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EXERCICES GYMNASTIQUES DANS LES HÔPITAUX

Je remplissais depuis six ans déjà les fonctions de directeur des Gymnases des Lycées de Paris, lorsque j'appris que MM. les docteurs de l'Hôpital des Enfants malades désiraient que les exercices gymnastiques fussent introduits dans cet établissement.

Je fis aussitôt une proposition, et je trouvai dans la personne du directeur de cet hôpital, M. Partout, une sympathie toute particulière pour tenter ces essais.

M. Davenne, alors directeur général de l'assistance publique, nous accorda, le 5 juillet 18/47, la permission de commencer.

Je m'entendis avec M. Partout , et je plaçai quelques machines, qui me permirent de donner la première séance le 12 juillet 18/i7. Je pus continuer à titre d'essai jusqu'à nouvel ordre.

En novembre de la même année, MM. les médecins et chirurgiens de cet hôpital, adressèrent à MM. les membres du Conseil général des hôpitaux et hospices civils de Paris, le rapport suivant, qui me dispense d'entrer dans aucun détail sur ce qui s'est fait pendant ces premiers essais.

Paris, le 11 novembre 1847.

A Messieurs les membres du Conseil généi^al des hôpitaux et hospices civils de Paris.

« Messieurs,

» Depuis plusieurs années nous demandons l'éta- » blissement d'un gymnase à l'Hôpital des Enfants » malades. Avant d'accéder à notre demande, vous » avez désiré qu'un essai fût fait, qu'un certain

» nombre d'enfants fussent soumis à des exercices » gymnastiques. Il y a environ quatre mois que les » exercices ont commencé, et nous venons aujour- » d'huivous rendre compte des résultats qui ont été » obtenus.

» C'est au commencement de juillet que M. Laisné, » professeur à l'Ecole polytechnique, au Collège » Louis-le-Grand, etc., s'est mis en relation avec » nous. Il fut convenu que deux cours auraient lieu » simultanément, un pour les garçons, un pour les » filles; que trois leçons seraient données chaque » semaine. Vingt garçons scrofuleux furent dési- » gnés pour le premier cours, quinze filles, égale- » ment scrofuleuses, pour le second. M. Laisné com- » mença le 12 juillet ; les premières leçons eurent » pour sujet les mouvements élémentaires des bras » et des jambes, accompagnés de chants spéciaux. » Nous suivions avec intérêt les premières leçons. » Dès la septième, les progrès avaient été tels que » l'on put commencer à se servir de machines : d'a- » bord de celle dite, barres parallèles basses fixes ; « puis, au bout de peu de jours, de l'échelle ortho- >♦ pédique. Au bout de douze leçons, on commença » les exercices du vindas. A. la vingtième leçon, on » exerça les enfants à la lutte, soit deux à deux,

» soit en pelotons, l'un contre l'autre, et bientôt » après on y joignit la course.

» Ces exercices généraux furent accompagnés » d'exercices partiels chez quelques enfants estro- » piés d'un ou de deux membres.

,) Dès la première leçon, l'émulation la plus grande » s'établit entre tous les enfants ; ils s'exerçaient à » l'envi les uns des autres. Des mouvements que » l'on croyait impossibles pour quelques-uns, s'exéentaient facilement, aubout detroisouquatrejours. „ On s'aperçut bientôt que la voix gagnait de la „ force. L'état général de la santé s'améliorait à vue ,, d'oeil; le teint était plus animé, les chairs deve- ,, naient plus fermes; la maigreur disparaissait ; le « mal total subissait en même temps une influence ,, favorable. On voyait de même, et bientôt, dispa- « raîtreles engorgements glanduleux qui résistaient ,, depuis longtemps aux médications ordinaires, se „ tarir et se fermer des trajets pustuleux qui » duraient depuis des années. Deux ankyloses de „ l'articulation du coude ont été presque entière- >, ment guéries dans l'espace de six semaines. Les „ exercices ont commencé avec trente-cinq enfants ; „ ils ont profité au plus grand nombre. A mesure „ qu'un enfant était guéri, il était renvoyé et rem-

» placé par un autre, de sorte que pendant les » quatre mois, durant lesquels l'essai a été con- » tinué , cinquante-huit garçons et cinquante- .) quatre filles y ont pris part. Or chez tous les en- » fants qui ont pris plus de quinze leçons, nous » avons constaté une très-grande amélioration ; et » presque toujours cette amélioration se trouvait en » rapport avec le nombre des leçons prises.

)) Les leçons étaient données trois fois par se- » maine pendant une heure ; mais les exercices ne » se bornaient pas à ce temps. Dès que les enfants » étaient rentrés dans leur cour, ils répétaient entre « eux les exercices qu'on leur avait fait faire, ceux » pour lesquels il n'est pas besoin de machines. » Aussi l'aspect de la division des scrofuleux et » scrofuleuses a-t-il changé complètement. Au )) lieu de voir les enfants dispersés dans les salles et » dans les cours, où les uns restaient continuellement » assis, où les autres se traînaient dans le sable, ils » sont maintenant toujours en mouvement, occu- )) pés à courir, à lutter, à sauter en chantant, à ré- » péter leur leçon, s' exerçant à mieux faire en prén sence de leur maître, à l'emporter les uns sur les ') autres, les filles ne le cédant en rien aux garçons.

» On comprend combien une pareille activité.

» imprimée à des enfants naturellement indolents, » doit être favorable au rétablissement de la santé, » et doit hâter la guérison des scrofules,

» Nous sommes heureux de pouvoir ajouter qu'il » n'est pas survenu le plus petit accident, et que » nous n'avons eu à regretter pour aucun enfant de » l'avoir soumis aux exercices gymnastiques. En » présence de résultats qui ont dépassé de beaucoup » nos espérances, nous ne doutons pas que vous » ne vous empressiez d'ordonner l'établissement dé- » finitif d'un gymnase à l'Hôpital des Enfants ma- » lades. Ce puissant moyen de guérison, ajouté à » ceux que nous possédons déjà contre la maladie » scrofuleuse, nous permettra d'obtenir des gué- » risons beaucoup plus rapides et de secourir un » plus grand nombre de malheureux dans le même » espace de temps.

» Nous ne terminerons pas ce rapport, sans » vous parler de l'habileté, du zèle déployés par » M. Laisné, profondément versé dans la connais- » sance de la gymnastique. Passionné pour cet art, » M. Laisné sait communiquer à ses élèves toute » l'ardeurquil'anime-, les beaux succès qu'il obtient » sont dûs principalement à sa manière de faire. » Nous regardons comme un devoir de le recom-

» mander, tout particulièrement, à votre bienveil- » lance. »

Nous avons l'honneur d'être avec respect, Messieurs, Vos très-humbles serviteurs.

Les médecins et pharmaciens de l'Hôpital des Enfants malades,

Signé : GUERSAN père, GUERSAN fils, BAUDELOQUE, BLACUE, BAUNEAU et BATAILLE.

Note particulière ajoutée à la suite du rapport : « Nous avons appliqué la gymnastique à d'autres maladies que les scrofules. Des essais tentés contre plusieurs affections nerveuses, la chorée principalement, ont donné de bons résultats, et en promettent de meilleurs. »

Signé : Docteur BAUNEAU.

Ce rapport bienveillant m'avait donné tant de courage que je ne rêvais plus qu'Hôpital. J'y serais allé dix fois par jour, s'il m'eût été possible. En effet j'avais de quoi donner carrière à mon zèle ; car, depuis le commencement d'octobre lS/i7, MM. les docteurs me confiaient toutes les filles choréiques qui se trouvaient à l'Hôpital, afin de pouvoir constater l'effet des exercices, combinés avec les massages,

frictions, etc., sur leur état maladif. M. le docteur Sée, qui était chargé spécialement de suivre ces enfants, fit, en 1851, un rapport qui a été couronné par l'Académie de médecine, et dans lequel il rend compte des résultats obtenus.

A la suite du rapport de MM. les docteurs, le conseil municipal de la ville de Paris me nomma professeur de gymnastique à l'Hôpital des Enfants malades, par une décision du k février I8Z18.

Jusqu'à cette époque, nous n'avions que quelcpaes machines placées çà et là, dans un endroit assez peu convenable; mais nous en tirions profit en variant à l'infini les exercices et même les divertissements. C'est ainsi que pour la première fois, chose qui n'avait jamais eu lieu dans cet établissement, je fis sortir le 5 février I8Z18, avec lapermission de M. le directeur, vingt-huit garçons, pour leur faire exécuter une promenade dans la capitale ; et le 6 mai, je renouvelai une promenade semblable avec vingt-cinq autres garçons.

Au milieu de juillet I8/18, MM. les docteurs demandaient que les enfants choréiques fussent exercés tous les jours ; mais comme beaucoup de ces enfants étaient trop agités pour descendre au gymnase, je m'installai tant bien que mal dans une pièce atte-

nant à la salle Sainte-Catherine ; et je puis dire, sans vanité, que nous avons rendu là de véritables services à beaucoup de malades ; car les séances eurent lieu presque tous les jours, sans aucune interruption, depuis le milieu de juillet I8/18 jusqu'à la fin de janvier iSh9. Chose étrange ! les troubles politiques avaient alors déterminé l'affection choréique chez une foule d'enfants.

Leih octobre 1848, je fis faire une autre promenade à un certain nombre d'enfants, et ces sorties furent ensuite continuées d'une manière plus régulière, et adoptées en principe.

Le premier rapport que j'ai cité plus haut avait été fait après quatre mois d'essais ; mais bien des enfants ayant été soumis postérieurement à ce nouveau genre de traitement, MM. les docteurs eurent à faire un second rapport, un an environ après le premier.

Le deuxième rapport de MM. les médecins et chirurgiens adressé à M. le directeur général de l'assistance publique, le Zi février 18/i9, est ainsi conçu :

« Monsieur,

» Les avantages que retirent journellement, les

» malades de l'Hôpital des Enfants des exercices » gymnastiques, sont tellement évidents pour les » médecins et chirurgiens de cet hôpital; l'utilité » leur en est tellement bien démontrée, qu'ils n'hé- » sitent pas à demander que ces exercices soient » continués, sous la direction de M. Laisné (Napo- » léon.)

» Le zèle waiment intelligent avec lequel il les a » dirigés jusqu'ici leur est un sûr garant des soins » qu'il apportera à ces fonctions.

,) Parmi les bons effets déjà obtenus, nous croyons » devoir particulièrement mentionner la guérison d'un certain nombre de chorée (danse de Saint- „ Guy), dûe à l'emploi exdudf de ces exercices ,) parfaitement combinés, et la notable amélioration ,> qui en est résultée en général, pour presque tous « les enfants atteints de cette maladie, soumis d'ailleurs aux traitements ordinaires. Nous avons „ pu constater aussi les bons effets que ces exercices « ont eus sur la santé, et l'état général de nos „ pauvres enfants atteints de maladies chroniques. »

Veuillez agréez, Messieurs, l'expression de notre parfaite considération, Les médecins et chirurgiens de l'Hôpital : BLACHE, BAULEY, BAUNEAU, P. GEERSANT, TROUSSEAU.

Le nombre des enfants des deux sexes augmentant toujours, je fis à l'Administration de l'assistance publique, le 1" aoûtlSiP, la demande d'un terrain assez vaste, mais en mauvais état ; et afin que ce terrain me fût plus vite accordé, je pris l'engagement d'exécuter gratuitement tous les travaux de terrassement avec le seul secours des enfants.

A cette époque, les résultats obtenus à l'Hôpital étaient déjà connus de l'administration supérieure ; et je fus invité par M. le directeur de la Salpétrière, à venir dans son établissement , pour y installer quelques machines et commencer les exercices, dès que cela me serait possible. J'y allai le 30 juillet 1840; et le 6 août de la même année, je donnai dans cette maison la première séance à vingt-et-une filles plus ou moins malades, du service Sainte-Marie. Je continuai ces séances tous les jours pendant le premier mois.

Le 11 août 18/i9, M. Partout venait m'annoncer avec joie que le terrain demandé par moi était accordé à l'Hôpital des Enfants; mais il me prévenait en même temps qu'il quittait la direction de cet établissement.

Le départ prochain de ce digne père des pauvres enfants malades me causa un véritable décourage-

ment; mon entreprise n'était encore qu'à son début, et il m'était facile de voir quelles difficultés j'aura.s encore à surmonter. Heureusement le nouveau directeur, M. Dechaumont, futd'une bonté qui dépassa tout ce que j'aurais pu espérer, et je pus contmuer sans interruption cette grande tâche si heureusement commencée. J'entrepiis, en dehors du temps consacré aux enfants pour leurs exercices, le grand travail de terrassement, avec l'aide de douze garçons choisis parmi les moins infirmes, le 22 août

Pendant le cours de ces travaux, les leçons ont toujours été données régulièrement aux enfants de Sainte-Marie, U.Salpétriére;etle21 août 18 9,

i-obtenais, pour la première fois, que qumze filles de ce service vinssent à l'Hôpital des Enfarus-, et a

partir du 27 septembre 1849, toutes les fil es valides du service Sainte-Marie, de la Salpéfière, furent soumises aux exercices gymnastiques.

Le 17 octobre 18/,9, quarante-et-une filles purent venir une seconde fois se récréer i l'Hôpital des

Enfants. .

Tout allait donc pour le mieax. Le 16 janve, 1850, nous commençâmes à placer quelques n.aehines dans le nouveau terrain de l'Hôpital des En-

fants ; vers la ûn de février 1850, nous plantâmes les arbres; et à la On d'avril, tout était terminé.

C'est ainsi que pendant huit mois, les enfants remuèrent de la terre du matin au soir, pour mettre un terrain depuis longtemps abandonné dans l'état où il se trouve aujourd'hui. Pendant ce temps, ils roulèrent, à une plus ou moins grande distance, quarante-quatre mille petites brouettées de terre ou de sable. Bien certainement, ce travail confié à des hommes faits eiit été moins long et surtout moins pénible ; mais je voulais en venir à bout, en tenant ma parole. Le labeur fut rude ; mais il fut fait sans dépense pour l'administration.

Ici je croirais manquer à mon devoir, si je ne remerciais pas publiquement toutes les personnes qui sont venues nous aider pendant le cours de ces longs travaux, MM. les internes surtout. Mes professeurs de gymnastique, et quelques employés de la maison, nous ont rendu de véritables services, en se mettant souvent à l'œuvre avec nous.

Ceci dit sur notre travail de terrassement, je crois devoir donner quelques nouveaux détails au sujet des promenades des enfants.

