‹ Application des sciences à la médecineChapitre 57 sur 69 · MATIERE MEDICALE · texte numérisé non relu

MATIERE MEDICALE

L'énumération simple des agents que la chimie fournit à la matière médicale serait déjà trop longue, à plus forte raison nous ne pourrons pas parler de chacun de ces agents. Nous croyons rester dans les limites du cadre de ce travail en ne nous occupant que des principales et des plus récentes acquisitions. Nous examinerons donc successivement : l'eau, l'oxygène, l'acide carbonique, le protoxyde d'azote, les alcaloïdes, l'éther, le chloroforme, le chloral,la propylamine, la triméthylamine, l'acide salicylique et le salicylate de soude.

Eau. — Nous avons eu déjà l'occasion de parler des applications de l'eau considérée comme aliment ; nous la considère-

rons ici comme un des agents les plus importants de la matière médicale.

Si nous voulions exposer ici toutes les applications de l'eau à la médecine, nous serions entraînés à des développements que le cadre de ce travail ne comporte pas. Nous devons nous borner, par exemple, à dire qu'elle sert de véhicule à la plupart des agents de la matière médicale, et qu'elle joue, dans les eaux minérales, un rôle tout aussi important que les composés chimiques que ces dernières contiennent.

Par elle-même, l'eau ingérée exerce une action incontestable sur les maladies fébriles ; elle tempère la chaleur et favorise par sa présence les actes intimes au moyen desquels l'organisme lutte contre les influences morbides.

L'eau a été préconisée par nous dans le choléra sous forme de lavements d'eau chaude destinée à être absorbée.

A l'extérieur, l'eau pure est employée journellement dans le pansement des plaies.

En Angleterre, où cette méthode est très-suivie, on se borne à recouvrir les plaies d'un linge mouillé, sur lequel on applique du taffetas gommé pour éviter l'évaporation et pour conserver l'égalité de température (1).

Aujourd'hui ce mode de pansement si simple tend à se généraliser dans tous les pays (2).

Ajoutons qu'avant d'adopter définitivement cette manière d'employer l'eau, on avait eu l'idée de plonger et de maintenir les plaies d'amputation et autres dans des boîtes remplies d'eau à une certaine température (3). Cette pratique s'est peu généralisée à cause des difficultés que présente son application.

Une des méthodes les plus importantes de la thérapeutique moderne est, sans contredit, l'application extérieure de l'eau selon les règles de l'hydrothérapie. Cette méthode a pris aujourd'hui une extension que justifient ses nombreux succès. Aussi croyons-nous devoir donner à ce mode spécial de l'application de l'eau une description plus détaillée. M. le Dr Beni- Barde qui, on le sait, est un de nos plus savants hydropathes,

(1) Paul Topinard, Thèse de Paris. 1860.

(2) Léon Le Fort, Pansement simple par la balnéation continue. Mémoire lu à l'Académie de médecine, mai 1870.

(3) Kern à Vienne, Walther à Bonn, Langenbeck à Berlin, Gosselin, Laugier et la plupart de nos médecins militaires.

a bien voulu nous communiquer, sur ce sujet, les résultats de sa riche et longue expérience, ce dont nous le remercions pour nous et pour nos lecteurs.

Hydrothérapie. — L'hydrothérapie est la médication par l'eau. L'eau froide est l'agent fondamental de cette médication; mais celle-ci comporte aussi l'emploi de l'eau chaude, de la vapeur d'eau, ainsi que de l'air chaud. Il en est de même de la glace.

La médication hydrothérapique remonte à la plus haute antiquité. Les ablutions recommandées par Moïse aux Hébreux constituent une pratique hydrothérapique. Chez un grand nombre de peuples de l'antiquité, l'eau était considérée comme un remède à bien des maux.

L'histoire de l'hydrothérapie peut se subdiviser en trois périodes : la première part des temps les plus reculés et s'arrête à Priestnitz. Dans cette période, nous trouvons les écrits de Celse, de Wright, etc.; les travaux de Currie (Liverpool), ceux de Gianini et de Pomme. Ceux-ci posèrent les grands principes de l'hydrothérapie.

La seconde période est celle de Priestnitz. Grâce à lui l'hydrothérapie fut l'objet d'un enthousiasme indescriptible. Les succès obtenus popularisèrent la méthode qui, malgré tout, resta dans le domaine de l'empirisme le plus absolu.

Ce n'est que Fleury qui parvint à faire de l'hydrothérapie une méthode vraiment scientifique. Avec lui commence la troisième période. L'hydrothérapie maintenant se raisonne, et ses effets s'expliquent par les lois de la physiologie. A côté de l'œuvre de Fleury se placent une multitude de travaux qu'il serait trop long d'énumérer (1), et qui concourent à faire de l'hydrothérapie une méthode absolument scientifique et rationnelle

Les agents généraux employés en hydrothérapie sont au nombre de deux : la chaleur et le froid. Tous les procédés dérivent de la combinaison judicieuse de ces deux agents et sont basés sur leurs propriétés physiologiques.

L'agent principal est l'eau froide, en général ; plus sa tempé-

(1) Cependant nous croyons devoir faire exception pour l'ouvrage le plus récent et qui, à côté' des faits originaux, personnels à l'auteur, résume admirablement les faits antérieurs. C'est l'ouvrage de M. Beni-Barde, intitulé : Traité théorique et pratique d'hydrothérapie. 1874.

rature est basse, plus son action est puissante. En outre, la sensation est d'autant plus grande que le sujet reste immobile et que le courant de l'eau est plus rapide.

L'eau froide, projetée à la surface du corps, produit dans l'économie une succession de phénomènes. Elle agit, à la fois par sa température et par la percussion dont elle est animée, en provoquant dans tout l'organisme une série d'actions réflexes que la thérapeutique met à profit. Lorsque l'application cesse, il se produit alors un retour à l'état normal dans les diverses parties du corps qui ont été dérangées de leur fonctionnement, et c'est à ce retour à l'état normal qu'on a donné le nom de réaction. Celle-ci peut être facilitée par l'exercice, les frictions, le massage, et l'élévation de température du milieu dans lequel elle se fait.

Une température un peu élevée et un exercice modéré sont les meilleurs moyens de se préparer à l'eau froide. En règle générale, la réaction se fait d'autant mieux que l'eau est plus froide et plus animée de mouvement, que l'application est de courte durée, que la température de l'air ambiant est plus haute, que la chaleur propre du corps est plus élevée et que le sujet est plus vigoureux.

Modes d'application. Les procédés opératoires employés en hydrothérapie sont très-nombreux. Il y a d'abord une grande division à faire. D'un côté sont les procédés destinés à l'application du calorique, d'un autre côté sont les procédés destinés à l'application du froid.

Le calorique est employé comme sudoriflque ou comme agent de réchauffement destiné à préparer l'action de l'eau froide. Ces deux résultats peuvent être obtenus par des procédés bien distincts, qui sont : l'emmaillottement sec, l'emmaillottement humide, le bain de vapeur, le bain d'air chaud, les étuves, le bain d'eau chaude et la douche chaude.

Quand on ne veut pas obtenir d'effets sudorifiques, l'emploi de l'eau chaude doit être préféré parce qu'il est plus rapide et qu'il ne fatigue pas les malades. Il ne produit ni l'énervement ni l'accablement qui résultent souvent de l'emploi des étuves ou des autres procédés de calorification.

L'eau froide est l'agent de tous les procédés d'application du froid. Elle est, comme nous l'avons dit plus haut, la base de l'hydrothérapie. Sa température, son mode d'application et

la durée de cette application, tels sont les éléments qui doivent entrer en ligne de compte si l'on veut bien connaître l'action de l'eau froide sur l'organisme.

