‹ Application des sciences à la médecineChapitre 6 sur 69 · DE 360 AVANT J.-C. A 150 APRÈS J.-C · texte numérisé non relu

DE 360 AVANT J.-C. A 150 APRÈS J.-C

La doctrine d'Hippocrate, recueillie d'abord par ses fils, Thessalus et Draco, par son gendre Polybe, fut désignée par ses successeurs sous le nom de dogmatisme, et généralement adoptée malgré les nombreux systèmes auxquels elle donna naissance.

Dioclès et Praxagoras furent les plus célèbres dogmatiques. Ce dernier poussait le précepte fameux : vomitus vomitu curantur, jusqu'à faire vomir les matières fécales dans le but de guérir l'iléus. Cette exagération, racontée par tous les historiens, nous semble devoir être attribuée à la nature de la maladie, et non aux actes du médecin.

Le seul moyen de perfectionner et de modifier la doctrine hippocratique, dans ce qu'elle avait de défectueux, devait consister à la doter de ce qui lui faisait le plus complètement défaut, c'est-à-dire d'une anatomie et d'une physiologie vraies.

Érasistrate et Héropbile posèrent, il est vrai, la base de ces sciences à Alexandrie ; mais il faut croire que la vie de deux hommes ne suffit pas pour provoquer des révolutions profondes. Érasistrate, suivant en cela les préceptes de Chrysippe de Cnide, s'éleva contre les purgatifs et surtout contre la saignée, qu'il ne pratiqua jamais, et blâma très-sévèrement les explications puériles qu'Hippocrate et ses successeurs donnaient des maladies.

Cependant ses explications personnelles, touchant la fièvre et Y inflammation, ne valaient guère mieux. Il pensait que la fièvre est produite par le passage du sang dans les artères remplies de pneuma. Quant à l'inflammation, elle se déclare toutes les fois qu'une solution de continuité permet à l'esprit (pneuma) de s'échapper des artères, qui se trouvent dès lors envahies par le sang. Cette théorie de l'inflammation lui per-

mettait d'expliquer la plupart des maladies , contre lesquelles d'ailleurs il employait une thérapeutique bien peu active. La tisane et les lavements d'eau et d'huile étaient ses principaux moyens. Il faisait vomir comme contre-poison et faisait sucer, au moyen de ventouses, les plaies empoisonnées.

Hérophile est peut-être le seul qui, dans cette période, ait fait une application heureuse de l'anatomie à la médecine, en attribuant la paralysie à un défaut de l'influence nerveuse, et non à une altération des humeurs, comme on le croyait jusqu'à lui. Il a aussi parlé d'une paralysie du cœur capable de donner la mort. Contrairement à Érasistrate, Hérophile était très-actif en thérapeutique ; il faisait entrer dans les formules un remède pour chaque symptôme ; il était grand amateur des spécifiques. Aussi Erasistrate peut être considéré comme un des fondateurs dupneumatisme et Hérophile comme le premier des empiriques.

Sérapion (279 ans av. J.-C. ), disciple d'Hérophile. Il systématisa Y empirisme qu'il faut considérer comme étant une réaction à l'adresse des explications fausses et prématurées des dogmatiques touchant la nature des maladies.

L' 'expérience, composée de Y autopsie et de Y histoire, devait seule présider à la connaissance des maladies et fournir les moyens de les combattre, sans se permettre aucune explication. Ce système repose sur une impossibilité : sur la non-intervention du raisonnement. Sans s'en douter, les empiriques mirent leurs propres raisonnements à la place de ceux d'Hippocrate.

Avec Sérapion nous quittons Alexandrie qui, désormais éclipsée par la nouvelle capitale du monde, ne jette plus qu'un faible éclat, et nous arrivons à Rome.

Asclépiade (100 ans av. J.-C), autre contempteur, mais d'un genre nouveau, delà doctrine d'Hippocrate. Avec celui-ci nous ne pouvons pas parler de l'application de l'anatomie et de la physiologie à la médecine. Il serait mieux de dire : de l'application de ce qui devrait être l'anatomie et la physiologie à la médecine. — Asclépiade fut d'abord rhéteur, puis médecin. Il condamna tout ce que la médecine hippocratique avait de désagréable pour le bien-être du malade, et proclama qu'il guérissait toutes les maladies, cito, tuto etjucunde. Démocrite d'Abdère lui fournit son anatomie et Épicure sa physiologie. Au premier il em-

prunta ses atomes séparés par des pores; au second, il prit la loi du hasard pour animer la machine.

