‹ Application des sciences à la médecineChapitre 53 sur 69 · NOMS DES SUBSTANCES · texte numérisé non relu

NOMS DES SUBSTANCES

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Seine.

Bercy, Juin.

litre.

litre.

litre.

litre.

litre.

0 ,' Acide carbonique.

Gaz . l

par litre.

O.OiOli

gr.

gr.

gr.

gr.

Alumine

Peroxyde de fer

— de mairnésie ....

— de manganèse . . .

— de magnésium. . . .

— de soude

Azotate de potasse

— de magnésie

Poids du résidu fixe p. 1 litre

Au-dessous des grandes villes comme Paris, Londres, les eaux du fleuve renferment des sels ammoniacaux, de l'urée, des phosphates , de l'hydrogène sulfuré , des matières organiques qui, dans certaines années favorables à leur action nocive, peuvent engendrer des épidémies de dyssenterie, de fièvre typhoïde (Ghatin, Péligot, Boussingault).

Eaux de montagne. — Les eaux qui résultent de la fonte des neiges, des glaciers, sont moins riches en principes fixes que les aulres.

D'après M. Grange, elles renfermeraient principalement des sulfates, des chlorures, des silicates et une certaine quantité de matière organique (1). Ces eaux, par conséquent, ne sont pas aussi bonnes que les autres eaux potables.

Eaux de pluie. — Les eaux de pluie renferment principalement des chlorures de magnésium, de calcium et de sodium, des traces de sulfates et phosphates, de l'acide azotique, de l'ammoniaque et peut-être de l'iode. Elles contiennent beaucoup de matière organique.

Dans ces conditions, ces eaux sont inférieures aux autres eaux potables ; cependant elles gagnent beaucoup dans les citernes où on les conserve d'habitude, si ces dernières sont à l'abri de la chaleur et de la lumière.

Eaux stagnantes, étangs, marais. Ces eaux présentent une Composition minérale analogue à celle des cours d'eau qui les alimentent; mais elles ont l'inconvénient d'être désaérées, et de renfermer une trop grande quantité de matière organique ainsi que des organismes microscopiques vivants, animaux ou végétaux. Ces eaux sont dangereuses; on doit s'abstenir d'en boire autant que possible.

11 est incontestablement reconnu aujourd'hui que les eaux stagnantes, marécageuses, exposées à l'action de la chaleur et de la lumière peuvent engendrer la fièvre intermittente, le choléra, la fièvre jaune ("2).

Épuration des eaux. — Le filtrage à travers le sable , le charbon, la pierre poreuse suffisent en général pour épurer l'eau; mais, si cette dernière renferme des matières organiques

(1) Grange, Compte vendu de VAc. des sciences, t. XXVII, p. ouS.

(2) Jameson, Boudin, Clément, J. Rochard et bien d'autres ont fourni sur ce sujet les documents les plus probants.

dangereuses, on fera bien de la faire bouillir et de la battre à l'air dans un lieu sain.

Pour rendre potables l'eau de mer distillée, M. A. Gautier conseille de la battre à l'air, de l'additionner de 1 centigramme de chlorure de sodium par litre et de la laisser séjourner sur un petit excès de craie (1).

Lorsque l'eau est séléniteuse, comme cela se voit dans beaucoup de puits, il faut l'additionner d'un peu de carbonate de soude et la laisser au repos avant de la boire.

Analyse qualitative des eaux. — Nous ne prétendons pas indiquer ici les moyens spéciaux à l'aide desquels on recherche minutieusement tous les éléments qui entrent dans une eau inconnue. Nous devons nous borner à indiquer une méthode rapide qui permette au médecin de déterminer la nature d'une eau quelconque.

On reconnaît si une eau est potable à la quantité de matières fixes que cette eau renferme. A cet effet, on fait évaporer dans une capsule de porcelaine 200 gram. d'eau qu'on a préalablement filtrée et à laquelle on ajoute, par litre, 2 grammes de carbonate de potasse récemment calciné. On complète ensuite la dessiccation à 130°. Si le poids du résidu, abstraction faite du poids du carbonate ajouté, dépasse 50 centigrammes, l'eau doit être déclarée impotable.

Si, en calcinant le résidu obtenu précédemment, il se dégage de l'ammoniaque ou des vapeurs à odeur empyreumatique, on aura la certitude que l'eau renferme des matières organiques en abondance.