Pour produire une réaction franche, la durée de l'application d'eau froide doit être courte et la projection énergique.

Pour obtenir une action moins vive , il faut employer de l'eau moins froide, prolonger l'application et diminuer la force de projection.

Si, au lieu de réaction, on ne recherche, au contraire, que des effets sédatifs ou une action antiphlogistique, on emploiera de l'eau froide, appliquée longtemps sans percussion, ou l'on fera une application suffisamment longue d'eau peu froide. Toutefois les applications générales et prolongées d'eau froide exigent beaucoup de mesure et de précautions.

En agissant autrement, on s'exposerait à produire une véritable sidération du système nerveux.

En général, pour instituer un traitement hydrothérapique raisonné, il faut tàter la susceptibilité du malade et rechercher la température de l'eau qu'il convient d'employer.

Pour l'application de l'eau froide, deux moyens principaux sont utilisés. L'eau est projetée sur le corps avec plus ou moins de force, ou bien elle est simplement mise en contact avec les téguments sans qu'il y ait percussion.

Le type des applications sans percussion est l'immersion dans une piscine ou une rivière; le type des applications avec percussion est la douche. A côté d'elle se place l'affusion qui n'est animée que d'une force de percussion très-faible.

La friction avec le drap mouillé est un procédé intermédiaire qui est assez souvent employé, et dont on peut attendre, dans certains cas, de bons résultats.

Les douches sont générales ou locales. Les douches générales sont celles qui percutent toute la surface des téguments : les autres sont localisées sur diverses parties du corps dans le but de produire des effets déterminés, et elles prennent leur nom des organes qu'elles ont l'intention d'atteindre. De là, les noms de douches hépatique, splénique, épigastrique, oculaire, etc.

Les douches s'administrent avec des appareils particuliers qui portent, en général, un nom en rapport avec leur forme : douche en pluie, en jet, en cercle, filiforme, etc. Pour cer-

taines douches locales, il y a des appareils spéciaux. C'est ainsi qu'il y en a pour la douche vaginale, hémorrhoïdale,etc.

Effets thérapeutiques. Les effets thérapeutiques produits par l'hydrothérapie peuvent être divisés en deux catégories. Il y a des effets primitifs ou directs, et des effets consécutifs ou indirects.

Les premiers sont ceux qui sont produits immédiatement; les seconds ne se produisent qu'à la longue et sont la conséquence d'un traitement suivi pendant un certain temps.

Comme effets directs, nous citerons des effets antiphlogistiques, des effets sédatifs, et des effets excitants. Chacun connaît le pouvoir antiphlogistique de l'eau froide 'contre les inflammations. Lorsque l'on fait une application courte et vive d'eau froide, on produit une excitation. Lorsque, au contraire, pour lutter contre un état d'excitation, on emploie de l'eau sans percussion et qu'on prolonge l'application, ou bien quand on emploie de l'eau tiède, on produit une sédation.

Comme effets consécutifs, on peut obtenir des effets toniques, des effets dépuratifs ou des effets altérants, résolutifs.

L'action tonique ou reconstituante de l'hydrothérapie est trop connue pour que nous insistions. En outre, en agissant sur toutes les fonctions de l'économie, elle a pour résultat d'en assurer et d'en régulariser le jeu, et c'est en favorisant ainsi le mouvement d'assimilation et de désassimilation qu'elle exerce des effets dépuratifs.

Enfin, par la répétition de certains effets excitants, on peut obtenir des effets résolutifs. C'est ainsi qu'on peut arriver à résoudre des engorgements.

Ajoutons que l'hydrothérapie est regardée, à juste titre, comme un agent très-hygiénique de premier ordre, ayant pour effet de régulariser les fonctions de l'économie et de maintenir leur intégrité.

Comme agent thérapeutique, l'hydrothérapie ne s'adresse pas indistinctement à toutes les maladies. Il en est d'abord où elle est inutile ou même nuisible; telles sont les maladies constituées par le développement de produits hétéromorphes dans le parenchyme des tissus; ce que l'on appelle les maladies organiques.

Il est des maladies dont l'hydrothérapie modifie certains symptômes, sans pourtant avoir d'influence sur la nature de l'affection. C'est ainsi qu'elle peut modifier certains troubles

de la sensibilité et du mouvement chez les malades atteints de lésions organiques du cerveau ou de la moelle.

D'autres maladies, sans être guéries, peuvent être atténuées par le traitement hydrothérapique; telles sont les maladies caractérisées par une altération spéciale telle qu'on la rencontre dans le rhumatisme, la goutte, l'albuminurie, le diabète, etc.

Enfin, sont curables par l'hydrothérapie toutes les affections sans lésions organiques qui procèdent de changements non spécifiques des éléments organiques. Dans ce groupe se rencontrent : l'anémie, la chlorose, les maladies chroniques à forme asthénique et la plupart des affections qui sont caractérisées par un trouble dans le fonctionnement des divers appareils ou des divers systèmes de l'économie. Parmi ces dernières, c'est surtout contre les névroses que l'hydrothérapie remporte ses plus beaux et ses plus légitimes succès.

Les effets de l'hydrothérapie se manifestent souvent pendant le cours du traitement. Quelquefois l'action de la médication, semblable en ce point avec celle des eaux thermales, se complète et s'accentue après la cessation du traitement. Aussi il est souvent nécessaire, chez certains malades, d'interrompre de temps en temps tout moyen curatif. Quand les malades ont, au contraire, besoin d'être entraînés pour lutter contre une affection constitutionnelle, il est bon de faire un traitement non interrompu, pour favoriser et rendre rapides les mouvements d'assimilation et de désassimilation. C'est seulement par la continuité d'action que le traitement peut agir dans ce cas. Quant à la durée du traitement, il est, par cela même, impossible de la fixer d'avance : elle est subordonnée à la fois et à la maladie et à la résistance du malade.

Oxygène. — Les inhalations d'oxygène ont été essayées dès la découverte de ce gaz (Priestley, 1774) en Angleterre et en France; mais la difficulté de l'obtenir à cette époque à l'état de pureté , et l'impossibilité de trouver un mode d'administration facile, forcèrent les médecins à renoncer à ce moyen curatif.

En 1789, Beddoës, professeur de clinique à Oxford, publia une longue série de cas dans lesquels ce gaz fut employé avec

succès. L'enthousiasme devint bientôt si grand, grâce aux travaux de Humphry Davy et de James Watt, que l'on créa un

hôpital où la médecine oxygénée était usitée à l'exclusion de toute autre; quelques années plus tard, un second hôpital semblable fut installé à Genève; mais il ne devait pas durer, car on ne possédait alors que des connaissances très-imparfaites sur les propriétés physiologiques et thérapeutiques de l'oxygène.

Ce qui contribua aussi à jeter une certaine défiance sur l'emploi de l'oxygène, c'est qu'à la fin du siècle dernier on ne songea guère à l'employer que pour combattre la phthisie. Si on obtint quelques résultais heureux en prolongeant un peu l'existence de quelques malades, on ne les sauva pas; aussi abandonna-t-on ce médicament avec la même promptitude que l'on avait mise à l'accueillir.

