CONSTITUTION ATMOSPHÉRIQUE
Depuis que Lavoisier nous a dévoilé le rôle de l'oxygène dans la respiration et dans la nutrition générale, la question de la composition de l'air que nous respirons est devenue capitale. Magendie et Cl. Bernard essayèrent de déterminer la limite inférieure de la quantité d'oxygène que doit contenir un milieu respirable ; mais leurs expériences ne les conduisirent qu'à ce fait général, que la diminution de la proportion d'oxygène contenu dans l'atmosphère amène un affaissement général des fonctions vitales, et que l'augmentation de cette proportion d'oxygène produit un effet inverse.
Mais l'air n'est pas seulement un composé d'oxygène et d'azote; il renferme d'autres substances que la chimie nous fait connaître et dont l'excès ou la présence sont nuisibles à la santé. L'acide carbonique existe dans l'air dans les proportions de 3 à 6 volumes par 1,000 volumes d'air; l'air est vicié s'il contient 6 à 10 volumes de ce gaz sur 1,000. Le carbonate d'ammoniaque existe dans l'air en proportions trop variables pour être dosées.
L'ozone, qui n'est autre chose qu'une modiiication électrique de l'oxygène découverte par Schœnbein , existe également en proportions variables. On a cherché à établir une relation entre le développement ozonométrique etl'apparition de certaines épidémies; mais les résultats obtenus sont très-contradictoires.
L'iode, selon MM. Chatin et de Luca, existerait aussi dans l'air en quantité appréciable.
Le chlorure de sodium se trouve naturellement en quantité très-variable.
La vapeur d'eau est également un des éléments indispensables de la constitution de l'air.
Parmi les substances nuisibles que l'air renferme, nous trouvons des poussières qui constituent des produits chimiques définis : poussière de plomb, de cuivre, de mercure, d'arsenic.
de phosphore, de grès, de charbon, et elles donnent naissance à des affections qui ont été parfaitement étudiées (1).
L'air renferme également des particules organiques que l'analyse chimique nous fait connaître, et qui intéressent à un très-haut degré la médecine.
Moscati est le premier qui ait découvert la présence de ces matières organiques désignées sous le nom d'effluves quand elles sont d'origine végétale et sous le nom de miasmes quand elles sont d'origine animale.
Boussingault a également analysé l'air des marais , celui dos salles d'hôpital, et il a trouvé une assez grande quantité de matières organiques, excessivement putrescibles. Mais ce n'est pas seulement au point de vue de la putréfaction que ces matières nous intéressent. Depuis que M. Pasteur a fait voir que les germes ont chacun une spécialité d'action dans les fermentations, on a dirigé les recherches dans ce sens, et on a trouvé dans l'atmosphère les germes de la plupart des parasites des maladies de la peau : le microsporon furfur, l'oïdium albicans , l'achorion de la teigne, le trichophyton tonsurans, le leptothrix buccalis, l'aspergillus glaucus et toutes les spores qui donnent naissance aux moisissures et aux ferments. On a trouvé également des germes que l'on rencontre ensuite dans les déjections des malades, dans le sang, à la surface de la muqueuse ; de sorte que l'on est conduit à se demander si l'atmosphère n'est pas le véhicule d'un grand nombre de causes de maladies. Cela nous paraît certain ; mais pour le moment les faits ne sont pas concluants (2).
(1) H. Tardieu, Etude hygiénique sur la profession du mouleur en cuivre (Annales d'hygiène. 1854).
H. Chevallier, Mémoire sur les allumettes chimiques préparées avec œ phosphore ordinaire (Annales d'hygiène. 1861).
Sédillot, Nécrose des os de la face produite par le phosphore Comptes rendus de l'Académie des sciences.
Verxois, Mémoire sur tes accidents produits par l'emploi des verts arsenicaux (Annales d'hygiène. 1859).
A. Lefébure, Mémoire sur l'intoxication saturnine. 1859. A ces travaux on peut joindre ceux de Brachet, d'Arehanibault, de Beaugrand, de Coulier, de Boys de Loury, de Bouchardat.
(2) Consulter sur ce sujet : Ch. de Vauréal, Essai sur l'histoire des ferments. 1S64.
Bouchardat, Analyse micrographique de l'air.
Pasteur. Divers mémoires dans les comptes rendus de l'Accu/, des .sciences.
Ces préliminaires indispensables soulèvent plusieurs problèmes d'hygiène qui demandent une solution. Et d'abord quelles sont les conditions d'un bon air respirable? Cette question complexe doit être examinée dans les maisons particulières et dans les lieux publics (1).
Nous excluons de nos appréciations les cas dans lesquels la pièce habitée par l'homme est entièrement close. Le cas ne se présente jamais dans l'habitude de la vie, et, si par hasard il se présentait, rien ne serait plus facile que de dire en combien de temps l'homme doit succomber.
Nous nous occuperons des conditions habituelles, et nous prendrons pour base de nos appréciations, non pas le cubage d'air de la pièce habitée, mais la quantité d'acide carbonique qui peut l'envahir à un moment donné, ainsi que les miasmes dont elle peut se saturer. Du moment, en effet, qu'une pièce est plus ou moins accessible à l'air, celui-ci peut toujours se renouveler, à moins toutefois qu'un gaz plus pesant, moins circulatoire , ne prenne entièrement sa place. Ce gaz est l'acide carbonique. Peu importe qu'une chambre ait 30, 40, 60 mètres cubes d'air renouvelable par personne et par heure : si, par un motif quelconque , cet air se charge de 7 à 8 millièmes d'acide carbonique, il n'est plus respirable sans inconvénient. Ce n'est donc pas le cubage d'air qui doit tant nous préoccuper dans cette question : c'est la présence de l'acide carbonique. Or, comment se débarrasser de l'acide carbonique qui résulte en grande partie de l'expiration? Rien n'est plus simple; c'est de maintenir, par le moyen des fenêtres et des cheminées, un courant d'air capable d'agir mécaniquement sur la circulation naturellement lourde de l'acide carbonique. C'est la seule manière de favoriser le renouvellement de l'air. A notre avis tous les systèmes de ventilation n'agissent que mécaniquement; car, en vérité, l'air, pour entrer là où il n'y en a pas, n'a pas besoin qu'on le pousse.
Dans les lieux publics, hôpitaux, casernes, spectacles, la question n'est plus difficile à résoudre que parce que les sour-
(1) Beaugrand. Analyse des travaux ayant pour but l'analyse microscopique
de t'air (Annales d'hygiène. 1862. — Savi, Mémoires sur tes effluves.)
On peut consulter aussi les travaux des médecins militaires ou de la marine dans le Recueil d-i mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires : Laveran. Jacquet, Laure, Boudin, Maillot, etc., etc.
ces d'acide carbonique, représentées parles individus présents, sont très-nombreuses et parce que ce gaz est produit en quantité considérable. Pour donner une idée de cette production, nous reproduirons les tableaux éloquents qui résultent des analyses de M. Leblanc sur l'air confiné (1).
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