M. Dechaumont, homme de bien et d'un grand dévouement , auquel j'avais souvent parlé de ces

sorties, et de leur effet sur la santé et le moral des jeunes malades, comprit de suite que des promenades de ce genre, souvent renouvelées, pendant la belle saison, et pour les enfants des deux sexes, contribueraient puissamment au rétablissement de leur santé. Il fit à ce sujet, au printemps de 1851, une demande à M. Davenne, directeur général, afin d'être autorisé à faire sortir en promenade les enfants des deux sexes alternativement. M. Davenne, accorda cette faveur, avec une bienveillance toute paternelle, et les sorties régulières eurent lieu aussitôt. M. Dechaumont fit promener un bien plus grand nombre d'enfants que je n'aurais pu le faire seul, et il les fit accompagner pendant toute la promenade par la voiture de l'établissement de façon que chaque fois qu'un enfant se trouvait fati- .ùé, ilmontaitenvoitureetpouvaitse reposer. Dans nos premières excursions, quand des enfants se trouvaient fatigués à ne pouvoir plus marcher, je les faisais monter sur les épaules des plus robustes, et ceux-ci les portaient chacun à leur tour trente ou quarante pas,jusqu'àce qu'on fût arrivé; le nombi. de pas était déterminé suivant le poids de 1 enfant

qu'il fallait porter, et je puis affirmer ici que je n ai jamais entendu le plus léger murmure de la part de

ceux qui subissaient cette corvée ; c'était au contraire un nouveau sujet de gaîté pour eux.

C'est ainsi que prirent naissance, dans les hôpitaux d'enfants, les promenades qui se renouvellent actuellement tous les ans, et qui font tant de bien et tant de plaisir à ces pauvres petits infortunés.

Au commencement de mai 1850, nous avions repris les exercices, et les enfants furent bien joyeux de s'exercer désormais dans un magnifique gymnase.

Les filles du service Sainte-Marie, à la Salpétrière, commençaient aussi à bien aller ; et leur santé physique, ainsi que leur moral, avaient gagné beaucoup plus que nous n'avions osé l'espérer au début. Malheureusement, ce service me fatiguait beaucoup, et je dus prendre à mon grand regret, le 1" juillet 1850, le parti de suspendre les exercices dans ce service, pour me livrer plus exclusivement aux enfants de l'Hôpital. Vers cette époque, comme j'avais déjà eu quelques succès sur des enfants choréiques, M. le docteur Blache me fit appeler, le 21 septembre 1850, pour me confier un enfant, nommé Conrard (Émile) , qui se trouvait dans le plus grand état de faiblesse. Mes soins furent couronnés de succès, et j'eus le bonheur de sauver cet enfant. Voir le dis-

- lu

cours de M. le docteur Blache, où il est spécialement parlé de cet enfant.

Si je cite ce fait en passant, c'est qu'il me valut la confiance sympathique de MM. les docteurs, et je me trouvai fort heureux de ce résultat.

Au commencement d'octobre 1850, M"« Nicolle, vénérable institutrice des enfants de Sainte-Marie, à la Salpétrière, m'écrivit que ses filles s'ennuyaient beaucoup de ne plus faire d'exercices, et que, si je ne les recommençais pas très-prochainement, elles retomberaient bien certainement dans leur ancien état d'apathie et de souffrance.

Je m'empressai de me rendre de nouveau auprès de ces enfants, le 18 octobre 1850, et je leur donnai une séance de plusieurs hem-es, en m' engageant à revenir régulièrement.

Je donnai ces séances avec un véritable entrain, espérant arriver, avec le temps, à des résultats dignes de nos efforts. Mais je dois dire ici toute la vérité : en cherchant ardemment, d'accord avec Nicolle, tous les moyens imaginables pour éloigner les crises de ces malheureuses enfants, nous n'avions pas encore aucune idée bien arrêtée sur la marche à suivre pour tenter leurguérison. Plusieurs étaient atteintes d'épilepsie, d'hystérie, etc., et ce

n'était pas nous qui avions reconnu cette maladie ; elles avaient été reçues comme telles dans ce service.

Nous poursuivions donc nos efforts en employant tous les moyens que nous pouvions inventer. Ce qui soutenait notre courage, c'est que nous avions déjà obtenu une diminution sensible dans les accès. Ces filles étaient bien plus gaies ; elles travaillaient de bon cœur, suivant leur capacité, à tout ce qui pouvait améliorer le service de cette division. Nicolle trouvait un grand changement dans leur disposition intellectuelle pour l'étude, et toutes les personnes chargées de ce service se sentaient véritablement soulagées, en voyant l'amélioration déjà obtenue. Survint alors un fait très-considérable, le 30 novembre 1850.

Observation n° S9.

Une jeune fille, nommée C... M..., qui avait déjà été traitée sans résultat à l'Hôpital des Enfants, avant son entrée à la Salpétrière, et qui avait été admise dans ce dernier asyle comme épileptique, nous fit la révélation spontanée qu'elle n'avait jamais eu d'accès que par sa propre volonté. Cette fille avait souvent huit et dix crises dans la même jour-

née, et les soins qu'exigeait sa position étaient des plus pénibles pour les employées. Cette révélation inattendue nous permit de nous tracer une ligne de conduite, qui, si elle ne fut pas très-logique au point de vue de la science, ne nous en a pas moins permis d'obtenir quelques résultats sur plusieurs sujets considérés comme incurables.

Fort de cet aveu, nous fîmes venir les trois malades auxquelles nous portions le plus d'intérêt, et nous adressant principalement à elles, en présence de toutes les autres, et en nous appuyant d'une façon toute particulière sur les accès simulés de Catherine M. (accès tellement violents, que souvent quatre filles de service ne pouvaient la contenir) , nous leur dîmes, que si avec la simple volonté on pouvait se mettre dans un tel état de désordre, avec une volonté aussi ferme et surtout exercées et distraites comme elles l'étaient à cette époque, elles devaient aussi pouvoir combattre de véritables accès. Nous les réunîmes par série de trois qui devaient se porter secours mutuellement, aussitôt qu'elles verraient apparence d'une crise chez l'une d'elles. Je promis ensuite une récompense à toutes celles qui, pendant six mois, sauraient se rendre maîtresses de leur mal.

Dès ce moment, nous continuâmes nos efforts avec un degré d'assurance pour l'avenir que nous n'avions pas encore eu jusqu'alors.

A partir de cette époque, nos cours furent continués avec un vrai bonheur. Les malades elles-mêmes paraissaient heureuses et convaincues de la possibilité de leur guérison. Toutes nos tentatives étaient déjà connues de l'Administration. Le 15 janvier 1851, M. le directeur général de l'assistance publique me fit l'honneur de m'adresser la lettre de félicitation suivante :

Paris, le 25 janvier 1851.

« Monsieur,

» Un rapport de M. le directeur de l'Hôpital des » Enfants malades, et le témoignage de MM. les mé- » decins m'ont fait connaître le zèle, l'habileté et le » dévouement que vous ne cessez de déployer dans » la direction des exercices gymnastiques auxquels » se livrent les enfants confiés à vos soins.

» Je sais encore que vous avez fait de ces exer- » cices la plus heureuse application. Dans vos ha- >» biles mains, ils sont devenus d'utiles auxiliaires

» pour la science, et de nombreux malades vous » doivent leur guérison.

» De pauvres jeunes filles infirmes et idiotes, de » la Salpétrière, sont aussi l'objet de vos soins les « plus assidus et les plus désintéressés. Depuis que » vous avez bien voulu vous occuper d'elles, une „ amélioration notable s'est produite dans leur po- „ sition. Vous avez fait preuve, à leur égard, d'une ,, bonté et d'une charité au-dessus de tout éloge. „ L'Administration, Monsieur, vous doit tous ses remerciements, pour les services que vous rendez „ aux pauvres. J'éprouve un vif plaisir à vous les „ adresser en son nom, et je me fais un devoir d'y >> joindre un mandat de 300 fr., non pas comme „ une rémunération de ces services, dont j'apprécie „ tout autrement la valeur, mais comme un faible „ témoignage de satisfaction, et une sorte d'indem- >, nité pour les frais de déplacement que vous vous „ imposez, lorsque vous vous rendez à la Salpé- » trière.

» Recevez, etc. »

Le Directeur de l'Assistance publique, Signé : DAVEISNE.

Tout marchait ainsi vers une amélioration sensible.

Au milieu de mars 1851, toutes les filles eurent un costume de gymnastique, et quelqu'un qui n'eût pas su qu'on était à la Salpétrière se serait cru dans une pension de jeunes filles les mieux tenues. C'était un immense progrès. A ce moment, les filles que nous avions réunies et organisées entre elles, le 30 novembre 1850, n'avaient pas encore eu d'accès ; et toutes, en général, se fortifiaient et s'instruisaient régulièrement.

J'ai déjà dit que nous mettions en œuvre tout ce qui pouvait distraire et aguérir ces jeunes malades. Voici à ce sujet, un fait qui mérite d'être cité. Le 15 avril 1851, comme nous étions sur le point de terminer la séance, le ciel se couvrit, et les éclairs ne tardèrent pas à se montrer. Beaucoup d'enfants se trouvèrent prises de tremblements, signes précurseurs des accès épileptiques. Je les réunies sans perdre de temps, le visage tourné vers les éclairs ; le tonnerre commença à gronder. Je leur fis aussitôt entonner un chant religieux; puis, au milieu des éclairs, des coups de foudre, et sous une pluie torrentielle, nous restâmes sans bouger, en chantant tout ce que nous savions. Quand je les fis rentrer.

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elles étaient aussi trempées que si elles sortaient d'une rivière; toutes changèrent de vêtements; elles se couchèrent, sans qu'il se manifestât la moindre indisposition. Ce jour-là, je partis bien satisfait de

mon expérience.

Le 20 mai 1851, je les fis passer par une nouvelle épreuve. Je pris un gros pistolet que je chargeai fortement; et pendant qu'elles étaient réunies sous un prétexte quelconque, je fis partir le coup audessus de leurs têtes. Un cri général se fit entendre, mais pas une ne tomba du haut mal. Nous conclûmes qu'elles étaient guéries dès ce moment, et qu'elles avaient droit aux récompenses promises depuis six mois. Je dois répéter encore que nous étions admirablement secondés par toutes les personnes du service pour soulager ces enfants.

observation n" «S.

Le 12 juillet 1851 , M. le docteur Becquerel, instruit de tous ces faits, m'appela à l'Hôpital de la Pitié, pour tenter la guérison d'une jeune fille de 18 ans, choréique, dont l'affection résistait depuis huit mois à toutes les médications ordinaires. Je donnai la première séance à cette fille à l'Hôpital même, le U juillet ; et je les continuai deux fois par

jour pendant un mois, époque à laquelle M. Becquerel constata l'entière guérison de la malade. Les observations consignées dans la Gazette des hôpitaux du jeudi (i novembre 1851, par M. Becquerel lui-même, me dispensent d'entrer dans aucun détail au sujet de cette malade, qui n'a plus rien ressenti de son indisposition depuis cette époque.

Cependant les enfants allaient toujours bien à la Salpétrière. Nous organisâmes, pour les encourager, une nouvelle fête en leur honneur; et le 13 juillet 1851, nous préparâmes une espèce de festin, auquel prirent part plus de quarante jeunes malades. Nous recommençâmes l'année suivante, et c'est cette première fête de famille qui, vu les bons effets sur nos malades, a été l'origine des repas qu'on donne annuellement après la distribution des prix à la Salpétrière.

A ce moment, les filles soumises aux exercices étaient très-nombreuses, et le peu de machines que nous avions pour les exercer devenait tous les jours de plus en plus insuffisant. Je fis donc, le 19 juillet 1851, la demande d'un terrain contigu à celui du service, en prenant, à l'exemple de ce que nous avions fait à l'Hôpital des Enfants-malades, la résolution de le mettre en parfait état, avec le secours

seul des enfants. Mais ici la tâche devait être plus rude et plus longue; car ce terrain, d'une assezgrande étendue, servait depuis longtemps de décharge publique.

Comme les enfants commençaient à perdre patience, au sujet des prix qu'elles attendaient depuis huit mois, il fut décidé, avec le consentement de M. le directeur général de l'assistance publique, que les enfants seraient réunis à l'Hôpital des Enfants pour recevoir leur récompense. Nous préparâmes une salle pour cette fête tout exceptionnelle ; et, le 22 juillet 1851, en présence de M. le directeur de l'assistance publique, de plusieurs hauts fonctionnaires de l'administration, de beaucoup de docteurs, et de nombreuses personnes, M. le docteur Blache prononça le discours ci-dessous, dont les idées principales ont été déjà données plus haut, page 120.

(( Messieurs ,

« Depuis plusieurs années, les médecins et chi- » rurgiens de cette maison avaient sollicité l'élablis- „ sèment d'un gymnase à l'Hôpital des Enfants. „ En 18Zi7, le conseil général des hôpitaux, cédant „ à nos désirs, chargea M. Napoléon Laisné, pro-

» fesseur de gymnastique à l'école Polytechnique et » au lycée Louis-le-Grand, de la direction provi- » soire de ce gymnase.

» Des enfants atteints de scrofules y furent les » premiers conduits. Soumis d'abord aux simples » mouvements des bras et des jambes, accompagnés » de chants spéciaux, leurs progrès furent si rapides » qu'on put bientôt se servir de machines, telles » que l'échelle orthopédique et les barres parallèles « fixes ou mobiles ; et on en vint alors aux exercices » du vindas. Dès la vingtième leçon, on exerça les » enfants à la lutte, soit deux à deux, soit en pe- » loton ; et, peu à près, on y joignit la course. Ces » exercices généraux furent accompagnés d'exer- » cices partiels chez quelques malades estropiés » d'un ou de deux membres. Dès les premières le- » çons, l'émulation s'établit dans tous ces petits » malades ; des mouvements qu'on eût pu croire » impossibles finissaient par s^exécuter facilement, » et presque toujours avec un grand plaisir.

» On ne fut pas longtemps sans s'apercevoir que » l'état général des malades s'améliorait à vue d'œil ; » leur teint était plus animé ; les chairs devenaient » plus fermes ; la voix gagnait de la force ; l'appétit » était plus vif et plus égal ; la maigreur disparais-

— ihli —

» sait. La maladie générale subissait une favorable » influence, en même temps que quelques-uns des » symptômes locaux s'amendaient notablement. » C'est ainsi qu'on vit se résoudre des engorgements » glandulaires qui, depuis longtemps, résistaient à » toutes nos médications; des trajets fistuleux, qui ,) duraient depuis des années, se tarirent peu à peu „ et se fermèrent complètement; deux ankyloses du ,) coude furent presque radicalement guéries, après » six semaines de ce traitement gymnastique.

» Les leçons étaient données trois fois par se- » maine et duraient une heure.

,) Dès que les enfants étaient entrés dans leur >, récréation, ils répétaient entre eux les exercices » qui n'exigeaient point de machines.

„ Aussi, dès ce moment, la division des scrofu- » leux changea-t-elle complètement d'aspect. Au „ lieu de voir ces pauvres enfants, dispersés dans „ les salles et dans les cours, où les uns restaient „ presque toujours assis, où les autres se traînaient „ par terre, en se roulant dans le sable, on les vit, „ toujours en mouvement, occupés à marcher au „ pas gymnastique en chantant, à sauter, à courir, à „ lutter, s'attachant à se surpasser les uns les autres. „ Les filles ne le cédaient en rien aux garçons.