Quelques accidents survenus à cause de l'impureté du gaz contribuèrent pour beaucoup à mettre un terme aux expériences tentées par Fourcroy, Beddoës, Dumas (de Montpellier). Du reste, pour donner une idée de la manière dont on pratiquait les inhalations de ce gaz à cette époque, il suffira de rappeler que, chez certains malades, on fut forcé de les interrompre à cause de la salivation qui survenait pendant le cours du traitement. Cette particularité était due à ce qu'on préparait la plupart du temps l'oxygène avec de l'oxyde rouge de mercure, et que ce gaz était souvent chargé de vapeurs mercuriellcs. MM. Trousseau, Demarquay, Leconte, Laugier, n*ont donc fait, en revenant à ce médicament, que reprendre l'œuvre de leurs prédécesseurs, mais dans des conditions plus favorables. Ce ne sont pas spécialement les affections de poitrine que le médecin combat aujourd'hui avec ce médicament, bien qu'il apporte, dans quelques cas, un soulagement réel à certains phthisiques; c'est surtout dans les maladies où une médication tonique et reconstituante est indiquée, qu'il faut recourir à ce moyen.

Dans la chlorose, dans la ehloro-anémie, dans le diabète, on a employé les inhalations de l'oxygène, et beaucoup de malades ont retiré de bons effets du traitement.

La propriété remarquable que l'oxygène possède de relever l'appétit en fait un remède utile dans certaines dyspepsies : les convalescents affaiblis par un séjour prolongé au lit ou à la chambre, peuvent remplacer par ce moyen, dans une certaine limite, l'air nécessaire à leur rétablissement, alors qu'ils ne peuvent l'aller chercher à l'extérieur.

Les résultats heureux obtenus par M. Laugier, qui le premier eut l'idée de l'employer en applications locales sur les membres atteints de gangrène, paraissent avoir été confirmés par des faits analogues consignés dans V Essai de pneumatologie médicale du docteur Demarquay (1866).

C'est surtout à ce dernier que revient le mérite d'avoir rappelé l'attention sur l'usage de l'oxygène, abandonné depuis si longtemps dans la pratique.

Trousseau, dont l'opinion fait toujours autorité en pareille matière, accueillit avec faveur la rentrée de l'oxygène dans le domaine de la thérapeutique, et il publia sur son emploi des observations très-intéressantes dans le troisième volume de ses instructives Leçons de thérapeutique faites à l'Hôtel-Dieu.

Pour compléter ces indications sur l'emploi de l'oxygène, disons qu'il offre un moyen très-rationnel de combattre certaines asphyxies. Le docteur Constantin Paul a publié un travail où il insiste sur l'utilité de l'oxygène dans ce cas particulier.

En 1872, M. Limousin communiqua à la Société de médecine pratique une note dans laquelle il relatait plusieurs faits où l'emploi de l'oxygène avait été avantageux dans des cas identiques.

Dans plusieurs communications à l'Académie des sciences, à propos de ses Recherches expérimentales sur Vinfluence que les changements dans la pression atmosphérique exercent sur les phénomènes de la vie, M. Bert a montré l'utilité de maintenir dans le sang la quantité maximum d'oxygène qu'il doit renfermer normalement.

M. le Dr Gréant, de son côté, a publié tout dernièrement un travail dans lequel il arrive aux mêmes conclusions.

Action physiologique et thérapeutique. — L'oxygène remplit en thérapeutique deux indications principales : 1° Il est tonique et par conséquent indiqué dans tous les cas où la nutrition générale languit; 2° il est anti-asphyxique et indiqué toutes les fois que la respiration est incomplète.

En 1870, le professeur André Smith, de New-York, a publié une intéressante monographie sur l'emploi médical de l'oxygène, et il étudie avec soin les eifets produits sur le pouls par les inhalations de ce gaz. Dans soixante-douze observations où il a fait respirer à des phtbisiques de 30 à 40 litres d'oxygène, les pulsations ont diminué de dix battements par minute.

D'autres expériences faites sur des individus sains ont démontré que l'abaissement du pouls était un phénomène presque constant à la suite de ces inhalations. Cette action sédative sur les mouvements du cœur échappe encore à toute explication; mais elle est incontestable et paraît se rattacher, dans ses causes, à l'action de l'oxygène sur les plaies extérieures. Les expériences de Demarquay, en effet, ont prouvé que ce gaz arrête la cicatrisation des plaies (1).

Préparation de l'oxygène. — Avec les appareils décrits ci-

Y'vj. 77. — Préparation de l'oxygène.

dessus, qui sont dus à M. Limousin, pharmacien à Paris, on peut facilement préparer l'oxygène et le respirer.

Pour préparer l'oxygène avec cet appareil, voici comment on opère :

1° Mettre le sel (chlorate de potasse et peroxyde de manganèse), dosé pour 30 litres, dans la cornue, et la revisser solidement;

2° Remplir à moitié le flacon avec de l'eau dans laquelle on aura mis un peu de chaux éteinte ou de la potasse caustique;

3° Après avoir dévissé le robinet du ballon, le réunir au petit tube coudé du flacon laveur;

4° Mettre le grand tube de ce flacon en communication avec la cornue et allumer la lampe.

Le gaz oxygène se dégage au bout de quelques minutes, se purifie en traversant l'eau et se rend dans le ballon. Quand l'opération est terminée; avant d'éteindre la lampe, on doit toujours séparer la cornue du flacon laveur en enlevant le tube qui les réunit.

(1) Demarquay et Leconte, De l'influence de l'air, de l'oxygène et de l'aride carbonique sur la guérison des plaies sous-cutanées, Comptes-rendus de l'Académie des sciences. 1859.

Grâce à cet appareil qui fonctionne avec une grande facilité, on peut, dans les postes de secours, obtenir instantanément de l'oxygène pour ranimer les asphyxiés; du reste, l'imperméabilité du ballon permet d'en conserver en réserve pendant plusieurs mois.

L'inhalateur figuré ci-dessous se compose d'un ballon encaout-

Fig. 78. — Appareil inhalateur Limousin.

chouc et d'un flacon fonctionnant à la manière d'un narghilé;

Quand on a introduit dans le ballon la quantité de gaz oxygène qu'on veut faire respirer, on adapte son robinet fermé au raccord en cuivre terminant le premier tube qui plonge dans l'eau.

Acide carbonique. — Les premières applications de l'acide carbonique aux maladies remontent à Perchai (177:2), qui

s'en servait pour calmer la douleur de certains ulcères. Ce gaz fut un des agents les plus employés dans Y institution pneumatique de Clifton. Tombée dans l'oubli bientôt après, cette médication fut remise en honneur par Mojon (1834) et par Simpson. Celui-ci employait l'acide carbonique contre les affections douloureuses de l'utérus et des parties voisines (cancer, névralgies, etc.).

Demarquay et Leconte soumirent ce gaz à leurs expériences, et reconnurent qu'il exerçait une influence très-heureuse sur les plaies de mauvaise nature (1). Dès lors, son emploi rentra dans les procédés de la chirurgie courante, et ses propriétés analgésiques, cicatrisantes et désinfectantes, ont été généralement reconnues.

Préparation. — Rien n'est plus simple que la préparation du gaz acide carbonique. On a un flacon à deux tubulures dans lequel on met du carbonate de chaux et qu'on remplit à moitié d'eau; puis on verse une certaine quantité d'acide sulfuriquc. Sous l'influence de ce dernier, le carbonate de chaux abandonne son acide carbonique qui se dégage à la surface de l'eau. L'une des deux tubulures est munie d'un tube de caoutchouc vulcanisé qui permet de porter l'acide carbonique, ainsi produit, sur les parties malades.

Pour le pansement des plaies, on entoure ces dernières d'un manchon de caoutchouc dans l'intérieur duquel on fait parvenir l'acide carbonique.

