‹ Applications de la gymnastique à la guérison de quelques maladies [electronic resource]Chapitre 10 sur 26 · SS · texte numérisé non relu

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II fallait partir de Clamart pour se rendre au chemin de fer, aller de la station à Paris, puis aller à pied de la gare à l'Hôpital ; et l'on répétait tout cela pour retourner à Clamart, après avoir passé par une heure d'exercices. J'affirmai à la mère que l'enfant guérirait sans doute, en peu de temps, avec des soins plus particuliers ; mais elle voulut essayer encore pendant le mois de juin, en se promettant bien, après cette épreuve, de venir à Paris, s'il n'y avait pas d'amélioration. L'enfant étant restée dans le même état, la mère vint demeurer à Paris comme cela était convenu.

Je pris donc cette fille le l-^-^ juillet 1856, et je lui donnai des séances très-soutenues, vu la ténacité de la maladie, qui datait déjà de plus de quatre mois. Les mouvements commencèrent à céder vers la seizième séance ; puis, le calme alla en augmentant jusqu'à la vingt-cinquième séance. Là, il y eut une petite rechute de deux jours ; puis, le mieux reprit le dessus. Enfin, à la trente-sixième séance, ou plutôt en trente jours, cette fille fut parfaitement guérie, puisque depuis cette époque il ne s'est manifesté chez elle aucune récidive.

«e Exemple. — observation n» «.

M'"' Saint-C. , demeurant à Meudon , vint me trouver, le 14 mars 1859, sur la recommandation de M. le docteur Blache, pour sa fille âgée de 10 ans. Cette enfant se trouvait atteinte d'une assez forte chorée, qui lui permettait cependant encore de marcher. Elle vint tous les deux jours chez moi, jusqu'à la dix-huitième séance, dans un espace de quarante jours, sans que le plus léger changement se produisît dans la maladie. L'enfant était au contraire plus excitée qu'au début. Connaissant la mauvaise influence de tant de dérangements sur cette maladie, je pris le parti, quoique ce sacrifice fût très-grand, d'envoyer tous les jours, à dater du U avril, M"^ Lebègue à xMeudon pour soigner cette fille. Le 6 mai, sa position s' étant sensiblement améliorée, M"^ Lebègue n'alla plus à Meudon que tous les deux jours, jusqu'au 1" juin 1856, époque à laquelle la maladie avait complètement cédé, puisqu'elle n'a pas reparu depuis cette époque.

Ce n'est pas nous seulement qui avons pu, par cette manière de procéder, obtenir la guérison des enfants atteints comme nous venons de l'expliquer. Heureusement d'autres ont fait aussi les mêmes ob-

servations et les mêmes cures. Seulement, nous avons l'avantage et la satisfaction d'avoir tenté les premiers essais de ce genre, dès 18A7, à l'Hôpital des Enfants ; mais plusieurs fois des circonstances exceptionnelles nous ont montré que d'autres que nous pouvaient également employer ces moyens avec succès.

En voici plusieurs preuves.

Observation n<> 7.

1° M. L...., demeurant à Courbevoie, est venu me trouver en novembre 1850, pour me prier de m 'occuper de sa fille âgée de 8 ans et demi, qui venait d'être prise d'une chorée assez violente. Ne pouvant me rendre régulièrement à une telle distance, j'y allai pour expliquer au père comment il devait procéder. Mais au lieu de prendre moimême la parole, je préfère reproduire le passage de la lettre du père, qui concerne et constate la guérison de sa fille, par les moyens que je lui avais conseillés et enseignés. Cette citation vaut mieux que tout ce que je pourrais dire au sujet de cette première guérison obtenue en dehors de notre pratique.

Voici le passage de cette lettre :

<i Je vous remercie mille fois cle l'intérêt que » vous avez pris à ma fille, et je suis heureux de » vous rassurer sur son état ; car elle est entièrement » rétablie de l'affection pour laquelle vous êtes » venu la visiter.

» La guérison est due, je pense,' au traitement » purement gymnastique que vous nous avez pres- » crit, aidé de frictions excitantes sur tout le corps, » soir et matin, sans aucun médicament à l'inté- » rieur, de quelque nature qu'il soit, anti-spasmo- » dique ou calmant. Nous avons été amené à l'em- » ploi des frictions rubéfiantes par l'état du bras « gauche qui paraissait paralysé. Ayant remarqué » que notre enfant s' en servait mieux après qu' avant » la friction, nous les avons étendues sur toutes les )) parties du corps ; et nous remarquâmes, presque » de suite, un mieux, qui chaque jour, fit des pro- » grès tellement rapides qu'une semaine n'était » pas écoulée que notre enfant était presque gué- » rie de la chorée, qui nous avait tant effrayés. J'ai » été heureux de constater que son intelligence n'a- » vait aucunement souffert.

/) Je vous remercie, etc.

1) Courbevoie, 2 février 1851. »

Je suis assuré que, si cette enfant était venue tous les jours chez moi, de Courbevoie à Paris, elle n'aurait pas pu guérir, comme elle a guéri en étant traitée sur place.

observation n» S.

2° Enl85/i, M. C..., habitant Joinville-le-Pont, vint me trouver, sur la recommandation de M. Blache, pour traiter sa fille, âgée de 5 ans, prise d'une chorée moyenne et générale. Ne pouvant encore cette fois me rendre régulièrement à Joinville, je trouvai, à la Redoute de la Faisanderie, un jeune sous-officier du 37^ de ligne, nommé Achard, qui me parut remplir les conditions favorables pour cette mission. Je le conduisis auprès de la petite malade, et lui expliquai tout ce qu'il aurait à lui faire pour tenter de la guérir. J'y retournai quinze jours après pour lui donner de nouveaux conseils; mais ce jeune homme s'y était pris si bien, pour son début, que l'enfant allait déjà mieux, et le trente-cinquième jour, elle se trouvait radicalement guérie. Ce jeune sous -officier fut très-gracieusement récompensé, et je l'ai beaucoup remercié pour mon compte de son sympathique concours.

Observation n° 9.

3» Une autre fois encore, un excellent homme, professeur de gymnastique, à Versailles, M. Decaud, vint également me trouver à l'Hôpital, afin de prendre mes conseils sur un enfant qu'il devait traiter pour la chorée. Après l'avoir suffisamment renseigné, j'allai avec lui à Versailles, et je lui montrai à pratiquer sur son petit malade. Cet excellent homme s'acquitta également bien de cette mission, puisqu'il guérit son jeune client en assez peu de temps. Si cet enfant avait dû se déplacer et se fatiguer tous les jours par la marche, je doute qu'il eût guéri aussi vite.

11 ne faudrait pas cependant conclure de ceci que les exercices gymnastiques ordinaires soient suffisants pour obtenir ces résultats ; ce serait là se tromper singulièrement. La manière dont il faut conduire les choses avec ces enfants est toute différente des méthodes habituelles, attendu qu'il faut savoir saisir le moment où l'enfant a besoin de repos, et reprendre en temps voulu les exercices, le massage ou les frictions, etc., etc.

Je vais citer encore un fait très-intéressant de ce

genre.

Un docteur de province, se trouvant dans la nécessité de traiter des enfants atteints de la chorée, écrivit cà M. Blache, pour mieux se renseigner sur ce qu'il devait faire. M. Blache lui conseilla de les soumettre aux exercices gymnastiques, ce qu'il fit sans retard ; mais voyant qu'après un temps assez long, ses petits malades n'éprouvaient aucun changement, il écrivit de nouveau. Cette fois, M. Blache lui conseilla de venir à Paris, pour voir par luimême comment nous procédions avec nos enfants. 11 vint de suite, et après s'être suffisamment instruit, il s'en retourna avec l'idée d'appliquer lui-même ces soins tout particuliers. Il le fit dès son retour, et il écrivit peu de temps après à M. Blache qu'il n'avait pas fait une course inutile en venant à Paris, puisqu'il avait guéri ses petits choréiques en très-peu de temps.

Après tout ce qui précède, je passe à des cas de chorée plus graves.

Je veux parler de cette chorée violente qui ne permet plus aux enfants de maîtriser aucun de leurs mouvements, pas même ceux de la tête ni des yeux, encore moins ceux de la langue.

Le premier enfant que j'ai eu le bonheur de tirer de cet état a été le petit Courard (Émile), dont il

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est parlé d'une façon toute spéciale clans le premier discours de M. le doctearBlache, du 23 juillet 1851. En m'en tenant à ce discours, je pourrais peut-être me dispenser d'entrer dans de plus longs détails ; mais le cas est assez exceptionnel pour que je ne garde pas le silence sur ce qui s'est passé. Je serai d'ailleurs aussi bref que possible.

Observation n° lO.

Le 21 septembre 1850, M. le doctem* Blache me lit demander à 8 heures du matin, à la salle Saint- Jean, pour me montrer le petit Courard, couché au n° 17 ; et il me demanda si, dans l'état déplorable où il se trouvait, je poui-rais tenter quelque chose pour le soulager. Il ajouta que je n'avais rien à craindre de ce qui pourrait arriver de fâcheux, attendu que ce pauvre enfant était au plus mal. Je répondis que j'allais le prendre de suite; je descendis, et je remontai aussitôt avec six enfants choisis parmi les plus intelligents.

La position du petit Courard était à peu de chose près celle-ci.

Il était pâle et d'une maigreur extrême; les lèvres

étaient toutes fendues et couvertes d'un enduit sec; la langue était aussi couverte d'un enduit blanchâtre ; le nez était tout blanc et presque complètement bouché ; les yeux étaient cireux et les bras pleins d'écorchures. Il ne pouvait prononcer un seul mot; les mouvements convulsifs étaient d'une violence extrême ; il ne prenait aucun sommeil, ni nourriture. Dans cet état, je le plaçai étendu à terre sur un matelas ; et après lui avoir fait tenir, par les six enfants, les bras, la tête, les jambes et le corps dans l'immobilité, je procédai à une légère friction générale, partout où il était possible de la faire. Sur les bras, je ne pus faire qu'un léger roulement de muscles, pour ne pas augmenter le mal des parties entamées ; car il est bon de faire observer qu'on peut toujours pratiquer un massage très-léger, là même où il n'est pas possible de frictionner. Après une demi-heure de ces soins continus, je cherchai à lui déboucher le nez avec de l'eau tiède et des bouts de Unges roulés. Cette opération demanda beaucoup de temps; mais elle réussit complètement. Cette opération n'était pas sans importance ; car l'enfant respirait plus librement. Je lui passai plusieurs fois de l'eau froide sur le front, derrière les oreilles et sur la bouche ; et je procédai ensuite à des

mouvements d'inspiration et d'expiration sur la poitrine, en l'engageant à aider, de son côté, mes efforts. Tout ceci une fois terminé, je le replaçai dans son lit, et je le quittai avec l'appréhension de ne pas le retrouver vivant le soir.

A quatre heures trois quarts du soir, je retrouve l'enfant très-pâle; les lèvres sont blanches, le nez est également blanc, et les narines sont très-ouvertes ; l'état général paraît plus mauvais encore que le matin. Malgré ces symptômes, je procède de la même façon que le matin, mais avec plus de ménagement. Vers la fin de la séance, il paraissait se ranimer. Je le replaçai dans son lit, et lui demandai s'il voulait essayer de prendre quelque chose. 11 fit un signe affirmatif. Je lui fis tenir la tête par des enfants ; et je pus, non sans difficulté, lui faire avaler la valeur d'un très-petit potage, qu'il parut prendre avec avidité. C'était un bon signe. Je lui mis de la pommade sur les lèvres ; et je partis, en conservant plus d'espoir que le matin.

Lorsque je revins, le lendemain 22, à neuf heures, j'appris qu'il avait dormi trois heures de suite. Je procédai donc encore de même qu'auparavant, et les enfants me dirent qu'ils avaient bien moins de mal à le tenir. 11 mangea un peu plus et plus facile-

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ment, et je le quittai encore dans de meilleures conditions que la veille.

Le soir du même jour, je continuai de la même façon, et je le quittai encore un peu mieux. Il avait pu dire quelques mots ; il avait mangé davantage, et la violence des mouvements avait sensiblement diminué.

Le matin du 23, j'appris qu'il avait dormi six heures en trois reprises. J'essayai, cette fois, de le placer debout; mais aussitôt qu'il fut redressé, il éprouva des douleurs si violentes, dans les articulations des genoux, que je fus obligé de le recoucher de suite. La parole était beaucoup plus libre et l'appétit excellent.

A partir de ce moment, la guérison fit de rapides progrès. Mais je m'en tiens pour le reste à ce qu'a dit M. Blache dans son discours. J'ai seulement voulu faire connaître, par les détails qui précèdent, que l'application de la gymnastique, en cette circonstance, eût été d'un secours bien inutile pour sauver ce malheureux enfant.

