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QUATRIÈME LIVRE

La physique et la chimie ont reçu des applications nombreuses à la médecine, par la raison bien simple que, constituées pour résoudre les problèmes du mouvement sous toutes ses formes, les mouvements spéciaux de la vie ont dû nécessairement faire partie de ces problèmes, en tant qu'on les considère comme mouvements chimiques et physiques. C'est ainsi que le physicien et le chimiste sont devenus forcément les collaborateurs du médecin et du physiologiste, dans l'étude de l'état sain et de l'état morbide.

La nature des rapports de la botanique et de la zoologie avec la science de l'homme diffère de celle que nous venons de déterminer à propos de la physique et de la chimie. Si l'on en excepte, en effet, les circonstances dans lesquelles le zoologiste et le botaniste nous fournissent leurs connaissances spéciales, pour nous aider à reconnaître la cause, d'origine végétale ou animale, de certaines maladies, nous ne trouvons pas que leur intervention ait été d'une utilité formelle dans la solution des problèmes qui concernent l'état physiologique et l'état morbide.

Les services rendus par la botanique et la zoologie à la médecine sont d'un ordre tout différent : elles fournissent au médecin le secret de la boîte de Pandore, source de tout bien et de tout mal. C'est de cette boîte, en effet, que sortent les poisons, les venins et les virus. C'est dans cette boîte également que nous allons chercher les remèdes à tous les maux.

Ainsi considérées, la botanique et la zoologie reçoivent de nombreuses applications à la médecine, car elles constituent presque en entier la matière médicale et, sous le nom de parasitisme, une classe très-importante de maladies.

On comprend que nous ne puissions pas exposer ici l'état actuel de la botanique et de la zoologie. Mais, avec un peu de méthode, nous espérons pouvoir donner une idée suffisante des principales applications de la botanique et de la zoologie à la médecine.

Cette méthode consiste à examiner séparément la botanique et la zoologie et à passer en revue, sous les noms de matière médicale et de parasitisme, les applications médicales que nous devons signaler pour chacune d'elles.

lo MATIÈRE MÉDICALE.

L'idée d'emprunter au règne végétal des moyens d'action pour la cure des maladies remonte à la plus haute antiquité, à une époque où il n'y avait pas de botanistes, mais où, par contre, il y avait beaucoup d'empiriques et de médecins. Les effets de certains végétaux alimentaires sur le corps mirent sans doute sur la voie, et l'empirisme fit le reste.

Nous lisons dans Homère que les guerriers avaient une certaine connaissance de la vertu des simples, et qu'ils n'ignoraient point quelques-unes de leurs propriétés toxiques. Cette connaissance, d'ailleurs, est commune à tous les peuples primitifs. Les Indiens se servirent de tout temps d'un mélange de sucs de plantes (curare) pour empoisonner leurs flèches.

Heraclite, qui vivait à la fin du trente-huitième siècle avant Jésus-Christ, est un des auteurs les plus anciens qui aient écrit sur la botanique, au point de vue médical. Il est un des premiers qui aient fait usage de V opium, qu'il associait le plus souvent à du suc de ciguë, à de la jusquiame, à du castoreum, à du poivre blanc et à de la myrrhe.

Xénocrate était connu pour son habileté à préparer des filtres, à l'effet de provoquer l'amour, ou pour empêcher de concevoir, ou enfin pour faire avorter.

Dioscoride, qui vivait en 36 avant J.-C, a publié un traité de botanique et de matière médicale qui résume tout ce qu'on savait à cette époque sur la vertu médicinale des plantes. Ce traité est d'ailleurs assez complet et il a servi de guide aux médecins jusqu'au seizième siècle, h' aconit, la rue, la fougère mâle, Vhuile de ricin, la digitale, etc., s'y trouvent décrits avec leurs propriétés.

Les Arabes apportent ensuite leur contingent de drogues empruntées au règne végétal. *

Simon Seth, qui vivait en 1031, parle, dans un ouvrage spécial, du camphre, de l'ambre (en tant qu'il provient d'une gomme résine), de la casse, du séné, etc.

Jusqu'au seizième siècle, le règne végétal fournit d'innombrables matériaux à la matière médicale : mais ces applications sont tout à fait empiriques, empruntées le plus souvent au hasard et, dans tous les cas, indépendantes d'une connaissance raisonnée des caractères botaniques. C'est à partir de ce moment que la botanique se constitue peu à peu comme science ; Tournefort et Linné introduisent la méthode dans ses classifications, et, dès lors, elle peut nous fournir des renseignements utiles et raisonnes.

A cette môme époque, la découverte de l'Amérique et les voyages dans l'extrême Orient emplissent nos officines de nouvelles ressources. Le tabac, importé du Mexique à Lisbonne en 1520, est introduit en France par Nicot en 1558. Le baume du Pérou est importé par Monard en 1 580 ; le baume de copahu est importé du Brésil, en 1618, par Margref et Pisan ; les Allemands nous font connaître la cascarille provenant des îles de Bahama ; Tulpius, en 1611, nous fait connaître le thé et ses caractères botaniques; Prosper Alpin, en 1610, nous décrit les propriétés et les caractères botaniques du café; Guillaume Pisan appelle le premier l'attention sur Vipécacuanha et sur ses propriétés contre la dyssenterie (on sait qu'Helvétius administra ce remède au fils de Louis XIV) ; en même temps, la racine de simarouba est importée de la Guyane par Wegner; mentionnons également le polygala de Virginie et enfin le quinquina.

Les quinquina proviennent tous de l'Amérique du Sud (Venezuela et Bolivie) et croissent dans une zone de 800 lieues ; ils ont été introduits en Europe dans la première moitié du

dix-septième siècle (1638). Ce ne fut qu'en 1668 que Talbot, en Angleterre, connut les véritables propriétés du quinquina contre les fièvres ; mais il garda longtemps son secret et le vendit au gouvernement français pour le prix de 2,000 louis d'or et une pension viagère de 2,000 fr. Le gouvernement publia le secret après la mort de Talbot. La description botanique de l'une des espèces du quinquina est due à La Condamine dès l'an 1738.

Constituée telle qu'elle est aujourd'hui, la botanique est au niveau des autres sciences naturelles.

Les caractères bien déterminés des familles végétales permettent aux botanistes d'éclairer le médecin sur bien des questions qui intéressent non-seulement la pratique, mais encore les progrès de la science. Il est, en effet, des caractères généraux propres à certaines familles végétales qui permettent de découvrir des succédanés de médicaments déjà employés. Souvent, dans des voyages de long cours, des médecins instruits ont pu sauver des équipages en donnant à manger des plantes de la famille des crucifères qui, presque toutes, ont des vertus antiscorbutiques. Un autre avantage des connaissances botaniques, au point de vue de la médecine, est de fixer clans l'esprit du médecin les caractères scientifiques des substances dont il se sert. Dans un moment où la médecine s'entoure de toutes les connaissances qui peuvent donner à ses actes un caractère de précision et de certitude, il n'est pas indifférent que le médecin puisse, à l'occasion, trouver une source d'indications nouvelles dans la connaissance approfondie de la botanique.

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