‹ Application des sciences à la médecineChapitre 48 sur 69 · TROISIEME LIVRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LIVRE

La chimie est tout à la fois une science d'observation et une science expérimentale : avant de songer à faire agir les corps les uns sur les autres, elle a dû d'abord connaître ces corps en eux-mêmes, et les définir par leurs propriétés physiques ou sensibles. Ce motif établit dans l'histoire de la chimie deux périodes bien tranchées : la période d'observation et la période d'expérimentation.

La période d'observation, excessivement longue, a été cultivée par les hommes qui, par goût ou par nécessité, s'intéressaient aux divers phénomènes de la nature. Parmi ceux-ci, les médecins de tous les âges ont occupé une grande place, parce que la nécessité de guérir les maladies les a nécessairement poussés à demander à tout ce qui les entourait des modificateurs de l'organisation. La doctrine des quatre éléments, et par suite celle des quatre humeurs qui ont joué un si grand rôle dans les maladies, est une des expressions de la chimie d'observation tout à fait au berceau.

L'extraction des métaux et la fabrication des alliages, la poterie, les verres blancs et colorés, les diverses teintures, la composition des monnaies d'or et d'argent, furent les premiers tâtonnements de la chimie expérimentale. C'est à cette môme époque que l'on trouve les premiers essais de préparations chimiques en vue de la thérapeutique.

Gibert, dans le huitième siècle, donnait les préparations du sublimé corrosif, du précipité rouge, de l'acide nitrique, de l'acide nitro-marin, etc., dans un ouvrage sur l'alchimie. Les

Arabes inventaient les mots d'alcohol, de naphte, de camphre, de bezoard, et professaient déjà des théories chimiques sur l'effet des remèdes. Rhasès, dans son Antidotaire, parle du muriate de mercure, qu'il administrait contre la gale et certaines maladies de la peau, de l'orpiment et du realgar, du sulfate de cuivre, du borax et du nitre. Arnaud de Villeneuve, Albert le Grand, Basile Yalentin, firent également de la chimie expérimentale. Nous trouvons dans l'ouvrage de ce dernier intitulé : le Char triomphal de l'antimoine, que, le premier, il a donné l'antimoine à l'intérieur; dans ses œuvres de chimie il donne la préparation du régule d'antimoine, du beurre d'antimoine, de l'alcali volatil, du foie de soufre, du bismuth, du sucre de saturne, de divers acides, de l'éther sulfurique.

Paracelse, Van Helmont, Sylvius de le Boë, Stahl, continuent la série des chimistes, et chacun d'eux apporte à cette science, encore si obscure, un perfectionnement nouveau. Mais, vers la fin du dix-huitième siècle, de nombreux éléments avaient été réunis; des chimistes, vraiment dignes de ce nom, avaient dégagé les procédés de la science de tout le fatras étranger qui les entourait de mystères et favorisait l'erreur: une seule chose s'opposait aux progrès : c'était la théorie du phlogistique. Remplacer cette théorie par la détermination du rôle de l'oxygène (déjà découvert par Priestley ) dans les combinaisons chimiques, telle fut la grande gloire de Lavoisier.

Depuis ce moment, la chimie expérimentale s'est développée avec une rapidité qui confond l'esprit, grâce aux méthodes d'analyse et de synthèse mises dès ce jour en pratique. Les noms de Dalton, Gay-Lussac, Berzélius, Dumas, Prévost, Gerhardt, Laurent, Liebig. AVilliamson, Sertiirner, représentent tous des progrès immenses soit dans les doctrines, soit dans les découvertes de composés nouveaux, soit dans les applications de la chimie à la médecine. Heureusement notre rôle, en écrivant ces lignes, n'est pas de pénétrer profondément dans ce dédale immense; s'il en était autrement, nous devrions renoncer à notre tâche. Mais notre cadre bien compris n'est pas si grandiose, et nous pensons que nous l'aurons suffisamment rempli en indiquant les principales applications de la chimie à la médecine. Nous considérerons successivement les applications de la chimie à l'hygiène , à la physiologie, à la pathologie et à la matière médicale.

HYGIENE. m

Le milieu intérieur de l'homme ne se soutient que par les emprunts incessants qu'il fait au milieu extérieur par les sens, par le système musculaire, par le poumon et par le tube digestif.

La chimie n'a pas à s'occuper de l'hygiène des sens ni de celle des mouvements ; mais elle intervient avec une grande utilité dans la connaissance du terrain qui nous supporte, dans l'analyse de l'air que nous respirons, et dans celle des aliments que nous introduisons dans le tube digestif.

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