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PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Les modifications chimiques qui accompagnent les maladies sont quelquefois assez prononcées et assez caractéristiques pour éclairer le diagnostic. D'autres fois ces modifications peuvent être considérées comme causes directes ou comme causes secondaires : directes, quand elles provoquent directement la maladie, comme par exemple quand un lait insuffisant ou pathologique est donné à l'enfant par sa nourrice; indirectes, quand, étant elles-mêmes le résultat d'un état pathologique, elles donnent naissance à un état pathologique secondaire, comme, par exemple, quand l'urine modifiée exerce une influence fâcheuse sur la muqueuse de la vessie. Il suit de là que nous pouvons étudiers imultanémentl'étiologie et le diagnostic, au point de vue chimique, sans nous préoccuper d'établir des divisions inutiles. Lorsque l'occasion s'en présentera nous aurons soin de signaler ce qui est cause et ce qui est signe. Nous examinerons successivement le lait, l'urine, les liquides d'épanchement.

Du lait. — La qualité du lait de la femme exerce une trèsgrande influence sur la santé de l'enfant ; il est donc indispensable que le médecin puisse, par lui-même, s'assurer de la constitution chimique du lait. D'un autre côté, beaucoup d'enfants, dans les grandes villes, sont nourris au biberon; le lait de vache qu'on leur donne peut être altéré, dénaturé : il est bon de pouvoir s'assurer par soi-même si. dans ces conditions, l'enfant est bien nourri. De là, la nécessité de posséder, sur la constitution et sur l'essayage des divers laits, des notions précises.

ti06 APPLICATIONS DE LA CHIMIE A LA MEDECINE.

Le lait est composé de matières grasses, de matières albuminoïdes, de sucre de lait, d'eau et de sels. Nous examinerons successivement ces diverses substances, en indiquant pour chacune d'elles les moyens d'analyse que l'on peut employer.

1° Matières grasses. Les matières grasses constituent le beurre. Celui-ci, d'après M. Chevreul, est composé, en proportions variables, d'oléine, de margarine, de stéarine, de butyrine, de cuproïne et de cuprine. Il renferme en outre une petite quantité de caséine coagulée. Les matières grasses examinées au microscope se présentent sous la forme de globules ayant un diamètre variable entre 0m, 001 et 0m, 020.Les globules n'ont point d'enveloppe propre. M. Robin pense que le périmètre limitant est formé par la combinaison savonneuse des corps gras avec les sels basiques.

La proportion moyenne de beurre pour 100 parties de lait de vache est de 3,5 à 3,0 ; la même proportion pour le lait de femme est de 2,42. Cette proportion est très-variable chez la femme, plus fixe chez la vache.

Dosage. Nous avons deux procédés: 1° le lacto-butyromètre de Marchand ; L2° le lactoscope de Donné.

Le lacto-butyromètre n'est gradué que pour le lait de vache: il est constitué par un tube de verre fermé à l'une de ses extrémités, présentant une longueur de 35 à 40 centim. et un diamètre intérieur de 10 à 11 millimètres; il est divisé par des traits en trois parties de 10 centim. chacune. La partie qui se trouve du côté de l'extrémité ouverte est divisée en 10os de cent, cubes sur une longueur de 5 centim. Quand on veut doser la quantité de beurre renfermé dans un lait, on remplit la partie inférieure du tube avec le lait, et on ajoute une goutte ou deux de lessive des savonniers; puis on remplit la partie moyenne avec de l'élher pur; on agite ce liquide jusqu'à ce qu'il soit translucide et homogène, et alors seulement on remplit la partie siipérieure avec de l'alcool à 86°; on l'agite de nouveau et puis on plonge le tube bouché dans de l'eau à 40° jusqu'au niveau supérieur de la partie qu'occupe l'alcool. Au bout de quelques instants, la partie éthéro-butyrique du mélange gagne la partie supérieure du tube et on voit combien de degrés elle occupe sur l'échelle divisée en centièmes. Les tables de M. Maichand permettent de dire aussitôt, d'après le nombre de centièmes, quelle est la quantité de beurre. Voici la formule em-

pirique pour un litre de lait et dans laquelle P représente la

matière grasse :

P = 12 g. 60 + n. x 2 gr. 33.