Protoxyde d'azote. — Découvert par Priestley en 1776, le protoxyde d'azote fut l'objet d'études physiologiques intéressantes de la part de Humphry Davy qui découvrit ses propriétés anesthésiques en 1799. Cependant ce ne fut qu'en 1S41 qu'Horace Wells, dentiste de Hartford (Connecticut), l'utilisa pour supprimer la douleur dans les opérations.

On prépare ce gaz par la décomposition de l'azotate d'ammoniaque à une température de -h 250°. La réaction qui s'opère en ce cas est représentée par AZO\ AZH40 =2 AZO -j-4110.

(1) Demarquay et Leconte, Traitement des plaies rebelles, Comptes-rendus de l'Acad. des sciences. 1858.

E. Salva, Du gaz acide carbonique comme analgésique et cicatrisant des plaies.

Broca, Des injections d'acide carbonique dans la vessie, comme moyen anesthésique.

liiij APPLICATIONS DE LA CHIMIE A LA MEDECINE.

Ce gaz est employé journellement pour produire l'anesthésie, anesthésie de courte durée, mais suffisante pour l'extraction indolore des dents.

On pense généralement que les effets anesthésiques du protoxyde d'azote sont dus à une asphyxie par privation plus ou moins complète d'oxygène. M. Dumas insistait, en 1866, sur la difficulté d'obtenir le protoxyde d'azote à l'état de pureté, et sur les dangers que présente son inhalation lorsqu'il est impur.

Cependant les procédés de préparation ont été perfectionnés et on obtient assez facilement ce gaz à l'état pur. Parmi ces appareils, celui de M. Limousin réunit les meilleures conditions.

Alcaloïdes. — « La découverte du premier alcaloïde naturel, dit M. Wurtz [JDict. de chim. pure et appliquée), remonte au commencement de ce siècle : Seguin, Derosne, vers 1803, Sertùrner en 1801, retirèrent presque simultanément de l'opium des principes cristallisés auxquels ils reconnurent des propriétés alcalines. Mais l'idée que l'alcalinité de ces substances devait être attribuée aux réactifs employés pour les extraire, empêcha d'attacher à cette découverte toute l'importance qu'elle méritait. On croyait alors que les végétaux ne contiennent que des principes neutres ou des acides ; aussi ces premiers travaux passèrent-ils inaperçus.

Ce ne fut qu'une douzaine d'années plus tard, vers 1827, que Sertùrner attira l'attention des chimistes sur ce fait remarquable, en publiant, au sujet de la morphine, un important mémoire dans lequel il démontrait la nature réellement alcaline de cette substance. Derosne et Seguin étaient pharmaciens, Sertùrner était un pharmacien allemand, et, comme nous le verrons bientôt, la découverte des principaux alcaloïdes a été faite par des pharmaciens. C'est donc à la pharmacie, et cela lui appartient de droit, que nous devons d'avoir réalisé le rêve de Paracelse sur la découverte de Yarcane et de la quintessence des drogues.

Après Sertùrner, Pelletier et Caventou isolèrent (1820) la cinchonine, la quinine, la strychnine, la brucine, la caféine ou théine, la narcéine, la thébaïne, la vératrine, l'émétine; Sertiirner et Pasteur découvrirent la quinidine ; Ro'biquet, la codéine; Derosne, la narcotine ; Geiger et Hesse, l'atropine; Brandes, l'hyoscyamine ; Reimann et Passelt, la nicotine; Gi-

seke, la conicine et la colchicine ; liesse et Hottot, l'aconitine, etc. Les noms de Regnault, Liebig, Dumas, Laurent, Gerhardt, se rattachent à l'invention des alcaloïdes et à la connaissance de la constitution intime de ces produits.

Les alcaloïdes sont solides et fixes, ou liquides et volatils. Les premiers sont quaternaires (CHazO) et les seconds sont ternaires (CHaz). On ne connaît que trois alcaloïdes liquides : la cicutine, la nicotine et la spartéine.

Les alcaloïdes naturels ramènent au bleu le papier de tournesol; ils verdissent le sirop de violettes.

Les alcaloïdes solides s'obtiennent les uns à l'état amorphe, les autres à l'état cristallin; leur saveur est très-amère et quelquefois acre. Peu ou point solubles dans l'eau, ils se dissolvent dans l'alcool et surtout dans l'alcool bouillant. L'éther et le chloroforme dissolvent quelques alcaloïdes, mais pas tous. M. Stas a constaté qu'un alcaloïde, insoluble dans l'éther, quand il est à l'état solide, devient soluble dans ce même liquide si lui-même est à l'état liquide, comme cela arrive dans certaines conditions spéciales. Le caractère fondamental des alcaloïdes est de saturer immédiatement les acides dans la proportion d'une molécule d'alcaloïde pour une d'acide, ou d'une molécule d'alcaloïde pour deux d'acide, et de former avec eux des sels définis. Beaucoup de ces sels sont solubles dans l'eau et dans la glycérine.

Parmi les réactions des alcaloïdes et de leurs sels, nous devons mentionner celles qu'on obtient avec l'infusion de noix de galle, l'iodure de potassium ioduré, la solution de l'iodure double de potassium et de mercure, le phosphomolybdate de soude qui précipitent tous les alcaloïdes, même en solution étendue. Les deux derniers réactifs sont précieux en ce sens qu'ils ne précipitent que les alcaloïdes.

Les alcaloïdes n'existent pas à l'état de liberté; ils sont combinés le plus souvent avec des acides. Pour les extraire, on emploie divers procédés spéciaux pour chaque base ; mais généralement on donne la préférence à celui de Pelletier et Caventou. Si l'alcaloïde est soluble dans l'eau, on épuise la matière première au moyen de l'eau pure ; s'il est insoluble, on la traite par l'acide chlorhydrique très-dilué. Dans tous les cas, on passe la macération aqueuse simple ou acidulée à travers un tamis et on ajoute, par petites portions, un lait de

chaux ou de magnésie. Le tourteau, séché à l'étuve et pulvérisé, est ensuite épuisé par l'alcool en vase clos et au bainmarie. La solution alcoolique, filtrée et concentrée par la distillation, laisse cristalliser l'alcaloïde ; mais, dans cet état, l'alcaloïde est loin d'être pur; pour l'obtenir tel, on le dissout dans l'eau à l'aide d'un acide et on décolore cette dissolution par le charbon animal. On fdtre la liqueur et l'alcaloïde est précipité de nouveau par un alcali. En le redissolvant dans l'alcool, en abandonnant celui-ci àl'évaporation spontanée, on obtient l'alcaloïde cristallisé et dans un état assez voisin de la pureté (1).

Pour extraire les alcaloïdes volatils, on soumet la matière végétale à la distillation en présence d'un grand excès d'hydrate alcalin.

M. Stas a indiqué une méthode générale pour retirer les alcaloïdes des matières suspectes dans les cas d'empoisonnement ; elle repose sur les faits suivants : 1° solubilité dans l'eau et l'alcool de sels acides formés par les alcaloïdes naturels avec l'acide tartrique ou l'acide oxalique; 2° la décomposition de ces sels acides en solution par le bicarbonate de potasse ou de soude, et la solubilité des bases organiques au sein du liquide; 3° la faculté que possède l'éther, employé en suffisante quantité, de s'emparer des bases végétales mises ainsi en liberté. La connaissance de ces faits importants (les plus importants parmi tous ceux qui concernent les alcaloïdes) permet, au moyen de certaines manipulations trop complexes pour trouver place ici, de découvrir la trace la plus légère d'alcaloïde introduite dans l'économie.