Voici un autre exemple de chorée guérie semblablement en ville; mais la nature de la maladie n'était pas tout à fait aussi grave.

Observation n* fl.

Le 25 octobre 1851, je fus invité par MM. les docteurs Blache et Dewulfs-Pontonnier, à me rendre auprès d'une fille de 18 ans et demi, B. H. E., qui était atteinte d'une forte chorée, et sur qui les bains froids et d'autres médications n'avaient eu aucun résultat.

J'allai voir cette fille, et je la trouvai dans un mauvais état. Elle ne pouvait plus se tenir ; l'agitation était générale ; la langue était couverte d'un enduit blanchâtre; elle ne pouvait prononcer un mot ; il n'y avait pas un instant à perdre, vu la difficulté qu'elle éprouvait à respirer.

Après avoir demandé à la mère si sa fille accepterait de ma part le traitement des massages et des frictions, de la tête aux pieds, elle me répondit qu'elle accepterait tout pour guérir. Je commençai donc, dès le 26, de grand matin, commej'avais fait pour Courard, avec tous les ménagements nécessaires pour ne pas froisser sa juste pudeur ; et je répétai la même opération deux fois par jour, matin et soir. A la douzième séance, elle put déjà, quoiqu'avec un peu de difficulté, manger seule. A la vingtième séance, elle put tenir un instrument de gymnastique

à la main, et faire quelques petits mouvements. A la vingt-cinquième séance, elle se trouvait assez bien pour être conduite chez M. Blache, qui fut bien surpris de la voir sitôt sortie. A partir du 7 novembre, je ne lui donnai plus qu'une séance par jour, et pendant le mois de décembre, une séance tous les trois ou quatre jours seulement, pour raffermir sa santé, qui se trouva parfaitement rétablie le 3 janvier 1852. Cette fille a reçu pendant ces deux mois et quelques jours, 58 séances, et la guérison fut telle qu'elle n'a plus rien ressenti depuis cette époque.

Comme je ne parle ici que dans l'intérêt des malades, je dirai que les Irictions et les massages n'étaient conseillés nulle part, du moins à ma connaissance, pour soulager les choréiques, lorsque j'ai été amené à employer ces procédés en 18^7.

Je suis heureux de reproduire un passage consigné par M. le docteur Briquet, dans la Gazelle des Hôpitaux, du samedi 5 novembre 1859. D'après les explications de ce savant docteur, on verra que je n'étais pas bien éloigné de la vérité, tout en n'agissant à cette époque que suivant ma propre inspiration.

« On sait, dit M. le docteur Briquet, que quand

» la chorée est assez intense pour faire périr les » sujets qu'elle attaque, la mort arrive ordinaire- » ment parce que la chorée, en se portant sur les » muscles inspirateurs et expirateurs, amène dans » leur action un désordre et une perturbation tels » que, l'air n'entrant plus dansles poumons et n'en » sortant plus d'une manière assez régulière pour » que l'oxygénation du sang se fasse convenable- » ment, l'asphyxie se produit graduellement. »

Je n'ai traité jusqu'ici que des chorées générales affectant tout le système; mais nous avons été appelé aussi quelquefois pour tenter de guérir des chorées restreintes, et par exemple la chorée de la face. Cette chorée, qui ne s'en prend qu'aux muscles du visage, et qui résiste en général très-longtemps à tout ce qu'on peut y opposer, a été cependant vaincue par nous, et il nous a été permis de constater, dans notre pratique, plusieurs cas de guérison de ce genre.

Il est clair que les moyens que nous employons sont bien modifiés par la nature de ces désordres tout partiels. Les procédés qui ont paru nous réussir le mieux consistent dans des mouvements lents et rhythmés, en comptant ou en chantant. Dans tous les exercices que l'enfant exécute, on lui fait fixer

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du regard un point qu'il ne doit pas perdre de vue. S'il fait des exercices avec un instrument dans la main, on lui fait suivre l'instrument des yeux trèsattentivement. Après quinze ou trente minutes de ces exercices, on place l'enfant devant soi, et on lui fait exécuter des mouvements cadencés de bras et de jambes, en chantant, vos yeux toujours fixés sur les siens, et les siens sur les vôtres. On prend ensuite doucement sa tête, et on lui fait exécuter des mouvements de droite et de gauche bien réguliers ; puis, des mouvements d'inclinaison la tête à droite et à gauche sur les épaules ; et enfin, des mouvements semblables en faisant pencher la tête en avant et en arrière. Tous ces mouvements doivent s'exécuter en comptant ou en chantant lentement et régulièrement.

On passe ensuite à un massage assez doux sur tous les nmscles en désordre ; puis on retourne un moment aux exercices , et l'on termine par un massage à l'eau froide sur tout le visage. On peut même augmenter encore le bien-être de l'enfant, en étendant ce dernier massage sur le dos et la poitrine.

Quand on a donné des séances de cette façon pendant deux ou trois mois et tous les deux jours,

l'enfant doit être débarrassé de son affection ; mais s'il ne l'est pas, il est sage alors de le laisser reposer un ou deux mois, pour le reprendre plus tard de la même manière.

Ici on se demandera probablement ce que peut faire le chant sur ce genre d'affection. Je ne saurais répondre bien précisément à cette question ; mais en fait, je puis dire et affirmer que le chant m'a toujours été d'un grand secours , par l'action régulière qu'il imprime aux mouvements. Quant à l'explication scientifique de cette mystérieuse influence, je crois ne pouvoir mieux faire que de reproduire celle que donne M. le docteur Tissot (Edition de 1780, p. 91.)

Voici cette explication :

u Le chant, dit l'excellent observateur, met aussi » en action tous les muscles de la bouche et des n parties voisines ; et par la fréquente contraction » qui se fait alors dans ces parties, il arrive que la )i fdtration des liqueurs et leur circulation s'opère )) plus parfaitement. Le mouvement de la voix in- » flue jusque dans les endroits les plus intimes du » corps; il met en action tous les esprits animaux, )) non-seulement pour ce qui concerne le dehors, » comme font les frictions, mais encore pour ce qui » concerne les viscères les plus éloignés. »

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Obnervation n° IS.

En 1850, sous la direction de M. le docteur Lenoir, j'ai été appelé à essayer mes soins sur un jeune enfant de 9 ans, très-gâté et très-volontaire, atteint d'une chorée partielle. Je lui ai donné soixante-et-onze séances en cinq mois; il allait beaucoup mieux ; mais il lui arrivait encore assez souvent de faire des mouvements de tête. J'ai conseillé au père d'interrompre pendant quelque temps ; ma proposition fut acceptée, et lorsque je retournai pour reprendre les séances, environ un mois après avoir cessé, le père me dit que l'enfant n'en avait plus besoin, et que, dix jours après mon départ, son fils avait cessé d'éprouver aucun mouvement.

Observation n" t3.

Une autre fois, en 1859, je fus chargé, sous la direction de M. le docteur Blache, de donner des soins à un enfant de dix ans affecté de la même manière. A la vingt-deuxième séance, il allait beaucoup mieux ; mais il partit pour la campagne, et je ne l'ai plus revu.

Observation n» 14.

En dernier lieu, en 1861, toujours sous la direction de M. Blache, je fus chargé de donner des soins à un jeune homme de 16 ans, qui, à la suite d'un travail où il s'était forcé pour ne pas être éliminé aux examens, avait été pris de mouvements saccadés de la bouche. Ces mouvements se reproduisaient presque chaque fois qu'il voulait parler, et souvent il ne pouvait venir à bout d'articuler une parole. Je procédai de suite avec le secours des exercices, massages et frictions, en terminant par l'eau froide ; et, dès la seizième séance, tout rentra dans l'ordre le plus parfait.

Deux autres fois encore, j'ai été appelé à donner des soins plus ou moins longs à deux enfants atteints de la même indisposition. Mais ils sont partis sans que j'aie pu les suivre, et n'ayant gagné que très-peu de chose sur leur maladie.

Je vais terminer ces considérations par l'étude de la chorée la plus insaisissable de toutes, celle qui ne s'en prend qu'aux organes de la voix.

Observation n» 1».

En 185A, je fus chargé, par M. Blache, de

donner des soins à la petite fille de M""= la C

E... J... Cette enfant était atteinte, depuis plus d'une année, d'une toux nerveuse, assez faible mais très-fréquente. Les docteurs qui l'avait vue avant M. Blache avaient surtout défendu qu'on ne la fît jamais chanter, ni parler trop souvent. M. Blache, après l'avoir examinée, me donna toute liberté de faire ce que je jugerais convenable.

A cette époque, j'avais déjà fait plusieurs essais à l'Hôpital sur des enfants qui avaient la voix faible, et ils s'étaient très-bien trouvés de mon traitement. De plus, j'avais mémoire de ce passage du bon docteur Tissot (1780, page 311) sur les voix faibles :

« Il existe encore un préjugé de défendre la mu- » sique aux jeunes personnes qui ont l'organe de » la voix faible et la poitrine délicate; l'expérience >•' journalière prouve le contraire. Je tiens de plui> sieurs gens de l'art, qui ont vu , dans des couvents, » de jeunes personnes très-délicates, menacées de » pulmonie, dont la vie paraissait prête à s'échap- » per au moindre souffle, et dont la mauvaise » constitution a changé en s' adonnant à la musique » vocale. On les instruisait sans les contraindre; on » paraissait ne vouloir que les amuser, et par ce

» moyen on réussissait à les former, et pour la » force et pour le talent. »

En m' appuyant sur cette observation de M. le docteur Tissot et sur mon expérience, je pris d'abord cette petite fille avec les plus grands ménagements. Je la fis chanter, de manière seulement à ce qu'on entendît sa voix; puis, je la faisais reposer souvent, en lui faisant de légers massages, tout autour du larynx, puis des frictions douces sur la poitrine et sur le dos. A la quatrième séance, voyant qu'elle n'avait encore éprouvé aucune fatigue, et que la voix gagnait un peu de force, je lui fis faire de petits exercices de bras et de jambes, accompagnés de chants encore très-doux. A la huitième séance, les accès de la toux commençaient à diminuer sensiblement, et la voix gagnait toujours en force. A la douzième séance, je lui fis faire un peu d'exercice avec des instruments et des mouvements libres, en chantant. A ce moment, nous avions fait de grands progrès ; car elle chantait franchement vingt-cinq minutes environ, en plusieurs reprises et sans aucune fatigue. T)e plus, les accès de toux ne paraissaient plus que par intervalles très-éloignés, et, enfin, en dix-sept séances données dans l'espace de quarante-six jours, cette fillette faisait tout ce

qu'elle voulait de sa voix, et n'avait plus aucun symptôme de ses accès antérieurs.

Observation n° lO.

En 1862, toujours avec l'assistance de M. Blache, je donnai des soins à une jeune fille de i!i ans, qui avait des accès de toux spasmodique depuis deux ans. Il y avait des moments où elle ne pouvait plus reprendre sa respiration. Quoiqu'elle fût plus âgée, je procédai exactement, comme j'avais fait pour l'autre petite fille ; et quatre mois après, sans être encore complètement guérie, elle se portait déjà sensiblement mieux; les accès de toux spasmodique étaient pour ainsi dire passés, et aujourd'hui elle se porte comme une enfant qui jouit d'une bonne santé ordinaire.

Après tous les détails officiels que j'ai donnés sur l'introduction des exercices gymnastiques dans les hôpitaux, et après ce que je viens de dire sur la chorée, je pourrais terminer ici mes observations, mais je vais citer un dernier exemple de chorée, qui était tout à fait exceptionnelle par ses formes et sa ténacité.

Le voici.

— 5Zi —

Observation n<> «V.

Le 6 avril 1863, je fus mandé par M. le docteur Vigla pour donner mes soins à un jeune garçon âgé de 12 ans, atteint d'une très-forte chorée depuis le 8 mars précédent. Le motif qui avait provoqué cette chorée n'était pas parfaitement connu; la mère croyait que l'enfant, ayant été puni pour une faute qu'il n'avait pas commise, s'était livré à des cris et à des gestes tellement violents qu'il en aurait perdu la raison, puis qu'il serait tombé sans connaissance dans un corridor. Par extraordinaire, on ne l'aurait retrouvé, encore privé de connaissance, que plusieurs heures après sa chute. Les parents furent aussitôt avertis, et l'enfant fut ramené dans un état assez déplorable à la maison paternelle; puis, peu de jours après, il fut pris d'une chorée violente. Ceci se passait à Lorient. La première chose qu'on fit fut d'appliquer des sangsues, avec recommandation de laisser saigner les ouvertures à discrétion. Cette médication avait mis l'enfant dans un état de faiblesse extrême, sans rien changer à la chorée, qui allait toujours en augmentant ; après quelques jom-s d'espérance inutile, la mère prit le parti de venir réclamer des secours à Paris. Elle s'adressa à M. le

docteur Vigla, qui m'invita de suite à appliquer à cet enfant tous les soins qui pouvaient se rattacher à ma profession.