Podr reconnaître la nature des matériaux que l'eau tient en dissolution, on se sert des réactifs suivants :

Le chlorure de barium indique la présence des sulfates par un précipité de sulfate de baryte insoluble dans l'acide azotique et l'acide chlorhydrique.

L'azotate d'argent indique la présence des chlorures par un précipité blanc floconneux de chlorure d'argent.

La dissolution de savon indique la présence de la chaux par un précipité floconneux qui résulte de la combinaison de cette dernière avec les acides gras du savon. Le tannin indique la présence du fer par la coloration brun rouge que prend l'eau.

(1) Loc. cit., p. 191.

Vin. — Le vin est un aliment au même titre que le raisin dont il provient; mais il emprunte des propriétés spéciales à l'alcool qu'il renferme et qui a pris naissance pendant sa préparation.

Voici, d'une manière générale, les substances qui entrent dans le vin, dans un litre de vin rouge de France (1) :

Eau grammes. 869

Alcool — 100

Alcools divers, éthers et parfums. — traces.

Glycérine — 6.5

Acide succinique — 1.5

Matières albuminoïdes, grasses, sucrées, gom-

meuses et colorantes — 16.

Tartrates de potasse — 4.

Acides acétique, propionique, citrique, mali-

que, carbonique (en parties libres) — 1.5

Chlorures, bromures, iodures, fluorures, phosphates... de potasse, soude, chaux, magnésie,

oxyde de fer, alumine ; sels ammoniacaux. — ■ 1.5

La prédominance de quelques-unes de ces substances sur les autres donne naissance aux diverses qualités de vin.

A ce point de vue, on distingue :

1° Les vins spiritueux secs tels que, Madère sec, Xérès, vin vieux de Limoux et des coteaux favorisés du Languedoc. Ces vins sont très-réconfortants, mais légèrement excitants ;

2° Les vins spiritueux sucrés tels que Porto, Malaga, Roussillon, Frontignan. Ces vins sont très-toniques; mais il faut en boire peu ;

3° Les vins astringents, tels que Bordeaux, Bourgogne, Saint- Georges, d'Anglade, sont très-riches en tannin et plus pauvres en alcool que les précédents. On a l'habitude de les donner aux convalescents sous prétexte qu'ils n'excitent pas. Nous pensons qu'un peu d'excitation nerveuse pendant les convalescences n'est pas nuisible et qu'un vin chaud, généreux, du Midi ferait, très-souvent, bien mieux l'affaire du malade.

4° Les vins blancs mousseux sont particulièrement diurétiques ; mais ils ont une action spéciale sur le système nerveux qui en contre-indique souvent l'emploi.

(1) A. Gautier, loc. cit., p. 122.

Alcool. — L'alcool du vin résulte de la transformation du glucose; son rôle dans l'économie est celui d'un aliment combustible et celui d'un excitant.

Gomme aliment, il joue un rôle qui n'est peut-être pas encore bien défini; mais, d'après les travaux les plus récents, l'oxygène du sang brûlerait une partie de lhydrogène de l'alcool pour former de l'eau et produire de la chaleur (1).

La quantité d'alcool ainsi transformée est peu considérable, car jusqu'à présent des expérimentateurs très-attentifs avaient cru pouvoir démontrer que l'alcool traverse l'économie sans y être brûlé 2 .

Comme excitant, l'alcool possède des propriétés journellement mises à profit dans la pratique de la médecine.

L'alcool est un excitant général ; il accélère l'action des glandes gastriques et pancréatiques, celle des reins également; enfin il agit sur les mouvements du cœur et sur les propriétés fondamentales du système nerveux central.

Pris à des doses modérées et non d'une manière habituelle, l'alcool pur ou mélangé avec de l'eau peut parfois être un excitant utile et être ainsi considéré, à côté du café, du thé, du tabac comme un des excitants indispensables à notre civilisation moderne. Dans tous les cas, il a cela de commun avec les substances dont nous venons de parler, de ralentir les mouvements de la décomposition organique. De plus, il est parfaitement établi que l'absorption de l'alcool abaisse notablement' la quantité d'acide carbonique émise par la respiration dans un temps donné.

