateur qui indique le sens du

Fig. 66. — Pile au chlorure d'argent de M. Gaiffe.

courant; la manette la plus rapprochée de N, ainsi que le réophore qui lui correspond, sont négatifs.

On voit que, dans la figure , M' étant plus rapprochée de N que M est négative ; B' est, par conséquent, négatif, tandis que B est positif.

Les manettes servent encore à essayer tour à tour et très-rapidement tous les couples de la batterie lorsqu'une diminution dans l'intensité du courant fait supposer que quelques-uns des couples sout usés.

G, galvanomètre qui indique le passage du courant par la déviation de l'aiguille aimantée; cette pièce est indispensable, le patient étant quelquefois insensible au début du passage du courant. Le galvano-

mètre est placé dans le couvercle pour que son aiguille, étant renversée quand la boite est fermée, ne porte pas sur le pivot et ne l'use pas pendant le transport.

I, interrupteur qui donne des chocs voltaïques par interruption, sous la pression plus ou moins rapide du doigt. On peut remplacer cet interrupteur par un commutateur, qui donne les chocs par inversion en les faisant passer plus ou moins vite de gauche à droite et de droite à gauche. VVV V, vis-boulons, qui assemblent le manipulateur et la boîte et établissent par pression, lorsqu'ils sont bien serrés, les communications entre le manipulateur et les piles.

Lorsqu'on enlève le collecteur, après avoir dévissé les boulons VVVV, on voit sur sa face inférieure plusieurs rangées de ressorts destinés à établir les communications entre lui et les couples de la pile. Dans la boîte sont placés verticalement et côte à côte des casiers semblables à celui qui est figuré devant la batterie, et dont le nombre varie avec celui des couples. Chaque casier contient six couples FFFFFF; il porte sur une de ses extrémités un numéro. Ce repère correspond à un même numéro imprimé dans la boîte.

Il est très-important que les casiers soient toujours remis dans la boite dans l'ordre indiqué par leurs repères, et que les numéros de repères soient bien en regard les uns des autres. Les casiers portent d'autres chiffres indiquant les numéros d'ordre des couples correspondant à ceux du collecteur.

Les casiers possèdent deux ouvertures d'inégales grandeurs en face de chaque couple, de façon à laisser passer les colonnettes HHHHHH qui sont aussi d'inégales grosseurs; ces inégalités ont pour but d'empêcher de replacer les couples dans un mauvais sens. Un tiroir placé à la partie inférieure de la boîte contient les accessoires et les excitateurs.

Cette pile peut fournir 7 à 800 heures de travail sans être rechargée.

En ajoutant six couples de plus, elle peut servir pour les opérations par électrolyse.

Appareils pour chauffer le galvano-cautère. — Lorsqu'on veut, au moyen du courant voltaïque, obtenir un dégagement de chaleur suffisant pour détruire les tissus, les piles que nous venons de décrire ne sauraient suffire.

Le dégagement de chaleur qui se produit dans un circuit métallique de petite section repose sur la loi suivante formulée par M. Joule : La quantité de chaleur dégagée dans l'unité de temps dans un fil métallique homogène, traversé par un courant voltaïque, est proportionnelle : 1° à la résistance que

ce fil oppose au passage de l'électricité ; 2° au carré de l'intensité du courant. Or, l'intensité étant en rapport avec l'étendue en surface des éléments qui engendrent le courant, on a dû choisir des piles à grande surface pour pratiquer la cautérisation-galvanique.

M. Middeldorpf, qui fut un des premiers à employer la galvano-caustique, adopta la pile de Grove dans laquelle le cylindre de charbon de la pile de Bunsen est remplacé par plusieurs lames de platine.

Cette pile présentait plusieurs inconvénients ; elle était d'un maniement très-compliqué et exigeait l'emploi de plusieurs litres d'acide azotique et sulfurique.

La pile inventée par M. Poggendorff représentait sur cette dernière un grand progrès. Composée de plaques de zinc et de charbon plongées dans une dissolution de bichromate de potasse acidulée avec un peu d'acide sulfurique, cette pile ne donne lieu à aucune émanation délétère. Mais elle présentait un inconvénient grave : elle n'était pas constante dans ses effets.

C'est alors que M. Grenet eut l'idée d'insuffler de l'air dans le liquide de la pile pendant qu'elle fonctionnait.

Un tube à insufflation, débouchant à la partie inférieure du vase par un grand nombre de petits trous, permet de faire arriver sans cesse des bulles d'air qui se dégagent en bouillonnant.

L'agitation du liquide a pour effet d'empêcher la dépolarisation de la* pile et dès lors on obtient un courant à peu près constant.

C'est une pile de ce genre que M. Broca fit adapter par M. Grenet aux usages de la galvano-caustique. Les résultats qu'on obtint avec cette pile furent satisfaisants au point de vue de la facilité de la manœuvre; mais on pouvait désirer mieux :

1° La pile ne se nettoie pas facilement;

2° 11 est impossible d'amalgamer les zincs et de les remplacer sans le secours du constructeur, ou tout au moins d'un homme du métier;

3° Son poids est assez considérable par suite de la disposition des contacts qui nécessitent des zincs très-épais. Ces contacts, sans cesse en rapport avec la pile sèche ou humide, s'oxydent promptement et la mettent hors de service.

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