1) On comprend facilement combien une pareille » activité, imprimée à des enfants malades, infirmes, » naturellement indolents et apathiques, dut être )i favorable à la santé, et contribuer à, la guérison u des affections scrofuleuses.

» Ces résultats heureux nous engagèrent à agraji- » dir le cercle de nos essais. Des affections ner- » veuses, des paralysies partielles, des rachitismes » et des choréés surtout furent traités de la même » manière, et des succès nombreux déterminèrent )) l'Administration générale de l'assistance publique » à récompenser le zèle vraiment prodigieux et le » désintéressement de notre excellent et habile pro- » fesseur, en l'attachant, d'une manière définitive, à ') la direction du gymnase de l'Hôpital des Enfants.

» Deux rapports, l'un en date du mois d'octobre » 18/i7, et l'autre du li février lSà9, n'avaient pu « laisser, d'ailleurs, aucun doute dans l'esprit de » M. le Directeur général sur les avantages incon- » testables de ces exercices. Le gymnase fut agrandi « et rendu plus complet ; tel qu'il est aujourd'hui, » c'est sans contredit l'un des plus beaux qui se » puissent voir.

» J'ai dit tout k l'heure que les enfants atteints » de chorée, ou danse de Saint-Guy, avaient été

» soumis, dès l'année 18/i7, aux exercices gymnas- » tiques; depuis cette époque, 95 cas de cette affec- ,, tion, quelquefois si rebelle aux traitements les » plus variés, ont été guéris par l'emploi de ces exercices, soit seuls, soit combinés avec les médi- » cations ordinaires.

„ Ces résultats sont si remarquables que je vous « demanderai la permission d'entrer ici dans quel- „ ques détails, pour faire mieux comprendre tout » l'intérêt qui s'y rattache.

„ Parmi les moyens qui ont eu le plus de succès >, dans le traitement delà cliorée, je n'hésite pas à „ le redire avec M. le docteur Sée, auteur dun ex- >, cellent mémoire sur cette maladie, couronné par „ l'Académie des sciences, il faut compter en première ligne, la méthode, entièrement nouvelle, » des exercices gymnastiques.

0 Au nombre des faits très-curieux qu'il nous a « été donné d' observer, danscethôpital, nous croyons „ pouvoir citer le suivant, qui témoigne plus que „ tout autre de l'efficacité vraiment merveilleuse de » cette médication.

„ Conrard (Émile) , âgé de dix ans, entré dans notre „ service avec une chorée des plus graves, était, « depuis douze jours, soumis inutilement aux di-

» vers moyens, dont l'expérience a constaté les heu- » reux résultats dans cette maladie ; son agitation » était excessive, et ne cessait ni jom-, ni nuit; il ne » pouvait articuler aucune parole; son intelligence « diminuait sensiblement ; son appétit était absolu- » ment nul; la déglutition des aliments étant d'ail- » leurs presque impossible, nous avions tout lieu de » craindre une terminaison funeste. Je crus devoir » alors suspendre toute espèce de traitements, et » j'engageai M. Laisné à tenter quelque chose pour « ce pauvre enfant. Après l'avoir étendu d'abord » sur un matelas et fait maintenir par plusieurs de )) ses jeunes élèves les plus intelligents, M. Laisné w commença par lui frictionner cà nu les membres » supériem-s et inférieurs, pendant une grande heure. » Dix jours de suite, ces frictions furent répétées de » la même manière. Dès le 3" jour, on obtint six » heures de sommeil calme. Le 7" jour, les aides » destinés à maintenir le malade étaient devenus » inutiles. Au 8« jour, il put prendre un peu de » nourriture et boire une gorgée devin. Le 12«jour, » il faisait devant nous, dans la salle, une cinquan- » taine de pas, soutenu par un bras seulement. Le » 13« jour, on le porta au gymnase, pour y prendre » l'an-. Le jour, il fut soumis à la suspension,

>) sur une barre horizontale. 11 marchait presque » seul le 16" jour. Le 19" jour, il s'habilla seul, pour » la première fois. Le 23» jour, il partageait tous » les jeux et les excercices des autres enfants bien » portants. Et le '28" jour, on put le regarder comme ,) tout à fait guéri. 11 continua néanmoins, pendant ,, quelque temps encore, de venir au gymnase, dans ,) la crainte d'une rechute, et parce qu'il y prenait, » d'ailleurs, un extrême plaisir.

,) Disons, en terminant, que, grâce aux soins in- „ telligents de M. Laisné, à sa surveillance atten- „ tive, à son zèle et à son habileté, nous n'avons eu ), aucun accident à déplorer depuis quatre ans. „ Profondément versé dans la connaissance de la „ gymnastique, passionné pour son art, il sait com- » muniquer à ses élèves toute l'ardeur qui l'anime. .) Doué d'une grande perspicacité, d'une fermeté et „ pourtant d'une douceur et d'une patience à toute „ épreuve, les beaux succès qail vient d'obtenir, à „ la Salpétrière, dans le traitement de l'épilepsie, . vraie etsimulée, doivent le recommander d'une ma- „ nière toute particulière à la bienveillance de M. le „ directeur général de l'assistance publique, et à „ l'estime de tous nos collègues. «> Blache. „ 23 juillet 1851. »

— Ihi) —

A cette réunion, qui n'avait pas eu d'antécédent, les enfants des deux établissements furent exercés aux mouvements élémentaires accompagnés de chants spéciaux. Puis, avec des instruments aux mouvements rhythmés, ils chantèrent en chœur d'une façon assez juste pour provoquer les applaudissements d'une assemblée d'élite. Ils reçurent ensuite leurs prix, et regagnèrent leur résidence à l'Hôpital, le cœur plein de joie et de reconnaissance.

Dès le lendemain, ks exercices étaient repris avec enthousiasme, par les jeunes malades, dans les deux hôpitaux. Une seconde fête fut organisée par M"'' Nicolle, institutrice des enfants de la Salpétrière, pour les récompenser de leurs travaux intellectuels; la cérémonie eut lieu le 15 octobre 1851. Tous ces soins encouragèrent beaucoup nos intéressantes malades, et le service des personnes chargées de les surveiller devenait tous les jours moins pénible, d'abord parce que les accès en général étaient moins fréquents, et ensuite parce que la plus grande partie des enfants étaient devenues trèsdociles et se prêtaient aux détails du service avec une bonne volonté et un coui'age admirables.

Le 2S octobre 1851, le terrain demandé nous fut

accordé, et sans nous effrayer de l'iinmense quantité de terre et de débris que nous aurions à remuer, pour accomplir cette grande œuvre, en dehors de nos séances ordinaires, nous nous mîmes sans aucun retard à ce travail, en y employant toutes les malades les plus agiles et les plus dévouées.

En attendant, le 6 novembre 1851, je fus agréablement surpris en trouvant consigné dans la Gazette des hôpitaux, par M. le docteur Becquerel, le résultat obtenu sur la jeune fille que j'avais traitée, sous sa direction, à l'Hôpital de la Pitié, en juillet et août précédents.

Voici ses observations :

Gazette des Hôpitaux, n" 128, (yewc?t 6 novembre 1851). Hôpital de la Pitié, M. Becquerel, du traitement de la choréepar la gymnastique.

« On se rappelle les détails intéressants, publiés il y a quelques mois dans la Gazette des hôpitaux, sur les résultats obtenus à l'Hôpital des Enfants et à la Salpétrière , par l'application des exercices gymnastiques à diverses affections nerveuses et aux scrofules.

» Monsieur Becquerel, informé des succès remarquables, obtenus par cette méthode de traitement, se proposa de la mettre en usage pour une jeune fille, atteinte de chorée de la forme la plus grave, et demanda en conséquence à M. le directeur de l'assistance publique, «l'autorisation de faire venir à la Pitié, M. Laisné, le professeur zélé et intelligent, qui a établi le beau gymnase de l'Hôpital des Enfants. » L'autorisation ayant été accordée avec empressement, le traitement fut appliqué à la jeune malade, et voici comment M. Becquerel rend compte de la maladie et du résultat obtenu. « La nommée Geney (Adèle), âgée de dix-sept ans, est entrée dans mon service pour une chorée (danse de Saint- Guy) des plus intenses. Non-seulement la chorée existait dans les membres ; mais elle avait frappé les organes de la voix, et la parole était devenue inintelligible.

•) Pendant l'espace de trois mois, j'essayai, sur elle, d'une manière suivie, toutes les méthodes thérapeutiques connues dans la science.

» Ainsi, la belladone, la strychnine, la valériane, le sulfate de quinine, le quinquina, le fer, le tartre stibié à haute dose, l'opium à haute dose.

Puis, à l'extérieur, les bains tièdes prolongés,

les bains sulfureux, les bains froids et affusions froides, l'électricité.

» Toutes ces méthodes n'eurent aucun succès, ne produisirent aucune amélioration ; la malade était exactement dans le même état, et la menstruation

s'était arrêtée.

»/V cette époque, ayant entendu parler *des résultats de M. Laisné, àl'Hôpital des Enfants, j'annonçai que, si l'on ne pouvait la soumettre à ce traitement, j'étais décidé à ne pas la conserver, attendu que je la regardais comme complètement rebelle à toutes les autres méthodes thérapeutiques.

» D'après le désir de M. le Directeur général de l'assistance publique, M. Laisné vint à l'hôpital de la Pitié, examina cette jeune fille, et annonça qu'il se chargeait de la guérir en un mois.

,) Depuis, M. Laisné, animé d'un zèle remarquable, vint constamment et presque toujours deux fois par jour, exercer lui-même cette jeune fille.

), Sous l'influence de ce traitement, que je crois inutile -de décrire ici, la guérison eut réellement lieu en un mois, et elle fut progressive.

„ A l'instant de la cessation du traitement, la jeune Geney était complètement guérie, s'exprimait avec une parfaite liberté de langage, n'avait aucun mou-

vement inégulier, avait repris tout son appétit, et avait beaucoup plus d'embonpoint qu'avant l'emploi de la gymnastique.

» En un mot , je considère la guérison de cette jeune fille comme un très-bel exemple de guérison de chorée ; et, sous ce rapport, je crois qu'on ne saurait trop adresser des remercîments à M. Laisné.

» Je dois toutefois ajouter un autre fait.

» Il se trouvait en même temps dans mes salles, une autre jeune fille, également câgée de dix-sept ans, atteinte d'une double maladie.

» Elle était fortement hystérique et chlorotique.

» Depuis un mois, je traitais ses violentes crises par des bains d'affusions froides et l'opium, et la chlorose par le fer, lorsqu'elle vint me demander comme une faveur de suivre les mêmes exercices que sa camarade, qui les commençait alors. M. Laisné y ayant consenti, je n'y vis aucune objection, et j'accordai la permission demandée.

» Voici quelle fut l'influence de ce traitement.

» Les attaques violentes, qui avaient lieu tous les deux ou trois jours, s'éloignèrent d'abord, puis disparurent complètement. La menstruation revint une fois.

') A l'époque de la cessation du traitement gym-

nastique, l'une des deux maladies, la névrose musculaire, avait momentanément disparu; mais l'autre affection, la chlorose (décoloration, bruits de souffle cardiaques et vasculaires) , avait persisté dans toute son intensité, malgré l'emploi simultané du fer et du quinquina.

» Ce que je craignais arriva. Au bout de quinze jours de la cessation du traitement gymnastique, ses attaques hystériques reparurent aussi intenses qu'auparavant. Depuis trois semaines, nous en avons eu trois.

„ C'est pour cette jeune fille que M. Laisné, d'accord avec sa famille, a fait demander son admission à la Salpétrière, afin de pouvoir y continuer le traitement gymnastique pendant un temps suffisamment long. »

Je reviens à notre terrassement. Pendant le mois de novembre, nous travaillâmes presque du matin au soir au terrain de la Salpétrière.

A l'Hôpital des enfants, nous allions passer un quatrième hiver sans gymnase couvert. Jusqu'ici, toutes les fois qu'il y avait des enfants rigoureusement soumis aux exercices gymnastiques pendant la mauvaise saison, nous étions obligés de chercher un abri partout où il nous était possible de le trou-

ver ; nous avions déjà essayé de faire les exercices dans une lingerie ; mais cela troublait le sommeil des veilleuses, qui reposaient au-dessus de nous. Il fallut abandonner ce refuge. Nous nous abritâmes pendant quelque temps dans une salle de bains, dont les travaux étaient momentanément suspendus ; mais l'ordre de les achever arriva bientôt, et nous dûmes de nouveau abandonner cet endroit. Je m'installai plus tard à l'extrémité d'une salle qui servait de réfectoire ; mais cela gênait beaucoup le service de cette salle. Je quittai donc ce dernier endroit peu de temps après l'installation, et je découvris, à l'extrémité d'une autre salle, une petite pièce mansardée; elle fut aussitôt appropriée le mieux possible, et je m'y installai, me trouvant très-heureux de cette découverte. Cet emplacement était préférable à tout ce que j'avais pu trouver jusque-là.

Le vénérable directeur, M. Dechaumont, faisait valoir tous ces inconvénients pour obtenir la création d'un gymnase couvert. Nous avions à ce moment un grand nombre de faits à citer à l'appui de notre demande, et la situation devenait tous les jours plus favorable à l'exécution de notre projet.

Quant à la Salpétrière, nous y étions plus heureux; nous profitions de la salle consacrée aux

études, en rangeant, pour chaque séance, les tables, les bancs, etc. Et, souvent, nous profitions aussi de la grande salle de travail du service. C'était, ces jours-là, une récréation des plus agréables pour toutes les malades qui s'y trouvaient; nos chants surtout leur faisaient le plus grand plaisir, et la seule difficulté pour exercer dans cette salle, était d'y porter tous nos instruments et de les rapporter après la séance terminée.

Vers la fm de novembre, l'Administration demanda les plans qui devaient servir à la construction du gymnase couvert del'Hôpital des Enfants. Je les lis sans perdre un instant, et nous eûmes le concours assuré de M. Davenne, qui voulut bien appuyer notre demande devant le conseil général de la Seine.

Vers la fin de décembre, je fus forcé de suspendre les travaux de la Salpétrière jusqu'au retour du beau temps.

Au commencement de janvier 1852, nous apprîmes que les fonds nécessaires à la construction da gymnase couvert de l'Hôpital- des Enfants, étaient alloués; et le 19 du même mois, on commençait les fondations du premier édifice de ce genre, construit dans les hôpitaux.

Le 19 février 1852, nous reprenions les travanx de terrassement k la Salpétrière; en mars, nous plantions les arbres et quelques machines, et nous commencions la base d'un magnifique labyrinthe.

Ces travaux importants, entrepris avec d'aussi ftiibles ressources, furent connus del'Administration ; et le 22 avril 1852, nous eûmes la visite de M. le directeur général, qui était accompagné de plusieurs membres du conseil général.

Le 20 juillet J852, le gymnase couvert de l'Hôpital des Enfonts fut entièrement terminé.

En juillet de la même année, parut le compte moral administratif de l'assistance publique; je crois utile de reproduire ici le passage qui concerne l'application de nos exercices, sur les malades de la Salpétrière.

