CHAPITRE VIII
Accumulateurs.
77. Piles secondaires. — Nous avons vu en étudiant les piles que la polarisation des électrodes avait pour effet de développer une force contre électro-motrice susceptible de produire un courant dit courant secondaire, de sens inverse au courant initial. Cette propriété des électrodes polarisées, tendant à recombiner les éléments décomposés par le courant primaire et à transformer l'énergie chimique développée par ces réactions inverses en énergie électrique, a été employée pour former ce qu'on appelle des piles secondaires.
Une pile secondaire se compose en principe de deux électrodes plongées dans un liquide facilement décomposable par le passage d'un courant électrique. Supposons que Ton relie ces électrodes aux pôles d'une source quelconque d'électricité produisant un courant continu, par exemple d'une pile formée de deux ou trois éléments Bunsen associés eh tension (fig. 149). Appelons comme d'habitude électrode positive celle par laquelle arrive le courant primaire, et électrode négative ce le qui est reliée au pôle négatif de la source. Le passage du courant détermine la décomposition du liquide, dont certains éléments se portent à l'électrode négative, les autres se rendant à l'électrode positive; il se développe ainsi une Fig 149 force contre électro-motrice de polarisation. On conçoit que si la source extérieure est telle que la valeur de sa
force électro-motrice soit toujours supérieure à celle de la force contre électro-motrice développée, le courant primaire continuera à passer, et la force contre électro-motrice pourra acquérir une valeur assez élevée. Dans la pratique, on constate qu'elle atteint au bout d'un certain temps un maximum qu'il est impossible de lui faire dé passer. Les électrodes sont alors pour ainsi dire saturées, et le passage du courant primaire ne fait que continuer la décomposition du liquide.
Supposons qu'à ce moment on interrompe le courant primaire, et qu'on réunisse les deux électrodes par un conducteur. La force contre électro-motrice donnera naissance à un courant secondaire, allant dans le conducteur extérieur de l'électrode positive à l'électrode négative. Ce courant ira en s'affaiblissant peu à peu, et deviendra nul lorsque les électrodes seront revenues à leur état primitif.
Si on laisse les électrodes en circuit ouvert, après le passage du courant primaire, aucun courant ne se produit, et la force contre électro-motrice conserve la valeur qu'elle a acquise, à moins que les électrodes ne soient telles que le liquide dans lequel elles sont plongées les attaque au repos. On voit donc qu'une pile secondaire se comporte comme un véritable réservoir d'électricité, comme un accumulateur dans lequel on peut emmagasiner pour ainsi dire une certaine quantité d'énergie électrique. L'accumulateur une fois chargé, il suffit de relier ses électrodes par un conducteur pour que ce conducteur soit parcouru par un courant. L'accumulateur se décharge ainsi peu à peu, jusqu'à ce que, tous les éléments séparés par le courant de charge étant recombinés, la force contre électro-motrice devienne égale à zéro. L'énergie recueillie pendant la décharge est bien entendu un peu moindre que celle dépensée pendant la charge, car il y en a une certaine partie absorbée par la résistance intérieure de la pile secondaire.
Pour construire un accumulateur pratique, il faut donc choisir des électrodes et un liquide tels que la force contre électro-motrice puisse atteindre une valeur aussi élevée que possible, et que les électrodes une fois polarisées ne soient pas attaquées par le liquide, condition indispensable pour la conservation de la charge.