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PARASITISME VÉGÉTAL

Le parasitisme végétal constitue aujourd'hui une des branches les plus intéressantes de la pathogénie, grâce aux travaux de Bassi sur la maladie des vers à soie, de Schœnlein sur la teigne, de M. Ch. Robin (1), de M. Davaine (2), de M. Pasteur et de bien d'autres.

Tantôt le parasite végétal n'est que le témoin, et en quelque sorte le résultat d'une maladie préexistante; d'autres fois, il

(1) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites.

(2) Davaine. Traité des entnznaires.

BOTANIQUE. t!67

constitue, par lui-môme, un état morbide défini, plus ou moins grave; tantôt, enfin, sa présence et son activité peuvent entraîner la mort. Ainsi donc, de toute façon, la présence des parasites végétaux sur le corps humain constitue un état qui doit préoccuper le médecin.

Les parasites végétaux sont des organismes microscopiques placés à ce niveau de l'échelle des êtres où les caractères distinctifs de la vie animale et de la vie végétale ne se présentent pas toujours avec des signes évidents et formels. C'est ainsi que ces corpuscules vivants, qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de bactéries, coccos, etc., étaient classés, par Dujardin, Ehremberg, et la plupart des zoologistes, parmi les infusoires flagelliferes du genre monas. M. Ch. Robin, en 1853, avait proposé de faire entrer quelques-uns de ces prétendus animaux dans le genre leptothrtx buccalis de Robin. M. Davaine, en 4859, démontra que ces mêmes organismes doivent être classés, en qualité de végétaux microscopiques, à côté des conferves filamenteuses et des oscillariées. M. Cohn, adoptant cette manière dé voir, chercha à prouver que les bactéries sont le jeune âge du genre zooglœa Cohn, et que les spirillum sont des oscillaires. Robenhorst, de Rary, Lueders, Hallier, ont confirmé, parleurs travaux, l'opinion de leurs devanciers, touchant la nature végétale des vibrioniens, et c'est parmi les végétaux que l'on tend aujourd'hui à classer définitivement les genres vibrion et bacteriinn. Tous ces corpuscules vivants sont insolubles dans l'ammoniaque, tandis que les corpuscules vivants, de nature animale, sont parfaitement solubles dans le même liquide.

A côté de cette difficulté à peu près résolue, il en est une autre qui concerne exclusivement une question de classification.

Dans quelle famille doit-on ranger certains parasites végétaux ?

Jusqu'ici on classait tous ces parasites, soit dans la famille des champignons, soit dans celle des algues (1).

C'est ainsi, par exemple, qu'on classait le cryptocoque du ferment, les leptothrix, etc., parmi les genres de la famille des algues (Ch. Robin et autres). MM. H. Hoffmann, Ernst Hallier,

'1; Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux 'parasites. is.i:i.

Lueders, ont démontré que les parasites végétaux du corps humain appartiennent aux champignons seuls. Hallier surtout semble avoir prouvé que les parasites végétaux de l'homme appartiennent tous à la famille des champignons, en démontrant que certaines formes, décrites comme des types distincts, classées dans les algues, tels que le cryptocoque, le leptothrix buccal, ne sont pas des végétaux proprement dits, mais des états, des formes de développement communs à plusieurs champignons inférieurs.

On voit, d'après ce qui précède, que l'histoire naturelle des parasites végétaux est loin d'être achevée. C'est pourquoi, sans prendre parti ni pour les uns ni pour les autres, nous nous bornerons à une simple énwnération descriptive, après avoir dit toutefois un mot sur la nature des champignons parasites parmi lesquels on peut ranger, sans crainte de se tromper, la plupart des parasites végétaux.

Champignons parasites. — Les champignons parasites se présentent sous forme de cellules isolées ou multiples, et, dans ce dernier cas, unies bout à bout et disposées en tubes droits ou flexueux. Ces végétaux sont constitués par trois parties principales : le mycélium, les spores et le réceptacle. Le premier représente le corps du végétal, les secondes sont les organes reproducteurs, le troisième est composé de filaments simples ou complexes qui naissent du mycélium et dont la destination est de porter les spores.