Les humeurs circulaient dans les pores, et, selon que ces derniers étaient trop resserrés ou trop relâchés, il en résultait la frénésie, la pleurésie, les fièvres ou bien l'hydropisie, le marasme, la faim, la soif, etc., etc. Sa thérapeutique, tout à fait conforme au désir qu'il avait de plaire à ses malades, consistait principalement à diriger le régime. Un de ses plus grands moyens consistait à priver les malades de boire et de manger pendant plusieurs jours, pour leur ménager plus de plaisir en les nourrissant ensuite, et en les désaltérant avec de l'eau rafraîchie.

L'anatomie et la physiologie d'Asclépiade, réduites comme nous venons de le voir aux atomes et aux pores se mouvant de par la loi du hasard, représentaient une vue de l'esprit séduisante par sa simplicité et qui, appliquée à la médecine par des esprits sérieux, devait laisser pour longtemps des traces de son passage.

Thémison (63 ans av. J.-C), disciple d'Asclépiade, consacra les idées de son' maître par trois expressions qui disent en quoi consistait le nouveau système : striction, laxum, mixtion. Les maladies proviennent du strictum quand les pores sont trop resserrés, du laxum quand ils sont trop relâchés, du mixtum quand il y a relâchement d'un côté et resserrement de l'autre. Tel est le système décoré du nom de Méthodisme. Thémison est un des premiers qui aient appliqué des sangsues.

Thessalus, Soranus, Cœiius Aurelianus, furent des méthodistes.

Après avoir cherché en vain dans les systèmes des explications et des moyens de guérir qu'ils ne trouvaient que dans Hippocrate, les médecins revinrent au dogmatisme du Père de la médecine, en donnant une plus grande importance au pneuma, et, sous le nom de pneumatique, ils édifièrentnm nouveau système qui, évidemment, n'est que la réunion de tout ce que les autres sectes avaient trouvé de bon.

Athénée, Arétée, Celse (5 ans ap. J.-C.) appartiennent à cette classe de médecins qui, dès les premières années de l'ère

chrétienne, s'assimilèrent tous les efforts des médecins qui avaient pratiqué depuis Hippocrate jusqu'à eux, et méritèrent ainsi plutôt le nom ^éclectiques que celui de pneumatistes qu'on leur a parfois donné. La médecine, à cette époque, avait déjà réalisé de grands progrès, comme on peut s'en assurer en lisant le remarquable ouvrage de Celse ; mais il nous a été impossible de signaler, pas à pas, la relation qui existait entre ces progrès et ceux de l'anatomie et de la physiologie, parce que la plupart des livres originaux ont été perdus, et aussi parce que nous ne connaissons bien cette période de l'histoire de la médecine que par les citations de Celse et de Galien.

Un coup d'œil sur le Traité de Médecine de Celse nous donnera une idée des relations qui existaient, à cette époque, entre l'anatomie, la physiologie et la pratique de la médecine.

Celse était convaincu de l'utilité des connaissances anatomiques et physiologiques; mais, comme ces sciences n'étaient pas suffisamment connues de son temps, il voulait qu'on s'en tînt à l'expérience et à l'observation.

L'essentiel, dit-il, n'est pas de savoir comment se fait la digestion, mais quels sont les aliments les plus digestibles, quelle que soit la nature de cette fonction, qu'il y ait coction ou simplement dissolution... (livre Ier, page iO). Pour ce qui concerne les causes de la santé, dit-il plus loin (page 14), le mécanisme de la respiration, de la déglutition, de la digestion, les philosophes, même les plus instruits, sont dans l'ignorance la plus complète et réduits à former des conjectures. Or, il est impossible, sans une connaissance positive de ces matières, de découvrir un remède d'un effet assuré. Il est donc démontré que rien n'est plus utile dans le traitement des maladies que l'expérience. Mais, de même que dans les arts il y a bien des choses qui, ne leur étant pas essentielles, concourent cependant à leur perfection en développant le génie de l'artiste, de même aussi l'observation attentive des choses naturelles, bien qu'à proprement parler, elle ne fasse pas le médecin, le rend néanmoins plus apte à exercer la médecine. On doit croire qu'Hippocrate, Érasistrate et tant d'autres, qui, sans se borner au traitement des plaies et des maladies internes, se sont livrés aussi à l'étude approfondie des choses naturelles, n'ont pas été médecins seulement à cause de ces travaux, mais qu'ils en sont devenus bien plus habiles dans leur art. On peut dire même qu'en médecine le raisonnement est souvent nécessaire, quoiqu'on ne doive pas l'appliquer aux choses obscures et aux actions naturelles, car la médecine est un art conjectural et dans lequel non-seulement la théorie, mais encore la pratique, peuvent induire en erreur.