A'oici ce passage :

Administration générale de T Assistance publique à Paris, Compte moral administratif de l'exercice 18oi.

(extrait).

» Messieurs,

» Nous devons aussi dire quelques mots d'une » autre découverte dont les heureux effets, comme

» moyen de guéiison de certaines maladies ner- » veuses, sont maintenant constatés. Il s'agit du » traitement gymnastique appliqué dans nos hôpi- « taux et dans nos hospices, particulièrement aux » malades atteints de la chorée (ou danse de Saint- » Guy) , et aux épileptiques.

» Déjà ce mode de traitement, en usage depuis ), quelques années à l'Hôpital des Enfants, y avait » produit une grande amélioration dans l'état des « jeunes malades des services des choréiques et ,, surtout des scrofuleux, filles et garçons.

» Etendu aux jeunes idiotes et épileptiques de la Salpétrière, il y a produit des effets non moins sa- ), tisfaisants. Aussi le savant médecin, chargé du traitement des épileptiques adultes dans le même » hospice, s'est-il empressé de demander qu'il fût » établi un gymnase dans son service, vœu auquel )) l'Administration à cru de son devoir d'accéder.

,) Elle s'occupe d'en faire établir un également à „ Bicêtre, pour les garçons atteints des mêmes in- » firmités.

„ Ce serait trop présumer sans doute de l'emploi » de ce moyen thérapeutique que de lui attribuer, ,) d'une manière absolue, la vertu de guérir l'épi- „ lepsie. Disons pourtant qu'il y a des guérisons

)) complètes, ou du moins présumées telles, aujour- » d'hui constatées parl'Exéat, que le chef de service » a tout récemment délivré à deux jeunes fdles qui, » après avoir été très-gravement atteintes, sont re- » venues à la santé. Une autre de ses anciennes ma- » lades, dont les accès ont entièrement cessé, vient » d'être admise comme fille de service dans l'éta- » blissement.

M Mais il est certain, à en juger par les effets déjà » produits, qu'il a, du moins pour résultat de dimi- » nuer considérablement la fréquence des accès. » C'est déjà un succès réel qui peut en faire présa- » ger de plus importants dans l'avenir, et qui doit I) encourager à poursuivre l'épreuve.

Mais un point sur lequel l'expérience déjà faite » ne laisse aucun doute, c'est la guérison, par ce » moyen, de la maladie de la chorée, guérison cons- » tatée par les médecins eux-mêmes, qui ont re- » connu, avec la bonne foi la plus honorable, l'in- » suffisance de leurs prescriptions pour remédier à » ce mal trop souvent mortel, quand il est parvenu » à un certain degré. »

Je ne crois pas utile de reproduire ce deuxième extrait attendu qu'il ne contient que des observations déjà citées dans les notes de M. le docteur Becquerel.

Ce passaf^e du Compte moral était bien lait pour nous donner du courage ; et, à ce moment surtout, il nous en fallait beaucoup pour mener à bonne fin tout ce qui était commencé.

A partit- du 1" août, nous ne nous occupâmes plus que de répétitions de chants et de mouvements. Nous étions certains que la seconde distribution de prix ne pouvait se faire attendre. Le 5, nous apprîmes officiellement qu'elle était fixée au 11 août 1852. Nous fîmes, M. Dechaumont et moi, décorer le nouveau gymnase, pour la circonstance ; et tous les enfants furent réunis au jour et à l'heure indiqués.

M. Davenne prononça un discours, qui fut vivement applaudi. MM. les docteurs prirent ensuite la parole, et la cérémonie se passa on ne peut mieux, devant une réunion de plus de douze cents personnes.

Une nouvelle fête fut donnée aux enfants de la Salpétrière, le 23 octobre 1852.

observation n" «»•

D'ailleurs, nos cures médicales continuaient parallèlement aux exercices, et un deuxième cas sem-

blable à celui de C. M. , se présenta, le H novembre suivant. Une grande fille, V. L., par suite de nos vives instances pour découvrir la vérité sur sa maladie, nous déclara nettement qu'elle n'avait jamais eu d'accès que volontairement, et qu'elle pouvait parfaitement s'abstenir d'en avoir à l'avenir. Cette fille était assez forte, d'un physique agréable; mais elle était d'une mollesse désespérante; elle tombait assez souvent de son mal; elle dormait deux heures environ après chaque accès, et elle revenait ensuite tranquillement rejoindre ses compagnes.

Le 17 décembre, nous suspendîmes les travaux de terrassement, et nous ne pûmes les reprendre que le 17 janvier 1853.

Le 13 avril 1853, nous eûmes la visite de M. Husson, chef de division à la préfecture de la Seine, qui voulait se rendre compte de l'influence qu'avaient nos exercices sur la santé des enfants de la Salpétrière. Nous fîmes devant lui une séance, qui dura près d'une heure. Vers cette époque, M. Dechaumont, qui ne cessait de penser aux moyens d'être utile aux malades, avait déjà, d'accord avec M. le Directeur général, organisé le service du traitement externe à l'Hôpital des Enfants; et le 13 mai, il compléta son œuvre, en obtenant de la bienveil-

lance de M. Davenne que les enfants admis au traitement externe fussent également admis aux exercices gymnastiques gratuitement.

Au commencement de juin 1853, je fus invité à construire, sur la demande de M. le docteur Lélut, un gymnase, dans le service des épileptiques, a la Salpétrière.

Le 5 juillet 1853, on commença les fondations du gymnase couvert du service Ste-Marie, à la Salpé-

yevs la fin de juillet 1853, nous terminâmes complètement notre laborieuse entreprise du terram de Ste-Marie, après vingt-et-un mois de travaux, presque sans interruption, et avec le secours des enfants malades exclusivement.

Le 8 septembre, eut lieu une troisième et magnifique distribution de prix, U'Hôpital des Enfants. Le 3 octobre 1853, j'eus l'honneur de recevoir,

de M. le directeur général, une seconde lettre de

félicitations, pour tous nos travaux et les séances

données aux enfants.

Paris, 3 octobre 1853.

« Monsieur,

„ Je m'empresse devons annoncer que je viens

» de vous accorder une indemnité de 1,000 fr., à » raison des leçons de gymnastique que vous avez » données jusqu'alors aux jeunes malades de la sec- » tion Ste-Marie, à la Salpétrière.

)) Je suis heureux, Monsieur, d'avoir pu vous » donner ce témoignage de ma satisfaction, pour les » soins dévoués et persévérants que vous prodiguez » à cette classe infortunée de la population hospita- » lière.

» Recevez, etc.

» Le directeur de l'Assistance publique, » DAVENNE. »

Le 17 octobre 1853, je donnai la première séance à trente femmes épileptiques du nouveau service de la Salpétrière ; et je continuai les séances, à partir de ce moment, trois fois par semaine.

Le 30 octobre, me trouvant très-accablé , et voyant que je ne pourrais seul continuer à faire face à tant d'occupations et de fatigues, je sollicitai auprès de M. le directeur général la permission de œ'adjoindre une aide, ancienne malade, qui était encore au service Sainte-Marie, et qui avait acquis une grande habitude des exercices. Cette demande me fut accordée, et mon aide féminin entra de suite

en fonctions. Mais cette adjonction ne pouvait me soulager. Comme je l'avais pensé, habitué depuis six ans à faire la besogne seul, je ne pouvais me résigner à confier une partie du service à une jeune élève encore sans expérience.

En janvier 185Z., les petits malades soumis aux exercices gymnastiques à l'Hôpital des Enfants, étaient tellement nombreux que je fus obligé de m'adjoindre, Icà aussi, pendant quatre mois, un de mes professeurs dans les lycées, et les séances eurent lieu tous les jours. Ce fut M. Poulin qui voulut bien me prêter son concours pour ce surcroît de besogne. 11 m'était fort utile; car, précisément à cette époque, je me trouvais très-occupé de la construction des deux gymnases de Bicêtre et de Samte-Eugénie.

Le (5 avril 185Z., je reçus de M. Davenne, dn-ecteur général, une lettre par laquelle il me faisait savoir que des appointements venaient d'être alloués, durant l'année 185Û, pour un professeur adjoint, une adjointe et pour moi.

Le U avril, à Bicêtre, et le 12 jmn 185/. , a Sainte-Eugénie, nous donnâmes une première séance dans ces établissements.

Le 30juinl85û,M. le baron Larrey nous fit

l'honneur de nous demander une séance spéciale, à l'Hôpital des Enfants, en présence de Messieurs les stagiaires du Val-de-Grâce.

Mais je m'aperçois que voilà de bien longs et bien minutieux détails. Pour ne pas abuser de la patience du lecteur, je renverrai simplement, et sans reproduction textuelle, aux livres, brochures ou articles qui traitent les matières qui intéressent la gymnastique des hôpitaux ; mais je crois utile de faire une exception, et de citer un mémoire de M. le docteur Blache, à cause des notes qu'il contient, après sept années d'expérience.

Extrait du Moniteur des Hôpitaux (n° 91, mardi 1" août 1854). Du traiiement de la chorée par la gymnastique, par M. Blache, médecin de l'Hôpital des Enfants.

(extrait de l'académie de MÉDECmE).

« Les différents moyens qui, jusqu'à présent, ont été employés contre la chorée, sont passibles des reproches que l'on peut adresser à un grand nombre de médications dites rationnelles, destinées à remplir des indications diverses. Elles sont disparates comme les idées qui leur ont donné nais-

sance, et on ne les croirait guère instituées pour combattre une affection identique.

» Quelques-unes, vantées d'abord, sont aujourd'hui reconnues impuissantes, et ne comptent de succès que ceux qui sont obtenus dans les mains de l'inventeur; d'autres, tout en procurant un nombre assez considérable de guérisons, laissent trop souvent encore persister la maladie.

„ Peut-être cette critique sera-t-elle applicable au moyen de traitement que nous venons aujourd'hui soumettre au jugement de l'Académie, et l'avenir constatera-t-il sa faiblesse, comme il l'a fait de tant d'autres. C'est ce qu'il ne nous est point permis de juger; aussi, nous bornerons-nous à exposer devant vous le résultat de notre observation et les réflexions qui en découlent naturellement.

„ Deux indications nous semblent surtout dominer la thérapeutique de la danse de Saint-Guy. Il faut :

„ 10 Rendre à la volonté son empire sur les contractions musculaires, ou, autrement dit, régulariser

les mouvements ;

„ 2° Refaire en quelque sorte la constitution des

enfants choréiques.

» La première de ces indications est d'une extrême simplicité. Quant à la seconde, on ne la saisit pas aussi bien, faute d'avoir réfléchi sur la constitution la plus habituelle des jeunes choréiques, dont la grande majorité est manifestement atteinte d'anémie ou de chloro-anémie, comme il est facile de s'en convaincre dans une seule inspection da l'hôpital de l'Enfant- Jésus. Aussi, n'avons-nous pas été surpris de voir les toniqueii, de quelque nature qu'ils soient, procurer les guérisons les plus nombreuses. On peut objecter, sans doute, que Sydenham et Cullen ont préconisé la saignée ; mais il ne faut pas oublier qu'ils ont aussi recommandé, d'une manière toute particulière, d'administrer ultérieurement les ferrugineux et le quinquina. D'autres médecins, attribuant la maladie à un trouble des fonctions digestives, ont employé, et quelquefois avec avantage , les purgatifs répétés. D'autres, enfin, ne prenant en considération que les désordres des contractions musculaires, ont préféré les anti-spasmodiques, les narcotiques ou les excitateurs du système musculaire, tels que l'électricité, la stryclinine, l'opium et la belladone ; et ils ont aussi compté des succès.

» Qu'en faut-il conclure? C'est que la chorée.

comme bon nombre d'autres maladies, guérit souvent dans un temps donné, quel que soit le traitement

mis en usage.

» Mais, il n'y a pas lieu néanmoins de renoncer à trouver un moyen d'abréger autant que possible la durée de cette pénible affection, tout en fortifiant la

santé générale.

„ Comme nous aurons occasion de le redire, les bains sulfureux, administrés d'une certaine manière, nous permettaient d'atteindre ce double but, jusqu'à l'époque où nous avons eu recours àla gymnastique. En terminant l'article chorée du Dict. en 30 vol., en 183Zi, nous disions : « Les exercices gymnasiiques pourraient être utilement conseillés vers la fin de l'affection, pour en abréger la durée, et pour rompre l'habitude vicieuse, contractée par les muscles. » Comme on le voit, ce n'était là qu'un conseil, plein de doute et de restriction, ne s' étayant d'ailleurs d'aucune observation. Nous étions, en outre, loin d'imaginer à cette époque que de petits malades, incapables d'exécuter un mouvement régulier, pourraient être soumis à des exercices de précision et d'adresse. C'est qu'alors nous n'avions sur la gymnastique d'autres idées que celles qu'on peut prendre dans les gymnases publics. Nous igno-

rions surtout les applications heureuses et variées auxquelles un homme ingénieux et patient peut arriver, et que nous vous exposerons dans le cours de cette communication .

» Dans le mois de juillet lSh7, 1' 4dministration des hôpitaux autorisa M. Napoléon Laisné, professeur de gymnastique, à venir à l'Hôpital des Enfants soumettre quelques-uns des malades aux exercices de la gymnastique, méthodiquement appliquée, et fit les premières dépenses nécessaires à la réalisation de cette décision, qui avait été provoquée par les demandes des médecins de cet établissement. C'était un essai; il dura quatre mois, eut pour sujets des scrofuleux de l'un et l'autre sexe, et fut si satisfaisant que le Conseil n'hésita pas à faire de nouveaux frais de matériel, et institua ainsi le premier gymnase qui ait été créé dans un établissement hospitalier.

» Les avantages de cette innovation thérapeutique ont été l'objet de rapports , de mémoires , d'articles de journaux, dont nous citerons quelques passages, pour terminer ce court historique et nous conduire naturellement au bout de cette lecture.

» Le 11 novembre 18/17, les médecins et chirur-

giens de l'Hôpital des Enfants adressèrent au Conseil général des hôpitaux une note, dans laquelle se trouvent la description des exercices, le nombre des enfants qui y furent soumis , et les résultats avantageux déjà obtenus. A la fin de cette note, M. le docteur Bouneau ajouta , comme réflexion personnelle : « Nous avons appliqué la gymnastique à d'autres maladies que le scrofule; des essais tentés contre des affections nerveuses, la chorée en particulier, ont donné de bons résultats et en promettent de meilleurs. »

» En 18Zi9, un nouveau rapport constatait la guérison prompte et radicale d'un certain nombre de chorées, due à l'emploi exclusif de la gymnastique. A la fin de la même année, l'Académie de médecine elle-même couronnait un mémoire de M. le docteur Sée, sur la danse de Saint-Guy , dans lequel l'efficacité de la gymnastique est mise en parallèle, à son avantage, avec celle des bains sultuveux Enfin, plusieurs articles de journaux (dont un , entre autres , dû à M. le docteur Becquerel (1851), est relatif à un cas fort curieux de choree chronique), sont venus rendre témoignage en faveur de ce moyen, vraiment efîicace, sur lequel nous allons maintenant donner notre propre jugement.