Le mycélium se présente tantôt sous la forme de filaments distincts, tantôt sous forme de membrane constituée par des filaments feutrés, tantôt sous forme de filaments ramifiés.

Les spores se développent soit par prolifération cellulaire dans la cellule-mère, soit par bourgeonnement, soit enfin par segmentation ou gemmation de cellules-mères (sporanges).

Dans l'étude des champignons parasites, il est fort utile de savoir que la plupart d'entre eux sont polymorphes. D'après M. Hallier, les parasites de l'homme appartiennent à un petit nombre d'espèces susceptibles de se montrer avec des modifications profondes. Ce sont ces modifications qui ont été souvent décrites pour des types distincts. C'est ainsi que l'état de moisissure est l'état-type sous lequel on trouve les champignons se développant à l'air libre, dans les conditions normales : l'état d'achorion. celui de leptothrix, de torulu, d'acrospore

seraient au contraire les états qui résultent de la privation de la lumière ou du séjour dans un lieu où l'air est altéré.

Trichophyte tonsurant (Malmsten). — Ce champignon est la cause déterminante de Yherpès circinné, de la teigne tonsurante et de la mentagre (Trïchopkytie de Hardy). 11 est composé

Fig.*79. - Trichophyte tonsurant.

Tige de cheveu b cassée au niveau de la peau c et spontanément rompue à quelques millimètres au-dessus a. Cette tige est infiltrée de chaînes de spores écartant les fibres longitudinales (1).

de spores longues de i à 10 millièmes de millimètre, rondes ou ovales, disposées en chapelet.

Le trichophyte se développe de préférence sur les parties couvertes de poils; on le trouve sur la tête, dans l'intérieur des cheveux; sur la face et le tronc, il donne lieu à des éruptions pustuleuses, quelquefois papuleuses, et, en définitive, à ces taches érythémateuses circulaires qui représentent les diverses formes de l'herpès circinné.

(1) E. Lancereaux, Anatomie pathologique , t. I. p. 762.

Voir ci-dessus, d'après M. Lancereaux, un spécimen de trichophyte dans l'intérieur d'un cheveu.

Microsporum furfur. (C/t. Robin.) — Ce champignon est la cause du pityriasis versicolor, du pityriasis nigra et de quelques éphélides lenticulaires; il vit aux dépens de l'épiderme et se présente sur toutes les parties du corps, principalement sur le tronc et le thorax. Gomme on peut le voir dans la ligure 80, il est formé de filaments courts, inarticulés, entre

Fig. 80. — Microsporum furfur.

Tulies vides et spores agglomérées, obtenus par le raclage de la peau au niveau d'une tache de pityriasis versicolor (1).

lesquels se trouvent les amas de spores. Celles-ci n'ont que quelques centièmes de millimètre de diamètre.

Microspore d'Audouin. — Découvert par Gruby, en 1843, ce champignon se compose de filaments ondulés, parallèles aux stries des cheveux, ramifiés et constituant autour du cheveu une gaine feutrée. Les spores sont adhérentes à ces filaments ; elles sont rondes ou ovales, transparentes, et présentent un diamètre de 0mm,001 à 0mm,005.

On attribue à ce champignon le développement de la teigne pelade [porrigo decalvam) ; mais, d'après M. Lancereaux, il est douteux qu'un cryptograme, aussi superficiellement placé, produise les désordres anatomiques delà pelade.

Achorion de Schœnlein. (Bemak.) — L'achorion est le champignon qui, par son agglomération, constitue les cupules jaunes du favus. 11 se compose de tubes cylindriques ramifiés qui donnent naissance aux réceptacles.

