ÉLÉMENTS INORGANIQUES
Eau, chlorure de sodium, sulfates, phosphate acide de soude, chlorure de potassium, phosphate de chaux et phosphate de magnésie, fer, sels ammoniacaux, acide silicique, azotates et azotites, peroxyde d'hydrogène.
Avant d'aborder l'examen de ces corps, nous nous occuperons d'abord des qualités physiques de l'urine, et nous nous appliquerons à signaler les indications que l'exagération, la diminution ou l'absence de ces caractères peuvent fournir au médecin.
Quantité d'urine. — Un homme adulte, jouissant d'une bonne santé, fournit en moyenne, par vingt-quatre heures, 1,500 gr. d'urine. Cette moyenne varie de 800 grammes en moins, de 1,000 en plus, selon les boissons ingérées, selon le degré d'exercice, selon l'état du temps, froid, humide, sec, chaud, pluvieux. Pour se rendre compte de l'état de la sécrétion ordinaire au point de vue de la quantité, il faut peser l'urine toutes les heures ou toutes les vingt-quatre heures. On a remarqué qu'entre le poids du corps et la quantité d'urine, il existait des proportions assez justes. C'est ainsi que, chez l'adulte, à chaque kilogramme correspond un gramme d'urine excrétée par vingtquatre heures. Par conséquent, un homme qui pèse 60 kilog. doit excréter 1,440 grammes par vingt-quatre heures.
La sécrétion urinaire se ralentit dans les premiers jours des maladies aiguës ; elle tombe très-souvent entre 7 ou 800 grammes; d'autres fois, dans le choléra, dans la fièvre jaune^ elle est entièrement supprimée. Dans le diabète, au contraire, il y a polyurie; mais la polyurie peut exister sans diabète. Dans l'hydropisie, il y a diminution. Enfin l'abondance des urines peut être considérée comme le signe de la fin d'une crise nerveuse.
Densité de l'urine. — Pour déterminer le poids spécifique de l'urine, on se sert d'un uromèlre, sorte de densimètre analogue à celui que nous avons décrit pour le lait. On peut aussi employer le système des pesées en prenant pour base le poids de l'eau distillée. La densité de l'urine normale varie entre 1,014 et 1,028. Ce qui équivaut à dire que l'urine normale pèse entre 1,014 grammes et 1,028 grammes par 1,000 centim. cubes. En général, la densité des urines augmente dans les premiers jours des maladies aiguës pour diminuer ensuite; elle suit une marche opposée à celle de la quantité. Dans les maladies chroniques, au contraire, la densité est diminuée, excepté pourtant dans le diabète. Lorsque la densité augmente et que l'urine est abondante, on a affaire à un diabète sucré ou insipide ; la densité, dans ce cas, varie de 1,050 à 1,070. Lorsque l'urine est très-abondante et que la densité diminue, on a à se préoccuper de l'hydréime ou de l'hydropisie.
11 faut savoir aussi que la densité varie avec la température dans la proportion de 1° aréométrique pour 4° de température.
Couleur. — L'examen physique de l'urine peut fournir des indications précieuses; mais, généralement, il faut qu'il soit complété pour l'examen chimique (voir plus loin). A l'aspect seul, on reconnaît si une urine est pale, ce qui indique des libations copieuses ou bien un état d'anémie ou bien encore un état nerveux; on reconnaît facilement si l'urine est plus ou moins rouge, comme dans toutes les maladies fébriles aiguës ; si elle est brune ou noirâtre, ce qui doit faire penser à une hémorrhagie ou à la présence des éléments de la bile, ou à un cancer mélanotique. Dans ce dernier cas, il ne faut pas oublier que la rhubarbe et le séné peuvent communiquer à l'urine le même aspect.
Avec le microscope, on peut constater la présence des globules sanguins; mais, comme ces derniers s'altèrent rapide-
ment, ils peuvent échapper à l'examen, et, pour avoir plus de certitude, il faut voir si on ne peut pas préparer des cristaux d'hématine a-\ec cette urine.
Les urines peuvent avoir un aspect laiteux. Cet aspect leur est communiqué par la graisse en émulsion qu'elles renferment. C'est dans les pays chauds surtout qu'on observe ces urines, et alors la couleur laiteuse doit être attribuée à la néphrorrhagie, surtout s'il y a eu et s'il y a des pissements de sang. Quelquefois l'urine présente une couleur bleue ou violette, brune ou noirâtre. Ces couleurs sont dues à des principes colorants dont nous parlerons plus loin; mais il est bon de dire ici que ces colorations se rencontrent habituellement dans les urines riches en acide urique, qu'on les a rencontrées aussi dans l'albuminurie, dans le choléra, et que, parfois, elles sont dues à la pénétration dans les urines de substances colorantes ingérées dans l'estomac : éthiops minéral se transformant dans le corps en prussiate de fer, sulfate d'indigo, gommegutte, cassis, bois de Campêche, garance, betteraves, baies d'airelles, de mûres, de merises.