Ce passage de Gelse est une véritable révélation touchant les rapports qui existaient à cette époque entre l'anatomie et la physiologie et la pratique de l'art. Gelse ne récuse pas l'importance de» connaissances anatomiques et physiologiques ; mais la physiologie était si peu connue et les explications bizarres, ridicules qui en tenaient place satisfaisaient si peu l'esprit des médecins sérieux, qu'ils préféraient s'en tenir à l'observation et à l'expérience, c'est-à-dire aux instruments propres de la science médicale. C'est pourquoi la médecine de cette époque repose plutôt sur les idées diverses qu'on se faisait de la nature des maladies que sur les données anatomiques et physiologiques.

Cependant nous trouvons dans Celse un effort de tendance vers la localisation des maladies. Dans son livre IV, il fait précéder la description des maladies de la description anatomique des organes, mais cette description est réduite le plus souvent aux proportions sommaires d'une énumération. Il en est de môme des usages des parties.

Ces connaissances élémentaires touchant l'anatomie et la physiologie ne pouvaient être que peu avantageuses à la pratique de la médecine ; mais la chirurgie pouvait y puiser des indications précieuses. Aussi constatons-nous qu'à l'époque de Celse cette branche de l'art de guérir avait réalisé de grands progrès. Celse a inventé la méthode de tailler par le petit appareil ; il décrit la manière de reconnaître la pierre- avec la la sonde ; il pratiquait la paracentèse, la cataracte par abaissement, la fistule à l'anus; dans certains cas, il liait les artères pour arrêter les hémorrhagies (livre V, section 26) ; il a perfectionné l'opération du trépan, et il a adopté tout ce qu'Hippocrate avait dit de bon touchant les fractures et les luxations. Le traité de Celse résume la science médicale telle qu'elle était après les efforts des écoles d'Hippocrate et d'Alexandrie. Cependant ce n'était pas dans ce livre qu'on étudiait la médecine du temps de Galion. On lisait plutôt le traité de Soranus, traduit par Cœlius Aurelianus. C'est ce qui a donné à penser que Celse n'était pas médecin.

CONNAISSANCES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES A L'ÉPOQUE DE GALIEN. * 150 ANS APRÈS J. C.

Cette période est intéressante pour nous à plus d'un titre. D'abord, c'est par les écrits de Galien que nous connaissons les travaux d'Hérophile, d'Érasistrate et de beaucoup d'autres dont les écrits avaient été perdus. En second lieu, les écrits de Galien contiennent, avec les découvertes propres de ce grand bomme, un exposé didactique et complet de la science à cette époque. Si nous considérons enfin que les traités de Galien ont été l'évangile du médecin pendant plusieurs siècles, nous aurons donné des raisons suffisantes pour expliquer le soin tout particulier que nous avons consacré à cette étude.

ANATOMIE

Galien considérait l'anatomie comme la base de la médecine ; aussi avait-il consacré à cette partie de ses connaissances un traité complet sous le titre de Administrationibus anatomicis, dont les neuf premiers livres ont seuls écbappé à l'incendie du temple de la Paix, à Rome.

Après avoir donné sous le nom d' 'Anatomie pratique des parties externes .(anatomie chirurgicale), une description des os, des articulations, des veines, des artères, des nerfs, Galien aborde X Anatomie philosophique ou médicale, consacrée aux organes internes. Son sujet est divisé en quatre tronçons topographiques : 1° l'abdomen; 2° la poitrine; 3° la tète; 4° les parties de la génération.

1° Abdomen. — Le péritoine sert non-seulement d'enveloppe aux viscères, mais encore aux artères, aux veines et aux nerfs.

Vépiploon est attaché à l'intestin colon.

Le mésentère est décrit avec ses artères, ses veines, ses glandes, ainsi que les membranes de l'estomac et celles des intestins, qu'il divisait en grêles et en gros.

Le sphincter de l'anus et les puissances musculaires qui sont chargées de favoriser la défécation n'ont pas été oubliés.

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