Le 6 avril 1863, l'état du petit malade était à peu près celui-ci : grande maigreur, agitation générale avec mouvements brusques, pâleur extrême, parole nulle, appétit très-faible, sommeil nul, selles très-difliciles.

Dans cet état, je procédai suivant mon expérience, en cherchant avant tout à ramener les forces qu'il avait totalement perdues. On jugera facilement de l'état de faiblesse dans lequel il se trouvait, quand on saura que, malgré les soins les plus assidus du docteur et de moi, ce n'a été qu'à la trente-septième séance qu'il nous fut possible de faire tenir l'enfant debout, en le soutenant fortement par le haut du corps; il put ce jour-là avancer les jambes trois fois, et il prononça deux à trois mots. Il est bon d'observer qu'à ce moment les bras pendaient de chaque côté du corps, sans qu'il fût possible à l'enfant de leur communiquer le plus léger mouvement.

Cependant, durant ces trente-sept séances, qui lui furent données en vingt jours, à deux par jour, rien ne fut négligé, massages, frictions, mouvements pasdifs, grande friction générale à l'eau tiède, l'en-

fant étant étendu nu sur un lit disposé pour cela. Mais l'inertie continuait à être telle que six fois sur dix nous dûmes extraire les excréments par des moyens factices pour le soulager.

A partir de la trente-septième séance jusqu'à la quarante-cinquième, qui nous mena au 2 mai, nous procédâmes de la même façon. Le malade fit de nouveaux progrès ; il put supporter d'être assis plusieurs heures -à l'air ; il put même étendre les bras et prononcer quelques mots ; il profitait aussi de plusieurs heures de sommeil. Enfin l'état général, quoique très-faible encore, était sensiblement amélioré, l'appétit devenait meilleur, et les selles étaient plus faciles. Il lui était cependant encore impossible de se tenir debout.

A la cinquante-quatrième séance, qui nous mena au 9 mai, il fit quelques pas seul à la façon d'un homme ivre. A partir de ce moment, les forces revinrent graduellement, et de façon qu'à la soixantesixième séance, qui nous mena au 16 mai, il put faire quarante pas sans être soutenu, et parler de façon à exprimer à peu près toutes ses pensées. Il put aussi manger seul. A la soixante-quatorzième séance, le mieux avait encore sensiblement augmenté ; et à la quatre-vingtième, qui nous mena au 5 juin 1863,

l'enfant cessa tout traitement et retourna à Lorient avec ses parents, enchantés de sa guérison.

A son départ, il était aussi bien que possible ; mais il lui restait encore dans les bras et les jambes quelques petits mouvements, qui ne se montraient plus que par intervalles assez éloignés.

Il fit le voyage de Paris à Lorient sans éprouver de malaise ; et aussitôt après son arrivée, il fut conduit à la campagne afin de jouir d'une pleine liberté. Du 5 juin au 1" juillet, les petits mouvements qui lui restaient en quittant Paris ne diminuèrent pas ; la mère remarqua au contraire qu'ils augmentaient pendant les temps orageux; mais l'appétit était entièrement revenu, et l'enfant pouvait se livrer à toute espèce de recréations. Pendant les mois d'août et septembre, la position de l'enfant resta à peu de chose près stationnaire. Voyant cette chorée se prolonger indéfiniment, j'écrivis à un brave ami M. Cécille , capitaine au 7Zi'= de ligne, qui se trouvait en garnison à Lorient, pour qu'il fît connaissance avec les parents du petit malade, et qu'il se mît en devoir de lui prodiguer des soins suivant mes mdications. Je dois faire observer ici, à titre de document indispensable, pour qu'on puisse bien suivre la marche de la chorée de cet enfant, que mon ami

Cécille sait joindre à une profonde connaissance de la gymnastique militaire, une douceur et une patience à toute épreuve. En outre, lorsqu'il était détaché à Saint-Maur comme sous-directeur à l'école normale de gymnastique militaire , il venait souvent nous visiter à l'Hôpital des Enfants, pour s'initier autant que possible aux préceptes d'une gymnastique plus spéciale et plus raisonnée. Il prit donc le petit malade le 11 octobre 1863 , et lui donna une séance tous les jours. Vers le 11 novembre, l'enfant paraissait reprendre des forces ; il avait plus de gaité ; mais il restait des mouvements très-prononcés dans le bras et la jambe droite, et un peu plus de difficulté dans la parole ; il y avait même à ce moment un bruit presque continuel dans le gosier.

Vers le 27 décembre, tout alla plus mal, malgré la continuation des soins les plus assidus; les membres devinrent plus agités ; le bruit du gosier augmenta beaucoup; la langue fut prise d'une agitation continuelle avec claquement, et la bouche se contourna fréquemment. Jusque vers le 13 janvier 186/1, il s'opéra peu de changement dans la position de l'enfant. Bien qu'il fût massé et frictionné tous les jours de la tête aux pieds, les mouvements de

la langue et le bruit du gosier restèrent à peu près au même point. Les parents se désolaient; je les encourageais autant que cela m'était possible, persuadé qu'à l'exemple de bien d'autres, cet enfant devait se guérir, bien que sa chorée se prolongeât beaucoup au delà du temps ordinairement nécessaire pour faire cesser une semblable maladie.

Mais loin de s'améliorer, du 13 janvier au 10 février, le mal alla toujours en augmentant, au point que le 15 février 186/i, l'enfant ne pouvait plus ni se tenir, ni parler ; l'appétit était devenu presque nul, et le malade ne put recevoir des soins que dans son lit.

Le là mars iSQh , M. le docteur suspendit les massages et frictions, pour soumettre l'enfant à un nouveau traitement, qui devait durer quinze jours. Mais du là mars au 1" avril, il ne s'opéra aucun changement , malgré la nouvelle médication , et M. Cécille recommença à donner ses soins à l'enfant comme par le passé. Vers le 20 avril, l'enfant tenta quelques efforts pour se tenir debout ; il y parvint non sans difficulté ; mais après trois pas il s'affaissa sur lui même.

Du 20 avril au 9 mai, malgré les soins de toute nature, l'état de l'enfant resta le même ; néanmoins,

je suppliai mon ami de pom-suivre ses eiïorts avec la même persévérance.

Du 20 avril au 18 mai, il s'opéra encore peu de changement ; mais l'on put ajouter les bains de mer à tout ce qu'on lui faisait. Enfin du 18 mai au 2 juin, il s'opéra un grand progrès; l'enfant avait pu prendre douze bains de mer; il put se tenir debout et même marcher une soixantaine de pas sans être soutenu ; toutefois il se dandinait à droite et à gauche, comme un enfant qui apprend à marcher. La parole suivit la même progression que tout le reste du corps.

Enfin, le 22 juin, mon ami se trouva au comble de la joie de pouvoir m' annoncer que son petit malade était presque entièrement rétabli; il pouvait à ce moment aller et venir une journée entière sans se plaindre de la fatigue ; la parole et l'appétit, tout allait vers un mieux très-sensible.

Le k juillet, à l'exception de quelques petits mouvements déréglés dans la marche, il n'avait plus rien ; et il put courir et chanter du matin au soir.

Le 29 juillet I86/1, je reçus la dernière lettre de mon ami, elle commençait ainsi :

« Victor va de mieux en mieux. C'est un petit » démon maintenant, qui fait enrager tout le

M monde. Il est presque aussi grand que moi. Il » prend aussi de la force, etc., etc. «

Si, comme je l'espère, la guérison est définitive, il n'aura pas fallu moins de seize mois de soins persévérants pour l'obtenir. J'ajoute que l'intelligence était toujours restée intacte.

Après tant de détails minutieux, je veux consigner ici quelques observations générales sur la chorée, et indiquer les moyens pratiques qu'il faut adopter dès qu'un enfant est atteint de cette fâcheuse affection.

1° La première précaution à prendre, si un enfant est agité de façon à ne plus pouvoir se tenir, c'est de lui composer un lit bien garni de tous côtés, même du côté du mur, de manière à ce que partout où il lancera involontairement ses bras, sa tête ou ses jambes, il ne puisse se faire aucun mal. Ce lit ne devra pas être trop mou ; mais le linge qui le garnira devra être aussi doux que possible, sans être plu dieux ; car l'agitation continuelle de l'enfant use d'une façon extraordinaire draps et couvertures, et les parties très-ténues qui s'en détachent sont nuisibles au rétablissement de sa santé, en se mêlant sans discontinuer à l'air qu'il respire.

Le drap de dessous devra être bien tendu et adapté au matelas de manière à ne former aucun pli.

2» On évitera autant que possible tous les entourages bruyants. On évitera aussi de raconter des histoires fantastiques; et, si l'enfant est de bonne humeur, il faudra éviter avec d'autant plus de soin de paraître triste devant lui.

3» Si l'enfant arrive à un état tel qu'il ne puisse plus parler, il faudra de préférence le donner en garde à une personne habituée à sa manière d'être ; car une fois qu'il ne peut plus exprimer sa volonté, il s'agite et pousse des cris d'autant plus violents que le besoin qu'il éprouve est plus pressant. Quand un enfant est dans cet état, on cherche à deviner sa pensée en le regardant, et en lui nommant ce dont il est plus probable qu'il peut avoir besoin. Généralement à ces questions, l'enfant vous regarde fixement; et si, après trois ou quatre choses nommées, vous n'avez encore pu deviner ce qu'il désire, il se met à pousser de nouveaux cris e^ gesticulant. On a beau lui présenter les choses en l'encourageant h se calmer, l'enfant est alors excessivement difficile à satisfaire. S'il a faim, il faut le placer sur son séant, une personne lui tenant le bras et le corps,

une autre la tête, et une troisième étant en mesure de lui mettre dans la bouche ce qu'il doit prendre dès qu'il peut l'ouvrir. Il en est de même pour la boisson : on tient un gobelet tout près de la bouche, et chaque fois qu'il peut l'ouvrir, on verse une gorgée; car dans cet état il est rare que les contractions du gosier permettent à l'enfant d'avaler plusieurs gorgées de suite. Très-fréquemment, tout ce qu'on lui met dans la bouche est rejeté au dehors. Mais il ne faut pas se rebuter; on recommence jusqu'à ce qu'il ait pris suffisamment ce qui lui est nécessaire. Tous les ustensiles, dont on se servira pour faire boire ou manger l'enfant, devront être en étain, pour éviter qu'il ne se blesse en serrant les dents brusquement. On se sert souvent, pour faire boire l'enfant plus facilement, d'un petit tuyau dont une des extrémités est plongée dans le verre, et dont l'autre, garnie d'une matière molle, est placée dans la bouche ; ce qui permet à l'enfant d'aspirer le liquide chaque fois qu'il le peut.

h" Les bizarreries de caractère d'un enfant en cet état sont souvent excessives ; car rien n'est plus ordinaire que de le voir rire aux éclats sans aucun motif, puis de le voir aussitôt pleurer à chaudes larmes, pour recommencer à rire de nou-

veau. Il n'y a pas à tenir compte de ces dérèglements passagers ; ce sont des eiïets nerveux qu'on aurait grand tort de vouloir empêcher, quand ils se produisent. Souvent aussi il arrive par la même cause, que l'enfant prend en aversion ses frères ou sœurs, même son père ou sa mère ; alors, le moyen le plus simple est d'éloigner les personnes prises en grippe par le petit malade, et de ne les rappeler près de lui que lorsqu'il en témoignera lui-même le désir.

J'ai vu une jeune fille qui, à l'état de santé, chérissait son père, le prendre en horreur tant qu'elle fût atteinte de cette maladie -, et son affection filiale revenir avec la santé, sans qu'elle pût se rappeler, une seule de toutes les petites misères qu'elle lui avait faites.

5° Lorsque l'enfant a été fortement atteint de cette maladie, il arrive quelquefois, un peu de dérangement, ou pour m' exprimer plus catégoriquement, un ralentissement momentané des facultés morales. 11 n'y a pas sujet de s'effrayer de ces petits désordi-es passagers. Ainsi, j'ai vu une fille de dixhuit ans, déjà citée B.H. , qui, aprèsl'entière guérison de sachorée, s'est trouvée comme hébétée ; il lui arrivait, par exemple, d'aller au cabinet d'aisances, et d'y rester plusieurs heures ; sur les plaintes de

sa mère, elle répondait qu'elle ne faisait que d'y entrer. Puis, comme on l'avait chargée de faire le ménage pour la distraire, il lui arrivait souvent de prendre un flambeau sur la cheminée, et de l'épousseter pendant dix minutes, de mettre autant de temps pour en épousseter un second, et de retourner au premier, sans se rappeler qu'elle venait de le nettoyer. Tous ces désordres ont complètement disparu dans l'espace de trois mois, et ne se sont plus remontrés depuis.