L',abus de l'alcool et des liqueurs qui en contiennent retentit d'une manière fâcheuse sur la plupart des organes. Des études très-approfondies ont répandu sur ce sujet une grande lumière et ont provoqué, de la part de l'administration, des mesures préventives sur l'efficacité desquelles il est bien difficile de se prononcer encore (3).

1 M. Dupré, Proced. of the Roy. Soc, t. XX, p. 107.

\2j MM. Lallemand. Duroy et Perrix, Etudes physiologiques sur l'alcool. — Bouchardat et Sandras, De la digestion des boissons alcooliques.

(3) Racle, De l'alcoolisme. 1860. — Huss Magnus, De l'alcoolisme chronique. 1852. — Bouchardat et Jukod, De Veau-de-vie, ses dangers. 1863.

La zoochimie, ou bien l'application de la chimie à l'anatomie et à la physiologie, existe déjà depuis assez longtemps pour avoir rendu des services immenses ; mais sur ce tronc de la branche-mère se développe un rameau qui, sous le nom de Jtistochimie, a déjà fait ses preuves, comme cela ressort des travaux de Schlossberger(l), de Mtiller et de Donders. Cette science nouvelle résulte de l'emploi combiné de l'analyse microscopique et de l'analyse chimique. C'est à cette union que nous devons en grande partie la connaissance des tissus du corps humain.

Les principes immédiats que la chimie retire des tissus ne sont pas en très-grand nombre ; ce sont des substances albuminoïdes et leurs dérivés, des graisses, des substances colorantes, des sels minéraux et de l'eau. Ces divers principes, associés en proportions variables, composent tous nos tissus, et là encore la chimie intervient pour nous dire l'élément prédominant qui caractérise chimiquement le tissu : la myosine et la syntonine qui forment la partie principale du caillot du plasma musculaire, la créalinine, la sarcine, l'acide inosique que l'on trouve dans le sérum musculaire ; la géline, Yélastine, qui caractérisent les diverses formes de tissu conjonctif ; les combinaisons variées de la glycérine avec les acides gras qui composent les graisses ; la chondrine ou élément fondamental des cartilages, Vosséine et la gélatine qui caractérisent le tissu osseux ; la dentine, Vémail, le cément que l'on trouve dans les dents; la mélanine, matière pigmentaire de la peau, etc.

Mais l'histochimie n'est pas le seul côté intéressant des applications de la chimie. En nous donnant l'analyse complète des humeurs de l'organisme, la chimie a concouru pour une bonne part à la physiologie de la digestion et à la grande question de la nutrition.

La connaissance du ferment salivaire ou ptyaline nous a permis d'établir la première transformation des aliments par les liquides de l'organisme. On sait que ce corps, découvert par

(1) Schlossberyer a publié le premier traité d'histochimie. Leipzig et Heidelberg, 1856.

M. Mialhc en 1845, transforme la fécule crue en glucose et en dextrine.

Braconnot avait annoncé le premier que le suc gastrique renferme de l'acide chlorhydrique; Prout,en 18-24, démontra la vérité de cette assertion, et M. Bouchardat prouvait, en 1842, que beaucoup de matières albuminoïdes insolubles se dissolvent dans l'acide chlorhydrique très-dilué.

En 1839, Wasmann isolait pour la première fois la pepsine soupçonnée déjà par Beaumont, Mûller, Schwann. Dès lors la composition du suc gastrique et son action sur les matières alimentaires étaient susceptibles d'être connues.

Cependant trois opinions différentes se partagent encore aujourd'hui le mérite d'expliquer le phénomène de la digestion stomacale. D'après MM. Bouchardat et Sandras, le suc gastrique agirait comme l'acide chlorhydrique très-étendu, et la pepsine n'aurait d'autre effet que de hâter d'une manière sensible la solution des substances protéiques ou d'abaisser la température à laquelle se passe leur transformation ; mais le produit définitif resterait le même.

Millier, Dumas, Mialhe, Corvisart, n'admettent pas l'action exclusive de l'acide chlorhydrique, et ils pensent que le suc gastrique transforme les matières albuminoïdes en peplones (Lehmann) très-différentes des produits qui résultent de l'action de l'acide chlorhydrique dilué.

Enfin, Mesner professe que le suc gastrique a la propriété de dédoubler les substances en deux parts : l'une assimilable, la peptone; l'autre la pewapeptone, destinée à de nouvelles modifications avant d'être résorbée.