Les bases organiques sont généralement peu ou point solubles dans l'eau. 11 est vrai que, introduites dans l'organisme, elles y trouvent des éléments propres à leur dissolution et à leur absorption; mais, pour obtenir plus sûrement ou plus rapidement un effet thérapeutique, il est préférable d'administrer les sels de ces bases et plus particulièrement les sels s'olubles.

La découverte des alcaloïdes est non-seulement précieuse parce qu'elle permet d'administrer à l'intérieur la quintessence des médicaments, mais encore parce qu'elle permet d'administrer facilement les agents thérapeutiques par toute

(1) Wurtz, Dictionnaire, de chimie.

autre voie que celle de l'estomac, par la peau, par exemple. C est à cette découverte, en effet, que nous devons l'invention de la méthode endermique.

Vers le commencement de ce siècle, Murray Baily (Saint- Domingue), Baudot, curent l'idée d'appliquer des médicaments, de l'aloès, du calomel, sur la surface du derme dénudé par un vésicatoire; mais c'est Lambert et Lesieur qui, en 1825, ont érigé en méthode l'absorption des médicaments pa'r le derme. La découverte des alcaloïdes donna une immense portée à ce nouveau mode d'introduction des médicaments; aussi la méthode fut généralement adoptée, et on sait les services qu'elle a rendus.

En 1837, M. Lafargue voulut substituer à la méthode endermique la méthode d'inoculation, qui consiste à pratiquer avec une aiguille un certain nombre de galeries sous la peau, et, par ces ouvertures, à introduire de petits cylindres médicamenteux. Cette méthode n'a pas eu de succès; mais, comme la méthode endermique présentait quelques inconvénients (le vésicatoire, par exemple), on a cherché à faire mieux et on a découvert la méthode hypodermique. C'est le Dr Wood d'Edimbourg qui le premier a eu l'idée d'injecter sous la peau des substances narcotiques dans les cas de névralgies (1855). Immédiatement de nombreux expérimentateurs accueillirent la méthode nouvelle, qui ne tarda pas à être universellement adoptée. Il est évident qu'ici l'influence de la découverte des alcaloïdes n'est pas discutable, car on peut sans inconvénient injecter quelques gouttes de liquide sous la peau, et il n'est possible d'employer une si petite quantité de véhicule qu'en se servant des alcaloïdes. Néanmoins, on emploie d'autres substances par la méthode hypodermique : le tartre stibié, l'huile de croton, le sublimé corrosif, le chloroforme, etc. (Voir sur ce sujet le chapitre consacré à l'absorption, page 384.)

Éther. — L'éther a été découvert en 1540 par Valérius Cordus.On l'obtient en faisant agir de l'alcool sur de l'acide sulfurique à une température de 130 à 1 10 degrés. Les proportions d'alcool et d'acide sont : alcool à 85°, 7 p., acide sulfurique à 66°, 10 p. Ce mélange est fait dans un appareil distillatoire, et le résultat de la distillation est l'éther plus ou moins pur. Pour le dépouiller des matières étrangères qu'il renferme (sulfate d'éthyle, divers hydrocarbures), on le mélange à une

solution concentrée de soude ou de potasse, et on laisse les deux liquides en contact pendant 48 heures, en ayant soin d'agiter de temps en temps le mélange. Puis on décante l'éther et on le place dans le bain-marie avec 60 gram. d'huile d'oeillette pour 1,000 gram. d'éther. On a ainsi un produit qui n'est pas complètement pur, mais utilisable.

Lathéorie delà production de l'éther a été expliquée, en 1853 seulement, par M. Williamson, sur un ensemble de preuves théoriques et expérimentales. M. Williamson a démontré, en effet, que dans une première période une molécule d'acide sulfurique transforme l'alcool en acide éthylsulfurique ou sulfoviniquc et en eau. Dans la seconde période, l'acide éthylsulfurique réagit sur l'alcool libre, et donne naissance à de l'éther (oxyde d'éthyle) et à de l'acide sulfurique.

Les applications de l'éther pris à l'intérieur remontent à l'époque de sa découverte. On s'en servait en inhalations comme antispasmodique, et aussi en boisson, mélangé avec de l'alcool et de l'eau. Aujourd'hui on le fait prendre en sirop ou bien répandu sur un morceau de sucre, ou mieux encore englobé dans des capsules (perles de Clertan).

A l'extérieur il est employé comme révulsif et comme agent puissant de réfrigération (appareil pulvérisateur de Richardson). Mais ces applications ne sont rien en comparaison de l'éthérisation ou autrement dit de l'insensibilité obtenue par les inhalations de l'éther.

Ethérisation. C'est au docteur Jackson que nous devons cette merveilleuse découverte à laquelle le hasard a pris une grande part. Jackson, voulant calmer les douleurs d'un violent coryza, respira de l'éther en si grande quantité qu'il ressentit quelques effets d'insensibilité. Ceci ce passait en 184Î2. En 1846, il conseilla vainement l'usage de l'éther à un de ses élèves qui voulait se faire arracher une dent. Plus heureux avec un dentiste ignorant, du nom de Morton, celui-ci opéra sans douleur un de ses malades. Morton confia le secret au Dr Warren, chirurgien de l'hôpital général de Boston; un rendez-vous fut pris en cachette de Jackson, et c'est ainsi que Morton assista seul à la première opération qui fut faite sous l'influence de l'éthérisation. On connaît les résultats importants de cette découverte, résultats qui ont conduit à celle du chloroforme.

Chloroforme. — Le chloroforme a été découvert en France

par Soubeiran (1831), et presque simultanément en Allemagne par Liebig. Pour obtenir ce produit on prend 10 kilos de chlorure de chaux sec, 3 kilos de chaux éteinte, 60 kilos d'eau. On introduit le mélange dans un alambic en cuivre; puis on ajoute 2 kilos d'alcool à 85° et on chauffe jusqu'à 80°. A ce moment, une réaction violente se manifest edans la masse, et il faut se hâter d'enlever le feu. Quelques instants après, la distillation commence et se termine presque entièrement d'elle-même. Deux à trois litres d'un liquide complexe sont le résultat de la distillation. On agite ce produit avec son volume d'eau et, après l'avoir laissé reposer quelques heures, on constate qu'il s'est séparé en deux couches : une couche inférieure composée de chloroforme mêlé d'alcool , de chlore et de diverses combinaisons chlorées ; une couche supérieure renfermant de l'eau, de l'alcool et du chloroforme impur. Après 2i heures, on sépare cette dernière couche par décantation et on l'agite d'abord avec de l'eau, puis avec une solution peu concentrée de carbonate de soude, et on rectifie ce produit au bain-marie. Le résultat de la distillation est du chloroforme à peu près pur. Pour reconnaître si le chloroforme est pur, M. Mialhe recommande de le faire passer à travers une masse d'eau : s'il est pur l'eau ne se trouble pas; s'il est impur, elle devient laiteuse. D'après M. Soubeiran, le chloroforme pur gagne le fond d'un vase dans lequel on a placé un mélange à parties égales d'eau distillée et d'acide sulfurique à 66°, tandis qu'il flotte à la surface s'il est alcoolique.

On reconnaît la présence des chlorures ou de l'acide hypochloreux par le précipité qui se produit en ajoutant une solution de nitrate d'argent. Le plus souvent, le chloroforme doit son impureté à la présence d'une huile pyrogénée d'une odeur acre, pénétrante, et qui se produit quand on pousse trop loin la rectification. Dans ce cas, le chloroforme est très-dangereux et ne doit pas être employé.