Une autre fille de quinze ans également citée, B. E, a passé exactement par les mêmes phénomènes, et elle en a été complètement débarrassée à peu près dans le même espace de temps.

Voilà ce que mon expérience me permet de dire de cette bizarre maladie. Ces renseignements réunis aux différentes observations de Messieurs les docteurs, ne manqueront pas d'être utiles, surtout aux personnes qui se trouveront dans la triste nécessité de les mettre à profit; et sans prétendre qu'on ne trouvera pas un jour un remède certain contre cette affection, je reste bien convaincu, quant à présent, que le meilleur traitement est celui que j'ai exposé et pratiqué. Tissot avait déjà dit dans son Traité des nerfs Qnil^lx : « Il faut fortifier sans irriter. ,, M. le

le docteur Blache a parfaitement soutenu et développé cette même idée dans l'admirable rapport qu'il a lu à l'Académie impériale de médecine, en juillet 185Zi.

Je pourrais encore présenter de nouvelles considérations sur des maux de nerfs plus graves, tel que l'épilepsie, l'hystérie etc. Mais les longs détails consignés à cet égard dans mon travail sur l'Introduction des exercices gymnastiques dans les hôpitaux me dispensent de revenir sur un sujet déjà suffisamment développé. J'ajouterai seulement que ce genre de traitement n'est difficile à appliquer que parla perte de temps qu'il exige, et par la peine qu'il faut se donner personnellement.. Je n'oublierai jamais que, pour obtenir les résultats constatés à la Salpétrière sur ce genre d'affection, il m'a fallu une quantité énorme de séances de quatre à huit heures de durée. Il y a peu de personnes qui soient en état de supporter longtemps de pareilles fatigues, même avec la meilleure volonté.

Après m' être étendu d'une façon toute particulière sur les deux affections auxquelles nos soins ont été le plus souvent apphqués, je vais passer rapidement en revue les effets qu'a produits notre méthode sur d'autres indispositions. D'ailleurs, je

n'appuierai, comme précédemment, mes observations que sur des faits accomplis, qu'on ne peut récuser.

Pour prévenir des erreurs qui pourraient devenir préjudiciables sur la nature des maladies dont je vais parler, je me bornerai à indiquer succinctement ce qu'éprouvait le malade avant le traitement, pour quelle maladie il était traité, lorsque je le saurai, et les phases par lesquelles aura passé le malade, pendant son traitement.

Pour ces nouvelles observations, j'aurais pu suivre une certaine progression dans l'ordre des maladies. Mais cette règle n'eût été d'aucune utilité réelle. Je me suis donc borné à présenter les faits tels qu'ils se sont passés dans ma pratique, en choisissant strictement ceux qui présentent un intérêt particulier au point de vue de l'application des exercices, du massage, des frictions et de l'eau tiède ou froide.

Oliscrration n° IS.

En 1851, je fus demandé par M. A.... qui était traité depuis quelque temps à Paris par MM. les docteurs Foville, ïardieu et Guersant, pour un affaiblissement de la moelle épinière. A ma pre-

mière visite, je trouvai ce malade dans un état d'irritation et de susceptibilité extrêmes; un rien l'effrayait et le mettait dans un état malheureux. Je l'ai vu en ma présence pris subitement d'un tremblement accompagné de frissons, pour avoir entendu quelqu'un toucher au bouton de la porte de sa chambre, dans un moment où il ne s'y attendait pas. A cette époque, il ne pouvait plus sortir sans être pris d'une inquiétude fatigante, qu'il fût d'ailleurs en voiture ou à pied. Ce malade, âgé de trente-deux ans, avait femme et enfants, qui souffraient beaucoup de sa mauvaise santé.

Après être convenu avec lui de ce que je devais lui faire, j'allai demander à MM. les docteurs la permission de traiter ce malade d'après l'expérience que j'avais acquise ; et tous les trois me donnèrent pleine liberté d'agir comme je l'entendrais. Je fis d'abord prendre un grand bain au malade, afin de détacher les papiers de diverses sortes qu'il s'était collés le long du dos. Aussitôt après, je lui donnai la première séance, le 22 mars 1851 ; je lui fis d'abord exécuter des exercices modérés pendant vingtcinq minutes, en évitant, comme on doit le faire en pareille circonstance, toutes secousses violentes; puis ensuite, je le massai et le frictionnai légère-

ment sur tout le corps pendant vingt minutes.

Le 23, je procédai de la même façon, le malade n'ayant éprouvé aucune fatigue des soins de la veille. Les 24, 25,. 26 et 27, les mêmes soins lui furent donnés avec un peu plus d'énergie. Le malade paraissait déjà éprouver un peu de soulagement, et le sommeil devenait plus calme.

Les 28, 29, 30, 31 mars, les 1, 2, 3 et 4 avril, je lui appliquai les mêmes soins, en agissant plus énergiquement de toutes les façons; et le malade déclara à ce moment qu'il se sentait beaucoup plus calme. L'appétit et le sommeil étaient sensiblement améliorés ; mais il n'osait cependant pas encore sortir ; il n'était pas débarrassé de ce sentiment de crainte qui le poursuivait si vivement, au début de nos séances.

Pendant les séances des 5, 7, 8, 9, 10,11, et 12 avril, je continuai les mêmes soins en redoublant d'énergie, et le malade continua de s'en bien trouver.

Pendant les séances des 1/1, 15, 16, 17, 18, et 19 avril, les exercices furent plus prolongés ; le malade les exécuta bien et avec goût ; et il reçut ses frictions ' avec plus de satisfaction que dans les séances précédentes. De plus, il me déclara qu'il avait fait le 18

une promenade de deux heures à pied, et qu'il avait été bien agréablement surpris de ne s'être trouvé indisposé d'aucune façon.

Pendant les séances des 21, 22, 23, là, 25, et 26 avril, il s'opéra une amélioration très-sensible en général. Les massages et les frictions à l'eau froide furent alors commencés; et chose qu'il n'avait pu faire depuis longtemps, il put assister à une représentation entière de l'Opéra, bien surpris de n'y avoir éprouvé aucun malaise.

Pendant les séances des 28, 29, 30 avril, 1« 2 et 3 mai, les exercices furent soutenus près de quarante minutes à chaque séance ; les massages et les frictions à sec durèrent vingt minutes, et les grandes frictions à l'eau froide furent appliquées pendant cinq à six minutes. A cette époque, le malade se trouvait aussi bien que possible ; l'état d'irritabilité était presque annulé, et les force revenaient, je puis le dire, avec une rapidité extraordinaire.

Pendant les séances des 5, 6, 7, 8, 9, et 10 mai, l'amélioration générale augmenta. encore sensiblement ; et ce sentiment de crainte, qui avait paru vouloir persister, commençait à disparaître entièrement.

Les séances des 12, 13, lA, 15, 16 et 17 mai,

furent encore données avec plus de vigueur que par le passé; le malade paraissait avoir triplé ses forces, tant il s'exerçait énergiquement, sans qu'il lui en restât aucune fatigue.

Pendant les séances des 19, 20, 21 et 22 mai, il s'exerça beaucoup plus pour sa satisfaction que par nécessité, et il cessa dès lors le traitement, qui lui avait si bien réussi.

Ce cas de guérison a été obtenu avec une rapidité extraordinaire, vu le triste état physique et moral dans lequel se trouvait le malade, au début du traitement. Je me permets d'ajouter qu'il remplit de hautes fonctions depuis cette époque, et qu'il n'a plus ressenti rien de son ancienne indisposition.

Observation n° 19.

Peu de temps après avoir obtenu ce brillant résultat, je fus appelé par M. le docteur Becquerel pour donner des soins semblables à M. le D. de M. , qui était tourmenté depuis longtemps par de fréquents maux tête, de fortes migraines, et autres désordres qui lui faisait souvent prendre la vie en aversion. Ce malade avait une trentaine d'années. Après avoir

pris les conseils du savant docteur, je donnai à M. le D. de M. la première séance, le 1" mars 1852, et je continuai sans interruption jusqu'au 17 du même mois. Je procédais chaque fois de manière à me conformer un peu aux dispositions du malade, sans toutefois céder à tous ses caprices. Vers la fin de ces premières séances, il y avait déjà un mieux assez sensible dans l'état général, et le malade déclara lui-même qu'il éprouvait des moments de bien-être qu'il n'avait pas ressentis depuis longtemps. Tous les exercices que le malade a exécutés pendant ces premières séances, ont été très-variés, et plutôt modérés que violents.

Pendant les dix séances qui eurent lieu pour compléter le mois de mars, les mêmes soins furent continués ; et le malade alla de mieux en mieux. Les désordres commencèrent à s'éloigner, et ils ne paraissaient plus que par intervalles ir réguliers.

Pendant le mois d'avril, le malade reçut encore seize séances très-soutenues, durant lesquelles il fit de nouveaux progrès, qui éloignèrent de plus en plus ses indispositions. Ainsi vers la fin d'avril, il n'éprouvait presque plus d'ennui; les serrements de tête, les migraines, et les autres désordi'es, ne se produisaient plus qu'avec une faiblesse qui permet-

tait de croire k leur complète disparition dans un temps peu éloigné.

Le 1" mai, voyant le malade résister facilement à ses longues séances d'exercices de tous genres , je commençai à lui appliquer un massage général avec frictions à sec sur tout le corps, et je terminai chaque fois en y ajoutant l'eau froide. Les six séances qui lui furent données de cette façon, du 1" au 15 mai, amenèrent encore un surcroît de bien-être considérable ; et le malade déclara qu'il pourrait maintenant se passer de mes soins, tant il se trouvait bien. Néanmoins, je l'engageai à continuer jusqu'à la fin du mois commencé, pour affermir l'amélioration obtenue.

Je lui donnai donc encore dix séances complètes d'exercices, massages et frictions à sec et à l'eau froide ; puis je laissai mon malade dans un état de santé admirable, ayant plus que doublé ses forces pendant les trois mois qu'avait duré le traitement. Il avait reçu soixante séances, et je termine ces observations en ajoutant qu'il s'est toujours bien porté depuis cette époque.

Je m'en tiendrai à ces deux cas presque semblables entre eux, afin d'éviter des répétitions inutiles; et je me bornerai à dire qu'en général les personnes

Ih —

atteintes d'une affection semblable, et auprès desquelles j'ai été appelé, se sont toujours trouvées notablement soulagées quand elles n'ont pu être complètement guéries.

Observation n" «O.

En janvier 185/i, je fus demandé par M»« B..., qui était atteinte d'un asthme très-caractérisé. Cette dame était âgée de quarante- six ans, et était traitée par l'homéopathie. A ma première séance, elle se plaignit d'être souvent prise par des oppressions qui ne lui permettaient aucun repos, ni jour ni nuit, tant qu'elles duraient.

Je commençai avec cette dame, le jour de notre première séance, par lui prendre les bras alternativement et les lui faire mouvoir très-modérément dans un sens qui pût avoir une légère action sur la poitrine. Je pris ensuite chaque épaule dans mes mains, et leur imprimai un mouvement en rond, d'avant en arrière et de bas en haut, de manière à faire communiquer l'action des mouvements jusqu'au tiers supérieur de la poitrine. Après cette première opération, qui dura environ douze minutes, la malade se sentit un peu soulagée. Je lui fis faire alors quel-

ques légers mouvements de bras seulement, en l'engageant à compter à haute voix. Après dix minutes de cette manœuvre, je la frictionnai sur tout le dos, et principalement la partie postérieure des poumons, un peu la partie antérieure et supérieure de la poitrine, et inférieurement depuis le dos jusqu'au dessous des seins. Tout ceci dura encore environ dix minutes. Cette friction, faite avec de grands ménagements, procura à la malade un bien-être qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps, et je m'en tins là pour cette première épreuve.

Les douze séances suivantes eurent lieu tous les deux jours régulièrement ; et la malade, éprouvant toujours du soulagement sans fatigue, je procédai d'après les mêmes règles, augmentant ou diminuant l'action des exercices et des frictions, suivant son état quotidien.

Cette malade prit des séances très-régulièrement jusqu'à la fm de février ; puis, se sentant bien, elle se reposa tout le mois de mars, avec l'intention de recommencer en avril.

Je repris donc les séances au 1"' avril, et je les continuai pendant plusieurs mois. Je ne puis énumérer ici tous les soins que j'ai pu donner à cette excellente dame, tantôt un peu plus forts, d'autres

fois plus faibles ; dans certaines séances, beaucoup d'exercices ; dans d'autres, au contraire, peu d'exercices et beaucoup de frictions. Ce détail ne servirait à rien, attendu que, dans ma longue pratique, je ne me rappelle pas avoir appliqué exactement les mêmes soins à deux sujets atteints de la même affection. Je dirai seulement qu'après quelques mois, j'appliquai en outre d'assez fortes frictions sur les jambes, dans les moments où l'oppression était plus forte. Plusieurs fois la malade, ne sachant comment exprimer le bien qu'elle éprouvait après la séance, me regardait comme d'un air surpris, et me disait : « Mais » comment faites-vous donc? Il me semble que » vous venez de me donner une partie de votre vi- » gueur. » Comme cette bonne personne existe toujours, je ne crains pas d'affirmer que ce sont ses propres paroles et non des expressions de mon invention.