» Cent huit cas de chorée ont été soumis au traitement de la gymnastique. Sur ce nombre, cent étaient de première attaque, huit seulement en récidive ; observation fort importante et qui a été trop négligée par les auteurs, lorsqu'ils ont eu à juger la valeur d'un agent thérapeutique. La chorée est , en effet, une maladie qui a de grandes tendances à récidiver; et sa durée normale, diminuant à chaque attaque, il est nécessaire d'indiquer où en sont à cet égard les sujets mis en traitement. Du reste, les auteurs sont fort loin d'être d'accord sur la durée de cette première atteinte; beaucoup l'ont fixée trop bas. MM. Rilhet et Barthez la portent de six semaines à deux mois. M. Sée à soixante-neuf jours en moyewie.

M Les enfants mis en traitement étaient tous (sauf dans quelques cas où la chorée était chronique) au début de l'affection et fortement pris. On peut cependant les diviser en deux catégories, d'après l'intensité de la maladie : trente-quatre cas d'intensité moyenne ; soixante-quatorze où l'agitation était aussi violente que possible. Les trente-quatre cas de la première classe ont tous guéri sans exception , dans une moyenne de vingt-six Jours et de dix -huit séances. Sur les soixante-quatorze

cas plus graves, soixante-huit ont également guéri en cinquante-cinq jours et trente-et-une séances. Restent donc, sur le total de cent huit, six cas qui peuvent être considérés comme des insuccès, quoiqu'il s'agisse de chorées chroniques dont la guérison a fini par être obtenue, mais en cent vingt-deux jours seulement et soixante-treize séances. En disposant notre calcul d'une autre façon, nous aurions cent deux guérisons en trenteneuf jours et six en cent vingt-deux jours.

,) Tel est le résumé des faits observés. Il faut maintenant entrer dans les détails, et montrer par quelle série d'exercices doit passer un choréique. Nous le supposerons, par exemple, couché dans un lit en forme de boîte, parfaitement rembourrée, où il est agité des mouvements les plus bizarres et les plus désordonnés, ne pouvant se tenir un instant debout, laissant échapper tous les objets confiés à sa main, et incapable d'exprimer sa pensée par la parole. Dans un tel état, la volonté du sujet est impuissante; on ne peut en quelque sorte lui rien demander, et la gymnastique doit être toute passive. Le professeur, aidé de trois ou quatre de ses élèves les plus intelhgents, fixe le petit malade sur son lit dans le décubitus dorsal,

et le maintient dans l'immobilité pendant dix à quinze minutes. Puis il commence des massages, à pleines mains et longtemps répétés, sur les membres supérieurs et inférieurs et sur le pourtour de la poitrine. Au massage succèdent des frictions énergiques sur les mêmes parties. Des manœuvres semblables sont ensuite pratiquées à la partie postérieure du tronc, et principalement à la nuque et sur les masses musculaires des gouttières vertébrales. Une séance de cette nature dure environ une heure, et on la répète pendant trois ou quatre jours de suite.

» Chaque fois, on constate un amendement dans le désordre des contractions; l'enfant témoigne qu'il en éprouve beaucoup de bien-être, et s'il était précédemment (ce qui arrive quelquefois) privé de sommeil, il peut enfin dormir d'une manière plus calme. Les jours suivants, sans interrompre complètement le massage, on commence par faire exécuter des mouvements très-réguliers et parfaitement rhythmés. Ainsi, supposons les bras étendus en supination le long du tronc, le professeur saisit les poignets, plie l'avant-bras, porte celui-ci directement en avant et en haut, puis replace l'avantbras dans l'extension. Arrivées au bout de cette

course, les mains se trouvent élevées parallèlement au-dessus delà tête; de là, elles sont ramenées à leur point de départ, toujours suivant une mesure à trois temps bien accentuée.

» Cette manœuvre est exercée un grand nombre de fois avec beaucoup de régularité. Les extrémités inférieures sont soumises à leur tour à des mouvements analogues. La jambe est pliée rapidement sur la cuisse, celle-ci sur le bassin ; puis l'une et l'autre sont placées dans l'extension, suivant une mesnre à deux temps.

« Il s'offre ici plusieurs réflexions, dont quelquesunes peuvent servir à expliquer la manière d'agir des exercices précédents. 11 est clair que les massages et les frictions sont de nature à activer singulièrement l'action du système capillaire de la peau, et des tissus sousjacents, et partant, les phénomènes intimes de la nutrition. Les mouvements sont combinés de façon à ce que les muscles, dont les puissances sont synergiques, se trouvent mis en mouvement d'une manière régulière et simultanée. Ces organes, inhabiles à se contracter, spontanément et avec régularité, semblent tout à fait passifs. Aussi, l'on plie et l'on étend les membres sans que la volonté du patient concoure à produire ces effets; le

plus souvent même, elle semble s'y opposer, et on ne les obtient qu'en déployant une certaine force.

)) Mais au boutde deux ou trois séances, quelquefois même après la première, la main du professeur suit les contractions, qui viennent à son aide d'une manière régulière. La volonté n'avait plus qu'un faible empire sur le système musculaire ; chaque jour, cet empire augmente, en même temps que les mouvements anormaux vont en diminuant de fréquence et d'intensité.

» M. Dufossé (thèse inaugurale) a très-justement fait remarquer qu'il existe, chez les choréiques, deux sortes de contractions musculaires : les unes morbides, indépendantes de la volonté ; les autres, plus ou moins fugaces, soumises à l'empire de cette faculté, La main du professeur lutte en faveur de ces dernières, les rectifie et les perfectionne par l'exercice et la nature. On s'aperçoit assez souvent, dans les premiers jours, que les articulations de la main, au niveau du corps, du poignet, du coude et autres, sont douloureuses quand on leur imprime des mouvements un peu forts ; ces arthralgies ont acquis une grande importance depuis le mémoire de M. le docteur Sée et la thèse de M. Botrel, où elles sont regardées comme de nature rhumatismale.

„ Je me bornerai à dire pour le moment quelles ne sont pas une contre-indication au traitement gymnastique, et qu'elles disparaissent complètement après un petit nombre de séances.

„ Au bout de huit à dix jours de ces exercices passifs que nous venons de décrire, l'amélioration est déjà des plus marquée; l'enfant que nous avons supposé dans un état extrême, ce qui nest pourtant pas rare, cet enfant, dis-je, peut parler d'une manière intelligible ; il commence à manger seul, et parcourt, tant bien que mal, une partie de la salle. Dès lors, on le fait descendre au gymnase, où il prend part aux exercices, sous la surveillance du maître ou d'un élève moniteur.

„ Ces exercices sont gradués et ont pour but la production régulière et souple des mouvements physiologiques du tronc et des membres, mouvements dans lesquels l'attention et la volonté sont mises en éveil et à contribution, au moins autant que les forces physiques.

« Un grand nombre de manœuvres se font en commun ; et pendant leur exécution, le maître et les élèves chantent un air à trois temps très-accentués, suivant que l'exercice lui-même se décompoen deux ou trois temps. Les petits malades, rangés

par pelotons, sont entraînés par le rhytlime et l'imitation. C'est ainsi que s'opèrent plusieurs espèces de marches, de courses, et de mouvements des membres pectoraux. Il y a, pour exercer ces dernières parties, ainsi que les muscles de la partie supérieure du tronc, plusieurs instruments faciles à se procurer, parmi lesquels nous citerons les haltères, les barres à sphères, dites brachio-pectorales, etc.

» D'autres exercices sont individuels et exécutés par chaque enfant, suivant sa force, sous la direction du maître, ou d'un élève déjà instruit. Tous ont pour résultat de forcer l'attention et de soumettre les contractions musculaires à l'empire de la volonté. A l'échelle orthopédique, l'enfant reste suspendu par les mains, et fait des efforts pour vaincre les contractions morbides et ne pas lâcher pri-se. On est souvent obligé, dans les commencements, de l'aider, en appuyant sur les mains, qui tiennent le barreau, et en ayant soin de lâcher aussitôt qu'il est fatigué. A la balançoire brachiale, les extrémités supérieures, le tronc, les membres abdominaux sont soumis à des mouvements alternatifs de flexion et d'extension, en même temps que le malade s'applique à ne pas quitter la traverse.

» L'esprit d'ordre et de discipline a sur les enfants

l'influence la plus salutaii-e. L'attention, le zèle du professeur, son adresse extrême, secondés par l'usage des moyens de sûreté employés dans le gymnase, ont prévenu toute espèce d'accidents; et, sous ce rapport, la mère de famille la plus timorée pourrait être pleinement rassurée.

» Pendant les dix premiers jours, les enfants se livrent avec ardeur aux exercices; ils sont désireux de bien faire. Lem' caractère semble heureusement modifié; ils deviennent plus gais, plus ouverts, et en même temps plus dociles. Les facultés organiques subissent, dès l'abord, une remarquable influence; l'appétit devient vif, impérieux; et l'on doit s'empresser d'y satisfaire, en augmentant la proportion des aliments; les forces musculaires s'accroissent, et déjà semble apparaître un peu d'embonpoint.

„ A partir du dixième ou douzième jour, l'amélioration subit un temps d'arrêt. Il faut alors soutenir le courage, d'autant mieux que ce sont les enfants doués de la meilleure volonté, de plus d'intelligence et de docilité, qui font les progrès les plus rapides.

,> Après quelques jours de cette résistance de la maladie, on voit un nouvel amendement se montrer ; et l'on peut être sûr que la guérison sera

prompte et radicale- Je dis radicale à dessein ; car non-seulement les enfants n'ont plus de mouvements irréguliers lors de leur sortie, mais encore ils ont acquis une grande souplesse. On les garde d'ailleurs à l'hôpital jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à ce bon état; ce qui, très-certainement, a contribué à élever le chiffre de notre statistique, relativement à la durée de la maladie. Enfin, s'il est difficile de décider ce que l'avenir réserve à ce modeste traitement, nous pouvons toujours dire que , jusqu'à présent, aucun des malades guéris, n'a eu de récidive. Or, on sait que Sydenham fixait le retour de la chorée à l'automne de la saison qui suivait la guérison.

)) Quelle est la valeur thérapeutique de la gymnastique, comparée aux autres modes de traitement, et en particulier aux bains sulfureux ? Cette dernière médication, administrée dans des conditions particulières, à l'Hôpital des Enfants, a donné depuis longtemps des résultats fort remarquables, et qui, il faut le dire, balancent ceux que fournit la gymnastique. Il ressort, en effet, des statistiques que, sur cent trente-cinq malades traités par ces bains, il y a eu dix-huit insuccès, proportion un peu plus considérable que notre chiffre de six sur cent-huit. Mais, d'un autre côté, il paraîtrait que lorsqu'ils

agissent, les bains sulfureux le font plus rapidement qu'aucun autre moyen. C'est déjà une assez bonne fortune pour cette dernière méthode, que d'être mise en parallèle avec l'agent thérapeutique reconnu le plus efficace, jusqu'à ces derniers temps, contre la chorée. Mais nous croyons que d'autres considérations, prises en dehors de la statistique, doivent la faire mettre au premier rang. Tels que nous les avons décrits, les exercices gymnastiques sont applicables à tous les cas (1), et ne comportent aucune contre - indication , à l'exception de quelques comphcations rares d'affections organiques du cœur. 11 n'en est pas ainsi des bains ; la dose de sulfure de potasse reconnue nécessaire étant fort élevée, il arrive assez souvent qu'il survient à la peau une petite éruption, à laquelle on est convenu de donner le nom de Poussée, et qui force d'en mterrompre l'emploi. Même empêchement, lorsque la peau est dépouillée de son épidémie en quelques points, soit par une vésication, soit par une plaie quelconque. Loin qu'ils amènent du calme dans les premiers jours, il n'est pas rare de leur voir occa-

MMl n'est auestion, bien entendu, dans ce mémoire, que de la désirs su^e^ et non de la chorée .ymptômat.que, ol>servée par exception dans un âge avancé.

sionner une assez vive excitation générale, sous l'influence de laquelle les mouvements choréiques s'exaspèrent d'une manière fâcheuse, tandis qu'au contraire les exercices passifs que nous avons décrits, calment, dès le principe, les désordres des organes musculaires. C'est surtout l'état général de la constitution, après chaque mode de traitement, qu'il faut prendre en considération, pour juger l'un et l'autre. Certainement, l'appétit devient meilleur, la circulation plus active et la nutrition plus complète, par l'usage des bains sulfureux; la force musculaire gagne de l'énergie, la peau et les membranes muqueuses se colorent, les bruits artériels disparaissent. Mais ces modifications, auxquelles il nous faut attribuer la plus grande part dans la guérison, sont surtout dignes de remarque après le traitement par la gymnastique. Ne serait-il donc pas très-avantageux de combiner ces deux modes de traitement ?

« C'est une question que l'expérience nous a permis de résoudre affirmativement, sinon toujours, du moins dans le plus grand nombre des cas.

» Ce qui vient d'être dit nous dispense de mettre en parallèle la gymnastique avec les bains froids, les affusions, les bains d'ondée, moins efficaces que

les bains sulfureux. Il en sera de même des toniques, employés comme médication exclusive, bien qu'ils aient rendu les plus grands services, et que la classe des toniques analeptiques doive être toujours conseillée concurremment avec les exercices du gymnase. L'Académie a déjà compris notre opinion sur les purgatifs, les émissions sanguines, les narcotiques, les excitants ; aussi n'entrerons-nous point ici dans la discussion de tous ces moyens de traitement, dont les résultats ne sont nullement comparables à ceux qu'on obtient par la gymnastique seule, ou associée aux bains sulfureux.

» La plupart des sujets atteints de chorée sont d'une constitution faible ; il ont les membranes muqueuses et la peau décolorées ; leurs muscles sont prompts à se fatiguer; bon nombre ont des palpitatations de cœur, des bruits de souffle dans les grosses artères, et se trouvent, en un mot , sous l'influence de cette constitution générale désignée par les mots de chloro-anémie , d'hydroémie. Si quelques auteurs regardent cet état comme prédisposant à la chorée, il en est beaucoup d'autres qui le regardent comme consécutif, ou comme une simple coïncidence. Quant à moi, j'ai observé que la chloro-anémie précède d'ordinaire la danse de

Saint-Guy ; je crois donc qu'elle doit être considérée comme une cause prédisposante des désordres choréiques. Il y a, dans ces constitutions débiles, un défaut de prépondérance du sang sur le système nerveux, et la moindre occasion est suffisante pour troubler les fonctions de ce dernier. C'est probablement ainsi qu'il faut expliquer l'action de la peur, de la surprise, et de toutes les émotions morales vives, qui sont des causes occasionnelles communes de la chorée.