Quoi qu'il en soit, nous savons que le chyme, produit de la digestion stomacale, est constitué chimiquement: 1° par des substances désagrégées, dissoutes, mais non modifiées, telles que la viande, les cartilages, les épithéliums, les graisses, la cellulose, la chlorophylle, et l'amidon incomplètement transformé par la salive ; on y trouve encore l'albumine cuite et la fibrine; 2° par des peptones résultant de la transformation des substances albuminoïdes (caséine, légumine, fibrine, syntonine, gluten, albumine cuite et crue) par le suc gastrique.

Arrivé dans l'intestin, le chyme se trouve en contact avec un nouveau liquide organique, la bile, qui lui fait subir deux modifications essentielles. La bile, en effet, émulsionne les corps

gras et précipite la pepsine. Déplus, elle neutralise l'acidité du chyme et le tranforme en liquide alcalin.

Après avoir subi l'action de la bile, le chyme se trouve modifié de nouveau par le suc pancréatique qui, en vertu de son principe actif, la pancréatine (découverte par Bouchardat et Sandras, 1845), digère les matières albuminoïdes avec une énergie beaucoup plus grande que le suc gastrique, émulsionne les corps gras et change l'amidon en sucre. Enfin le chyme reçoit une dernière modification de la part du suc intestinal, fourni en grande partie par les glandes de Lieberkiïhn. Cette modification n'a pas été bien déterminée jusqu'ici.

En somme, si le dernier mot sur la digestion n'a pas encore été dit, le côté chimique de cette fonction a fait de grands progrès, et il est permis d'espérer que ce ne seront pas les derniers.

Chyle. — En suivant les résultats de la digestion dans les chylifères et dans les veines, la chimie nous a fait voir que, dans sa marche vers le canal thoracique, le chyle perd un peu d'albumine; on a remarqué aussi que, privé de fibrine avant son passage dans les ganglions lymphatiques, il en contient quelques millièmes immédiatement après. Cela prouve que ce liquide ne cesse pas d'être le siège de modifications diverses durant son parcours, et que le résultat de l'analyse chimique qu'on en fait doit être variable selon le point où on le recueille. Une autre cause essentielle de variation est l'état de jeune ou de digestion dans lequel se trouve l'animal qui fournit le chyle. D'une manière générale, le chyle renferme des quantités variables d'albumine, de substances protéiques, des savons à acide gras, de l'urée, des lactates, du sucre de raisin. Dans le résidu sec, on trouve des sels alcalins, du chlorure de sodium et des sels terreux avec un peu de fer. (Gautier, Chimie physiolog., page 45).

Le chyle contient en outre des produits organiques figurés, tels que corpuscules lymphatiques, et globules en état de formation. Le bol alimentaire, ainsi réduit à l'état de chyle, n'est plus reconnaissable : ce n'est plus un mélange informe de substances inertes, c'est un produit de la vie, un produit vivant lui-même, et il peut, dès lors, pénétrer dans la masse sanguine pour lui apporter les produits réparateurs de l'alimentation.

Le sang. — Tout à la fois source et embouchure, le système des vaisseaux sanguins représente un vaste réservoir circulaire où viennent aboutir les produits de la digestion et de la nutrition, et d'où partent les matériaux qui doivent fournir à chaque organe les éléments de son entretien et de sa fonction. «Ainsi, dit M. Littré, se fait et se défait cette toile de Pénélope, trame toujours sur le métier, et ne subsistant qu'à la condition d'avoir toujours ses fils renouvelés. »

Le sang est donc un corps très-complexe et il a fallu les efforts réunis des physiciens, des chimistes, des physiologistes pour débrouiller le problème de sa constitution. Nous avons vu que le microscope nous avait dévoilé l'existence des globules sanguins ; nous avons vu aussi que la physique avait contribué, beaucoup à nous dévoiler les mystères de la circulation. Tout cela est peu en comparaison des services que la chimie nous a rendus dans la connaissance de la constitution intime du liquide sanguin.