Odeur. — L'odeur normale de l'urine, très-variable selon le régime et selon les individus, est attribuée par Stàdeler à des acides volatils qu'il a retirés de l'urine (acide phénique, taurylique, damalurique, damolique). Le carbonate d'ammoniaque n'a pas d'odeur par lui-même; mais, quand il existe dans les urines, celles-ci donnent Yodeur urineuse. Beaucoup de substances peuvent modifier l'odeur des urines sans qu'on puisse expliquer leur mode d'action. Certaines maladies des reins ou de la vessie peuvent communiquer à l'urine une odeur infecte.
Réaction de l'urine. — La réaction de l'urine normale est généralement acide chez l'homme et chez les carnivores; elle est alcaline chez les herbivores. On constate la réaction chimique de l'urine au moyen du papier de tournesol qui se colore en rouge sous l'influence des acides, et revient au bleu sous l'influence des alcalis. Bien que l'urine normale soit acide habituellement, elle peut devenir alcaline sous l'influence du régime exclusivement végétal ou sous l'influence des boissons alcalines.
L'acidité normale des urines ne tient pas à la présence de l'acide urique dont la solution saturée est à peu près sans action sur le papier bleu de tournesol. On attribue cette aci-
dite à la formation d'un phosphate de soude à réaction acide. L'alcalinité de l'urine peut se montrer dans les conditions normales, et alors elle dépend d'un régime alcalin (eau de Vichy, de Vais) ou d'un régime exclusivement végétal. D'autres fois, l'alcalinité est due à une inflammation chronique des reins, à des abcès provenant de la présence d'un calcul ; elle peut être due aussi à l'inflammation de la vessie, à la paralysie, à la présence seule d'un calcul. Quand l'urine est alcaline par suite du régime, elle laisse déposer des carbonates et des phosphates terreux; si elle est alcaline par suite de maladies des organes urinaires, elle renferme en plus du carbonate d'ammoniaque résultant de la décomposition de l'urée, et des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. D'autres fois, l'alcalinité dépend des changements survenus dans la nutrition générale ; on la trouve dans l'anémie, la chlorose et les affaiblissements du système nerveux (1).
Eléments organiques normaux de l'urine. — Urée. — h'urée a été découverte en 1771 par Rouelle et obtenue à l'état de pureté en 1777 par Vauquelin et Fourcroy qui lui donnèrent son nom. L'urée, dont la formule est G2H4az202, est l'amide du carbonate d'ammoniaque, c'est-à-dire du carbonate d'ammoniaque auquel il manque deux équivalents d'eau. Wehler, en 1828, a obtenu artificiellement ce corps en traitant l'azotate d'argent par le chlorhydrate d'ammoniaque. Depuis, on a obtenu le même produit par d'autres moyens. Nous signalerons plus particulièrement le procédé de M. Béchamp qui consiste à oxyder les matières albuminoïdes avec du permanganate de potasse.
On trouve l'urée dans tous les liquides de l'organisme, mais surtout dans l'urine ; elle cristallise en longues aiguilles incolores d'après le système du prisme droit à base carrée; ce sont des prismes à qualre pans terminés à leurs extrémités par une ou deux facettes obliques. L'urée n'existe pas dans le règne végétal ; elle se développe dans l'organisme animal et paraît être l'expression ultime des transformations organiques qui se font dans les tissus. En 1823, Prévost et Dumas démontrèrent par
(1) Dans un travail remarquable (Rapport entre l'activité cérébrale et la composition des urines), M. le Dr Byasson a démontré d'une façon irrécusable l'augmentation des produits phosphatés dans l'urine sous l'influence d'un travail intellectuel assidu.
la néphrotomie que l'urée n'est pas sécrétée par les reins ; plus tard, M. Cl. Bernard constata qu'elle est éliminée par la surface digestive après la néphrotomie. Mais l'urine peut être considérée comme le déversoir normal de cette substance.
Extraction de Purée. — « Pour extraire l'urée de l'urine, dit M. Méhu, on ajoute à cette dernière la moitié de son volume d'eau de baryte ; on filtre pour séparer un précipité abondant de phosphates alcalino-terreux et de sulfate de baryte. Puis on épuise le résidu par l'alcool absolu et on laisse évaporer lentement la dissolution; si elle renfermait de l'urée, celle-ci se cristallisera. On aura ainsi de l'urée légèrement colorée que l'on purifiera en la faisant de nouveau cristalliser après l'avoir fait bouillir dans l'eau ou dans l'alcool avec du noir animal purifié, ou du charbon de sang. L'emploi de l'alcool a pour but d'éliminer les sels minéraux, les urates, les acides urique et hippurique que l'urine contient en abondance.