(1) LANCEkÈAux, Anut, pathologique, t. lt p, ^05-

Les spores ou ovales qui se développent sur ces derniers sont rondes ou ovales, libres ou articulées bout à bout; elles renfér-

Acliorion de Schwnlein.

Tube mycélien de Yachoriou Scœhnleinii flexueux . supportant des filaments articulés plus volumineux, remplis de spores, et spores libres ou agrégées (1).

ment des granulations moléculaires douées d'un mouvement brownien très-vif après l'action de l'eau.

Ce parasite prend naissance dans les couches profondes de l'épidcrme, et on le rencontre sur toutes les parties du corps : cuir chevelu, conduit auditif, face, tronc, sillon des ongles.

Pénicillium. — Les parasites de ce genre constituent la

¥\g. 82. — Penicilium glaueum (d'après Decaine et Le Maout (2).

plupart des moisissures qui se développent sur les matières végétales en décomposition (pain, fruit). Ils sont généralement formés par des filaments dressés, cloisonnés, se termi-

(1) E. Lancereaux, loc. cit.

(2) E. Lancereaux, loc. cit., p. 74.

nant par un pinceau de rameaux dont les extrémités portent des chapelets de spores simples et nues.

M. Hallier a trouvé des spores de ce champignon sur des plaques de diphthérite; il les a cultivés dans du sirop de sucre, et il a ainsi obtenu un filament épais de pénicillium glaucum.

Aspergillus. — L'aspergilhis est composé de filaments stériles, les uns simples non articulés, les autres tubulés et articulés, donnant naissance à des réceptacles que terminent

Fig. 83. — Aspergittus nigricans.

Végétant dans le cérumen de l'oreille; l'un des capitules b montre la disposition des cellules sporophores. — A. Spores à un plus fort grossissement montrant les détails de la structure.

des capitules arrondis, couverts de spores simples ou doubles. Ce champignon a été trouvé a l'état de parfait développement dans le conduit auditif externe et particulièrement sur la membrane du tympan, à la surface de laquelle il forme une couche, épaisse de 1 à 3 millimètres. On le trouve également aux ongles après une exfoliation préalable de l'épiderme, dans les parties ulcérées du poumon, au niveau des foyers gangreneux des diabétiques.

La figure ci-dessus, empruntée à YAnatomie pathologique de M. Lancereaux, représente un beau spécimen de ce champignon.

Mucor mucedo. — Ce champignon est constitué par un mycélium qui donne naissance à des réceptacles floconneux, veloutés, simples ou rameux. Les spores sont renfermées dans un sporange terminal muni ou non d'une columelle centrale.

Le mucor mucedo se trouve sur toutes les substances suceptibles de fermenter. Ingéré avec les aliments, il donne lieu à un empoisonnement caractérisé par de la céphalalgie, des vertiges, des i\ nausées, des vomissements.

On a trouvé le mucor mucedo, chez l'homme, sur des plaques de gangrène sénile, à la surface des ulcères, des vésicatoires et dans les cavernes pulmonaires résultant de gangrène.

Chionyphe Carteri. Berkeley. — Ce champignon a été découvert par Fis- sl- a. Mucor mucedo a^ec

. , , • j 7 ir i cf trois sporanges; 6, autre mu-

Carter dans le pied de Madura, affec- cor, un seul sporange (i). tion endémique dans quelques parties

de l'Inde (Madras, Pondichéry. Madura), et qui est caractérisée par un gonflement des mains ou des pieds suivi de suppuration.

Le chionyphe est composé de tubes cloisonnés et ramifiés , émanant d'une masse centrale, et de cellules allongées, rondes, ou irrégulières sans noyaux. Les spores se développent à l'extrémité de certains tubes qui offrent en cet endroit un renflement spécial.

Oïdium albicans. (Ch. Robin.) — L'oïdium albicans est le champignon du muguet. Il est constitué par des filaments tubuleux sporifères, cloisonnés et formés de cellules allongées articulées bout à bout. A l'état adulte, les filaments sont ramifiés. On trouve les spores soit à l'extrémité des tubes, soit à la surface des cellules épithéliales du mucus buccal à laquelle elles adhèrent fortement. Ces spores sont sphériques ou ovales, à bord net, foncé, et à centre brillant; elles renferment une poussière douée de mouvement brownien.