Le sang en circulation se compose de parties solides et de parties fluides. Les parties solides sont représentées par les hématies, les globules blancs et quelques granulations. Les parties fluides sont ce qu'on appelle le plasma du sang, qu'on ne doit pas confondre avec le sérum qui entoure le caillot d'une saignée. Il est difficile de séparer les globules du plasma à cause de la petitesse et de l'élasticité de ces derniers, conditions qui leur permettent de passer à travers le filtre. On y parvient néanmoins, et on est arrivé aies peser comparativement au reste du sang. Selon Prévost et Dumas, leur poids à l'état sec est de 12,9 pour 100; selon Becquerel et Rodier (Chimie pathologique), leur poids est de 13,7 pour 100. D'après Denis (Mémoire sur le sang), la proportion est de 15, 7 pour 100.

Des analyses extrêmement ingénieuses ont permis d'établir la constitution chimique des globules. D'abord c'est Rollet qui démontra qu'on peut séparer du globule sa matière colorante qu'il désigne sous le nom de stroma; puis c'est Denis qui isole la globuline, principe immédiat des globules; puis Hoppe Seyler isole à son tour l'hémoglobine, sorte de matière albuminoïde colorante; Gobley découvre la Mcithine, corps gras neutre que l'on trouve aussi dans le cerveau et dans le jaune d'œuf; Schmidt isole la paraglobuline ; enfin plusieurs

expérimentateurs constatent que les globules renferment des sels de potasse, du chlorure de sodium, de l'acide phosphorique (lécithine), du fer (hémoglobine). Mentionnons aussi les produits de décomposition de l'hémoglobine : l'hématine, l'hémineet l'hématoïdine.

Le plasma sanguin n'est pas moins intéressant à connaître au point de vue de son histoire chimique. Cependant on est moins unanimement d'accord sur sa composition intime. Denis, par exemple, admet dans le plasma un principe immédiat qu'il désigne sous le nom de plasmme, et qui est l'élément essentiel de la coagulation. En d'autres termes, c'est la fibrine concrète ou ordinaire. Mais cette fibrine, d'après lui, n'est pas la seule : il en admet un autre qui reste dissoute dans le sérum grâce au sel marin, et qu'il désigne sous le nom de fibrine soluble.

A. Schmidt pense que la production de la fibrine est due à l'union de deux substances solubles que renferme le plasma, et qu'il désigne sous le nom de paraglobuline et de matière fibrinogène. Le plasma privé de paraglobuline se ne coagule plus, à moins qu'on n'y ajoute de nouveau la paraglobuline, et qu'on ne fasse passer dans la solution un courant d'air. La matière fibrinogène se trouve en très-grande abondance dans la sérosité de la plèvre, du péritoine, du péricarde.

La question de la composition du plasma en était là lorsque MM. Mathieu et Urbain ont démontré : 1° que l'acide carbonique dissous dans du blanc d'oeuf se combine à l'albumine et devient la cause de sa coagulation sous l'influence de la chaleur; 2° que l'albumine privée de ses sels volatils, et spécialement du carbonate d'ammoniaque, se transforme en globuline, c'est-àdire en une matière tout à fait semblable à la matière fibrinogène de Schmidt. Ces dernières expériences simplifient beaucoup la question, et commandent la réserve jusqu'à plus ample informé.

Quoi qu'il en soit, le plasma est formé d'une partie qui se coagule quand il est hors des vaisseaux (le caillot sans globules), et d'une partie qui reste liquide (le sérum). La fibrine peut être obtenue par le battage ou par la coagulation spontanée ; elle contient les trois quarts de son poids d'eau et sa quantité dans le sang veineux de l'homme varie de 1,9 à 2.8 pour 1000.

Le sérum renferme de 0,2 à 7,i pour 100 d'une substance

analogue à l'albumine de l'œuf et qu'on désigne sous le nom de serine; il renferme en outre de la fibrine solublc de Denis, de la paraglobuline de Schmidt, de la matière caséinique, des peptones, des substances collagènes, des graisses, du sucre, des acides gras, des acides biliaires et des pigments biliaires, de l'acide urique, de l'urée, de la créatine, de la créatinine, de la cholestérine, de la triméthylamine et 80 pour 100 en moyenne de sels minéraux sur 100 parties de sérum desséché. Ces sels sont les chlorures de sodium, de potassium, le carbonate de soude, le phosphate bibasique de soude, le sulfate de potasse, etc. On a également analysé les gaz du sang au moyen de la pompe pneumatique à mercure, et on a démontré que le sang artériel est toujours plus riche en oxygène que le sang veineux, et plus pauvre que ce dernier en acide carbonique.