La plupart du temps, lors même que l'évaporation de l'urine a lieu au bain marie exclusivement, le résidu de son évaporation est alcalin et fait effervescence avec l'acide acétique. C'est que l'urée s'est en partie transformée en carbonate d'ammoniaque, surtout dans les derniers moments de la concentration; un papier de tournesol rougi, suspendu au-dessus de la capsule de porcelaine dans laquelle se fait l'évaporation, bleuit très-rapidement. Afin de rendre la perte de l'urée aussi faible que possible, on doit opérer à la température la plus basse que l'on puisse atteindre. Cette décomposition facile de l'urée en carbonate d'ammoniaque rend inexacte l'application de cette méthode d'extraction ou dosage de l'urée; il en est de même toutes les fois qu'il faut évaporer l'urine avant d'opérer le dosage de l'urée (1). »
Quand on veut rechercher une très-petite quantité d'urée, M. Méhu recommande le procédé suivant : Évaporez l'urine au bain-marie; reprenez le résidu par de l'alcool très-concentré et divisez-le dans l'alcool; renouvelez ce liquide tant qu'il dissout quelque chose, c'est-à-dire tant que l'évaporation de quelques gouttes donne un résidu faisant tache sur une lame de verre. Quand toute l'urée est dissoute, évaporez le liquide à basse température, reprenez le résidu par quelques gouttes
(1) Méhu, loc. cit., p. 239.
d'eau distillée, versez ce liquide dans un petit tube de verre que vous plongerez dans un milieu refroidi par de la glace, ajoutez à la liqueur quelques gouttes d'acide azotique parfaitement pur, ou une solution saturée d'acide oxalique dans l'alcool : il se fera bientôt un dépôt cristallin d'azotate ou d'oxalate d'urée (1). »
Au microscope, on pourra constater la présence de prismes hexagonaux sous la forme de tables à six côtés, si c'est de l'azotate d'urée. L'oxalate se présente sous forme de lamelles minces hexagonales ou de prismes à quatre pans.
Dosage de l'urée. — Le dosage de l'urée est une opération très-délicate et qu'on ne peut faire que dans un laboratoire. On emploie de préférence la méthode de Liebig avec l'azotate de bioxyde mercure, ou bien le procédé d'Esbach, ou bien encore le procédé que M. Quinquaud a proposé dans ces derniers temps, et dans lequel il évalue l'urée d'après le volume de l'azote et de l'acide carbonique en conservant ce dernier en contact avec la glycérine.
D'après les dosages obtenus jusqu'à présent, la moyenne de l'élimination de l'urée par les urines est de 22 à 35 grammes par vingt-quatre heures. Celte proportion varie sous l'influence de plusieurs causes : le régime exclusivement azoté peut donner 53 grammes d'urée par vingt-quatre heures, tandis que le régime exclusivement végétal n'en donne que 22 grammes. Le travail d'esprit ou de corps augmente également la production de l'urée. Le poids du corps est à considérer; on a évalué qu'à 1 kilog. de corps correspond 0,35 centigr. d'urée. De là, sans doute, la différence que l'on trouve chez l'homme et chez la femme, au point de vue de la production de l'urée, ainsi que la différence selon les âges : tandis que la moyenne de l'adulte est de 22 à 55 grammes, celle de l'enfant de quatre ans est de •4 grammes. On a noté très-minutieusement les variations de l'urée dans les maladies.
De l'ensemble de ces observations, il ressort. : 1° que dans les maladies fébriles l'urée augmente jusqu'à ce que la fièvre soit arrivée à son summum, et qu'elle peut s'élever à la dose de 60 à 80 grammes;
2° Que dans les maladies chroniques, dans celles surtout où
(1) Méhu, loc. cit., p. 241.
le malade se nourrit peu, l'urée descend au-dessous du chiffre normal. Ces faits concordent bien avec l'idée qu'on se fait de la manière dont l'urée est produite dans l'organisme. La fièvre, en effet, augmente l'activité organique et par conséquent la production de l'urée.
Créatinine. — La créatinine iCsH7az302) est une base trèsénergique qui se trouve dans l'urine à la dose de 6 à 10 décigrammes par vingt-quatre heures. Dans la fièvre typhoïde, dans la pneumonie, dans la fièvre intermittente, la quantité de créatinine est considérablement augmentée.
Xanthine. — La xanthine (C10Hvaz4O4) se trouve en très-petite quantité dans l'urine. On la trouve plutôt dans des calculs qui sont eux-mêmes très-rares.
Acide urique. — Cet acide (C10H2 az4 Ov-}-2Ho) se trouve abondamment dans l'urine des animaux. On l'obtient en mélangeant 0.20cc d'acide ehlorhydrique avec 1.000 gr. d'urine rendue le matin. On laisse reposer quarante-huit heures, et on trouve l'acide urique séparé sous forme de cristaux qu'on peut examiner avec le microscope. Il se présente sous des formes très-différentes, mais le plus souvent il est en tables lisses rhomboïdales.
La production moyenne d'acide urique chez l'adulte est de 6 décigr. par vingt-quatre heures. Cette quantité est variable; l'abstinence la diminue, l'ingestion des aliments l'augmente. Dans les maladies fébriles, la proportion d'acide urique augmente; elle diminue dans les chroniques et surtout dans la goutte (Garrod). D'après Garrod, l'acide urique diminuerait dans la goutte chronique parce qu'il s'accumule dans les tissus.
Acide hippurique. — L'acide hippurique (G18 H8 azo:', HO) se trouve surtout dans l'urine des herbivores. On l'obtient en faisant bouillir pendant quelques instants de l'urine de cheval dans un lait de chaux; on filtre, on évapore à 1/10 du volume primitif la solution qui renferme de l'hippurate de chaux et l'on mélange avec de l'acide ehlorhydrique. Au bout de vingtquatre heures, l'acide hippurique est cristallisé (1). Vu au microscope, cet acide se présente sous forme de prismes à quatre pans d'un blanc laiteux dont les extrémités se terminent par deux ou quatre faces.