Ce champignon peut se développer sur tous les points des

(i) E. Lancereaux, loc. cit., p. 753.

muqueuses digestive, respiratoire, génitale ; mais c'est surtout dans la bouche qu'on le rencontre.

Fig. 85. — Oïdium albieans.

Cellules épithéliales, filaments et spores du muguet. Les tubes du champignon régulièrement cylindriques contiennent des granules moléculaires dans leur cavité. L'extrémité d'origine est cachée dans des amas de spores et de lamelles épithéliales, l'autre est arrondie, ou bien elle est formée de cellules ovoïdes, articulées bout à bout; les spores sphériques ou ovales sont isolées ou réunies en chaîne (1).

Sarcina ventriculi. [Goodsir.) — La sarcine se présente

sous forme de masses cubiques, prismatiques, de couleur

~ brune très-claire, constituées par des cellu-

Xfew tfgQ les cubiques, prismatiques à angle mousse,

© Ji§P © renfermant un noyau, et offrant un diamè-

2? tre de 0mm,008. Ces cellules sont groupées

tw &M par *■ '■ 16' 3-- 6i-

cc^y <o«-a<^ Ce végétal a été trouvé dans la matière Fig. 86. — Sarcine [merîsmo des vomissements à laquelle il communipxdia), daprès Moquin- cme une couleur brune ou verdàtre. Généralement, cette matière est acide. On a trouvé également la sarcine sur les foyers de gangrène du poumon, du rectum, et on pense qu'elle favorise le développement de cette dernière.

Cryptococcus cerevisise. — Constitué par des cellules ovoïdes ou sphériques, renfermant un noyau d'apparence graisseuse, le cryptococcus cerevisise se présente sous forme de petits chapelets composés de trois à cinq cellules. Ce champignon a été trouvé dans les enduits de la langue, dans les matières

(1) E. Lancereaux, loc. cit., p. 769.

du vomissement, dans les selles. M. Robin pense que sa présence est un épiphénomène sans signification pathologicpae.

Fig. 87. — Criptococcus cerevisix.

Leptothrix buccal. (Ch. Robin.) — Ce champignon est composé de filaments longs de 0mm,020 à 0mm,100. Ces filaments sont tubuleux, incolores, assez raides, droits ou courbes, et ils

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Fig. 88. — Leptothrix buccal.

' Parasites divers trouvés à la surface de lalangue dans un cas de stomatite. — a, leptothrix buccal développé sur des cellules épithéliales ; b, bactéries; c. cercomonas (Y).

se réunissent sur une base granuleuse. On ne connaît pas le mode de reproduction de ce végétal. On le trouve à la surface de lalangue, autour du collet des dents, dans les dents cariées.

(1) Lanceréaux» Anatomie pathologique ', t. I, p. 757.

Micrococcos et microzymas. — Quand on arrive avec le microscope à la limite des éléments perceptibles, on se trouve en présence de petits corpuscules qui ont été désignés par les auteurs sous différents noms : monas crepusculum (Ehremberg), monades (Hueter), zooglsea (Gohn), microsporon septicum (Klebs), micrococcos (Hallier), microzymas (Béchamp).

Confondus d'abord avec les granulations moléculaires, les microzymas ou micrococcos ont été distingués de ces dernières. Voici comment s'exprime M. Estor sur ce sujet :

« 11 existe, dans presque toutes les cellules des animaux, des granulations moléculaires notées par tous les histologistes. Ces granulations ont été rarement étudiées ; M. le professeur Robin distingue quatre espèces de granulations : 1° les graisseuses solubles dans l'éther, insolubles dans l'acide acétique et dans l'acide gallique, 2° des granulations plus ou moins semblables aux précédentes, mais solubles dans les deux acides qui viennent d'être nommés ; 3° des granulations grises ou poussière organique ayant un pouvoir réfringent faible, ne présentant pas, comme les deux premières espèces, un contour formé et un centre brillant, jaunâtre, solubles dans l'acide acétique, la potasse, la soude, etc.; i° des granulations pigmentaires.