A l'intérieur on emploie le chloroforme en potion et à l'état de perles; à l'extérieur, on l'utilise comme révulsif, et comme calmant en pommade ou en Uniment; mais il est surtout employé comme anesthésique.

Chloroformant ion. — En mars 1847, Flourens avait déjà fait quelques expériences physiologiques sur les animaux, touchant les propriétés anesthésiques du chloroforme; mais il en resta

là. Ce ne fut qu'en novembre de la môme année que Simpson, d'Edimbourg, appliqua cet agent sur l'homme pour produire l'insensibilité pendant l'opération. C'est donc à lui que revient l'honneur d'avoir introduit le chloroforme dans la thérapeutique.

Mode d'action de l'éther et du chloroforme. — La manière dont l'éther et le chloroforme agissent sur l'économie pour produire l'anesthésie est tout à fait différente pour chacun d'eux. L'éther est un anesthésique proprement dit ; il agit à la façon de l'alcool, de l'opium, de la belladone, en s'unissant molécule à molécule aux éléments du tissu nerveux.

Le chloroforme agit d'une tout autre façon; il agit en déterminant la stase du sang à demi coagulé dans les capillaires du poumon. L'asphyxie, qui est la conséquence de cette stase, entraîne à sa suite l'insensibilité. Le chloroforme est donc un anesthésique asphyxique. On comprend dès lors qu'il puisse arriver des accidents mortels par suite del'impéritie, de l'inattention des opérateurs, et quelquefois aussi par suite d'une disposition particulière des sujets. La seule règle pour éviter ces accidents est de surveiller attentivement l'état de la respiration et du pouls pendant la chloroformisation, et de ne laisser pénétrer le chloroforme que mélangé avec une certaine quantité d'air, ce qu'on obtient en tenant à une certaine distance de la bouche et du nez la charpie imbibée de chloroforme.

Les accidents trop nombreux encore, — puisqu'en Angleterre, dans l'année 1872, on a recueilli douze cas de mort par le chloroforme, — justifient les expériences que l'on tente pour trouver un nouvel anesthésique, et, en particulier, les expériences récentes sur les injections intra-veineuses de chloral.

Chloral. — Le chloral, obtenu en 1S31 par Liebig, n'a été véritablement bien connu et étudié qu'en 1831 par M. Dumas. Le procédé de préparation employé par M.Dumas est celui dont on se sert encore aujourd'hui avec quelques modifications. Ce procédé consiste à soumettre l'alcool absolu à l'action prolongée du chlore sec. Le produit obtenu est représenté par la formule G4 HC13 O2 ou aldéhyde trichloré. C'est de l'alcool dans lequel trois équivalents d'hydrogène sont remplacés par trois équivalents de chlore.

Le chloral est onctueux et gras au toucher; d'une odeur vive qui rappelle celle du melon; très-déliquescent, l'exhalation

cutanée suffit pour le dissoudre; appliqué sur la peau, il agit comme caustique.

Solublc dans l'eau, l'alcool et l'éther, le chloral ne précipite pas par le nitrate d'argent; sous 1 influence des alcalis, même faibles, il se dédouble en chloroforme et en formiate delà base selon l'équation :

C'IICL302,2 HO X NAO,HO= CsHCL3Og XAO,C2H03 X 2HO

Hydrate de chloral. Soude. Chloroforme. Formiate de soude.

Cette réaction a pris une importance capitale aux yeux des chimistes qui ont voulu expliquer l'action du chloral sur l'organisme par celle du chloroforme qui se formerait par le dédou blement du chloral sous l'influence de l'alcalinité normale du sang (Liebreich, Personne, Byasson, Lissonde).

Le chloral anhydre est liquide, incolore, d'une saveur acre et brûlante; il se convertit rapidement en hydrate en absorbant l'humidité de l'air; il n'est point usité en médecine.

Ukydralede chloral se présente sous forme de cristaux isolés, ou sous l'apparence d'une masse saceharoïde blanche, opaque, constituée par une multitude d'aiguilles enchevêtrées les unes dans les autres. On reconnaît sa pureté en ce qu'il ne fume pas à l'air, et à ce qu'on n'obtient pas de précipité par le nitrate d'argent. Il fond à 48° et bout à HT0.

Pour obtenir l'hydrate de chloral, on mélange le chloral anhydre avec son volume d'eau distillée, et la liqueur évaporée dans le vide ou à l'air libre donne de beaux cristaux d'hydrate de chloral.

C'est l'hydrate de chloral qui est employé en médecine et non le chloral.

Liebreich, de Berlin, a eu le mérite d'appeler l'attentionsur les propriétés hypnotiques du chloral. Barde. Leben et Langenbeck en Allemagne, Bichardson en Angleterre, Demarquay et Bouchut en France, répétèrent les expériences de Liebreich, et depuis lors le chloral a été tous les jours employé en médecine. Ses propriétés générales, calmantes et hypnotiques, permettent de l'administrer dans les cas les plus divers. M. Bouchut l'emploie dans la chorée et dans l'épilepsie ; M. Labbé le conseille dans le delirium tremens; M. Bourdon, dans l'éclampsie ; M. Gubler l'emploie dans les coliques hépaiques et néphrétiques, dans les toux spasmodiques, dans la

coqueluche ; on l'emploie enfin partout où il faut calmer et combattre l'élément douleur. (Thèse inaug.,DrLissonde, 1874. Paris.)

Actio» physiologique du Moral. M. Liebreich, considérant que le chloral se dédouble en chloroforme et en acide formique sous l'influence des alcalis, pensa qu'il devait produire des effets hypnotiques et anesthésiques chez l'homme, quand il se trouverait en contact avec les liquides alcalins de l'économie. L'expérience confirma la théorie, du moins au point de vue hypnotique. Les travaux que M. Personne a communiqués dernièrement à l'Institut, confirment en grande partie la manière de voir du chimiste allemand.

Cette manière de voir a été partagée par MM. Richardson, Bouchut, Roussin, Byasson, Lissonde.

D'autres, au contraire, pensent que le chloral agit sans se dédoubler, et ils appuient cette assertion sur la différence des phénomènes qui résultent de l'action du chloral et du chloroforme sur l'organisme.

Quoi qu'il en soit de ces explications, le fait qui reste acquis, c'est que le chloral est un hypnotique et un anesthésique excellent.

D'une manière générale, 3 à 5 gram. suffisent pour amener le sommeil. Ce dernier est calme ; il arrive insensiblement et le malade, sentant ses paupières s'appesantir, pose sa tête et s'endort. Le réveil n'a rien de pénible; il ne laisse pas, après lui, ce malaise, cette céphalée que produisent les préparations opiacées.

Mode d'administration. L'hydrate de chloral est administré en lavements aux tétaniques, aux éclamptiqucs, aux aliénés. On l'emploie aussi par la méthode hypodermique, mais il détermine parfois des escharcs. Aussi ce mode d'administration estil à peu près abandonné.

On administre le chloral principalement par la bouche, en solution dans l'eau et additionné de sirop. Mais, comme ce médicament possède une certaine âcreté, M. Limousin, pharmacien, est parvenu à lui donner la forme pilulaire en triomphant de la difficulté que cela présentait, vu les propriétés hygrométriques et volatiles du chloral. M. Limousin enferme l'hydrate de chloral, préalablement mélangé à une petite proportion de gomme arabique, dans des capsules qui sont ensuite recouvertes de sucre à la manière des dragées.

PATHOLOGIE. 65a

Le chloral périt'' de Limousin représente 25 centigram. de chloral par dragée. Il est bon de boire un verre d'eau après avoir pris les capsules afin d'éviter autant que possible l'action irritante du chloral sur la muqueuse de l'estomac.