Depuis le début de ce traitement jusqu'en 1860, j'ai donné quelques mois de séance par année à cette dame ; et toujours elle éprouva le même soulagement, sans se trouver d'ailleurs entièrement guérie de son mal, qui était trop invétéré pour en espérer la complète disparition.

Observation u° »t.

Voici un cas de guérison très-remarquable de paralysie générale survenue à la suite d'un bain froid prolongé, pris aussitôt après une marche longue et fatigante, et qui avait déjà donné lieu à toutes sortes de maux très-graves avant que la paralysie ne survint.

Ici, comme ailleurs, je serais bien fâché qu'on m'accusât d'un amour-propre déplacé, et qu'on me soupçonnât de chercher à faire croire que ce sont mes soins seulement qui ont dû guérir le malade, tandis qu'il se trouvait entièrement sous la direction de M. le docteur Bourguignon. Ce n'est nullement un motif si peu digne de mon caractère qui me pousse à faire ces observations. Si je me permets de constater ce résultat, en ne parlant que des agents thérapeutiques qui sont de mon ressort, c'est plus pour rectifier les faits qui ont été mal présentés que pour chercher à m'en attribuer le bénéfice.

En 1862 (extrait des Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, tome VIII), M. le docteur Bourguignon lut à la Société d'hydrologie médicale de Paris, un rapport sur la guérison de M. Cl...., traité à son établissement de Bellevue.

Mais M. le docteur Bourguignon fixe la première séance de massages et frictions, qui fut donnée par moi à son malade, cinquante jours plus tard qu elle n'a réellement eu lieu; car la première de ces séances fut donnée â Bellevue le 12 juin 1861, et M. Bourguignon ne la place dans son rapport qu'au 1" août. La vérité étant ainsi rétablie, je vais, pour ce qui me concerne, suivre le malade pendant le cours de mes séances, qui ont été trop longues et trop soutenues pour ne pas avoir exercé une in- • ûuence, sinon exclusive, au moins très-favorable sur le résultat obtenu. Mais je prie mes lecteurs de ne pas oublier que M. le docteur Bourguignon n'a pas cessé un instant de diriger ce malade.

Le 17 mai 1861, je fus invité par M. le docteur Meunier, interne à l'Hôpital des Enfants, à venir voir un de ses clients dont la position allait toujours en s'aggravant. Lorsque je le vis pour la première fois, il pouvait encore, avec de grands efforts, se tenii" un moment debout et faire quelques pas en chancelant.

A cette première visite, je lis , devant M. le docteur Meunier, un massage très-doux et général, accompagné de frictions, pour donner une idée de ce traitement au malade, qui devait entrer de suite

à l'établissement hydrothérapique de Bellevue. Cette séance d'essai parut beaucoup convenir au malade, et il fut arrêté, avec M. le docteur Meunier, que son malade serait soumis aux massages et frictions, pendant tout le temps de son traitement à Bellevue.

Le malade fut conduit à l'établissement le 18 mai 1861. Mais ce ne fut que vingt-cinq jours après que je fus appelé à commencer les massages et frictions. Le 12 juin 1861, je me rendis donc à Bellevue, et je trouvai le pauvre jeune homme bien plus mal que quand je l'avais vu à Paris le 17 mai. 11 ne pouvait plus marcher, et toutes les facultés, excepté l'intelligence, avaient suivi cette triste décadence. Je procédai par un massage général accompagné de frictions avec la plus grande douceur, et en cherchant à ne rien faire qui pût paraître désagréable au malade. Cette première séance dura cinq quarts d'heure; et pendant les séances données les 13, ih, 15, 17, 18, 19, 20, 21 et 22 juin, je procédai de la même façon. Le malade éprouva un certain bien-être après chacune de ces séances ; mais l'état général alla toujours en baissant. Le moral cependaut restait intact; mais le corps ne fut bientôt plus qu'une masse de chair inerte, sur laquelle la volonté du patient ne

pouvait plus avoir la moindre action. Néanmoins, je continuai mes soins avec la même persévérance les 26, 28 et 29 juin, sans que le malade éprouvât de changement dans sa position ; seulement il déclara, malgré son état, éprouver une grande satisfaction de pouvoir endurer mes soins.

Pendant la séance du 1"' juillet, je lui répétai ce que je l'engageais à faire depuis plusieurs séances , c'est-à-dire de chercher à bouger un peu lui-même, ne fût-ce qu'un doigt ou tout autre partie du corps sur laquelle se porterait son attention. Il put cette fois communiquer un léger mouvement aux deux premiers doigts des mains. Je fus heureux de ce mince résultat, bien que la volonté du malade n'eût pu communiquer son action à aucune autre partie du corps.

Pendant les séances des 2, 3, 5 et 6 juillet, les mouvements des doigts augmentèrent légèrement ; et le malade put également faire remuer les orteils. Pendant la séance du 9 juillet, il put mouvoir légèrement les jambes et presque tous les doigts des mains.

Pendant les séances des 10, 12, 13, 15, 16, 17, 19 et 20 juillet, tout le corps du malade devint douleureux au toucher ; ce qui ne m'empêcha pas de le

masser et frictionner de la tête aux pieds, y compris même dans mes opérations, tous les muscles de la face. On concevra peut-être encore mieux dans quel état se trouvait le malade, lorsqu'on saura que tout le long du dos et de chaque côté des apophyses épineuses, il pouvait à peine supporter le massage, quelque doux qu'il fût. A la séance du 20, le malade put, avec quelques efforts, communiquer sa volonté aux avant-bras, et avoir la même action sur les jambes. A partir de ce moment, les progrès furent presque surprenants; car les séances des 22, 23, 2/j, et 26 juillet, lui permirent de placer ses avant-bras sur sa poitrine ; et pendant les séances des 27, 29, 30 et 31 juillet, de nouveaux progrès lui permirent de gouverner sa tête, de lever les jambes et de se servir un peu de ses bras. Après les séances des 3, 5, 7, 9 et 10 août, il pouvait faire quelques pas dans sa chambre, étant tenu seulement sous les bras.

Après les séances des 12, 13 et Ih août, il put marcher seul dans sa chambre en se tenant aux meubles ; et pendant les deux séances des 16 et 17, il se fit des progrès vraiment extraordinaires.

A ce moment, une extrême fatigue ne me permit pas de retourner pendant quelques jours auprès du

malade ; et comme je ne l'avais pas prévenu de cette absence involontaire, je reçus le 22 une lettre de son bon et dévoué frère, lettre que je crois utile de reproduire ici, afin de prouver plus sûrement l'exactitude de mes observations.

La voici :

Bellevue, le 22 août 1861.

Monsieur,

« Avant que mon frère eût reçu votre lettre, nous pensions déjà que votre indisposition vous tourmentait de plus belle et nous avions recommandé au domestique d'en informer M. D. Nous espérons vous voir demain complètement rétabli.

» Mon frère a fait des progrès notables. Le voyant, avant-hier, marcher d'une manière satisfaisante dans le corridor à l'aide d'une canne, je l'ai abandonné tout à fait me bornant à le surveiller ; il a fait ainsi environ cent qua'tre-vingt-dix pas. Nous avons recommencé une heure après; même résultat heureux sans fatigue. Cela m a encouragé ; et, pendant qu'il prenait l'air dans l'après-mid., e l'ai engagé à sortir de sa petite voiture. Il a descendu l'escalier de la terrasse et a traversé la seconde part.e du iardin. Après quelques instants de repos, il est remonte toujours seul, en s'appuyantà larampe et sur sa canne; i n'a demandé d'appui qu'à un endroit où l'escaUer n a pomt de rampe; je lui ai pris le bras, à la descente d an pUn ^ incliné ; car alors les muscles du pied avaient plus à fane, et l'éauilibre pouvait en être compromis. ,! Le soir, nous avons descendu l'escalier du premier

étage sans appeler les domestiques, au grand étonnement des dames qui se trouvaient au jardin, et qui ont adressé au malade de cordiales félicitations.

» Hier et aujourd'hui, mon frère ne s'est plus laissé porter dans l'escalier ; mais nous faisons usage de la voiture pour aller aux appareils. Il semble préférable de réserver les jambes pour quelques petites promenades d'agrément ; c'est, je pense, monsieur, agir conformément à vos recommandations.

» Nous sommes au moment où des chutes pourraient survenir; je tâche que mou frère fasse plutôt moins que plus, et je me sermonne pour ne pas avoir de distractions lorsqu'il est debout.

s Je suis entré dans tous ces détails, parce que je crois, monsieur, qu'il vous est agréable, autant qu'à nous, de voir vos bons soins couronnés de succès. »

En attendant le plaisir de vous voir, etc.,

J. Cl.

Je donnai encore deux séances les 23 et 2!i août; puis je quittai le malade et son excellent frère, dans les meilleurs termes,

Ob!!$crvation no «8.

En janvier 1862, je fus demandé par M"-" P..., dame âgée de 26 ans ; elle était grande et forte, mais en apparence seulement; et, se trouvant fatiguée des traitements qu'elle suivait depuis plusieurs

années, y compris deux saisons aux eaux, sans obtenir aucun résultat, elle était décidée, ne sachant plus que faire, à essayer du massage et des frictions.

Lorsque je pris cette dame pour la première fois, le U janvier 1862, il y avait près de trois années qu'elleétaitatteinte d'une faiblesse extrême, qui ressemblait beaucoup à de la paralysie dans le bras et la jambe droite: tout ce qu'elle pouvait faire, c'était de traverser la chambre, et il suffisait de le faire quelques fois pour qu'cà la suite elle éprouvât une fatigue accablante. Les soins des hommes de science les plus éclairés n'avaient pu malheureusement rien

changer à l'état maladif de madame P , quoique

ces soins intelligents fussent administrés depuis

plusieurs années.

Au début, ne connaissant pas la nature physique et morale de cette dame, je procédai, comme toujours, avec les plus grands ménagements. A ma première séance, les frictions furent faites de façon à échauffer la peau seulement, et le peu de massage que je tentai fut encore plus doux. La malade était étendue sur son lit, et je frictionnai sur toute la partie droite, seulement pendant trente minutes environ A la deuxième séance, la malade me déclara n'avoir rien ressenti des soins qu'elle avait reçus la

veille. Ceci m'avertissait d'augmenter légèrement la puissance des frictions, etc.

A la troisième séance, la malade n'ayant éprouvé aucune fatigue à la suite des deux précédentes, je procédai de la même manière, en augmentant encore légèrement l'intensité des fj-ictions.

En voyant que la malade éprouvait plutôt du bien que du mal après mes séances, je continuai de même pendant les h, 6, 6, 7, S, 9 et 10*= séances. Ceci nous mena au 2/i janvier. P... n'ayant toujours éprouvé que du soulagement, je l'engageai beaucoup à ne pas abuser des forces qu'elle croirait avoir acquises.

Pendant les 11, 12, 13, lû et 15« séances, je forçai, toujours de la même façon, les frictions et les massages ; et j'ajoutai, à la lô'' séance, quelques mouvements passifs au bras droit. La malade continua de se sentir de mieux en mieux. Pendant les 16, 17, 18, 19 et 20° séances, les frictions et massages étaient donnés de plus en plus énergiquement, à la 20% je priai M"'' P... de faire quelques petits mouvements avec le bras droit ; mais au troisième mouvement, le bras refusa toute action. Ceci dura peiidantles 21, 22, 23, 2li, 25, 26 et 27''séances, et nous étions arrivés au 21 février. M"' P. . . sentit alors ses

forces revenir progressivement ; les frictions et massages lui furent appliqués presque sans ménagement, etelle s'en trouva très-bien. Elle put commencer à faire quelques mouvements, sans être accablée de fatigue. Pendant les 28, 29, 30, 31, 32, 33, 3Zi, 35, 36, 37 et 38''séances,c'est-à^ire jusqu'aul2mars, il y eut une amélioration très-sensible. Les frictions et les massages furent administrés en augmentant encore d'énergie, et ils furent étendus sur toute la partie thoracique, principalement tout le long de la colonne vertébrale, très-fortement sur les reins et sur toute la jambe droite. Pendant les 39, ÙO, Al, /i2, A3, Aa, A5, A6, hl et A8= séances, jusqu'au 26 mars, la malade continua de faire des progrès vraiment extraordinaires. Elle put, étant étendue sur le dos dans son lit, prendre un haltère d'un kilogramme dans la main droite, et faire douze à quinze mouvements de suite, en étendant le bras comme je le lui indiquais. Elle put aussi, à ce moment, se tenir plusieurs heures hors du lit et se livrer aux occupations de son ménage sans éprouver de fatigue. C'était à mes yeux un progrès énorme, dont je me trouvai d'autant plus satisfait qu'il n'était pas dû à un hazard providentiel, comme cela arrive quelquefois dans ces genres d'indispositions, mais bien

à des séances très-fatigantes et très- soutenues, qui avaient amené le résultat obtenu avec une gradation qu'on pourrait presque comparer à l'ascension d'un poids d'horloge, qui va lentement, mais sûrement vers son but.

