VI. Écurie fermée, air recueilli à la fin de la nuit
VII. Écurie des Alpes durant l'hiver, calfeutrée, habitée par des hommes et des animaux. Cet air contenait en outre de l'ammoniaque et de l'hydrogène sulfuré.
Ces tableaux, bien interprétés, nous prouvent que ce n'est pas l'insuffisance du cubage d'air qui vicie l'atmosphère, car dans les casernes et dans les hôpitaux ce cubage est supérieur à ce qui est strictement nécessaire à l'homme, mais bien l'abondante production d'acide carbonique et sa stagnation clans les salles par suite d'une ventilation mécanique insuffisante. 11 suit de là que, dans la construction des maisons , des salles de spectacle, des hôpitaux, on doit sans doute se préoccuper d'accorder à chaque individu un cubage d'air (50 à 6'0 c. d'air par lit et par heure) suffisant, mais il s'ensuit aussi qu'on doit surtout avoir en vue la circulation facile de l'acide carbonique. Les cheminées d'appel, la ventilation répondent à cette indication dans les maisons (1); mais, dans les hôpitaux et dans les salles de spectacle, on devrait chercher à faire mieux pour atteindre ce but. Les architectes doivent se préoccuper non pas seulement de fournir un certain cubage, — car l'appartement, construit pour abriter quatre personnes, demain devra quelquefois en renfermer huit, — mais bien de fournir le moyen de faire circuler l'excès d'acide carbonique produit par l'accumulation de personnes.
Les mômes considérations s'appliquent aux habitations de toute sorte dans lesquelles peuvent se développer non-seulement des maladies particulières, mais encore des maladies générales, telles que le typhus et la fièvre typhoïde. La salle n'est petite ou grande que relativement au nombre de personnes qu'elle renferme. Par conséquent, on doit s'arranger pour que les miasmes, qui résultent d'une certaine agglomération, puissent circuler librement et ne s'accumuler jamais dans les salles (2).
(1) Selon l'heureuse expression de M. Fonssagrives, la cheminée est Y organe respiratoire d'une chambre à coucher. Fonssagrives, la Maiso?i, p. 201.
(2) M. le docteur Vallin, professeur au Val-de-Grâce, a indiqué tout ré-
Mais, s'il y a un grand intérêt à connaître et à pouvoir modifier la composition de l'air atmosphérique dans les maisons et dans les lieux publics, il n'est pas moins intéressant de pouvoir se rendre compte des mêmes conditions daus les divers quartiers d'une même ville. Angus Smith a eu l'idée d'analyser l'air, à ce point de vue spécial, au moyen d'une solution de permanganate de soude qui se décolore d'autant plus vite à l'air que celui-ci contient plus de matières organiques. Des différences très-considérables ont été trouvées par ce moyen dans les divers quartiers de Londres. M. le Dr Junod, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (février 1855), a émis sur ce sujet des idées neuves qu'il nous paraît utile de relater ici.
Après avoir démontré que les quartiers placés à l'ouest des grandes villes sont plus sains que ceux placés à l'est, — ce qui expliquerait la tendance qu'ont les villes à s'accroître de préférence dans la direction de l'ouest, — M. Junod explique ce fait, généralement vrai, par les caractères barométriques et hypsométriques des vents de l'ouest : « Ces vents coïncident avec de l'humidité et maintiennent les miasmes et la fumée dans une zone rapprochée du sol ; les vents d'est, au contraire, sont secs et hauts, et ils favorisent la dissémination des miasmes, des odeurs et des poussières vers les régions atmosphériques élevées. Les quartiers orientaux d'une ville reçoivent donc les émanations des quartiers opposés qui leur sont apportées par les vents d'ouest ; ils les ajoutent aux leurs, et de là une insalubrité que les villes, faisant de l'hygiène instinctive, évitent en se portant de préférence vers l'ouest (1). »> Le développement de la ville de Paris vers l'ouest, et la salubrité bien connue du quartier de Passy peuvent être considérés comme des faits qui plaident en faveur de la théorie.