» Puisque nous touchons à l'étiologie de la chorée, nous ajouterons quelques remarques. Bouteille à fait jouer un rôle important à l'établissement difficile de la puberté, comme cause de la danse de Saint-Guy. Les relevés de M. le docteur Rufz ont déjà montré combien cette opinion était peu fondée. Voici ce que nos dernières notes nous apprennent à cet égard.

» Sur quatre vingt-quatre filles, cinquante-six avaient dix ans au moins ; vingt-cinq de dix à quinze ans ; trois seulement dépassaient leur quinzième année. Nous devons d'ailleurs faire observer ici que celles de nos jeunes malades qui n'étaient pas bien réglées en entrant à l'hôpital, l'ont été régulièrement, après un certain temps d'exercice, et que le

même résultat s'est produit chez d'autres filles dont les menstrues étaient douloureuses et insuffisantes.

» 11 n'est pas rare de voir apparaître la chorée après une croissance trop rapide. Parmi les symptômes attribués à cet état, il en est un remarquable, dont nous avons déjà parlé, et qui consiste en des douleurs articulaires au niveau des poignets et des coudes. M. le docteur Sée les regarde comme rhumatismales, et s'en sert pour appuyer son opinion sur la nature de la danse de Saint-Guy. Nous avons dit avec quelle facilité les exercices gymnastiques font disparaître ces sortes d'arthralgies , que nous rattachons simplement à la croissance, n'ayant point de motifs réels de les croire rhumatismales. Quatre fois seulement, dans nos observations dernières, la chorée a succédé à un rhumatisme articulaire aigu, affection peu commune au reste chez les enfants, puisque, dans l'espace de dix ans, smtrente-six mille enfants admis à l'hôpital, il n'y eut que soixante et onze cas de rhumatisme. Ce relevé nous a en même temps fourni une opposition curieuse et peu favorable à l'opinion qui regarde la chorée comme presque toujours due au rhumatisme. Pour le rhumatisme, les garçons sont aux filles comme deux et demi est à un, et pour la chorée, ils

sont dans la proportion de un à trois. Ce devrait être précisément le contraire si la chorée avait une origine rhumatismale.

» Conclusion. — De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :

» 1° Aucun des modes de traitement appliqués à la danse de Saint-Guy n'a donné un nombre de guérison aussi considérable que la gymnastique, soit seule, soit associée aux bains sulfureux.

» 2° La gymnastique peut être employée dans presque tous les cas, sans qu'on soit arrêté par les contre-indications qui se présentent à chaque pas dans l'usage des autres médications;

» 3° La guérison est obtenue dans un nombre moyen de jours à peu près égal à celui que réclame l'emploi des bains sulfureux ; mais elle semble plus durable, et la sédation se montre dès les premiers jours ;

» II" En même temps que le désordre des mouvements disparait, la constitution des enfants s'améliore d'une manière très-sensible ; et les malades sortent guéris, non-seulement de la chorée , mais encore de l'anémie, qui l'accompagne le plus souvent;

« 5" Les exercices gymnastiques, que l'on pourrait

de prime abord croire périlleux, surtout eu égard à l'état des enfants qui s'y livrent, n'offrent aucune espèce de danger ; et de plus, ils peuvent être mis en œuvre sans inconvénient dans toute saison, avantage que n'ont pas les bains ;

» 6» Il est fort important , pour comprendre le mode d'application, de diviser, comme nous l'avons fait, les exercices en deux catégories :

» 1° Les exercices dits passifs, qui peuvent être seuls employés dans la période de l'affection où la volonté n'a pas de prise sur les puissances musculaires ;

» 2° Les exercices actifs, que les enfants exécutent d'eux-mêmes, avec où sans l'aide de machines. »

Au moment où M. Blache écrivait ce rapport, toutes les séances avaient lieu régulièrement dans les quatre hôpitaux, avec deux services au lieu d'un à la Salpétrière.

Le U septembre 185Zi, eut lieu la quatrième cérémonie pour la distribution des prix à l'Hôpital des Enfants malades ; plus de cinq cents francs furent donnés par différentes personnes, pour cette fête qui a dépassé toutes les autres en bienfaits de tous genres.

Le 28 du même mois , une semblable cérémonie avait lieu à l'hôpital Sainte-Eugénie.

Le 18 décembre 185/i , les séances se multiplièrent tellement partout que je fus obligé, pour faire soigner cinq à six enfants choréiques, pendant un mois, et deux fois par jour, à l'hôpital Sainte- Eugénie, d'envoyer une jeune fille récemment guérie elle-même d'une forte chorée, à l'Hôpital des Enfants. Je me plais à constater ici qu'elle s'acquitta si bien et si consciencieusement de cette mission que les enfants qui lui furent confiées se trouvèrent presque toutes guéries, à la fm de ce mois. Cette jeune lille était M"' Lebègue (Clémentine), aujourd'hui professeur dans les hôpitaux.

Dès cette époque, nous pouvions regarder le service des hôpitaux comme entièrement fondé, et il n'avait plus qu'à suivre son cours régulier. Cependant, à chaque instant, il se présentait, surtout à l'Hôpital des Enfants, des cas qui exigeaient des soins spéciaux, et qui surchargeaient considérablement nos services ordinaires. Heureusement pour nous, la guérison presque toujours obtenue, sm- les enfants qui nous étaient confiés , était un vrai soulagement à tant de fatigues.

Après avoir consigné (page 176) , les précieux do-

cuments sur le traitement de la chorée par la gymnastique, lus par M. le docteur Blache, à l'Académie de médecine, en juillet ISbh, je ne pensais pas devoir revenir sur des détails aussi judicieusement exprimés; mais, M. le docteur Bouvier, ce savant dont l'éloquence, les hautes capacités, et le jugement sévère, sont connus de tout le monde, fut chargé par l'Académie, de rédiger un rapport sur les observations de M. Blache. C'est pour compléter les faits, dans toute leur réalité, que je reproduis certains passages du rapport de cet éminent docteur.

Du traitement de la chorée par la gymnastique par le docteur Blache; rapport lu à l'Académie impériale de médecine, le 10 avril 1855, par M. Bouvier, médecin de l'Hôpital des Enfants, membre de l'Académie impériale de médecine, publié chez J.-B. Bail- LiÈRE, rue Haute feuille, 19.

(premier extrait, page 11.)

« Mais la gymnastique médicale devait bientôt élever de plus hautes prétentions. Dès 1836, notre honorable collègue, M. Jolly, dans un mémoire sur la volonté, lu à l'Académie de médecine (1), pré-

(1) Revue me'dicale, octobre 1836.

senta la gymnastique, et notamment le saut à la corde, la danse, l'exercice du piano, comme capables de guérir seuls la chorée, même après que d'autres remèdes auraient échoué, et il cita des faits tirés de sa pratique, à l'appui de cette manière de voir. C'est sans doute peu de temps après que Récamier, frappé de l'influence des mouvements cadencés sur les contractions morbides des muscles, eut l'idée d'envoyer ses choréiques marcher à la suite des tambours qui battent la retraite chaque soir dans Paris (1).

» Vers la même époque, un de mes collègues de l'Hôpital des Enfants, M. le docteur Bouneau, employait, dans un but semblable, des mouvements réglés par le métronome. Ce doit être en partie par cette influence du rhythme, que la musique seule a pu quelquefois réussir dans la chorée (2).

» Enfin, M. Blache vous a raconté comment, à dater de 1847, la gymnastique est devenue peu à peu le principal, sinon l'unique moyen de traitement de la chorée à l'Hôpital des Enfants. Il vous a remis en mémoire la relation intéressante que M. Sée vous a

(1) E. Moyoier, loc. cit.

(2) Bûscher, Hannov. Magasin, 1849 ; Rolland^ de la thérapeutique musicale, Sens, 18S3.

présentée des résultats de ce traitement jusqu'en 18Z|9, ainsi que l'observation curieuse adressée à l'Académie, en 1851, par M. le docteur Becquerel, qui l'avait recueillie à l'hôpital de la Pitié, observation publiée depuis (1).

»M. Blache vous a exposé à son tour ce qu'il avait vu à l'Hôpital des Enfants, où l'Administration, de plus en plus convaincue, par les rapports de ses médecins, de l'utilité et de l'efficacité de la gymnastique dans plusieurs maladies de l'enfance, a fait construire successivement deux vastes gymnases, qui permettent, en toute saison, d'appliquer sur une grande échelle cette ressource thérapeutique, trop longtemps méconnue. Une création analogue a eu lieu à l'hospice de la Salpétrière, pour le service des épileptiques, et l'on n'a eu également qu'à s'en louer. Le Conseil municipal vient de compléter cette œuvre philanthropique, en ajoutant aux allocations de fonds qu'il avait déjà votées, celles qui étaient encore nécessaires pour assurer à ces gymnases une direction intelligente, active, dévouée, que l'on n'a due pendant longtemps qu'au zèle désintéressé de M. Laisné.

(1) Gazette des Hôpitaux du 6 novembre 1851.

» M. Blache vous l'a dit, en effet; le traitement des choréiques, en particulier, réclame d'autres soins que ceux d'un simple instructeur des gymnases publics. 11 faut, pour les faire réussir, dans nos maisons hospitalières, un professeur attentif, capable, sous les inspirations des médecins, d'en observer les effets, d'en varier les moyens, et de les mettre en rapport avec l'état des sujets, la période, le caractère de la maladie.

» M. Blache a, d'ailleurs, justement appelé notre attention sur cette gymnastique passive, la seule applicable au début des chorées intenses, qui s'est montrée si eflicace à l'Hôpital des Enfants. Tantôt, c'est une sorte de iatralep tique, comprenant différents modes de frictions ei de massages; tantôt, une suite de mouvements cadencés, communiqués aux membres de l'enfant dans des directions données, avec une mesure et des impulsions diverses. Or, c'est là un art véritable, qui ne peut être exercé avec fruit, dans un établissement public, que par un homme intelligent et zélé, versé dans la pratique de ce genre de manœuvres. Ces effets mécaniques de pression, de frictions, de condensation, de distension des tissus, bien appréciés des anciens, ont été mis à profit depuis longtemps dans le nord de

l'Europe, pour la cure d'un grand nombre de maladies, et en particulier de la chorée ; ils font une partie essentielle de cette gymnastique suédoise, ou de Ling, que l'Allemagne s'est en quelque sorte appropriée dans ces dernières années. Ce qui se passe sous nos yeux relativement à la chorée donnerait à penser qu'il y a peut-être lieu d'étudier plus sérieusement qu'on ne l'a fait en France, cette nouvelle production d'une terre de découvertes et de rêveries, d'où nous sont venus tout à la fois les illusions infinitésimales et les bienfaits de l'hydrothérapie, les vaines hypothèses de Gall et ses beaux travaux sur le système nerveux, les rêves d'un Mesmer et les hautes conceptions d'un Liebig.

n Deux sortes de documents étabhssent les effets du traitement gymnastique de la chorée : 1° les relevés numériques de la durée de la maladie chez les choréiques soumis à ce traitement ; 2» les observations directes propres à montrer son influence immédiate sur les symptômes et sur la marche de cette affection.

» I. Relevés numériques. — On doit à M. Sée la première statistique de ce genre. On y voit que, sur vingt- deux cas de chorée traités par les seuls exercices gymnastiques, dix-huit ont guéri en vingt-

neuf jours, terme moyen, bien que quelques malades fussent tellement atteints qu'il fallût les porter au gymnase sm- un brancard. Chez deux de ces enfants seulement, un état fébrile intercurrent contribua pour sa part à hâter la guérison. Sur seize autres cas où la gymnastique était associée, soit aux bains sulfureux (onze cas) , soit aux préparations de fer (cinq cas) , onze ont été guéris en trente-trois ou quarante-huit jours. Il faut aussi, pour trois cas, faire la part de fièvres intercurrentes. Nous ne conclurons pas,avecM. Sée, de la durée inégale du traitement dans les deux séries, qu'il y ait plus d'avantage à employer chacun de ces remèdes isolément qu'à en réunir plusieurs ; nous croyons, avec MM. Milliet et Barthez, ces faits trop peu nombreux pour fournir à cet égard des conséquences certaines. M. Moynier, fils d'un de nos honorables confrères de la capitale, et interne distingué des hôpitaux, vient de publier (1) un relevé de la durée du traitement par l'emploi combiné de la gymnastique et des bains sulfureux à l'Hôpital des Enfants, sur soixante-dix-sept sujets des deux sexes. Cette durée

juillet, 1834); et Ihèse sur la chorée, 1855.

a été, en moyenne, de cinquante-trois jours, ou de quarante-trois, si on élague, en les considérant comme réfractaires à cette méthode, sept enfants dont la guérison a exigé plus de cent jours. Ces chiffres donneraient raison à M. Sée, touchant la moindre efficacité des traitements mixtes, si les deux statistiques étaient exactement comparables. Mais, d'une part, M. Sée m'a semblé avoir calculé la durée du traitement depuis l'époque où l'on a commencé l'emploi de la gymnastique jusqu'au moment où tous les muscles, excepté ceux du visage, ont repris leurs fonctions naturelles, tandis que M. Moynier paraît avoir pris pour base de son calcul la date de l'entrée à l'Hôpital, qui peut se trouver antérieure à l'emploi des exercices, et la date delà sortie, qui peut avoir été, dans certains cas, plus éloignée que le moment de la guérison. D'un autre côté, ce dernier fait entrer dans le calcul les moyennes des cas où le traitement a été fort long, et que M. Sée met entièrement de côté comme des insuccès. Et il résulte encore de là des différences inévitables dans l'appréciation du temps moyen nécessaire à la guérison. J'ai refait le calcul de la durée moyenne du traitement avec les observations ■ de M. Sée, qu'il a bien voulu mettre à ma disposition, en suivant une

méthode plus analogue à celle que M. Moynier me paraît avoir adoptée. J'ai trouvé, pour trente guérisons, sur vingt-neuf malades presque tous du sexe féminin, une durée moyenne de trente-huit journées de séjour à l'Hôpital, ou au moins de trentecinq, si l'on retranche des prolongations de séjour qui n'étaient plus motivées par la chorée. Or, ces chiffres ressemblent beaucoup à ceux de M. Moynier, si l'on tient compte du sexe ; car la moyenne de la durée du traitement qu'il a indiquée pour cinquante filles, traitées par la gymnastique et les bains sulfureux, est de trente-quatre jours.

• » M. Moynier a observé une particularité que je n'ai pas vue notée dans les ouvrages antérieurs : c'est que les filles guérissaient beaucoup plus vite que les garçons, soit parles exercices gymnastiques, soit par la strychnine. Des observations ultérieures décideront du degré de généralité de ce fait; mais il est évident qu'il faut, dès à présent, en tenir compte pour juger de l'effet des divers traitements. Ainsi , dans uïie expérimentation de Baudelocque, citée par M. Rufz (1) , la moyenne de vingt-quatre jours de séjour à l'hôpital, observée sur quatorze

(1) Archives gén. de Méd., 1834.

filles traitées par les bains sulfureux, n'a point la valeur qui lui est attribuée par l'auteur, parcequ'elle aurait pu être plus élevée avec les malades des deux sexes. Il en serait de cette circonstance comme de l'induence de l'état de récidive, reconnu, depuis les recherches de M. Sée, favorable à la guérison.