(1) Neuhauer. De l'iu-inc p. i'.i.
Ce corps se rencontre souvent dans l'urine à l'état cristallin, surtout quanti on a mangé beaucoup de fruits, tels que prunes, baies d'airelles et de ronces, faux mûrier, ou bien lorsqu'on a pris de l'acide benzoïque. On n'a pas pu déterminer jusqu'à présent la signification pathologique de ce produit.
Acides phénique, taurylique, damolique, damalurique. — Ces quatre acides ont été trouvés dans l'urine par Stâdeler en trèsminime quantité ; mais ils n'intéressent pas pour le moment le praticien.
Urochrome. — D'après Thudichum, c'est la matière colorante de l'urine normale. L'urochrome est une substance amorphe qui se dissout dans l'eau et la colore en jaune. On la retire de l'urine par un procédé assez complexe qu'il est inutile d'exposer ici.
Uroxanthine (indican). — Cette substance se trouve en trèspetite quantité dans l'urine normale; mais dans le choléra et chez les personnes atteintes de carcinome du foie (Hope , on la trouve en plus grande quantité. Elle colore l'urine en jaune intense; l'urine du chien en renferme beaucoup.
Uroglaucine et urrhodine. — L'uroglaucine ou bleu d'indigo se trouve quelquefois cristallisée dans l'urine de personnes atteintes de dégénérescence des reins. Ce corps apparaît aussi dans l'urine putréfiée comme produit de décomposition de l'indican. L'uroglaucine se présente sous la forme d'une poudre bleue composée de petits cristaux en aiguilles, souvent réunis en groupes, qui affectent différentes formes.
L'urrhodine ou indigo rouge est incristallisable ; il se forme comme l'uroglaucine pendant la décomposition de l'indican. On le reprend par l'alcool, on laisse évaporer, et on a une solution concentrée de ce corps.
Uroérythrine. — - Cette substance, d'après Tudichum, prend naissance par oxydation aux dépens de l'urochrome. Quoi qu'il en soit, elle est tantôt en solution dans l'urine qu'elle colore en rouge, tantôt à l'état de dépôt sur l'acide urique et sur les urates qu'elle colore également en rouge.
Éléments inorganiques normaux de l'urine. Chlorure de sodium. — L'urine normale élimine, d'après Hégar, une moyenne de 17 grammes de chlorure de sodium par vingt-quatre heures; ce chiffre est un peu élevé. Pour reconnaître ce sel dans l'urine, il n'y a qu'à le précipiter avec de l'azotate d'ar-
gent et à soumettre le précipité à l'action de l'acide azotique qui précipite le phosphate d'argent dans le cas où il y en aurait. D'après les recherches d'Hégar, le chlorure de sodium diminuerait de quantité dans toutes les maladies aiguës fébriles, excepté pendant et après le paroxysme des accès de fièvres intermittentes.
La recherche et la signification, dans l'urine normale, des sulfates, des phosphates, des silicates du fer et du peroxyde d'hydrogène n'offrant, pour le moment, aucun intérêt pour le praticien, nous bornerons là notre analyse et nous passerons immédiatement à l'étude des substances anormales que l'on trouve dans l'urine.
Éléments anormaux de l'urine. Albumine. — L'albumine ne se trouve en aucune proportion dans l'urine normale, mais on l'y trouve durant plusieurs maladies. On trouve l'albumine dans la maladie de Bright, dans le diabète, dans les fièvres éruptives, dans certaines affections des reins, dans l'hydrémie, dans certaines altérations du sang, dans les maladies du cœur, dans la compression des principaux vaisseaux; on la trouve encore lorsque l'urine est mêlée avec du sang ou avec du pus. On la trouve enfin dans l'empoisonnement par le plomb et par les cantharides. La constatation de l'albumine dans les urines devient, d'après cela, un important élément de diagnostic, et on ne saurait trop s'appliquer à connaître les procédés qui permettent au praticien de constater et de doser cette substance.
L'urine albumineuse mousse par l'agitation beaucoup plus que, l'urine normale; mais elle a cela de commun avec l'urine alcaline et avec celle qui renferme du mucus. Son aspect peut être normal; mais ordinairement elle est pâle surtout dans la maladie de Bright. Avant de rechercher l'albumine dans une urine, il est bon de s'assurer de la nature de sa réaction. En effet, si l'urine est alcaline et que pour chercher de l'albumine on verse de l'acide azotique, celui-ci décomposera le carbonate d'ammoniaque qui rend l'urine alcaline, et il se formera un précipité qui peut donner le change. C'est pourquoi, avant d'essayer une urine, il est indispensable delà neutraliser avec un acide et de la filtrer.
Ces précautions étant prises, on introduit une certaine quantité d'urine dans un tube de verre, et, soit par la chaleur, soit
par l'acide nitrique, on cherche à précipiter l'albumine. Si on emploie la chaleur, il suffit de promener le tube de verre au-dessus de la flamme d'une lampe à alcool jusqu'au point d'ébullition d'albumine se coagule à 70°), et on voit alors, si l'urine contient de l'albumine, un trouble se manifester dans la liqueur ou bien un précipité floconneux d'albumine. S'il n'y a qu'un trouble, l'albumine est peu abondante ; si le précipité est en flocons abondants, la quantité d'albumine est notable.