Après avoir ainsi déterminé quels sont les principes constituants du sang, la chimie poursuit le fluide sanguin dans les organes ; elle l'attend à sa sortie pour constater ce qu'il y a perdu ou ce qu'il y a gagné, et elle arrive ainsi à nous faire connaître l'élément chimique spécial de chaque organe, la modification particulière qu'il imprime au sang et les produits qu'il en retire. Nous ne pouvons pas poursuivre les applications de la chimie sur ce terrain, car nous serions entraîné a parcourir la physiologie tout entière et à répéter beaucoup de choses que nous devons réserver pour les applications à la médecine. Nous espérons néanmoins que le simple aperçu que nous venons de donner suffira, quant au but que nous nous proposions d'atteindre : donner une idée générale des applications de la chimie à la physiologie.

L'intervention incessante et utile de la chimie dans les questions de physiologie faisait prévoir la nécessité de son intervention dans les questions de pathologie. En effet, connaissant les conditions chimiques de l'état normal, rien n'était plus naturel que de chercher à connaître les conditions chimiques de l'état anormal. Mais ici se présentait un écueil qui n'a pas toujours été évité, et qui, de nos jours, ne pouvait pas être

dangereux. Nous voulons parler des théories chimiques dans l'histoire des maladies. Rendons cette justice à la chimie moderne de reconnaître que, plus éclairée et par conséquentmoins ambitieuse que la chimie des siècles passés, ses prétentions ne vont pas jusqu'à vouloir faire reposer toute la médecine sur une théorie chimique générale. Plus modeste, la chimie de nos jours éclaire de son mieux, et suivant ses moyens, les questions pathologiques qui sont du ressort de la chimie. Parfois, il est vrai, elle se laisse entraîner à accorder plus d'importance qu'il ne le faut aux phénomènes chimiques ; mais cela tient à ce qu'elle laisse de côté les autres éléments de la question, et il est très-facile au médecin de rectifier ses jugements.

Les analyses chimiques du sang, celles des produits de sécrétion et d'excrétion, ont sérieusement modifié nos connaissances au double point de vue de la nature, du diagnostic, et du traitement de beaucoup de maladies. C'est ainsi que les analyses du sang nous ont montré que la diathèse goutteuse est accompagnée d'une prédominance d'acide urique et (Tarâtes dans ce fluide. C'est ainsi que le rachitisme et l'ostéo-malacie se manifestent par une grande quantité de phosphate de chaux dans les urines. C'est ainsi que la trop grande fluidité du sang accompagne le scorbut. C'est ainsi que la présence du glycose dans le sang, en forte proportion, caractérise la maladie désignée sous le nom de diabète. C'est ainsi que la rétention de tous les matériaux de l'urine dans le sang caractérise l'urémie avec altération graisseuse des reins. C'est ainsi que l'on a constaté l'augmentation de la caséine du sang pendant la fièvre puerpérale. C'est ainsi enfin qu'on a trouvé dans le sang des sporules. des bactéries, des mycrozimas que l'on a considérés comme des ferments produisant ou produits par certaines maladies. Cette dernière question est encore à l'étude (1).

En ce qui concerne la thérapeutique, la connaissance des diverses altérations chimiques des produits de sécrétion a conduit à des médications utiles : le fer dans l'anémie ; les acides dans la fluidité du sang; la pepsine, la pancréatine, dans certaines dyspepsies ; les phosphates de soude ou de chaux dans l'ostéomalacie et le ramollissement des os, les alcalins dans

(1) Voir plus loin ce que nous disons sur ce sujet.

PATHOLOGIE. 60o

certaines diathèses. Toutes ces médications sont de précieuses conquêtes que nous devons à la chimie.

Quanta \a.matière médicale, elle a été complètement transformée par les découvertes de la chimie moderne, et principalement par la découverte des alcaloïdes.

Par le simple aperçu qui précède, on peut voir que le bilan des acquisitions que nous devons à la chimie est immense. Devant nous borner à exposer ici les principales applications de la chimie à la médecine, nous réunirons ces applications sous deux chefs : 1° Physiologie pathologique; 2° Matière médicale.

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