Le lacloscope de M. Donné repose sur cette observation que le lait doit son opacité aux globules de beurre, et que l'épaisseur de la couche de lait, comprise entre deux lames de verre parallèles, est d'autant plus riche en globules qu'elle empêche de distinguer un objet lumineux sous une moindre épaisseur.

Fig. 75. — Lacto-butyromètre de E. Marchand.

Les indications données par cet instrument sont rapides, mais insuffisantes. Autant vaut-il poumons, médecin, laisser tomber quelques gouttes de lait sur une cuiller d'argent et apprécier, d'après l'aspect et le degré de fluidité, la richesse en beurre.

2° Mat/ères albuminoïdes.lta. caséine, l'albumine, la lacto-pro* téine, de MM. Millon et Commaillc, telles sont les matières albuminoïdes du lait. Ces deux dernières substances existent en petite quantité dans le lait. La lacto-protéine se trouverait dissoute, d'après les auteurs que nous venons de nommer, dans le liquide alcalin qui baigne les globules du beurre. Quant à la caséine, sa proportion moyenne est de 3 à i pour cent dans le lait de vache; la même proportion pour le lait de femme est de 2 à 3 pour cent.

Dosage de la caséine. On précipite la caséine au moyen de l'acide acétique qui est sans action sur l'albumine; pour hâter l'opération, on élève la température à 40° et on ajoute quelques gouttes de présure. La caséine se prend en masse et on la recueille surun filtre; puis on la lave au moyen de l'alcool faible, et on la retire du filtre pour la sécher dans une capsule. Dès qu'elle est sèche, on la traite par l'alcool bouillant pour la débarrasser des matières grasses, enfin on épuise la caséine et on la sèche ta 12 degrés.

Pour déterminer la quantité d'albumine, on ajoute du sulfate de soude pur à la liqueur dont on a retiré la caséine et on la chauffe jusqu'à l'ébullition.

Le coagulum qui se précipite est de l'albumine que l'on jette sur un filtre. Après l'avoir lavée avec de l'eau distillée, on la sèche dans une capsule à 100 ou 105° et on la pèse.

3° Sucre de lait. Le sucre de lait découvert en 1619 par Bartoletti, professeur h Bologne, cristallise en primes rhomboïdaux droits, terminés par des sommets à quatre faces. Soluble dans 0 parties d'eaux froide, il est insoluble dans l'alcool, ce qui le distingue du glycose. La solution de sucre de lait ou lactose subit la fermentation alcoolique. Le ferment lactique, d'après M. Pasteur, est un mycoderme composé de globules et d'articles très-courts qui ont la propriété de transformer la lactose en acide lactique par une sorte de dédoublement. La lactose et les sels minéraux forment la partie essentielle du petit lait.

Dosage du sucre de lait. On dose généralement la lactose à l'aide de la réduction des liqueurs cupro-alcalines ou bien avec le saccharimètre. Ce dernier procédé, exigeant que l'on enlève au lait sa caséine *et son beurre à l'effet d'obtenir une transparence parfaite, est peu applicable à l'analyse du lait de femme à cause de la grande quantité qu'il faut recueillir. Le premier est plus applicable dans tous les cas, et c'est lui qui va nous occuper.

Nous avons vu que la lactose se distingue de la glycose en ce que la première ne se dissout pas dans l'alcool, tandis que la seconde se dissout. Un nouveau caractère distingue ces deux sucres : il consiste en ce que des poids égaux de lactose et de glycose ne réduisent pas des volumes égaux de liqueur de Fehling.