« Si l'on joint à ces détails la propriété d'être douées d'un mouvement brownien très-vif, on aura un résumé des notions enseignées jusqu'à ce jour.

« Les granulations moléculaires, observées par nous, ne rentrent dans aucune des classes étudiées par M. Robin; elles sont en apparence identiques à celles que M. Béchamp a depuis longtemps déjà trouvées et décrites dans la craie, dans les vins qui vieillissent, etc. ; elles méritent donc le nom générique de microzymas, accepté aujourd'hui et compris par tous les savants.

« Les microzymas des cellules animales ont moins d'un millième de millimètre ; pour les apercevoir distinctement, il faut un grossissement de 600 diamèt. Nous nous servons habituellement de l'objectif de Nachet avec l'oculaire 1 ou 2. Ces microzymas sont insolubles dans l'acide acétique et dans. la potasse caustique au dixième, ce qui exclut leur nature albumineuse et graisseuse. L'eau ne les altère en aucune façon, même après plusieurs jours de contact; ils sont en quelque sorte imputrescibles. Dans tous les tissus à l'état normal, les

microzymas conservent leur forme sphérique. Mais, dans des conditions anormales, ils subissent des modifications de forme qu'il est important de faire connaître (1). »

Suivent les expériences dans lesquelles MM. Estor et Béchamp ont vu les microzymas se transformer en coccos, en bactéries, etc.

Dans l'état physiologique et pathalogique les microzymas sont renfermés dans des cellules; on ne les voit pas à l'œuvre, isolés. M. Estor ne cite qu'un seul cas dans lequel on peut les voir hors des cellules : c'est dans le tubercule pulmonaire, là où les cellules ont été détruites.

MM. Estor et Béchamp font jouer un grand rôle aux microzymas ; mais, pour qu'on puisse se faire une juste idée de ce rôle, nous devons ajouter que ces savants ont cherché à démontrer expérimentalement que les microzymas peuvent se changer en bactéries de toute espèce et celles-ci en microzymas. M. Liouville a confirmé cette manière de voir par l'examen qu'il a fait des granulations contenues dans la sérosité des vésicatoires; il a vu ces granulations s'associer, s'allonger, se fragmenter et devenir de véritables bactéries à l'état libre ou associé. Le même phénomène a été observé par Billroth.

Du moment que microzymas et bactéries ne sont que les formes évolutives d'un môme organisme, MM. Estor et Béchamp ont accumulé sur les microzymas toutes les propriétés qu'on avait accordées séparément à ces deux organismes. Non-seulement le microzyma préside à l'évolution de la matière organique vivante dans les conditions normales, mais encore il est le facteur indispensable de toutes les maladies, et point n'est besoin de faire intervenir, comme le professe M. Pasteur, l'introduction dans l'organisme et l'action de germes étrangers. « L'être vivant, dit M. Estor, rempli de microzymas, porte donc en lui-même, avec ces microphytes ferments, les éléments essentiels de la vie, de la maladie, de la mort et de la destruction (2). »

Des assertions aussi graves et qui ne tendent à rien moins qu'à faire considérer le corps vivant comme un agrégat d'animaux ferments (l'idée n'est pas neuve d'ailleurs) ont dû soulever beaucoup d'opposition, et c'est ce qui a eu lieu.

(1) MM. Béchamp et Estor, Montpellier médical, janvier 1870.

(2) Estor, Montpellier médical, janvier 1870.