Cependant il faut être prévenu que l'ébullition de l'urine peut provoquer la précipitation de phosphates terreux qui peut simuler un précipité d'albumine. Dans ce cas, il suffit d'ajouter une petite quantité d'acide acétique qui dissout les phosphates et reste sans action sur l'albumine.
Si on emploie l'acide azotique, il faut le verser goutte à goutte le long des parois du tube de telle manière qu'il se rassemble au fond du tube. Si l'urine renferme de l'albumine, il se produit sur l'acide une couche trouble nettement limitée. Pour avoir le précipité complet, on n'a qu'à agiter le tube, et dès lors toute l'albumine se précipite au fond. En général, il faut verser un volume d'acide azotique égal au dixième du volume de l'urine. Il faut être prévenu que l'acide urique, résultant de la décomposition des urates, peut former avec l'acide azotique un précipité qui peut induire en erreur. Pour éviter toute confusion, il faut chauffer l'urine. Si le précipité est dû à l'acide urique, il se dissout de nouveau; s'il résiste, il est formé par de l'albumine.
L'albumine se trouve* en proportions très-variables dans l'urine des malades. On peut en perdre depuis 1 gramme jusqu'à 30 grammes dans les vingt-quatre heures; le moyenne est de i à 5 grammes par jour.
L'emploi combiné de la chaleur et de l'acide azotique peuvent donner toutes les certitudes au point de vue de la présence de l'albumine. Mais comment doser la quantité d'un élément aussi important? Les procédés de dosage avec le polarimètre et par la méthode de Méhu sont trop compliqués pour le praticien. 11 est préférable de s'en tenir à un dosage approximatif très-simple. On choisit un tube gradué ayant partout le même diamètre, on introduit un certain volume d'urine dans ce tube, et on précipite l'albumine par l'acide
azotique. On laisse reposer pendant quelques heures, et on compare ensuite la hauteur du précipité à celle qu'atteignait le liquide avant l'opération; en répétant cette opération tous les jours, on peut évaluer approximativement la quantité d'albumine et se rendre compte, jour par jour, de la proportion relative.
Glycose, ou sucre de diabète. La glycose fait partie des sucres dits de la seconde espèce qui sont détruits par les alcalis ; ils se changent sous l'influence de ces derniers en ulmine et en acides formique, glycique et mélanique. La glycose est l'analogue de ce sucre qui recouvre les figues et les pruneaux d'une couche blanchâtre et du sucre qui constitue en grande partie le miel. La glycose n'existe qu'à l'état de traces dans l'urine normale ; mais dans la glycosurie elle atteint quelquefois le chiffre de 130 gram. par litre.
Au point de vue de la constation du sucre dans l'urine, la connaissance de la quantité, de la densité de cette dernière ne saurait suffire; mais elle fournit au médecin une première indication dont il est bon de tenir compte. Une urine claire, abondante, et qui marque à l'uromètre 1,025, doit être suspectée de contenir du sucre.
Procédés d'extraction. — A. Le procédé le plus simple consiste à ajouter à l'urine, que l'on a versée dans un long tube de verre, 1/10 de son volume d'une solution concentrée de soude ou de potasse caustique. On chauffe le mélange, sur une lampe à alcool, 'jusqu'à ébullition. On voit alors la liqueur se colorer peu à peu en jaune, et, si la proportion du sucre est élevée, la coloration est d'un brun foncé.
B. Le second procédé consiste à verser dans un tube de Verre i ou 5 cent. cub. d'eau, à laquelle on ajoute 15 à 20 gouttes de l'urine à analyser. A ce mélange, on ajoute 1 demi-ccnt. cub. de lessive de soude ou de potasse, et on verse ensuite goutte à goutte une solution très-étendue de sulfate de cuivre. Si l'urine renferme du sucre, il se fait un précipité qui bientôt après se dissout quand on agite le tube. Lu liqueur ainsi obtenue est bleue et limpide. On approche alors le tube de la flamme d'une lampe et on chauffe jusqu'à ce qu'elle soit sur le point de bouillir. Il se forme alors à la surface du liquide un nuage jaune qui bientôt passe au rouge. Ce nuage est un précipité d'oxyde de cuivre.
Ce procédé et le suivant reposent sur la propriété que possède la glycose de réduire, en quantité relative, les sels de cuivre.
C. En remplaçant le sulfate de cuivre par du tartrate de cuivre dans une solution concentrée de soude ou de potasse caustique, on a la liqueur de Fehling avec laquelle on peut constater également la présence du sucre dans l'urine. Le titrage de la liqueur de Fehling est fondé sur ce fait, que 1 équivalent de glycose réduit 10 équivalents de sulfate de cuivre cristallisé : 5 milligram. de glycose réduisent 1 centimèt. cube de liqueur de Fehling.
Ce réactif permet donc de reconnaître les plus petites quantités de sucre.