Dans ces derniers temps, M.Oré a imaginé un autre moyen d'introduire le chtoral dans l'économie, par l'injection intraveineuse. M. Oré fait une solution de 10 gram. d'hydrate de chloral dans 30 gram. d'eau distillée et il injecte cette solution en plusieurs fois dans la veine du bras. En général, après l'injection de 6 à 8 gram., le malade est complètement anesthésié, et on peut exercer sur lui les traumatismes les plus graves sans qu'il ressente la moindre douleur. La méthode de M. Oré a été expérimentée à Paris avec des succès divers. Dernièrement M. Dcneffe et Van Wetter (Belgique) ont communiqué à l'Institut l'observation d'un malade qu'ils avaient complètement endormi selon la méthode de M. Oré, et auquel ils avaient enlevé un cancer du rectum. Nous ne nous prononcerons pas sur la valeur de cette méthode qui nous parait peu physiologique ; mais la parole est en ce moment à l'expérimentation.

Usage externe du chloral. — Depuis quelque temps, on a cherché à tirer parti des propriétés antiseptiques du chloral, mises en lumière par les travaux de MM. Personne, Dujardin-Beaumetz, Hirne, etc. M. Demarquay à Paris, M. Richardson en Angleterre, M. Francisco Aculelto en Italie conseillent les applications externes de chloral dans le traitement des ulcères phagédéniques, dans celui des plaies cancéreuses, dans les trajets listuleux de tumeurs blanches, et aussi dans les cavités naturelles et dans les kystes. Suivant ces médecins, on obtient ainsi une modification rapide des surfaces ulcérées, la disparition de l'odeur fétide, et souvent le soulagement de la douleur.

La solution employée en pareil cas varie de I à 5 grammes de chloral pour 25 grammes d'eau distillée.

Pour rendre ces applications caustiques plus faciles, M. Limousin a inventé des crayons de chloral qu'il compose avec un mélange de chloral, dégomme arabique et de paraffine.

Métachloral. — M. Liebig a constaté qu'en mettant du chloral anhydre en contact avec de l'acide sulfurique, on obtient un corps solide, incolore , peu soluble dans l'eau et présentant la même composition que le chloral. Il régénère le chloral quand on le chauffe cà 150 ou 200 degrés. Le métachloral se présente

sous la forme d'une poudre blanche, fine et ténue. Il est moins caustique que l'hydrate de chloral et moins hygrométrique. On l'emploie pour le pansement des plaies.

Chloralisme. — Les préparations de chloral rendent tous les jours de réels services; mais leur emploi n'est pas tout à fait sans danger. En Angleterre, en Allemagne, en France, on a pu recueillir de nombreuses observations qui prouvent que ce médicament pris pendant longtemps, ou à trop haute dose, peut produire des accidents graves et quelquefois mortels. M. Gublcr donne le nom de chloralisme à l'ensemble des accidents produits par le chloral. Dans le chloralisme aigu, on constate des vomissements, des vertiges, de l'hébétude et des éruptions diverses. Ceci pour les cas légers.

Dans les cas graves, il y a de la pâleur, des sueurs froides, des troubles de la vue, faiblesses du pouls, stupeur, coma, convulsion tétaniforme et parfois la mort. Dans le chloralisme chronique, on trouve l'hypcresthésie, la desquamation épidermique des doigts, des ulcérations superficielles autour des ongles, l'anasarque, un érythème cutané avec œdème, rougeur, et gonflement de la conjonctive, angine (M. Ludwig Kirn).

La dyspepsie, les palpitations accompagnent souvent cet état qui se termine quelquefois aussi par la mort, surtout chez les aliénés. M. Chrichton-Browne, directeur de l'asile de Wesl- Riding, a constaté que l'usage prolongé du chloral peut produire une paralysie des vaso-moteurs; d'où, selon lui, l'hyperémie de la peau et l'érythème. Cette action paralysante pourrait même s'étendre jusqu'à la moelle et déterminer la paralysie des extrémités.

Ces accidents, contre lesquels on n'a eu à opposer jusqu'à présent que la cessation du remède, commandent une certaine réserve dans l'emploi du chloral, surtout s'il doit être longtemps continué.

Propylamine et triméthylamine. — En l'an 1850, Wertheim, distillant de la narcotine avec de la potasse caustique, à une température de 220 degrés, découvrait un composé nouveau, sorte d'alcaloïde artificiel ayant pour formule C6 H9 Az et auquel il donna le nom de propylamine. Depuis lors on a trouvé la propylamine dans d'autres conditions : Winckler dans l'ergotine; Yicke, dans les fleurs de l'aubépine; Dessaigues, dans le sang de veau non putréfié; MM. Girardin et Mai-

ehand, dans la saumure de hareng. La propylamine retirée de la saumure de hareng est un liquide limpide, incolore, d'une saveur acre et d'une odeur de poisson gâté.

Triméthy lamine. — La triméthylamine est également un alcaloïde artificiel que Ton retire de la saumure de hareng et qui a pour formule G" H9 Az. L'identité de formule n'entraîne pas fatalement l'identité d'association moléculaire, et l'on considère généralement la propylamine et la triméthylamine comme deux corps isomériques possédant d'ailleurs des caractères différents, quant à leur point d'ébullition : la propylamine bout entre 49 et 50 degrés tandis que la triméthylamine bout entre £ et 5 degrés.

Gomme il est très-difficile de se procurer dans le commerce des échantillons de propylamine et de triméthylamine ayant une composition identique, M. Andinan a proposé, pour avoir toujours un produit fixe et bien déterminé, de remplacer la propylamine et la triméthylamine par le chlorhydrate de triméthylamine, très-facile à se procurer, et dont l'odeur est moins désagréable que celle des bases. Ce sel est cristallisable et il jouit des mêmes propriétés que les solutions de propylamine et de triméthylamine; il y aurait donc beaucoup de bons motifs pour qu'on l'adoptât de préférence à ses bases.

Arvenarius (de Saint-Pétersbourg) est le premier qui ait employé la propylamine (1851) contre le rhumatisme. Bien que les succès publiés fussent des plus recommandables, le nouveau traitement attira peu l'attention du monde savant, et ce n'est qu'en 1872 que M. le Dr Massias (de Venise) reprit la question et publia un mémoire appuyé sur des observations nouvelles (Giornale di scienze mediche, mai et juin 1872).

M. Massias a donné à ses malades un gramme de propylamine, dissous dans 120 gram. de véhicule, à prendre dans les vingt-quatre heures. 11 résulte de ses observations que ce médicament agit sur le pouls et sur les sécrétions à la façon de la digitale et de la digitaline, et que la propylamine est mieux supportée que ces dernières. En Amérique, la propylamine a été employée avec non moins de succès par M. John Gaston et par beaucoup d'autres.

En 1873, M. Dujardin-Beaumctz a essayé la propylamine sur sept rhumatisants, à la Maison municipale de Santé, et il a obtenu des résultats bien supérieurs à ceux qu'on obtient

avec les autres médications. Le premier effet observé par M. Dujardin-Beaumetz a été la disparition de la douleur en vingt quatre ou quarante-huit heures; puis, la diminution de la fièvre et le retour de l'appétit (Société médicale des hôpitaux, janv. 1873). M. E. Besnier, M.Brouardel, ont confirmé ces résultats par leurs observations : mais est arrivé M. Gubler qui n'a rien constaté du tout, et, loin d'accréditer ce qu'on disait de bon en faveur de la propylamine, il pense que ce médicament est plutôt nuisible qu'utile.