La tactique des opposants n'a pas répondu peut-être à ce que la science pouvait désirer. Au lieu de démontrer que les microzymas ne font pas précisément tout ce que MM. Estor et Béchamp prétendent, on a laissé de côté les microzymas des cellules et on a conservé les micrococcos en ayant soin de considérer ces derniers, non plus comme des particules animales, mais comme de petits éléments végétaux qui se multiplient par scission. D'après cette dernière théorie, le coccos serait le genre de plusieurs espèces et variétés désignés sous les noms de mégaccocos, mésococcos, micrococcos, streptococcos (coccos chaînette), ascococcos, cocco-bactérie, etc. (1).

Ces coccos proviendraient toujours des germes de l'air ou des divers liquides, d'après certains auteurs. D'après quelques autres (Billroth, Hensen, Liiders), il y a toujours, à l'état normal, des germes dans le sang.

Il est évident, d'après ce qui précède, que l'histoire naturelle des corpuscules infiniment petits , désignés sous le nom de microzymas, mio'ococcos, coccos, etc., n'est pas encore établie d'une manière suffisante, et qu'il est, par conséquent, bien difficile de se prononcer nettement à leur sujet au milieu des théories contradictoires qui les concernent.

Bactéries et vibrions. — Les bactéries et les vibrions appartiennent à la famille des vibrioniens (Dujardin) , aujourd'hui considérée comme faisant partie du règne végétal. Contrairement à ce qui arrive pour les infusoires animaux, ces corpuscules sont insolubles dans l'ammoniaque.

Tous les vibrioniens, à l'état adulte, présentent un corps filiforme susceptible d'un mouvement vacillant, non ondulatoire chez la bactérie, ondulatoire au contraire chez le vibrion. Leur longueur est de 0mm,002 à 0mm,005 (bactérie) et de 0mm,003 à 0mm,001 (vibrion). Leur épaisseur est de 0mm,00(H à 0mm,0017 (bactérie) et de 0mm,0008, à 0mm,001 (vibrion) (2).

Ces organismes vivent aux dépens des liquides organiques en décomposition où on les rencontre. La présence de l'air n'est pas nécessaire au développement de tous les vibrioniens. M. Pasteur a démontré que certains d'entre eux non-seulement

(1) M. Nepveu, Du rôle des organismes inférieurs dans les lésio?is chirurgicales. Paris, 1875.

(2) Davaine, Traité des entozoaires, p. XVII.

ne se développent pas au contact de l'air, mais encore que la présence de l'oxygène de l'air est pour eux immédiatement mortelle. De là, la division établie par M. Pasteur en éléments aérobies, et éléments anaérobies.

L'origine des vibrioniens, chez l'homme, a été l'objet de nombreuses recherches. Nous avons vu que certains auteurs faisaient provenir ces organismes des microzymas ou des coccos (Estor, Béchamp, Billroth) ; d'autres (Pasteur, Lichtenstein, Douglas, Tyndall) admettent qu'ils proviennent de l'air et des liquides dans lesquels ils sont renfermés à l'état de germes.

Le mode de reproduction est le même pour tous les vibrioniens, c'est la scissiparité.

Bien que la plupart des vibrioniens échappent à la mensuration directe, puisqu'ils ont moins d'un millième de millimètre dans leur plus grand diamètre, on a cependant établi, parmi eux, plusieurs genres et vingt-neuf espèces. M. Davaine divise les vibrioniens en quatre genres : Bacterium, vibrio, bacteridium, spirillum .

Le genre Bacterium, composé de filaments droits, réguliers, à mouvements vacillants, renferme six espèces : B. te?'mo, aérobie, a été observé dans plusieurs maladies ; B. catenula ou en chaînette ; B. punctum; B. putridinis ; B. articulation ; B. capitatum.

Le genre Vibrion est composé de filaments flexueux à mouvements ondulatoires ; il renferme onze espèces : V. régula ^Miïller) ; il se trouve dans les matières intestinales et surtout dans les déjections des cholériques; V. lineola; V. bacillus, se trouve surtout dans la matière blanche qui constitue le tartre autour des dents; V. serpens ; V. prolifer , V. synxantus , V. syncyanus ; V. butyrique; V. lactique (Pasteur); V. tartrique droit.