« Après avoir filtré ou décanté l'urine, dit M. Méhu, on verse dans un tube de verre 5 grammes environ de la liqueur bleue de Fehling; on chauffe le tube sur la lampe à alcool et on maintient le liquide en ébullition pendant une minute; ce liquide devra rester transparent et ne donner aucun précipité si la liqueur est bonne. Cela bien constaté, on fait tomber le long des parois du tube incliné une ou deux gouttes du liquide sucré, et on voit bientôt à la surface du liquide bleu, presque bouillant, un anneau vert qui passe rapidement au jaune, puis au rouge, et qui contraste vigoureusement, par sa couleur orangée et son opacité, avec la couleur bleue et la transparence du liquide sous-jacent. Si le liquide est très-peu sucré, on ajoute quelques gouttes de plus et on chauffe pendant quelques secondes la partie supérieure du liquide; il ne sera jamais d'ailleurs nécessaire d'en verser un volume égal à celui de la liqueur bleue (1). »
Ce procédé est d'autant plus précieux que le glycose seul est capable de réduire assez facilement la liqueur de Fehling pour que deux ou trois gouttes de liquide sucré suffisent à effectuer la réduction en si peu de temps.
Dans l'emploi des procédés que nous venons de décrire, il faut se tenir en garde contre plusieurs causes d'erreurs : 1° Si l'urine à examiner renfermait beaucoup d'acide urique ou délirâtes, il pourrait se faire que le réactif de cuivre fût décoloré par ces derniers. Quand on soupçonne la présence de ces corps, il faut les éliminer en ajoutant à l'urine 1/10 de son
(1) Méhu, Ch. Méd., p. 282.
volume d'acétate de plomb basique ; 2° Si l'urine est ammoniacale, il faut la neutraliser, car sans cela la solution caustique qu'on ajoute à l'urine décomposerait le carbonate d'ammoniaque, et, se substituant à cette dernière, elle ne pourrait pas remplir le rôle d'alcali fixe libre qu'elle joue dans la réaction. Rien n'est plus simple que de parer à cet inconvénient : il suffit d'ajouter aux solutions cuivreuses un excès de soude caustique, et on fait bouillir le liquide assez longtemps pour que l'ammoniaque se dégage; 3° Si les urines sont albumineuses, elles peuvent masquer la réaction sans qu'il se produise un précipité d'oxyde de cuivre ; il faut donc éliminer l'albumine, et on y parvient en ajoutant quelques gouttes d'acide acétique faible. On reçoit l'albumine coagulée sur un filtre et on neutralise la liqueur avec la potasse.
Cependant il ne suffit pas au praticien de savoir qu'une urine contient du sucre. Il est utile qu'il puisse en doser la quantité de temps en temps et apprécier, d'après cette connaissance, les effets du traitement. Le saccharimhtre de Soleil est le procédé de dosage le plus sûr; mais cet appareil ne peut pas être entre les mains de tous les praticiens. Il faut donc se contenter du procédé de la liqueur de Fehling qui est moins exact, mais qui peut suffire à la rigueur. Ce procédé repose sur ce fait que 20 cent, cubes de la liqueur de Febling titrée sont complètement décolorés à la température de l'ébullition par 1 décigram. du glycose. D'après cela, le problème à résoudre consiste à déterminer quel est le volume d'urine que contient 1 décigrammc de glycose. Nous emprunterons à M. Méhu l'exposé de ce procédé :
« Avant de procéder à ce dosage, il faut vous assurer que la liqueur de Fehling est exactement titrée. Pour cela, maintenez de la glycose pure à une température de 100°, pesez-en 1 gram. que vous dissoudrez dans 200 cent. cub. d'eau distillée; 20 gram. de cette liqueur contiennent 1 décigr. de glycose et doivent décolorer exactement 20 cent. cub. de liqueur bleue. Cela fait, remplissez jusqu'à zéro une burette graduée au 10R de centimètre cube avec cette solution sucrée. D'autre part, versez au moyen d'une pipette 20 cent. cub. de liqueur de Fehling dans un matras de verre pouvant contenir 150 gram. au moins, étendez cette liqueur avec de l'eau distillée au volume de 100 cent. cub. environ.
« Chauffez le matras à l'aide d'une lampe à alcool jusqu'à ce que le liquide entre en ébullition, puis versez goutte à goutte la liqueur sucrée de la burette dans le liquide bleu ; il se fait un trouble, l'oxyde réduit rend la liqueur violacée tandis qu'à mesure que le liquide sucré arrive dans la liqueur bleue, celle-ci se décolore de plus en plus. Pour faciliter la précipitation de l'oxyde de cuivre et rendre sa déshydratation plus rapide, ajoutez à la liqueur bleue quelques grammes d'une solution concentrée de soude caustique qui augmente la densité de la liqueur. Sur la fin de l'opération, ne versez plus que par goutte, en laissant reposer la liqueur pendant quelques secondes après chaque addition, pour voir si la décoloration est complète. La liqueur a-t-elle conservé une teinte bleue, chauffez-la de nouveau et recommencez à verser de la liqueur sucrée. Pour mieux saisir l'instant précis de la décoloration, placez au-dessus du malras une feuille de papier blanc qui rendra les dernières traces de liqueur bleue plus sensibles à l'œil, ou bien examinez la lumière directe d'une fenêtre transmise à travers la masse liquide. Avec un peu d'habitude, vous décolorerez exactement la liqueur; mais, si vous avez dépassé la quantité de solution sucrée nécessaire à la décoloration exacte, la liqueur qui surnage l'oxyde réduit a pris une teinte jaune due à l'action de l'alcali sur le sucre en excès. Dans ce cas il faudra recommencer l'essai.