L'analyse par le réactif cupropotassique repose sur ce fait,

que la lactose réduit un volume de liqueur de Fehling proportionnel à son poids. Il est donc très-important de déterminer la quantité de lactose nécessaire pour décolorer 20 centimètres cubes de liqueur de Fehling. A cet effet, on fait dissoudre deux grammes de lactose dans de l'eau distillée et on étend la solution de manière à lui faire occuper un volume de 100 centimètres cubes. Puis on remplit la burette chlorométrique de Gay-Lussac de cette solution. D'un autre côté, 20 centimètres cubes de liqueur de Fehling ayant été introduits dans un petit ballon de verre avec un volume égal d'eau distillée, celui-ci est placé au-dessous d'une lampe à alcool, et, dès que la liqueur entre en ébullition, on ajoute goutte à goutte la solution lactique que renferme la burette jusqu'à ce que la liqueur cupropotassique soit parfaitement décolorée. On regarde alors sur les divisions de la burette quelle quantité de la solution lactique a été dépensée, et par un calcul bien simple on a le poids de la lactose qu'il a fallu pour décolorer 20 centimètres cubes de liqueur de Fehling.

Pour appliquer ce procédé à l'analyse du lait de la femme M. Méhu se sert d'un exemple très-saisissant : « 5 c. c. de lait, dit-il, ont été additionnés de 20 c. c. d'eau distillée, et la burette graduée en I0mes de centimètres cubes a été remplie avec ce mélange. Pour décolorer 20 c. c. de liqueur de Fehling, étendue d'eau distillée et de soude caustique, il a fallu 148 divisions de la burette ou 14 c. c.,8, d'où il est aisé de conclure que ce volume de lait étendu contient 0BM34 de lactose. Mais le volume du lait ayant été porté du volume 1 au volume 5, il s'ensuit que ces 05r,l34 de lactose sont contenus

dans = 2 ce. ,9b.

Donc si 2 c. c.,96 de lait contiennent 0gr,134 de lactose,

Qgr J3! y/ ( 000

1,000 cent. c. de lait contiendront — : = 45gr,27. »

(Méhu, Chimie médicale appliquée aux recherches cliniques.) Comme nous l'avons déjà dit, ce procédé est très-commode

pour analyser le lait de femme parce qu'il exige une très-petite

quantité de liqueur.

4° Matières salines et eau. Les matières salines renfermées

dans le lait sont le chlorure de potassium, les phosphates de

soude, de chaux, de magnésie, de fer. On trouve aussi, dans le

résidu de l'incinération, de la soude libre. Le lait de femme renferme de 1 gr. 3 à 2 gr. 5 de matières salines par litre dans l'état de santé ; le lait d'ânesse en renferme 5 gr. 24; celui de chèvre fi gr. 18 ; le lait de vache est le plus riche, il contient de 5 à 8 gr. Pour obtenir le poids de l'eau que renferme le lait, on fait évaporer 100 gr. de liquide ; on sèche le résidu et on retranche le poids qu'il représente de 100 gr. : la différence représente le poids de l'eau. La proportion moyenne entre l'eau et les matières fixes dans le lait de la femme est de 12,127 matières fixes et 87,873 eau ; dans le lait de la vache, cette proportion est de 13,215 matières fixes et 86,785 eau (Soubeiran).

Les divers moyens d'analyse que nous venons d'exposer demandent, en général, des précautions minutieuses; mais il est Un procédé beaucoup plus simple qui permet de se faire une idée générale et rapide de la composition d'un lait : nous voulons parler de la densité.