), Le relevé de M. Blache porte sur cent huit cas, quatre vingt-quatre filles et vingt, quatre garçons, traités par la gymnastique seule ou associée à d'autres moyens tels que les bains sulfureux. Je ne reproduirai pas les détails de cette statistique: je me contenterai de rappeler que M. Blache a distingué avec soin les principales circonstances de ces faits; qu'il a établi des catégories en indiquant le résultat obtenu dans chacune d'elles, et qu'en définitive, la guérison a eu lieu, dans cent deux cas, en trente-neuf jours, terme moyen; et dans six cas, qu'il considère comme des insuccès, en cent vingtdeux jours. De ces six cas, deux ont été observés . sm- des garçons; leur traitement a duré cent quarante-cinq jours; celui des quatre filles, cent huit jours. Mais pour les cent deux succès, la guérison a été un peu plus prompte chez les garçons que chez les filles.

» Sans doute il faudrait une analyse plus appro-

foiidie des cent deux cas de guérison, pour déterminer avec exactitude la part qui revient à la gymnastique dans l'heureuse issue de la maladie. Il faudrait rechercher le rôle qu'ont pu jouer, soit les maladies fébriles intercurrentes, soit l'influence du simple séjour de l'hôpital et souvent de meilleures conditions hygiéniques, soit enfin le temps seul, qui, ne l'oubhonspas, peut amener, sans aucun traitement, une période naturelle de résolution et de retour à la santé.

» Mais le chiffre brut de ces guérisons, tel qu'il nous est donné, n'en a pas moins une grande importance; car ce qu'il pourrait perdre à l'analyse des faits particuliers lui est commmi avec toute autre méthode de traitement , et les réductions qu'il pourrait subir lui laisseraient certainement encore une valeur bien suffisante pour établir les bons effets de la gymnastique.

» Il est à remarquer que la moyenne de trenteneuf jours de traitement , indiquée par M. Blache, se rapproche beaucoup de celle que M. Rufz (1) a trouvée en dépouillant les registres de l'Hôpital des Enfants, de 182Zi à 1833. Cent quatre-vingt-neuf

(1) Lûc. cit.

choréiques des deux sexes, admis à l'Hôpital dans ces dix années, y séjournèrent, en moyenne, trenteet-un jours. Mais M. Rufz n'a pu savoir si tous ces enfants étaient sortis guéris, et il n'est guère probable qu'il en ait été ainsi. De sorte que cet intervalle de trente-et-un jours est vraisemblablement plus court que l'espace de temps nécessaire à la guérison, lequel à dû être encoreplus rapproché du chiffre trouvé par M. Blache; chiffre, d'un autre côté, un peu élevé par le soin que l'on a eu de garder les enfants jusqu'à ce que les dernières traces de la maladie eussent disparu.

„ Par ce seul fait, le traitement gymnastique se place manifestement sur la même ligne que les meilleures méthodes curatives connues. En effet, ce sont ces méthodes qu'employaient les médecins de l'Hôpital des Enfants dans la période dont M. Rufz s'est occupé. C'étaient les purgatifs, les toniques, comme le sous-carbonate de fer (Baudelocque) , l'opium seul ou uni à la limaille de fer et àl'extrait sec de quinquina (Bouneau) , quelquefois les antispasmodiques, tels que la valériane (Jadelot,Guersant), l'oxyde de zinc, l'assa-fœtida; c'étaient sm-tout les bains froids ou frais, et, à la fin de cette période déjà, les bains sulfureux. Or, puisque le nombre des

journées d'Hôpital n'a pas sensiblement varié depuis que la gymnastique est substituée à la plupart de ces remèdes, il faut bien en conclure que son

efficacité ne le cède point à la leur

» Suivant Dugès (1) , on ne doit considérer comme médication réellement active que celle qui arrête la chorée après huit ou quinze jours de durée, parce que cette affection tend à disparaître d'ellemême, quand elle a duré un mois ou deux. Mais si elle a duré trois mois, quatre mois, six mois ou davantage, sans aucune amélioration jusqu'au moment où l'on a recours à la gymnastique, sera-t-il logique d'admettre encore qu'elle était parvenue à son terme naturel ? Que serait-ce donc que cette durée vague, indéfinie, que cette terminaison prétendue spontanée, tombant chaque fois précisément à l'époque de l'emploi du remède? Chacun, je pense, ne verrait dans cette explication forcée qu'une hypothèse trop élastique pour l'emporter sur l'évidence des faits.

» Au reste, la condition exigée par Dugès est quelquefois remplie par le traitement gymnastique, comme par les méthodes d'une efficacité semblable.

(1) Loc. cit.

J'en citerai bientôt des exemples, quoiqu'il soient sans contredit moins communs que les guérisons de cliorées plus avancées dans leur cours , parce qu'il n'est pas plus facile, comme on l'a dit avec raison, de juguler cette affection à son début que la plupart des autres maladies.

» L'analyse sommaire de quelques observations particulières complétera cet exposé des effets du traitement gymnastique.

» Obs. 1.— (M. Sée.) Fille, onze ans: première atteinte d'hémichorée gauche rhumatismale, datant de trois mois; démarche vacillante; peu d'agitation, mais inertie des membres affectés. Bains de vapeur et exercices gymnastiques alternativement. Grande amélioration au bout de quinze jours. Guérison complète le vingt-quatrième jour.

. » Obs. II. — (M. Sée.) Fille, douze ans; chorée des mains depuis trois mois ; première atteinte ; bains simples et exercices gymnastiques; amélioration à la quatrième séance; guérison le dix -huitième jour.

» Obs. III.— (M. Sée.) Fille, dix ans; chorée intense; troisième attaque, datant d'un mois. La première remonte à deux ans et a cédé en huit jours à des bains sulfureux; la deuxième eut lieu l'année

suivante et dura plus de six semaines. Cette troisième atteinte est traitée par le fer, le quinquina, l'opium et les exercices gyninastiques. Commencement d'amélioration le douzième jour; mieux plus marqué le vingt-et-unième ; guérison à peu près complète le trente-deuxième. Rechute et quatrième attaque au bout de trois semaines; traitement gymnastique commencé quelques jours après; guérison en dix jours.

» Obs, IV. — (Communiquée par M. Axenfeld, interne de M. Bouneau.) Fille, dix ans; trois à quatre mois de maladie ; chorée intense ; traitement par les seuls exercices gymnastiques; amélioration marquée dès la cinquième séance ; cessation de tout mouvement choréique le vingt-quatrième jour ; faiblesse du côté droit persistant encore huit jours.

» Obs. V. — (M. Sée.) Fille, neuf ans; depuis quinze jours seulement, chorée générale assez intense; gymnastique; guérison presque complète le vingt-sixième jour du traitement.

» Obs. VI.— (M. Sée.) Fille, douze ans; hé michorée gauche d'Intensité moyenne, datant de huit jours; troisième atteinte. La première remonte à quatre ans et a duré près d'un an ; la deuxième s'est manifestée deux ans après et a duré trois mois.

Gymnastique et bains simples; amélioration marquée le septième jour du traitement ; le douzième, mouvements presque normaux ; guérison le vingtquatrième.

» Obs. vli. — (M. Sée.) Fille, dix ans; première atteinte d'une chorée générale, d'une intensité moyenne, survenue depuis dix jours seulement; gymnastique, bains sulfureux, pilules de Méglin; mieux marqué le cinquième jour; guérison le dixhuitième.

» Obs. Yiii. — (M. Sée.) Garçon, sept ans; première atteinte, datant de quinze jours; chorée presque limitée au membre supérieur droit; gymnastique; amélioration dès le sixième jour; guérison le trente-huitième.

,) Obs. IX. — (M. Axenfeld.) Fille, treize ans et demi; chorée intense; troisième attaque; début huit jours avant l'entrée de la malade à l'hôpital; première atteinte un an auparavant, deuxième deux mois après; leur durée n'est pas indiquée. Traitement par la gymnastique seule; améUoration le sixième jour ; guérison et sortie de l'hôpital le dixième jour; onze jours après, les mouvements choréiques n'avaient pas reparu.

,, Obs. X. - (M. Sée.) Fille, dix ans; chorée in-

tense ayant six mois de date; deuxième atteinte^ produite par la frayeur, aux journées de février 18/48. La première attaque avait duré tout l'été de l'année précédente, malgré l'emploi de la valériane et des bains frais. Bains sulfureux; amélioration le douzième jour; le dix-septième, état stationnaire; exercices gymnastiques ; amélioration rapide et guérison en neuf jours.

» Obs. XI. — (M. Sée.) Fille, huit ans; quatre jours de chorée d'une intensité moyenne; première attaque ; pilules de Méglin et bains de vapeur pendant dix-sept jours; pas de changement. Gymnastique ; amélioration progressive ; guérison en deux mois et demi.

» Obs. xn. — (M. Sée.) Fille, dix ans et demi; depuis quinze jours , hémichorée assez intense ; deuxième atteinte; l'année précédente, première attaque qui a duré deux mois ; bains sulfureux, vin de Bordeaux ; amélioration jusqu'au treizième jour, puis état stationnaire; gymnastique le vingt-huitième jour du traitement; amélioration quatre jours après ; guérison en dix-huit jours.

» Obs. xin. — (M. Sée.) Fille, treize ans et demi; hémichorée assez prononcée, datant d'un mois; première attaque ; solution de Fowler ; amélioration

— 'lOh —

le troisième jour; puis la maladie reste stationnaire, malgré la continuation de la médication arsônicale jusqu'au vingt -neuvième jour. Gymnastique le trente-sixième jour; guérison en treize jours.

), Obs. XIV. — (M. Axenfeld.) Fille, neuf ans; chorée intense; première attaque ; début huit jours avant l'entrée de la malade ; bains sulfureux, poudre de fer et de quinquina pendant sept jours, sans aucun changement. Traitement par la gymnastique seule; diminution des accidents au bout de trois semaines ; guérison en six semaines.

» Obs. XV. — (M. Blache. ) Garçon, huit ans et demi; chorée intense, quatorze jours de maladie; première attaque ayant succédé à un rhumatisme articulaire; frictions avec le chloroforme pendant six jours, sans aucun amendement; bains sulfureux pendant trois jours; puis fer réduit par l'hydrogène ; même état. Le douzième jour, frictions générales, massages, gymnastique; amélioration le septième jour de ce traitement; cessation presque complète des mouvements choréiques le vingt-neuvièmejour; guérison et sortie de l'hôpital le quarante-troisième.

„ Obs. XVI. — (M. Blache. ) Fille de dix-huit ans et demi; bien réglée; chorée très-intense d'un mois de date, traitée inutilement par les bains froids

et les pilules de sulfate de zinc ; traitement gymnastique; frictions et massages pendant une heure, deux fois par jour, exercices passifs ; les exercices actifs n'ont commencé à être praticables que le dixième jour ; diminution des mouvements dès le troisième jour du traitement ; amélioration progressive ; guérison le quarante-quatrième jour.

» Obs. xvji. — (M. Blache. ) Fille, quinze ans et demi, menstruée ; chorée d'une intensité moyenne, existant depuis plus de deux mois et ayant résisté aux bains froids ; gymnastique ; amélioration le vingt -troisième jour; guérison le quarante -cinquième.

» Obs. xviii. — (M. Blache.) Fille, vingt ans, bien réglée; depuis un an, chorée rhythmique affectant particulièrement les membres supérieurs; inutilité des bains froids, de la belladone, de pilules composées de fer, de zinc et de valériane, delà strychnine; frictions, massage, gymnastique; amélioration le neuvième jour; le treizième, cessation des mouvements choréiques; le vingtième, agitation passagère des membres inférieurs; le vingt-quatrième, état normal ; rechute légère le quarante-sixième ; guérison le cinquante-et-unième. Trente-cinq jours après, les accidents ne s'étaient pas reproduits.

,, Obs. XIX. — (M.Blache.) Garçon, dix ans; première attaque d'une chorée des plus graves, dont le début ne remonte qu'à dix jours ; point de soulagement, et même aggravation, par les frictions au cWoroforme, les purgatife, les opiacés, les bains sulfureux et les bains froids avec affusions, employés successivement pendant douze jours; agitation extrême ne permettant d'autre attitude que le décubitus dans une boîte matelassée; insomnie, déglutition presque impossible, faiblesse considérable ; traitement gymnastique le douzième jour, vingt-deuxième de la maladie ; pendant dix-huit jours, frictions générales d'un quart d'beure à une heure de durée, répétées deux fois chaque jour et bientôt accompagnées d'exercices passifs; ce ne fut que le treizième jour que l'on put commencer les exercices actifs ; amélioration marquée dès le quatrième jour de ce traitement; guérison le vingthuitième.

„ Obs. XX.- (M. Becquerel.) Fille, dix-sept ans; chorée intense, datant de huit mois; suspension des menstrues, après une seule apparition deux ans auparavant; au début, cessation presque complète des mouvements après trois semaines de l'usage des bains sulfureux et des pilules camphrées; retour

des mêmes accidents; six mois de séjour à l'Hôtel- Dieu, où l'on employa particulièrement la strychnine; soulagement de courte durée; entrée de la malade à la Pitié, où M. Becquerel lui prescrivit successivement, dans l'espace de quatre mois, la belladone, la strychnine, la valériane, le sulfate de quinine, le quinquina, le fer, le tartre stibié, l'opium, les bains tièdes prolongés , les bains sulfureux, les bains froids avec affusions, l'électricité, sans obtenir la moindre amélioration ; traitement gymnastique; deux séances par jour de frictions et d'exercices pendant vingt-huit jours, amélioration le cinquième jour ; retour des règles le dixième ; guérison au bout d'un mois ; continuation des exercices gymnastiques ; quatre semaines plus tard, légers mouvements choréiques qui cèdent en dix jours au même traitement. Il n'y a pas eu de récidive depuis.

» Obs. XXI. — (M. Moynier) (1). Garçon, quatorze ans ; choréé d'une intensité moyenne; première attaque durant depuis six ans ; une application de sangsues au début, puis aucun traitement ; à l'hôpital, sirop de sulfate de strychnine, porté graduel-

(1) Loc. cit.

lement à la dose de quatorze cuillerées à dessert dans un seul jour, ou environ sept centigrammes de sulfate de strychnine; raideurs très-prononcées; diminution très-sensible desmouvements choréiques le vingt-cinquième jour de ce traitement, puis état stationnaire. Gymnastique pour toute médication à partir du trente-huitième jour ; nouvelle amélioration au bout d'un mois; guérison après cinq mois d'exercices ; depuis plus de deux ans que cet enfant est sorti de l'hôpital, la chorée n'a pas reparu.