« Si l'essai est exact, autrement dit, si vous avez versé dans la liqueur bleue le volume de solution sucrée rigoureusement nécessaire à la précipitation de tout l'oxyde de cuivre, la liqueur décolorée, filtrée bouillante, satisfera aux conditions suivantes : 1° Elle ne donnera pas de précipité rouge d'oxyde de cuivre, si on la chauffe avec quelques gouttes de liqueur sucrée ; 2° elle ne donnera pas de précipité rouge d'oxyde cuivreux, si on la chauffe avec quelques gouttes de liqueur de Fehling. Dans le premier cas, vous aurez la preuve qu'il ne reste pas d'oxyde de cuivre réductible en solution ; et, dans le second, vous prouverez qu'il n'a pas été versé un excès de la solution sucrée.
« Si la liqueur de Fehling et la liqueur sucrée ont été bien préparées, 20 cent. cub. de liqueur sucrée ou 200 divisions de la burette auront décoloré les 20 cent. cub. de liqueur bleue. Mais s'il a fallu 224 divisions de la burette de liqueur sucrée
pour décolorer ces 20 cent. cub. de liqueur bleue, c'est que cette quantité de liqueur bleue correspond à 0sr,112. Vous chercherez donc dans vos expériences futures sur l'urine quel est le volume d'urine sucrée capable de décolorer ces 20 cent. cub. de liqueur de Fehling, sachant que ce volume correspond à 0gr, 112 de glycose.
« Le titre de la liqueur de Fehling étant exactement connu, il s'agit maintenant de doser le sucre contenu dans un volume d'urine déterminé. L'urine à analyser étant rendue limpide par la filtration, mesurez-en 10 cent. cub. dans une éprouvette graduée, et portez son volume à 100 ou 200 cent. cub. avec de l'eau distillée, suivant la quantité de sucre qu'elle contient. Autant que vous pourrez, opérez sur une longue colonne de liquide afin d'arriver à un titrage parfait ; dans ce but, faites que la liqueur ne contienne pas plus de 1 p. 0/0 de sucre. Si une urine contenait 105 gr. de sucre par litre, soit 10gr,5p. 0/0, en ajoutant à ce liquide 19 fois son volume d'eau, vous auriez un liquide de 1/20 qui contiendrait 1/2 p. 0/0 environ de glycose, ce qui rendrait l'appréciation très-exacte. Si l'urine contient moins de 1 p. 0/0 de sucre, il est inutile de l'étendre d'eau.
' « L'urine étant convenablement étendue d'eau, remplissez-en la burette divisée en 10es de centimètre cube. D'autre part, faites tomber dans le matras de verre 20 cent. cub. de liqueur de Fehling, ajoutez-y quelques centimètres cubes de solution concentrée de soude caustique, puis 80 à 100 gram. d'eau distillée, chauffez le matras sur la lampe à alcool jusqu'à l'ébullition, et versez par centimètre cube d'abord, puis goutte à goutte, le contenu de la burette d'urine. Opérez, en un mot, comme il a été dit, pour le titrage de la liqueur de Fehling, avec une solution sucrée d'un titre bien déterminé. Redoublez d'attention sur la fin de l'opération, et maintenez toujours l'ébullition pendant quelques secondes avant d'ajouter de nouvelles gouttes d'urine, pour ne pas verser un excès de liquide sucré. N'interrompez jamais cette opération au-delà des quelques secondes nécessaires à la précipitation de l'oxyde cuivreux, sans quoi, le liquide absorbant rapidement l'oxygène de l'air, l'oxyde cuivreux (Gu20) repasse à l'état d'oxyde cuivrique (GuO) qui se dissout et colore la liqueur en bleu.
« Exemple : Supposons que le volume d'urine dilué nécessaire
à la décoloration de 20cent.cub. de liqueur bleue soit de 94 divisions de la burette, soit 9CC,4; c'est qu'il y a dans ces 94 divisions 1 décigramme de sucre : par conséquent, il y aura dans 1 litre
0sr. 1 X 1100 ^ 10^,638.
« Mais si le liquide sur lequel on a opéré a été étendu d'eau de manière à ne contenir que 1/10 de son volume d'urine, c'est 10 fois cette quantité, c'est-à-dire 106§r, 38 de sucre par litre. » (Méhu, Ch. Mécl, p. 291.)
Ce procédé est plus long à écrire qu'à pratiquer; il donne des résultats approximatifs et c'est tout ce qu'il faut pour le médecin.
Procédé Duhomme. — M. le docteur Duhomme a proposé dernièrement un procédé d'analyse quantitative qui s'impose à l'attention des praticiens. Simplicité dans l'instrumentation, facilité et rapidité dans les manipulations, tels sont les avantages qui recommandent ce procédé.
Nous le décrirons ici d'après le Bulletin de la Société de thérapeutique (avril 1874).