Densité. La densité du lait est très-variable : celle du lait de Vache varie de 1,028 à 1 ,033 ; celle du lait de femme, de 1,030 à 1,034, L'instrument dont on se sert pour mesurer la densité est un densimètre désigné sous le nom de lacto-densimètre. Quevenne a eu l'idée de le graduer de telle façon que, avec des tables de correction, on peut s'en servir à toutes les températures, bien qu'il soit gradué à -H 15°. 11 suffit de plonger ce densimètre dans le liquide à essayer, et le point d'affleurement indique un degré de l'échelle. Par des tâtonnements, on est arrivé à faire exprimer à chacun des degrés un peu plus qu'un simple chiffre de densité; selon le degré, on sait, à peu près, si le lait est écrémé et s'il renferme de l'eau. Cependant il ne faut pas oublier, dans cette appréciation, que la densité du lait n'indique pas sa pureté. Voici approximativement ce que la connaissance de la densité du lait peut nous donner comme éclaircissement: 1° Si la densité est inférieure à 1,030 et si la proportion de beurre est comprise entre 32 et 3fi gr. par litre, le lait peut être considéré comme additionné d'eau; 2° Si la densité s'élève de 1,034 à 1,037 et si la quantité de beurre descend audessous de 30 gr., par litre, le lait est écrémé; si la densité est faible entre 1,029 et 1,030 et si la proportion de beurre descend au-dessous de 30 gr. par litre, le lait est écrémé et additionné d'eau (Soubeiran).

L'analyse chimique du lait est d'autant plus nécessaire dans

les questions médicales que les moyens physiques, y compris le microscope, qui peuvent éclairer notre jugement sont tout à fait insuffisants (1). D'après Becquerel (Société des hôpitaux, nov. 1850), on ne saurait s'en rapporter à la forme et aux dimensions des globules qui sont indépendantes de la bonne ou mauvaise qualité du lait. On sait aussi que de très-mauvaises nourrices peuvent avoir un lait riche en globules. C'est donc dans la connaissance de la juste proportion des éléments qui entrent dans le lait qu'il faut chercher la cause de ses altérations, et cette connaissance, l'analyse chimique seule peut nous la donner.

Des études dans ce sens ont été faites par MM. Becquerel et Vernois. Ces savants ont établi, entre autres choses, que le lait des nourrices, menstruées ou devenues grosses, diminue de quantité et que cette diminution porte sur la partie aqueuse et sur le sucre. Les matières fixes, et en particulier la caséine, augmentent en poids.

Il résulte également des recherches des mômes savants : 1° que, à la suite des émotions morales et dans la fièvre typhoïde, tous les éléments solides du lait diminuent, excepté la caséine ; "2° que dans les maladies aiguës fébriles, en général, le poids des parties solides augmente tandis que l'eau diminue; 3° qu'il en est de même dans les maladies chroniques, avec cette différence néanmoins que la caséine diminue notablement; i° que cependant avec la tuberculisation pulmonaire accompagnée de diarrhée, il y a au contraire diminution des parties solides et principalement de beurre; 5° que dans la syphilis la densité du lait augmente (surtout par les sels) tandis que le beurre diminue, et que le traitement parles mercuriaux semble au contraire augmenter la quantité de beurre. (Becquerel et Vernois, Ann. cVhygiène. 1853.)

De l'urine. — L'examen de l'urine a été de tout temps une ressource précieuse pour le médecin; selon l'expression de Vogel, elle est le magasin des produits de décomposition des substances formées par les animaux, et, à ce titre, l'analyse de ce liquide permet de tirer des conclusions certaines sur les

(1) Ceci était écrit avant la publication du procédé de M. Bouchut. Nous réformons notre jugement et nous renvoyons le lecteur à la page ol8 où il trouvera le cohipte*globules du lait de M. Bouchut.

phénomènes végétatifs de l'organisme sain et sur ceux de l'organisme malade (Neubauer et Vogel, De l'urine, etc.). Cette branche de la chimie pathologique a fait de très-grands progrès, à ce point qu'il nous paraît difficile de résumer en peu de mots toutes les notions acquises. Cependant, avec un peu d'ordre et de méthode, nous espérons montrer tout ce qu'il y a d'intéressant dans le côté pratique de la question. Nous donnerons d'abord un aperçu général sur la composition qualitative de l'urine, et ensuite nous passerons en revue chacun des éléments normaux et anormaux qu'elle renferme, en indiquant, à mesure, ce que l'exagération des premiers et la présence des seconds signifient au point de vue pathologique.

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