A partir de ce moment, j'engageai cette dame à faire quelques petits efforts, par exemple essayer de descendre un étage, puis de le remonter, et de redoubler cet exercice, si la fatigue ne s'y opposait pas. Tout ceci fut fait, je dois l'avouer, avec une ponctualité méritoire, et la malade en fut bien récompensée. Entre les !i9 et 50' séances, elle fit plusieurs courses en voiture, et elle ne s'en trouva nullement indisposée. Entre la 51" et 52"= séances, après bien des instances de ma part, elle se décida à aller de la rue de Lille jusqu'au quai : puis, ne se sentant aucune lassitude, elle alla jusqu'au jardin des Tuileries, d'où elle revint sans s'arrêter, beaucoup plus dans la crainte de faillir que par nécessité, et n'ayant rien ressenti. A son retour chez elle, elle prit beaucoup de confiance et s'arma de courage pour la prochaine occasion. A la 53 et bli" séances, les frictions et les massages lui furent donnés sans aucun ménagement ; 6t l'amélioration se maintint pendant les 55, 56, 57 et 58« séances avril).

M"' P.... prit encore de nouvelles forces, et elle m'annonça avec un bonheur que sa physionomie ne pouvait dissimuler, qu'elle avait pu assister à la messe le 13 courant, sans aucune fatigue ni indisposition. Pendant les 59, 60, 61, 62, 63, 6Zi, 65, 66, 67, 68 et 69" séances (24 mai), M'"« P.... reçut toujours les mêmes soins, en y ajoutant quelques exercices actifs, mais modérés, avant les frictions et les massages. Dans l'intervalle de ces onze séances, elle fit plusieurs courses, dont une à la campagne, se trouvant chaque fois émerveillée, et ravie en même temps, de tout ce qu'elle pouvait faire. Pendant les 70, 71, 72, 73, Ih, 75, 76 et 77*= séances, les massages et les frictions lui furent continués, et j'y déployai toutes les forces que je pouvais avoir pendant cinquante à soixante minutes sans interruption. A la 77" séance (28 juin). M"" P.... eût pu, sans inconvénient, cesser tout traitement, attendu qu'à cette époque, elle pouvait faire à peu près tout ce qu'elle voulait sans ressentir aucune incommodité ; mais, par prudence, et je la louai de cette prévoyance, elle prit encore six séances, dont la dernière lui fut donnée le 19 juillet 1862. Depuis cette époque, cette dame n'a plus rien eu à désirer sous le rapport de la santé.

Observation n» 23.

Au commencement d'octobre 1863, auretom* des vacances, je rencontrai, à l'Hôpital des Enfants, un digne ami, le vénéré docteur B..., qui, à la suite de souffrances atroces de divers genres , était allé prendre les eaux, d'où il revenait. Il se plaignait vivement de douleurs qui lui restaient encore dans l'épaule et dans tout le bras droit, dont il ne pouvait presque plus se servir. Les douleurs arthritiques, qui s'étaient emparées des premiers doigts de la main, ne lui permettaient pas d'écrire.

Mieux que personne, il était à même d'apprécier l'influence que pourrait avoir le massage en pareille circonstance. Sa réserve seule l'empêchait de me demander ce léger service. Mais, dès que je sus son embarras, je n'hésitai pas un instant; et je me rendis, pour la première fois, près de lui le lA octobre 1863. Je procédai d'abord par un massage léger et assez prolongé sur toute la main droite, et principalement en suivant la direction de l'index, depuis son extrémité jusqu'au carpe ; puis ensuite, jusqu'au coude, où il existait une douleur localisée très-forte à la partie externe. Je pris ensuite l'épaule, où paraissait se trouver le siège de la souffrance ; car au

moindre mouvement du bras, et surtout celui qu'on fait ordinairement pour mettre son habit, la douleur devenait insupportable. Le malade supporta bien tout cela pendant trois quarts d'heure. A la 2« séance, comme il n'avait pas éprouvé de fatigue des soins de la veille, je procédai de la même façon. A la 3" séance, encore mêmes soins ; et pendant les A, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et W séances, les massages furent un peu plus forcés, et le malade commença à éprouver un peu de soulagement.

Je lui fis alors exécuter quelques mouvements de circumduction avec le bras, en le tenant allongé, et en fixant ma main gauche sur l'épaule, de façon à protéger une plus grande extension du bras, que je faisais mouvoir de ma main droite.

Pendant les 15, 16, 17, 18, 19, 20 et 21" séances (IZi novembre), le bras fit quelques progrès ; le malade put passer son habit sans trop souffrir. Il commença à pouvoir se raser, et il put écrire quelques petites lettres, avec difficulté, il est vrai ; mais il en vint à bout, et cela lui procura une grande satisfaction.

Pendant les 22,23, 24,25,26 et27e séances, les manœuvres furent plus prononcées sous tous les rapports, comme mouvement et comme massage. Elles

furent étendues surtout le dos. Le malade fit encore de nouveaux progrès ; il put découper une volaille ; il écrivit plus facilement, et il put se raser de même.

Pendant les 28, 29, 30, 31 , 32 et 33" séances (7 décembre), le mieux se développa d'une façon très-satisfaisante .

Pendant les 3A, 35, 36, 37, 38, 39, AO, H et séances (31 décembre) , les massages furent presque généralisés et appliqués sans ménagement, ainsi que les mouvements du bras droit, qui, à ce moment, pouvait presque être élevé sans douleur au-dessus de l'épaule , être dirigé en bas et en arrière, de façon à atteindre avec la main un endroit qu'elle n'avait pu toucher depuis longtemps. Tout allait donc de mieux en mieux, et je m'apprêtais à ralentir les séances, lorsque le 5 janvier I86/1 , je reçus, de grand matin, un petit mot, où l'on me faisait connaître que mon malade était pris, depuis vingt heures, d'une rechute de coliques hépathiques, qui lui faisait endurer les plus cruelles souffrances, et contre lesquelles les secours de l'art n'avaient encore pu avoir aucun succès. Je partis aussitôt, avec l'intention de pratiquer le massage, tel que le recommande Tissot en pareille circonstance. J'arri-

vai près du malade à six heures et demie ; son état de souffrance était horrible. Je le priai de me laisser agir, puisqu'il était impossible qu'il souffrît d'avantage quoi qu'on fît. A ce moment, des douleurs déchirantes avaient lieu à la région droite du foie ; je craignis pour les premiers attouchements ; mais, bien que le patient continuât de pousser des cris de douleur, le massage, commencé d'une façon trèsdouce, ne lui parut pas désagréable. Après trente minutes de manœuvres sans interruption, les cris devinrent moins fréquents ; puis tout à coup , les douleurs quittèrent leur place et allèrent se fixer à l'épigastre. Le malade y porta aussitôt la main en poussant un cri déchirant ; je dirigeai de suite le massage sur cette partie en cherchant à protéger l'évacuation. A ce moment, il se passa un phénomène qui mérite d'être consigné: c'est qu'après quinze minutes de nouveaux massages sur la partie douloureuse, la douleur se porta avec la même rapidité de l'épigastre au milieu du bas-ventre. Mais à chaque fois, chose non moins remarquable, elle diminua d'intensité. Je dirigeai donc encore cette fois le massage sur toute la surface du ventre, en appuyant plus particulièrement sur le point affecté. Le malade ne poussait plus que des cris

assez faibles, et il y avait assez d'intervalle entre ces gémissements pour qu'on pût espérer la fin prochaine des souffrances. Après vingt minutes, le point douloureux changea encore de place et vint se fixer au-dessous de la dernière fausse côte gauche ; à ce moment, le malade ne poussa plus que quelques petits cris plaintifs assez éloignés les uns des autres. Pendant que je continuais de le masser, il finit par s'assoupir au bout de dix minutes, et s'endormit.

J'avoue que j'eus quelque peine à croire à un véritable sommeil ; et dans cette crainte, je passai du massage à une friction des plus douces, sur l'abdomen en remontant même jusqu'à la poitrine. Je pratiquai cette friction encore pendant quinze minutes. Comme il ne bougeait plus et qu'il ne disait plus rien, je me retirai sans bruit ; je fermai les rideaux de son lit, et je partis, le laissant en apparence profondément endormi.

Je revins à dix heures et demie du matin, et il jouissait encore du même sommeil, dans lequel je l'avais laissé.

Je revins le soir à cinq heures; il n'avait plus rien ressenti, et il avait pu pi'ofiter encore de près de quatre heures de sommeil. Je le massai de nouveau

légèrement pendant une heure, et il prit un petit potage, dont il se trouva bien.

Après avoir passé par ces douleurs, le malade était dans une anxiété extrême, parce que c'était à la suite de souffrances semblables que le bras et la main di'oite avaient été pris de l'affection dont il a été parlé plus haut.

Pour l'encourager et aussi pour essayer de prévenir une pareille rechute, je lui donnai encore huit séances de massages et frictions (15 janvier). Puis, le malade se trouvant très-bien, je suspendis totalement mes séances.

Malheureusement ce calme ne dura que trentehuit jours ; car le patient fut repris par une nouvelle crise le 14 février 186Zi. Je me rendis aussitôt près de lui, et je procédai exactement comme je l'avais fait au 5 janvier. Les douleurs cessèrent de nouveau, après une heure et quart de soins sans intemiption; mais le malade se trouvant plus affaibU à cette seconde crise, je le massai et le frictionnai deux fois par jour pendant quatre jours de suite.

Puis, je lui donnai encore huit séances, qui nous menèrent au h mars, époque à laquelle le malade allait encore une fois parfaitement bien. Mais son bonheur ne fut pas de longue durée; car, le 9 mars,

il fut encore repris de crises affreuses, qui cédèrent comme les précédentes . Je prolongeai ensuite les séances jusqu'au 15 mars 180/i; et, le malade se trouvant encore cette fois aussi bien que possible, je cessai mes soins. Depuis ce moment, il a repris toutes ses occupations ordinaires, sans ressentir aucune nouvelle souffrance.

J'ai tenu à constater ce fait des plus intéressants dans son détail entier; car je crois qu'on a rarement employé des procédés semblables pour ce genre d'affection, c'est-à-dire pour des coliques hépatiques.

Observation n<> S4.

Au commencement de juin dernier (186/i), je fus mandé pour donner mes soins à un homme d'une cinquantaine d'année, M. J..., qui, a la suite d'une assez longue maladie et d'une fluxion de poitrine, etc. , était tout à coup devenu enflé de façon à donner des craintes sérieuses pour ses jours. Une consultation eut Ueu aussitôt entre MM. les docteurs Gendrin, Cesti et Billard, qui décidèrent que des frictions générales, accompagnées de massages devaient être pratiquées sans aucun retard. Je pris ce

malade, pour la première ibis, le 3 juin 18fiZi, et bien qu'il eût été recommandé que les frictions fussent vigoureusement pratiquées, je crus ne pas devoir procéder autrement que de coutume, c'est-àdire que je pratiquai légèrement d'abord, sauf à me diriger ensuite d'après l'elTct produit. La première séance n'ayant laissé aucune fatigue, je procédai un peu plus activement à la seconde; et, après la troisième, le malade qui, depuis longtemps, ne jouissait d'aucun repos, put goûter quelques heures de sommeil. Quelques parties du corps commencèrent à diminuer de volume ; puis, à la suite des II, 5 et séances, il continua de jouir de quelques heures de sommeil, et il eut un peu de repos pendant les nuits. Le gonflement diminua généralement, et le malade essaya de manger. Pendant les 7, 8 et 9<= séances, le malade se trouvant toujours de mieux en mieux, je procédai presque sans ménagement, en appliquant alternativement les massages et les frictions pendant trois quarts d'heure. Dès ce moment, toutes les parties gonflées diminuèrent sensiblement ; le sommeil augmenta, et l'appétit revint peu à peu. Vu l'amélioration déjà obtenue, il fut convenu que je ne viendi^ais plus que tous les deux jours. Pendant les 10, 11 et 12" séances, il se produisit encore

une amélioration remarquable ; et, bien que le gonflement persistât encore dans les jambes, le malade sentit ses forces revenir et put faire quelques petites promenades. Je lui donnai encore trois séances jusqu'au 27 juin, et M. le docteur décida qu'il pouvait se passer de mes soins. Peu de temps après, le malade reprit son service qu'il continue depuis ce moment.