Au moyen du compte-gouttes de Limousin, on puise 2 centimètres cubes de liqueur de Fehling, ce qui est facile au moyen du trait de graduation que présente le compte-gouttes. Par la pression de la poire et par un jet continu, on transvase cette quantité de liquide dans un tube à examen d'urine; on l'étend avec volume égal d'une solution de soude caustique dans l'eau distillée.
Le compte-goutte B servant toujours à l'urine, il semblerait, au premier abord, qu'on pourrait le titrer une fois pour toutes; mais l'expérience a démontré que l'urine, dont la composition est si complexe, donne d'un jour à l'autre, avec le même comptegouttes, un nombre de gouttes différent pour le même volume ; il est donc indispensable de déterminer chaque fois le volume d'une goutte de l'urine soumise actuellement à l'examen.
Pour cela, il suffira de puiser une certaine quantité d'urine en ayant soin de la faire parvenir un peu au-dessus du trait de graduation (qui indique 1 centimètre cube), de faire écouler la quantité de liquide nécessaire pour obtenir un affleurement
très-exact (il faut que le trait de graduation soit tangent à la courbe inférieure du ménisque concave), puis, à partir de ce moment, de compter le nombre de gouttes qui tombent jusqu'à l'expulsion complète du liquide; on sait ainsi d'une façon exacte la fraction de centimètre cube représentée par chaque goutte d'urine en expérience. Pour préciser, supposons que 1 centimètre cube nous ait fourni 24 gouttes ; chaque goutte duliquide, actuellement en expérience, représentera 1/24 de centimètre cube, et on pourra remplir de nouveau l'instrument sans se préoccuper cette fois de la graduation, l'essai
Compte-gouttes Limousin.
préliminaire ayant permis de déterminer, pour toute la durée de l'expérience, le volume exact d'une goutte.
Gela fait, on porte à l'ébullition la liqueur de Fehling, puis on y verse quelques gouttes d'urine, et on attend quelques instants pour apprécier la modification survenue dans la coloration de la liqueur; avec les précautions d'usage, on ajoute de nouveau, et s'il est nécessaire, l'urine goutte par goutte, en ayant soin de. chauffer après l'addition de chaque goutte. Lorsque la cq-n loration bleue a disparu, l'expérience est terminée. Si, pour obtenir ce résultat, il a fallu employer 8 gouttes d'urine, comm,© les 2 centimètres cubes de la liqueur de Fehling corresp^n^" dent à 1 centigramme de glucose, on en conclura que S/ft^jdft centimètre cube de l'urine soumise à l'examen contienne»^ 1 centigramme de glucose.
Les fractions de centimètre cube changeant avec ch/iquo urine, on pourrait craindre qu'il n'en résultât une grande eorutplication dans les calculs; non-seulement il n'en.j^tvi'ien^
mais c'est précisément le contraire qui a lieu. L'expérience a révélé, en effet, à M. Duhomme l'existence d'une formule d'une simplicité excessive. Cette formule, applicable aux cas où on emploie 2 centimètres cubes de liqueur de Fehling normalelement titrée, est la suivante:
Multiplier par 10 le nombre de gouttes représentant 1 centimètre cube de l'urine en expérience, diviser le produit par le nombre de gouttes qui sont nécessaires pour décolorer 2 centimèt. cubes de liqueur de Fehling (représentant 1 centigramme de glucose) et on obtiendra immédiatement en grammes et en centigrammes la quantité de sucre contenu dans un litre d'urine. Reprenons les chiffres de l'expérience ci-dessus :
24 représente le nombre de gouttes de 1 centimètre cube de l'urine ; 8, le nombre de gouttes qui ont été nécessaires pour décolorer 2 centimètres cubes du réactif cupro-sodique : 24 multiplié par 10 donne 240, qui divisé par 8 donne 30.
Un litre de cette urine contenait 30 grammes de sucre.
Dans le but d'éviter tout calcul aux praticiens, M. Duhomme a eu l'heureuse idée de dresser la table ci-après (1).
Les chiffres inscrits dans la première ligne horizontale correspondent au nombre de gouttes employées.
Les chiffres romains inscrits dans la première colonne verticale correspondent au nombre de gouttes représentant 1 centimètre cube de l'urine en expérience.
On se sert de cette table comme de celle de Pythagore, c'està-dire que s'il a fallu 11 gouttes d'une urine donnant 22 gouttes au centimètre cube pour obtenir la décoloration delà liqueur cupro-sodique , on suit la colonne verticale, dont le premier chiffre est 11, jusqu'à son intersection avec la ligne horizontale commençant par le chiffre romain XXII, et le nombre 20 indique que l'urine en expérience contient 20 grammes de glucose.
Il arrive fort souvent que le résultat de l'analyse se trouve compris entre deux gouttes consécutives ; dans ce cas, il faut prendre la moyenne. Exemple: Une urine donne 18 gouttes au centimètre cube. On a employé 9 gouttes et il reste une trèslégère teinte bleue; le but n'est point atteint et l'urine renferme moins de 20 grammes de sucre (voir la table). On ajoute
(1) Extrait du Bulletin de la Société de thérapeutique. Séance du 22 avril 1874.
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