‹ Application des sciences à la médecineChapitre 9 sur 69 · ANS APRÈS J.-C · texte numérisé non relu

ANS APRÈS J.-C

Si nous comparons les deux périodes d'Hippocrate et de Galien, au point de vue des progrès de l'anatomie et de la physiologie, nous constatons un avantage marqué du côté de cette dernière. Galien, en effet, possédait une nomenclature à peu près complète de tous les organes du corps et de la plupart des tissus élémentaires. Les dissections du corps humain par les médecins de l'école d'Alexandrie avaient engendré un réel progrès. On ne peut pas en dire autant de la physiologie, qui fut toujours remplacée ou dominée par les idées systématiques que l'on se faisait alors du mouvement de la matière. Cependant on peut avancer que Galien a jeté les fondements de la vraie physiologie en faisant intervenir dans son étude les procédés de la méthode expérimentale. Nous avons vu plus haut le parti qu'il en avait tiré ; mais, si l'on en excepte la physiologie des mouvements du squelette, tout était encore à faire : circulation, nutrition, sécrétion, innervation.

Obéissant à cette loi impérieuse de l'esprit qui nous oblige à systématiser nos connaissances sur un point donné, dans un enchaînement logique en apparence, et qui satisfasse la raison, Galien remplaça les réalités dont il ne soupçonnait pas l'existence par des inventions qu'il emprunta à la tradition ou à sa propre imagination. C'est ainsi que, dépourvu de connaissances histologiques, chimiques et physiques, qui seules pouvaient le conduire à la notion des propriétés physiologiques des tissus, il

adopta la théorie hippocratique des quatre éléments et de leurs qualités : le sec, l'humide, le froid et le chaud. Le juste équilibre entre la quantité et la qualité de ces éléments donne lieu à la juste erase, synonyme de santé. Si l'un d'eux vient à pécher par excès ou par défaut, il y a diserase, synonyme de maladie. La plus grande partie de la médecine, à cette époque, repose sur cette vue de l'esprit que Galien, par son talent, sut imposer à tous, en montrant que l'observation des faits était favorable à cette hypothèse.

Cependant Galien n'était pas simplement humoriste. Nous avons vu que, pour expliquer les actes fonctionnels, il faisait intervenir des forces particulières qu'il désignait sous le nom de : attractive, rétentive, altératrice, expultrice. Or, de même que ces forces dirigent l'état normal, de même leur trouble, leur désordre, par augmentation, diminution ou perversion, peut occasionner une mauvaise direction des mêmes actes et engendrer la maladie.

L'altération des humeurs et l'altération des forces forment le fondement de la pathologie de Galien. Nous ne suivrons pas l'auteur dans le développement de son système, car nous n'y trouverons que de rares applications de l'anatomie et de la saine physiologie à la médecine. En parlant ainsi, nous ne prétendons pas dire que la médecine de Galien fût absolument condamnable. Non certes, nous voulons dire simplement que ce qu'elle avait de bon elle l'emprunta à l'observation, et cela bien que la théorie des maladies fût fausse comme les théories physiologiques dont elle n'était qu'une application.

Nous pouvons donner un exemple à l'appui de cette manière de voir. Galien ne connaissait pas la circulation, et cependant il a démontré, le premier, les rapports de la systole et de la diastole du cœur avec le pouls ; l'expansion et le resserrement était actif, d'après Galien, et il en concluait que le pouls était le meilleur guide pour mesurer l'état de la faculté vitale qu'il plaçait dans le cœur. Cette théorie est évidemment fausse, puisque Galien pensait que le cœur renferme du sang et de l'air mélangés et qu'il n'avait aucune idée de la circulation. Mais le l'ait de la coïncidence des battements du cœur et des battements du pouls lui était connu, et, l'observation aidant, il a pu recueillir sur le pouls des notions très-précieuses au point de vue du diagnostic et du pronostic des maladies.

Cet exemple montre clairement que, mal secondée par une physiologie incomplète ou erronée, la médecine réduite aux seules ressources de l'observation et de l'expérience est susceptible de réaliser certains progrès et d'atteindre le but qu'elle se propose, c'est-à-dire la guérison des malades.

L'histoire de la médecine tout entière nous fournit un plaidoyer en faveur de cette manière de voir. Les travaux de Galien, en particulier, montrent cette vérité dans toute son évidence, et nous devons nous borner à constater ici que, si Galien a fait faire de grands progrès à l'anatomie et à la physiologie, il s'est peu servi de ses connaissances dans l'application qu'il aurait pu en faire à la médecine. 11 n'en est pas de même de la chirurgie, qui a bénéficié directement des notions anatomiques plus précises et plus complètes qui résultèrent des travaux de Galien.

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