Je dois avouer que, de mon chef, je n'aurais pas osé frictionner et masser ce malade dans la position où il se trouvait; mais j'avouerai aussi que je me trouvai bien satisfait d'avoir été autorisé à le faire, puisque j'avais pu connaître ce curieux résultat, et qu'un cas semblable ne s'était pas encore présenté dans ma pratique.

ObflcrvatiAn n» ZS.

Comme il s'agit ici d'une entorse, je vais profiteide cette observation, moins pour combattre ou pour approuver les différents moyens qu'on a proposés contre ce genre d'affection, que pour ajouter le plus qu'il me sera possible aux moyens déjà connus.

Les hommes de science qui se sont occupés de cette question, surtout depuis peu de temps, ont,

comme en toutes circonstances, émis des opinions bien dilîérentes. C'est que chacun constatait pour son compte particulier des résultats dûs à sa manière de procéder. Ces moyens divers consistent principalement en sangsues, cataplasmes, bandages par compression, eau-de-vie camphrée, eau froide, et, enfin, massages et frictions ; tout cela avec un repos absolu ou accompagné de mouvements.

Mon expérience me permet de pouvoir affirmer aujourd'hui que, de tous ces procédés, celui qui a été conseillé, il y a près de cent ans, par Tissot, est et sera toujours supérieur à tous ceuxque l'on continue encore trop souvent de mettre en pratique. Cela tient beaucoup plus à ce qu'on ignore la manière d'appliquer le massage qu'à la prévention qu'on aurait contre ce procédé.

Je veux détruire l'idée généralement répandue que le massage est une nouveauté appliquée à la guérison de l'entorse. Ceci pourra donner aussi la mesure de ce qu'il faut de temps pour qu'un principe raisonné et salutaire soit mis en pratique, quand il est nouveau, et surtout quand il n'a pas la tournure d'une découverte scientifique, faite bien plus souvent encore pour étonner que pour être utile.

Voici ce qu'a conseillé le vénérable docteur Tis-

sot, dans sa Gymnastique médicinale et chirurgicale, publiée en 1780, page 255 :

« On a proposé bien des moyens de guérison » pour l'entorse. Il en est un auquel on n'a peut- » être pas assez souvent recours : c'est une espèce » de pétrissage que l'on ferait de la partie affectée. » En broyant, pour ainsi dire (cependant avec une » certaine précaution), en triturant les sucs vis- » queux arrêtés dans les ligaments des articulations, » on donne à la circulation une activité qu'elle allait » perdre ; on empêche que tous ces ligaments ne » fassent, pour ainsi dire, une masse obstruée, dans V laquelle le mouvement se perdrait tout à fait. Ne » sait-on pas qu'on fait tous les jours disparaître » des ganglions assez considérables, en se conten- » tant de les pétrir plusieurs fois dans la jour- » née? ;i

Comme on le voit, il n'y a de différence que dans une seule expression qui est pétrissage au lieu de massage; et qu'importe à la chose, puisque l'action que représentent les deux mots est la même au fond?

Après ces observations préliminaires, je passe aux faits. Le 2/i mars 1862, pendant une de nos séances à l'École polytechnique, un élève, M. M..., se donna,

en exécutant un exercice violent , une entorse au pied gauche ; la douleur fut si vive qu'il suffit du temps où nous le portâmes sur un banc, qui se trouvait à quelques mètres de lui, pour (lue nous eûssions beaucoup de peine à le déchausser. Dans l'espace de deux à trois minutes, le gonflement, près et en avant de la malléole externe, égalait presque le volume d'un œuf. Comme ceci se passait en présence d'une centaine de ses camarades, je profitai de cet accident pour leur expliquer et leur montrer à tous comment on traitait une entorse par le massage. Je procédai donc de la manière suivante. Le blessé étant couché de tout son long, je fis de légères frictions avec la main à plat, en tournant en rond, de façon à revenir chaque fois au cou-de-pied, tout autour de la malléole, et toujours de bas en haut; ou si ceci peut rendre plus clairement ma pensée, je procédai continuellement d'avant en arrière et de bas en haut, en terminant le mouvement au tiers inférieur de la jambe environ. Les premières frictions furent très-douloureuses; mais comme j'agissais d'une façon très-douce, après huit à dix minutes de pratique, le blessé ne se plaignit plus que dans les moments où je cherchais à appuyer un peu plus fort. Après une demi-heure,

le gonflement diminua sensiblement, et je pus commencer le masscage sans faire souiTrir le jeuue homme. Après trois quarts d'heure, le gonflement était réduit de plus des deux tiei's, et l'entouragede l'entorse commença à prendre des couleurs différentes ; de noir qu'il était, il devint jaune, puis violacé, etc. Après une heure, j'essayai de faire faire quelques légers mouvements au pied; j'y parvins ; mais je provoquais de la douleur. Enfin, après une heure et demie, je trouvai l'état du pied assez satisfaisant pour le faire voir à tous les élèves présents. Je bandai le pied soigneusement sans presque le serrer, afin de ne pas mettre d'obstacle à la circulation, que je venais de rétablir, en y ajoutant un peu d'eau-de-vie camphrée, et en recommandant au malade de desserrer le bandage, s'il venait à provoquer quelques douleurs pendant la nuit. Le 25 mai, je retournai près du blessé ; il n'avait éprouvé aucune souffrance pendant la nuit, et je retrouvai le pied tel que je l'avais laissé la veille. Je renouvelai un massage doux et à pleines mains pendant près d'une heure ; je bandai de nouveau le pied, et prévins le malade qu'il pouvait essayer de marcher, en prenant des précautions. Le soir, je le trouvai se promenant dans le jardin de l'infirmerie.

Je lui fis un troisième massage, qui remit le pied presque dans son état normal; et le malade, à partir de ce moment, put reprendre son activité habituelle.

11 n'est pas sans intérêt de constater ici que le garçon d'infirmerie de l'École, qui avait assisté assiduement à mes séances, a, depuis ce moment, guéri lui-même plusieiu-s entorses, en cherchant de son mieux à imiter ce que j'avais fait devant lui.

Ob^ci'vatiou n° 3<>.

Le 5 août 1863, M. C... s'est présenté chez moi de la part de M. le docteur Michon, qui lui avait réduit une forte luxation du coude gauche. Au moment où il se présenta pom- être massé, le bras ne pouvait être allongé qu'aux deux tiers de son extention ordinaire, et l' avant-bras conservait une position assez exagérée en prouation.

Le blessé n'éprouvant plus à ce moment qu'une grande gêne sans souffi'ance à l'articulation du coude, je procédai, dès la première séance, par un massage à pleines mains, mais assez doux, tout autour de l'articulation, et de bas en haut, pendant vingt minutes. Puis j'essayai, par des mouvements

lents, de faire jouer l' avant-bras dans son articulation. Une assez grande résistance à ces mouvements avait lieu, surtout dansla fosse olécrânienne. Je revins ensuite au massage; puis je repris encore les mouvements d'extension de F avant-bras, en forçant graduellement l'action en supination. Cette première séance dura quarante minutes, et je laissai le blessé, en lui recommandant de répéter souvent les mouvements que nous venions de faire, sans les prolonger jusqu'à la fatigue.

Le malade revint le 7. Comme il ne lui était resté aucune douleur à la suite de la première séance, je procédai de même, en forçant un peu plus les massages et les mouvements. A la troisième séance (10 août) , mêmes soins ; le malade déclare sentir plus de facilité pour mouvoir son bras. Quatrième séance (12 août), mêmes soins; il y a encore amélioration. Cinquième séance {là août), j'étendis le massage jusqu'à l'épaule, que je pris entièrement; cette séance fit beaucoup de bien. Sixième séance (17 août) , le massage et les mouvements furent pratiqués sans ménagement. Septième séance (19 août) , le malade put allonger son bras entièrement et le faire agir dans tous les sens. Dès-lors, il cessa le traitement, qui ne lui était plus nécessaire.

ncrniôfCM ohiiorvatlons Hur Iom dûviatloiiM.

Ici, pas plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent, je n'entreprendrai de juger la valeur des méthodes que chaque praticien croit préférable de mettre en usage, pour redresser les difformités qu'on vient recommander à ses lumières. Bien qu'en orthopédie, comme en toute chose, personne ne puisse se flatter d'atteindre une entière perfection, chacun peut cependant être étonné de la marche si lente qu'a suivie cet art. L'époque où l'on tirait le patient par la tète et par les pieds, pour le redresser, est encore tout près de nous; et il est malheureusement probable qu'il sera sacrifié plus d'une victime encore à ces moyens, aujourd'hui réprouvés et reconnus barbares. Il y aura toujours une certaine propension à appliquer ce qui peut frapper les imaginations, et ce qui donne moins de peine.

Ce qui peut confirmer cette conviction, c'est que le docteur Tissot, dont on ne peut contester le talent et la bienveillance, se plaignait déjà, en 1780, du peu de progrès que faisait cette partie de la science, et il s'exprimait ainsi :

« Cette partie de la chirurgie est peut-être la » seule qu'on puisse taxer d'avoir été jusqu'ici ou

n négligée, ou beaucoup moins soignée que les au- » très. Ce n'est pas que beaucoup de gens de l'art » ne s'en soient occupés; mais leurs observations » sont si rares qu'on pourrait révoquer en doute, » sinon leur talent, du moins leurs succès. »

Cette observation est accompagnée de détails précieux, qu'il serait trop long de reproduire ici; mais les personnes qui s'occupent de traiter cette affection feront bien de les consulter.

On verra que Tissot recommandait, déjà à cette époque, ce qu'on commence seulement à mettre en application de nos jours : fortifier par l'exercice les muscles affaiblis. Puis, pour les affections plus légères, dont la source vient plutôt d'un défaut d'habitude que d'une cause sérieuse, Tissot conseillait plusieurs moyens d'une simplicité telle que tout le monde pourrait les appliquer, mais dont personne ne fait usage, parce qu'ils sont probablement trop vulgaires.

En voici quelques-uns. Si un enfant a l'épaule gauche plus basse que la droite, qu'on le fasse souvent sauter à cloche-pied, sur la jambe droite ; il lèvera l'épaule basse tant que durera cet exercice ; et après quelque temps, elle restera naturellement au niveau de la droite, et vice versâ. Un autre pro-

cédé consiste à faire portersouvent sur l'épaule plus basse un fardeau de faible poids. Un moyen plus facile encore consisterait à faire porter à l'enfant tout ce dont il fait un usage journalier, sous le bras dont l'épaule baisse. Tissot, pour se faire mieux comprendre, cite avec raison les épaules plus élevées et plus développées, sans exception, des ouvriers, qui, par mauvaise habitude, portent toujours les fardeaux du même côté.

Un autre docteur M. F. L. E. Mellet, chirurgien de la Faculté de Paris, a publié en 1835, un livre très-précieux sur le traitement des difformités en général. Les observations de ce savant praticien ont d'autant plus de valeur qu'il manipulait luimême les personnes infirmes qui venaient se confier à ses soins. En voici quelques-unes que je reproduis, d'une façon très-abrégée ; elles sont pleines d'intérêt, si on les rapproche des nouveaux procédés employés pour le traitement de ces affections. M. Mellet dit d'abord, page 3Zi :

« Les manipulations sont l'âme, la partie essen- « tielle de l'orthopédie-, et sans elles, il est bien peu « de difformités qui guérissent par l'emploi seul des » appareils mécaniques. »

J'ajoute un autre passage de la page 165 :

» Lorsqu'on s'y prend à temps, il est facile de » corriger ou de prévenir une déviation qui pourrait » devenir grave, abandonnée à elle-même; il suffit » souvent d'un changement plus ou moins complet » des habitudes journalières des personnes , de » quelques moyens fortifiants, d'éviter quelques atti- » tudes nuisibles, ou de faire quelques exercices » gymnastiques; cartoutes les déviations avant d'être « permanentes commencent par être fugaces et mo- » mentanées. Mais la courbure de la colonne verté- » brale une fois développée, que faut-il faire pour » la combattre et rendi-e à l'épine la rectitude natu- » relie? Lorsqu'on a étudié les déviations spinales » et qu'on sait quelle part y prennent les muscles » et les ligaments, on a lieu d'être surpris que la » plupart de ceux qui se sont occupés du traitement )x ne se soient pas fait tout d'abord une pareille » question. Ils auraient compris que l'indication » n'est pas unique, et qu'il ne suffit pas de tirer sur » la colonne vertébrale par les deux extrémités, pour » remédier à tous les changements survenus pen- » dant et depuis cette déformation aux os, aux M muscles, aux ligaments. »

Toutes ces considérations sont excellentes.