Dans ces derniers temps, MM. Pasteur, Joubert et Chamberland ont découvert et cultivé le vibrion qui engendre la septicémie. Ce vibrion est anaérobie. Les mêmes expérimentateurs ont également découvert et cultivé le vibrion de l'infection purulente qui est aérobie ou anaérobie, selon qu'on le cultive au contact de l'air ou dans le vide.

Ces deux espèces de vibrions sont inoculables, c'est-à-dire qu'ils peuvent reproduire sur des animaux sains la maladie dont était atteint l'animal sur lequel on les avait pris. Les précautions dont M. Pasteur s'est entouré dans ses inoculations

lui permettent d'affirmer que, dans les maladies contagieuses, infectieuses, la cause réelle de la transmissoin est un organisme microscopique et nullement un liquide infectieux, sorte de poison chimique désigné par Bergmann sous le nom de sepsine.

Le genre Bactêridie renferme six espèces. Tous les individus se distinguent spécifiquement des bactéries en ce que les filaments sont immobiles: Bactêridie intestinale; B. du levain; B. glaireuse ; B. du vin tourné; B. des infusions; B. charbon -

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Fig. 89. — Bactêridie charbonneuse et amas de globules rouges provenant du sang du cœur d'un malade mort d'une pustule maligne (1).

neuse. Nous nous occuperons plus spécialement de cette dernière.

Bactêridie charbonneuse. Cette bactêridie a été découverte par M. Davaine dans le sang charbonneux. En la soumettant à la culture, MM. Pasteur et Joubert ont pu communiquer le charbon aux animaux chez lesquels ils avaient injecté le produit de la dernière culture.

M. Pasteur a également démontré que ce champignon est aérobie et qu'il n'est pas inoculable aux poules. Cette dernière particularité a été l'occasion d'une expérience des plus curieuses. Cherchant à découvrir la cause de l'immunité des gallinacés à l'endroit du charbon , M. Pasteur s'est rappelé que la bactêridie charbonneuse ne se développe pas à des températures de 43°-ii° dans les liquides de cultures, et il a pensé

(1) Lancereaux, Anntomie pathologique, t. I, p. 78.1.

que l'impossibilité de communiquer le charbon aux poules tenait à la température de 42° que présentent ces animaux : « Si cette conjecture était fondée, dit M. Pasteur, nous devions pouvoir donner facilement le charbon aux poules en abaissant la température de leur corps. La réussite de l'expérience fut immédiate. Qu'on inocule une poule avec de la bactéridie charbonneuse et qu'on la place les jambes plongées dans l'eau à 25°, ce qui suffit pour que la température de tout son corps descende à :57°-38° (température des animaux susceptibles de prendre le charbon), et en vingt-quatre ou trente heures la poule meurt, tout son corps envahi par la bactéridie charbonneuse. Certaines expériences inverses nous ont déjà donné les résultats favorables , c'est-à-dire qu'en élevant la température d'animaux qui contractent le charbon, nous avons pu les préserver de cette affreuse maladie, aujourd'hui sans remède (1). »

Nous avions écrit les lignes qui précèdent lorsque M. Colin, d'Alfort, a lu devant l'Académie de médecine un mémoire destiné à démontrer, par de nombreuses expériences, qu'il n'y a aucun rapport constant entre la température normale des animaux et leur aptitude ou leur non-aptitude à contracter le charbon. La dissidence profonde qui existe entre MM. Pasteur et Colin sur des faits d'expérience prouve simplement que le problème poursuivi est fort difficile et que sa solution est encore à trouver.

Le genre Spirilhnn, formé par des filaments contournés en hélice, renferme six espèces: S. rufum; S. undulatum; au repos, ce parasite prend la forme d'un M; S. tournoyant ; S. leucomœnum; S. plicatile.

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