MM. Potain et Bucquoy ont constaté également que la propylamine n'avait pas toute l'efficacité annoncée contre le rhumatisme. MM. Gombart et Féréol ont obtenu des résultats tout aussi peu favorables: il n'est pas jusqu'à M. Dujardin- Beaumetz lui-même qui n*ait reconnu, après de nouvelles observations, que la propylamine présente des inconvénients dans certains cas. Voilà où nous en sommes touchant ce nouveau médicament. Notre sentiment est que la difficulté de se procurer un médicament toujours identique est en grande partie la cause des variations que nous venons de signaler dans les résultats de l'observation. Il ne faut pas oublier non plus, dans cette appréciation, que le rhumatisme est loin d'être toujours identique, quant à la facilité avec laquelle on le guérit. On rencontre parfois des périodes pendant lesquelles tous les rhumatismes guérissent par n'importe quelle médication. Dans tous les cas, il nous répugne de croire que des observateurs de talent aient pu se tromper à ce point d'être complètement opposés quant à l'interprétation de l'action physiologique d'un médicament. Attendons. Telle est notre conclusion.

Acide salicylique. — M. le docteur Douglas Hogg, auteur d'un mémoire sur l'acide salicylique, dit avec raison que les publications sur cette substance ont été tellement nombreuses qu'il est difficile de dire à qui appartient le mérite d'avoir le premier utilisé ce corps en thérapeutique. Dès 1839, on le connaissait comme produit de laboratoire, et la salicine, d'où il a tiré son nom, occupa vivement, il y a trente ans, l'attention des médecins.

Piria, le premier, en 1838, obtint l'acide salicylique en traitant l'essence de Beine des Prés (la spù'ia idmaria) par la potasse; plus tard Cahours, en 1841, l'obtint de l'essence de "Wintergreen (gaultkeria procumbens).

Les modes d'obtention, par synthèse, sont aussi variés que nombreux, et nous ne saurions les citer dans cet aperçu rapide ; mais nous indiquerons le procédé d'obtention le plus en usage, celui de Kolbe, qui consiste à traiter l'acide phénique cristallisé par une solution titrée de potasse ou de soude.

Le phénatc de soude ainsi formé est soumis à l'action simultanée d'une forte température, 250°, et de l'acide carbonique, et on obtient dans la cornue, comme résidu de l'opération, une masse grisâtre qui n'est autre que le salicylate basique de soude.

Traité à son tour par l'acide cblorhydrique, ce composé donne finalement de l'acide salicylique qu'on purifie, par des cristallisations successives, dans l'eau et dans l'alcool.

Ainsi obtenu, l'acide salicylique est blanc, cristallisé, sans odeur; il est soluble dans l'alcool, dans l'éther, mais relativement peu dans l'eau. Sa formule est CuH606.

Sa causticité est très-grande et sa poussière irrite les muqueuses du nez et de la bouche ; comme un véritable sternutatoire, il provoque l'éternuement; en raison même de cette causticité, son ingestion n'est pas toujours sans danger : aussi l'a-t-on remplacé, dans la pratique médicale, par le salicylate de soude, son dérivé, qui possède tous ses avantages sans en avoir les inconvénients.

L'acide salicylique, à dose élevée, détermine tout d'abord la chaleur de la face avec congestion céphalique; le champ visuel est troublé par des nuages et des scotomes ; les oreilles tintent horriblement, et après ce stade de congestion la peau se recouvre de sueurs profuses.

A quelle dose l'acide salicylique est-il toxique? La chose est difficile à déterminer, car des accidents réels d'intoxication se sont produits aux doses relativement peu élevées de 3 à i gram. tandis que d'autres fois les malades ont pu supporter impunément 8 à 10 gram. par jour.

Quelques instants après l'administration de l'acide salicylique, on constate facilement sa présence dans l'urine à l'état d'acide salicylurique. Une solution de perchlorure de fer au 1/10 détermine une coloration bleue, persistante, qui décèle la présence du médicament.

Applications thérapeutiques. — Ce n'est guère que depuis les remarquables travaux de Kolbe, en Allemagne, que les proprié-

tés thérapeutiques de l'acide salicylique ont été étudiées et connues tant en France qu'à l'étranger.

Usage externe. — C'est Tresk qui, le premier, à l'hôpital de Leipsik, songea à utiliser les propriétés de l'acide salicylique dans le traitement des plaies, remplaçant ainsi la solution phéniquée dans le pansement de Lister. Cette application, comme le dit fort bien le professeur Gubler, n'est pas heureuse ; car le défaut de volatilité enlève à l'acide salicylique l'avantage de produire une atmosphère antiseptique autour des malades ; de plus le maniement de la ouate salicylée est rendu impraticable par la poudre qui s'en échappe, et qui détermine l'excitation des muqueuses du malade et de l'opérateur. (Lucas- Championnière.)

Le seul moyen d'employer l'acide salicylique comme antiseptique dans le pansement des plaies, c'est de le dissoudre dans l'alcool légèrement étendu d'eau afin d'empêcher sa précipitation.

(sage interne. — L'acide salicylique a été tout d'un coup, avec un engouement extraordinaire, employé dans une foule d'états morbides différents, et il est peu de maladies contre lesquelles son emploi n'ait été tenté.

Aujourd'hui, il paraît certain que l'acide salicylique, sans être le spécifique du rhumatisme, comme le mercure l'est de la syphilis, constitue cependant un moyen véritable de calmer les vives douleurs des rhumatisants. (Guéneau de Mussy, Hérard, Potain, G. Sée, Desnos, Féréol, Oulmont.)

Les accès perdent de leur intensité , de leur durée ; le gonflement des articulations diminue avec une surprenante rapidité; mais le médicament n'empêche pas le développement habituel des complications cardiaques. Doses : de 4 à 8 gram. par jour, dissous dans 120. gram. d'eau alcoolisée et par cuillerées.

Dans la fièvre typhoïde, les diphthéries, l'acide salicylique n'a encore donné que des résultats trop incertains pour pouvoir être rappelés ici. Toutefois, certains praticiens (Jaccoud) le recommandent chaleureusement dans la fièvre typhoïde, comme antiseptique puissant.

Salicylates, salicylate de soude. — Nous avons déjà dit combien l'emploi de l'acide salicylique est difficile en thérapeutique à cause de son peu de solubilité dans l'eau. Pour

obvier à cet inconvénient, divers moyens ont été proposés; le citrate d'ammoniaque (Cassan), le phosphate de soude (Lissonde), l'alcoolat de citron ou du jus de citron (Guéneau de Mussy).

Il est préférable d'avoir recours au salicylate de soude, trèssoluble dans l'eau, et qui se prête admirablement à tous les modes pharmaceutiques. Ce sel est blanc, inodore quand il est bien pur, cristallisé en aiguilles, soyeux, très-hygrométrique.

On l'obtient en saturant l'acide salicylique par le bicarbonate de soude, évaporant à siccité et faisant cristalliser dans l'alcool concentré. Ce sel a pour formule CnH4Na206 et résulte de la combinaison à équivalents égaux de la soude et de l'acide salicylique ; il ne contient donc que moitié de son poids d'acide; aussi, dans son administration, il est nécessaire pour obtenir des résultats appréciables d'élever la dose de 6 à 10 grammes par jour.

Les applications internes et externes du salicylate de soude sont les mêmes que celles de l'acide salicylique; son mode d'action est d'ailleurs identique ; il en offre tous les avantages et n'en a pas les inconvénients.

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