En 1862, un savant docteur, M. H. L.Meding, a

fait paraître une brochure, pleine d'intérêt, sur la gymnastique Suédoise , et il s'étend d'une façon toute spéciale sur le traitement des déviations de la taille. Je ne peux pas plus m' arrêter à ce remarquable travail qu'à tant d'autres; mais je dirai que, dès les premières pages, on sent que cette brochure a été publiée essentiellement dans le but d'être utile à la science et à l'humanité, en éclaircissant beaucoup de points qui ne sont encore que bien imparfaitement connus.

Enfin dans la même année 1862, il a été publié à Marseille par M. le docteur Dubreuil, une brochure avec ce titre : Guérison prompte et radicale des déviations latérales de la colonne vertébrale, par la détorsion du racfiis sans l'emploi d'aucun moyen mécanique, par le docteur Dubreuil, créateur et directeur de l'Institut Orthopédique de Marseille, Membre de plusieurs Sociétés savantes.

Du commencement à la fm de sa brochm-e, M. le docteur Dubreuil reste convaincu qu'il a trouvé le seul moyen rationnel de guérir les déviations ; et cela, par une détorsion du rachis^ qu'il est toujours sûr d'obtenir dans un temps plus ou moins long.

Avant de faire aucune réflexion sm- cette nouvelle méthode, je crois devoir citer deux passages de cet

— lov) —

ouvrage qui suffiront peut-être pour donner une idée générale de tout son contenu.

A la page 2h, après avoir fait connaître qu'une simple action produit, en même temps, la destruction des courbures, M. le docteur Duhreuil s'exprime ainsi :

« D'un autre côté, on peut trouver dans ce fait, » l'explication du peu d'efficacité de la gymnastique » ordinaire, et même delà gymnastique suédoise, ou » Kinésithérapie, dont le but avoué est d'agir prin- )) cipalement sur les muscles antagonistes de ceux « que l'on suppose trop contractés; tandis que d'a- » près mes observations, justifiées aujourd'hui par » une immense pratique, l'action qui produit la dé- » torsion est seule capable d'amener des résultats » efficaces, certains et durables ; et seule aussi, par » conséquent, susceptible de constituer une mé- » thode régulière et rationnelle de traitement. »

Le deuxième passage, se trouve dans la conclusion du livre, page 58, le voici :

Oui, dans mon opinion, le véritable traitement » de la scoliose est trouvé; et grcàce aux perfection- » nements que j'ai pu apporter à ma méthode dans » ces derniers temps, je crois même qu'il a presque » atteint son dégré le plus parfait, et que l'avenir,

» sous ce rapport, ne pourra apporter que des mo- » difications de peu d'importance. Je suis même » très- convaincu que la voie que j'ai suivie étant la » seule juste, aucun autre moyen ne pourra donner » la solution de la question ; car il est incontes- » table que la tor.sion du rachis étant la difficulté » principale à surmonter, dans le traitement de la )) scoliose, il est hors de doute que tout le monde a » échoué jusqu'ici, faute d'avoir reconnu l'impor- » tance de ce fait ou d'avoir pu trouver les moyens » nécessaires pour combattre cette torsion. J'ai » réussi, au contraire, parce que j'ai su reconnaître » la difficulté, et trouver les seuls moyens qui » peuvent la combattre avec certitude et facilité. »

Comme il est aisé de le voir, M. le docteur Dubreuil est profondément convaincu qu'en dehors de ses procédés, on ne fait que de mauvaises applications. 11 pense même que ce serait perdre son temps que de chercher à ajouter quelque chose à ce qu'il a fait.

Quoique je trouve l'affirmation de M. le docteur Dubreuil bien décisive, il ne me vient pas à la pensée de supposer que les moyens qu'il croit avontrouvés n'aient pas leur importance dans le traitement de la scoliose ; mais, moi aussi, dans mon

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étroite mission de professeur de gymnastique, au lieu de me sentir vaincu par ce qu'affirme M. le docteur Dubreuil, je me sens, au contraire, disposé plus que jamais à persister dans ma manière de faire. Je ne changerai d'avis que s'il se présente de nouveaux procédés, dont l'application permettrait d'espérer de meilleurs résultats ; mais à condition, avant tout, qu'ils fussent assez clairement exposés pour qu'on pût les mettre en pratique. Une découverte qui ne profite qu'à son auteur ne peut pas être considérée comme un bienfait pour l'humanité.

Je vais donc expliquer de mon mieux les procédés que je cherche à mettre à profit pour combattre cette affection, en déclarant, avec un sentiment de profonde reconnaissance, que les conseils écrits de plusieurs docteurs, et principalement ceux de MM. Tissot, Mellet et Méding, me sont toujours d'un secours précieux dans ma pratique. D'autre part, je n'entreprends jamais le traitement sans être tout d'abord éclairé par M. le docteur qui dirige ordinairement la santé du malade. Si je ne suis pas encore dans la bonne voie en m'y prenant de cette façon, j'espère que l'amour constant qui me pousse à faire le bien m'y mettra bientôt.

On sait qu'en général les sujets atteints de sco-

iiose sont dans un état de santé appauvrie, proportionnellement à la gravité de leur mal. Le plus communément leur teint est blême ; les yeux sont ternes; toute la peau de leur corps manque de vie, et elle est souvent couverte de pellicules graisseuses, résultat de mauvaise fonction; les muscles ne se dessinent plus que d'une façon piteuse ; l'appétit est médiocre, et une indolence insurmontable complète toutes ces infirmités.

Voilà donc un être qui , dans cet état de souffrance, est atteint de déviations plus au moins graves et plus ou moins compliquées. La cause principale de ces désordres est due, en général, à un affaiblissement progressif de l'individu qui en est atteint ; et les parties primitivement disposées à faiblir se sont d'autant plus éloignées de leur état normal qu'on a plus longtemps différé le moment de les combattre.

Au début du traitement d'une affection semblable, et à quelque degré qu'elle se trouve avancée, toute mon attention s'applique d'abord à fortifier la constitution affaiblie, en mettant à profit ces conseils de Tissot, qui ne peuvent être mieux placés qu'ici. Les voici, édition de 1780, page 121 : « La nature de la maladie étant assez connue

« pour savoir si le mouvement est nécessaire, il » convient alors :

» 1° De faire choix des exercices qui paraissent » plus propres à remplir les indications curatives;

n 2° De régler le temps auquel il convient de » s'exercer;

» 3" De proportionner la mesure et la durée de » l'exercice à l'âge du malade, au sexe, au tempé- » rament, à la saison, etc. ; »

« h" De prendre des précautions particulières, après l'exercice fini, »

Tissot ajoute, page 125 :

« En général, dans tous les cas où l'on se pro- » pose de faire de l'exercice, pour le rétablissement » de la santé, on doit choisir, autant qu'il est pos- » sible, le moyen qui plaît d'avantage, qui récrée » l'esprit en même temps qu'il met le corps en » action, parce que, comme dit Platon :

« La liaison générale qui est entre l'âme et le » corps ne permet pas que le corps puisse être » exercé sans l'esprit, et l'esprit sans le corps. »

Ici on pourrait naturellement penser qu'il serait difficile de résister aux caprices d'un malade, dans un traitement aussi spécial; mais sans satisfaire entièrement ses goûts, on pourrait au moins par

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tous les moyens imaginables favoriser la pratique des exercices qui lui seraient le plus utiles, en y ajoutant même les jeux qui ne présenteraient rien de contraire aux règles qu'on serait forcé de s'imposer.

Tout en agissant ainsi, le choix des exercices ne devra jamais être décidé qu'après un examen minutieux de leur effet sur les désordres à corriger ; et si, au début, et même jusqu'à ce qu'une amélioration sensible ait eu lieu, je procède de manière à fortifier le sujet, c'est que je n'ai jamais pu comprendre sur quoi les praticiens fondaient leurs espérances, lorsqu'ils cherchaient par des moyens mécaniques à redresser une déviation, sans s'occuper de la constitution entière qui est toujours affaiblie. Je ne doute pas, pour mon compte, que le peu de résultats obtenus jusqu'à présent n'ait eu pour cause principale l'oubli ou la négligence de cette pratique fondamentale; car en procédant ainsi, on se procure des ressources que toutes les autres médications n'ont jamais pu donner, et ne donneront jamais pour combattre ce genre d'affection. Mon expérience me permet d'être tout à fait afiirmatif dans ce que j'avance.

Maintenant pour éclaircir ces observations géné-

raies, il faudrait entrer dans des détails qui sortiraient de la tâche que je me suis imposée en publiant cet ouvrage.

Je me contenterai de dire que les exercices, souvent répétés du côté faible, sont les plus utiles, sauf à vérifier leur action. Il faut employer aussi tous les exercices réguliers qui font agir les bras et les jambes simultanément ; et par exemple, plusieurs exercices qui se font dans les barres parallèles, le corps se balançant entre les barres et étant soutenu par les bras. Pour avoir une idée de la manière dont le corps se trouve placé dans cette machine, on peut recourir aux figures denotre Gymnastique pratique. 11 est bon derecourir aussi aux mouvements souvent répétés sous une échelle horizontale, assez élevée pour que le corps s'y trouve suspendu dans toute sa longueur et soutenu par les mains seulement.

Puis, viennent les exercices sur l'échelle orthopédique, à laquelle on donne une inclinaison proportionnée aux forces du malade; c'est-à-dire de manière qu'il puisse s'y tenir facilement huit à dix secondes dans la position qu'on lui aura fait prendre. Souvent en ville je ne me sers que de cette échelle, qui remplit les conditions les meilleures pour ce genre de traitement.

Je ne crois pas nécessaire de donner des figures pour me faire mieux comprendre. Des figures n'y suffiraient pas, de quelque manière qu'elles fussent choisies; et c'est à la pratique seule qu'il appartient de bien expliquer les choses, en en montrant la

réelle utilité.

Comme machines ou instruments mobiles, une paire d'haltères, une barre à sphères fixes, une paire de massues pour les garçons, ou une paire de poignées à sphères mobiles pour les filles, suffisent ordinairement, quand, par une nécessité quelconque, on ne peut se procurer les autres machines.

11 n'est pas facile de déterminer à l'avance des règles précices pour la tenue des sujets en traitement. Ainsi que je l'ai déjà dit, c'est la vérification des positions indiquées au malade qui pourra seule permettre le choix de celles qu'il devra prendre de préférence, en étant ou assis, ou couché,ou debout etc. Quant aux massages, frictions, pressions, maintien de certaines parties dans l'immobilité, pendant que d'autres exécutent des mouvements, ces applications n'étant praticables que par des personnes initiées à fart de guérir, je me contenterai de leur conseiller de consulter les ouvrages que j'ai déjà cités.

Quant aux appareils orthopédiques destinés à redresser les déviations de la taille, l'efficacité n'en a pas encore été parfaitement démontrée. Si l'on acceptait quelques-uns de ces appareils, le corset qui serait préférable, c'est, suivant mon expérience, celui qu'on appelle corset à force élastique, connu sous le nom d'appareil de Mathieu.

Je ne sais quel compte on pourra tenir de ces observations recueillies par un homme qui ne possède, en fait de science, que ce qu'a pu lui apprendre une pratique constante de trente-cinq ans. Mais, encouragé par les résultats obtenus, et presque toujours approuvé par MM. les docteurs, dans ma manière de procéder, je ne craindrais pas de proposer une lutte, qui, si elle était acceptée, serait unique en son genre. Au pis aller, elle pourrait, j'en suis convaincu d'avance, être profitable à beaucoup d'infortunés, en jetant une grande lumière sur un art qui est encore dans l'enfance, si on le compare aux progrès qu'ont faits toutes les autres parties de la science médicale.

Voici donc la proposition que j'oserais hasarder.

Je demande qu'il soit fait un choix de six, neuf, douze, quinze ou dix-huit enfants difformes, dont l'état maladif serait scrupuleusement constaté. Ceci

fait, on donnerait à cliaque enfant un numéro et les praticiens, désireux de concourir, tireraient chacun trois numéros et les enfants leur seraient désignés parle sort pour les traiter suivant leur méthode. De cette façon, il serait facile de constater delà manière la plus exacte la méthode qui l'emporterait sur les autres. Un premier examen des enfants traités pourrait avoir lieu après six mois d'expérience, un deuxième après un an, et un dernier après quinze ou dix-huit mois pour les cas les plus graves. Je propose ces époques un peu arbitrairement ; mais les personnes chargées du concours seraient plus aptes que moi à les déterminer.

Je ne sais comment une telle proposition sera reçue par les hommes de science ; je dis seulement que, si elle était acceptée et qu'on voulût bien m' accorder la faveur d'y prendre part, je me mettrais à l'œuvre sans aucun retard, de très-bon cœur, et non sans espoir. 11 va sans dire que le traitement serait entièrement gratuit pour tous les enfants désignés.

Je termine ici cette partie de mon ouvrage, que j'aurais voulu rendre plus courte ; mais je me flatte que ceux qui voudront bien le lire rendront justice aux sentiments qui l'ont inspirée.

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