„ Obs. xxii. - (M. Moynier.) Garçon, treize ans, deuxième attaque d'une chorée assez intense, datant de deux mois et traitée infructueusement par les bains froids, employés avec plus de succès, un an auparavant, contre la première attaque, qui toutefois avait duré cinq mois; sirop de strychnine jusqu'à la dose de dix et quatorze cuillerées par jour, sans qu'il survienne de raideurs ni de diminution des mouvements; pneumonie intercurrente qui ne modifie pas davantage la chorée; le quarantesixième jour, la gymnastique remplace la strychnine ; amélioration progressive ; guérison en deux

mois et demi.

„ Ces faits, choisis parmi beaucoup d'autres non moins probants, recueillis par des observateurs dif-

férents, et dont plusieurs se sont passés sous les yeux de votre rapporteur, donneront une idée suffisante de l'efficacité du traitement gymnastique

de la chorée

» La gymnastique proprement dite, ou active, ne peut évidemment trouver sa place dans ces chorées graves, où les malades ont perdu tout empire sur leurs mouvements musculaires; mais il n'en est pas de même des exercices passifs, dont M. Blache vous a entretenus. Ces attitudes imprimées successivement aux articulations, et surtout les frictions générales et prolongées qui les accompagnent, ont suffi parfois pour ramener le calme au milieu de

l'agitation la plus désordonnée

» Les médications pharmaceutiques s'adressent au système nerveux, dont elles tendent à rétablir l'action normale ; mais il est clair que l'on serait bien près d'atteindre le but, si l'on pouvait accroître l'influence de la volonté sur les muscles à un tel point que les contractions énergiques de ceux qu'elle mettrait en jeu fissent céder, ou plutôt rentrer dans leurs limites naturelles, les contractions involontaires de leurs antagonistes. Or, tel est précisément l'objet essentiel, l'effet principal de la gymnastique. Elle réunit tout ce qui peut augmen-

ter l'empire de la volonté sur le système musculaire. La régularité des mouvements, leur mesure ou leur rhythme, marqué par la division des temps ou par le chant, la tendance naturelle à l'imitation dans les exercices pratiqués en commun, tendance si bien appréciée par notre collègue M. Jolly (1), l'ascendant moral du professeur et l'élan qu'il in spire aux jeunes malades, sont autant de circonstances qui tendent toutes à entraîner les muscles dans la voie tracée par la volonté et à surmonter l'action nerveuse pathologique. Une fois que les malades sont parvenus à régler l'action musculaire pendant les exercices, on comprend qu'ils ne tardent pas à la maîtriser aussi dans tout autre moment. L'habitude morbide s'efface ainsi par degrés, à mesure que l'habitude physiologique reprend son pouvoir normal. Il se passe ici, comme l'ont bien vu MM. Lauvet-Lamarre et Jolly, ce qui eut lieu dans un cas de tétanos où notre éminent collègue, M. le professeur Cruveilhier, fit cesser les contractions convulsives du diaphragme au moyen d'inspirations profondes, exécutées en mesure, et dans deux cas de hoquet convulsif, qu'il guérit en excitant une

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XI, p. «O.

contraction violente des muscles de la déglutition, guidé, dans l'une et l'autre circonstance, par cette idée féconde qu'en forçant un muscle à obéir à l'impulsion d'une volonté toujours agissante, on peut l'arracher à l'empire d'une cause convulsive (2).

» M. Blache vous a fait voir comment, dans les chorées trop violentes pour qu'on puisse rien demander à une volonté tout à fait impuissante, on trouve, dans les mouvements passifs communiqués aux membres, un moyen efficace de produire peu à peu des contractions régulières des muscles, en attendant qu'une amélioration, ordinairement assez prompte, permette d'avoir recours à des exercices plus actifs.

» Jusqu'ici nous nous sommes bornés, dans l'appréciation de la valeur thérapeutique du traitement gymnastique de la chorée, à placer cette nouvelle méthode sur la même ligne que celles qui separtagent encorelessuffi-ages despraticiens. M. Blache a été plus loin : « Les résultats des autres moyens de traitement, dit-il, ne sont nullement comparables à ceux qu'on obtient par la gymnastique seule ou associée aux bains sulfureux. »

(2) Revue médicale, avril 1824.

„ les effets immédiats de ces deux modes de traitement se ressemblent, commeleur résultat dér.n.ff. Une amélioration souvent très-prompte, une excitation générale des fonctions, se voient dans l'un et dans l'autre ; tous deux échoaent dans une proportion de cas à peu prés égale. mVun ni l'autre ne mettent à Vabri des récidives, et elles ne paraissent m plus t,i moins fréquentes après l'emploi de chacun d'eux Ce n'est pas toutefois que leur action so.t identique, que le choix entre l'un et l'autre moyen

soit indifférent dans tous les cas. M. Blache vous a rappelé un inconvénient particulier aux bams sulfureux l'irritation parfois trop vive de la peau, suivre d'une éruption qui peut aggraver la maladie .rotation encore plus nuisible si quelque partie du corps est dépouillée d'épiderme. C'estlàun exemple sensible des effets particuliers qui sont propres a ch eune des deux méthodes, et qui peuvent, smvant le

faire donner de prime abord la préférence à

rune d'elles ou les faire employer successivement.. .En résumé, nous dirons, en modifiant quelqu

,eu les termes des conclusions dernières de rBlache,que,danslap.upartdescas,lagymn- ,^e ne le cède en eiScacité à aucun des autre Jdes detraitement delà chorée, et quelle n a

point les inconvénients attachés à plusieurs d'entre eux. »

Le 13 septembre 1855, eut lieu la cinquième distribution des prix à l'Hôpital des Enfants. On attachait tant d'importance à cette cérémonie que cette fois, plus de huit cents francs furent réunis pour être distribués en prix accordés aux enfants de cet établissement. Certes, en voyant la gaîté et l'accord qui régnaient sur tous les visages à cette fête paternelle, nous étions loin de nous douter que ce fût la dernière cérémonie de ce genre à laquelle nous assistions à l'Hôpital des Enfants.

Nous étions alors dans une voie très-prospère , lorsqu'à la fin de novembre, notre vénérable directeur, M. Dechaumont, qui venait de se rendre à Forges, fut subitement pris d'une indisposition dont il mourut en trois jours. Le 6 décembre 1855, nous conduisions à sa dernière demeure celui qui, par son dévouement soutenu, son cœur aimant et sa douce sympathie pour tout ce qui pouvait soulager les malades, avait tant contribué à l'installation des cours gymnastiques dans les hôpitaux.

Cette perte si douloureuse, ne devait cependant pas nous faire perdre courage ; notre mission nous imposait d'ailleurs le devoir sérieux de chercher à

soulager les enfants qui nous étaient confiés. Peu de temps après, nous entreprîmes la guérison de deux malades choréiques, regardées généralement comme incurables; elles nous donnèrent à elles seules de grandes fatigues, et nous prirent beaucoup de temps ; mais nous eûmes le bonheur de les guérir, et nos fatigues furent aussitôt oubliées.

Les notes consignées dans la Gazette des Hôpitaux du 19 janvier 1858, par M. le docteur Parrot et que je donne à la page suivante, me dispensent d'entrer dans aucun détail au sujet de ces deux malades.

En 1856, à l'époque ordinaire des distributions de prix, malgré les démarches du nouveau directeur, et la demande réitérée de MM. les docteurs, il ne put y avoir de cérémonie cette année, au grand désappointement de toutes les personnes qui s'intéressaient vivement à cette fête touchante et sympathique, et je ne crains pas de trop m'avancer en disant qu'aujourd'hui encore lasuppression de cette cérémonie est un sujet de vifs regrets.

Depuis 1857, les prix sont distribués en présence de M. le directeur, de M. l'économe et de M. l'aumônier.

Le 22 octobre 1857, le gymnase couvert de l'hôpital Sainte-Eugénie étant complètement terminé,

M. le directeur profita de cette belle salle pour faire une distribution de prix aux enfants de son établissement.

Voici les notes publiées par M. le docteur Parrot, au sujet des deux grandes filles choréiques, traitées à l'Hôpital des Enfants en 1856.

Observation n» SO.

Extrait de la Gazette des hôpitaux [n° 1, mardi i9 janvier 1838), deux cas de chorée rebelle guéris par les exercices gymnastiques .

» Je donne ici les observations de deux cas de » chorée, qu'il m'a été permis d'observer pendant » que j'étais interne à l'hôpital Saint-Louis et àl'Hô- » pital des Enfants malades. Quelques particularités » peu communes qu'ont présentées les deux ma- » lades, et surtout les circonstances qui se rattachent » au traitement, m'ont engagé à publier leur his- » toire.

» Obs. l — M"« Henriette P..., âgée de vingt » ans, habite Paris, où elle exerce la profession de » couturière.

') Entrée à l'hôpital Saint-Louis , dans le ser-

,, vice de M. Hardy, le 10 juin 1853, elle en est » sortie le ili mars 1855, parfaitement guérie d'une » teigne faveuse du cuir chevelu, et de deux énormes tumeurs strumeuses ulcérées, qui avaient » pour siège les parties latérales du cou.

» kn commencement de septembre, un jour que >, cette jeune fille travaillait dans son atelier, elle » fut violemment impressionnée par la vue d'un « rat, et tomba privée de connaissance. La malade » ne recouvra le sentiment qu'au bout d'un quart ), d'heure environ ; elle était très-fatiguée, et resta dans cet état plusieurs jours de suite. C'est là n tout ce que j'ai pu savoir sur cet accident. „ Quelque temps après, le 6 octobre, une attaque .) analogue à la précédente se manifesta, mais sans « cause appréciable. Son invasion fut annoncée par un cri perçant; puis la malade tomba comme » foudroyée, et fut prise de mouvements convulsifs, „ qui s'accompagnèrent de l'émission par la bouche ,, d'une éçuine légèrement sanguinolente. La perte ,, de connaissance dura trois quarts d'heure. Au ,> moment où la malade reprit l'usage de ses sens, » elle était choréique.

„ Le 18 octobre, elle fut admise de nouveau dans ,) la salle de M. Hardy, à l'hôpital Saint-Louis ; là

» elle épuisa, sans en retirer un soulagement no- » table, toute la médication anti-choréique.

» L'opium , la belladone , la valériane , la noix » vomique, le fer, les bains simples et sulfureux, les » douches d'eau froide, l'exercice du saut à la » corde, ne purent amener aucun changement dans » l'état de cette jeune fille, qui sortit de Saint- » Louis au commencement de mars 1856.

n Le 6 du même mois, elle fut admise à suivre, » comme externe , les exercices gymnastiques de « l'Hôpital des Enfants.

« Cette chorée était essentiellement constituée » par un mouvement brusque et puissant de flexion » du tronc sur les membres inférieurs, mouvement » qui s'accompagnait quelquefois d'une détente » dans l'articulation du genou, de telle sorte que la « malade avait toute l'apparence d'une personne » faisant un salut brusque et profond. Il existait une » prédominance bien marquée de l'inclinaison du » tronc vers la gauche. Quelquefois l'étendue du » mouvement allait jusqu'à déterminer le contact ') des membres supérieurs ave.c le sol.

» Les phénomènes convulsifs étaient séparés par » des intervalles de dix minutes environ.

» Ils se manifestaient ausgi la nuit, mais avec

» moins de fréquence ; toutefois ils troublaient le » sommeil. Ils devenaient plus intenses sous l'influence de la musique. C'était là, du reste, la seule « cause capable de les modifier. Ils ont été toujours » bornés aux parties que nous avons indiquées ; il „ n'y a jamais eu de mouvements dans la face, non » plus que dans les membres supérieurs.

„ Après quelques séances de gymnastique, les « mouvements primitifs furent remplacés par une ., chorée générale, mais avec un affaiblissement no- » table des convulsions.

» Bientôt une amélioration non douteuse se manifesta. Dès le 25 mars, le sommeil était meilleur; » puis les autres symptômes diminuèrent peu à peu „ d'intensité, et le 1" juillet 1856, la guérison était ,> solidement établie. Depuis cette époque, jusqu'au „ moment où cette observation a été publiée, la „ santé est restée bonne, et il ne s'est manifesté au- ») cun mouvement choréique.

„ Les exercices ordinaires de la gymnastique, „ unis aux frictions et au massage, furent pendant ,> longtemps pratiqués deux fois par jour. On les a ,) complètement abandonnés depuis le mois d'avril » dernier.

„ ons. iT. - M'"' H. C..., âgée de vingt-quatre

)) ans, passementière, a eu dans son enfance la fièvre )) typhoïde, puis la rougeole. Les règles se sont » montrées, pour la première fois, à l'âge de 16 ans » et ont toujours été irrégulières ; il y a eu souvent » des intervalles de plusieurs mois entre deux » époques menstruelles consécutives. Presque » constamment, la malade a été tourmentée par des » symptômes de dyspepsie, et surtout par une né- » vralgie intercostale, présentant un point très-dou- » loureux dans le dos.

» A l'âge de 10 ans et demi, se trouvant dans un » bois près de la maison qu'elle habitait, elle subit » une violente frayeur, rentra chez elle en courant, » et tomba évanouie. A la suite de cet accident, il » survint une affection fébrile qui retint la malade » au lit pendant quatre semaines environ, et pour » laquelle on pratiqua plusieurs saignées.

» Dix-huit mois après, cette jeune fille devint » choréique. La maladie a présenté la plus grande » analogie avec celle que nous avons décrite dans « l'observation précédente. De tous les mouvements, » le plus accusé et le plus constant était une flexion » saccadée et considérable du tronc sur les membres » inférieurs; de plus, les cuisses fléchissaient sur » les jambes. Les bras étaient de temps en temps

)) portés avec violence en dedans, et les coudes ve- » naient s'appliquer contre les parties latérales du » thorax. Ce n'était que d'une manière tout à fait » exceptionnelle que l'on voyait des mouvements » désordonnés se manifester dans la face.

» Les règles paraissent n'avoir jamais eu d'in- )) Quence sur la maladie qui a été toujours uniforme. » Si les phénomènes venaient à diminuer d'intensité » pendant quelques jours, ils ne tardaient pas à ren prendre leur marche habituelle.

» La musique a constamment déterminé une ag- » gravation momentanée des accidents. Il y a tou- » jours eu une prédominance bien marquée des ). mouvements de flexion vers le côté gauche.

,) A l'âge de quatorze ans, la malade entra pour » la première fois à l'hôpital Necker. Elle y fit un » séjour de deux mois, pendant lesquels elle prit ,) des bains sulfureux, des pillules de strychnine et ,i de l'eau de Spa. Il ne se manifesta aucune amélio- » ration, à la suite de ce traitement. Elle fut admise » le 20 septembre 185/i à l'hôpital de Lariboisière, » dans le service de M. Pidoux, où l'on essaya inu- » tilement l'hydrothérapie.

,> EUe en sortit trois semaines après pour entrer „ dans la salle de M. Hai-dy, à l'hôpital St-Louis.

» Là, elle prit un grand nombre de bains, des mé- » dicaments internes, dont elle ne peut pas spécifier » la nature, et se livra pendant longtemps à l'exer- » cice du saut de la corde.

» Comme il n'était survenu aucune diminution » dans les accidents, la malade quitta l'hôpital le » 20 août 1855, pour rentrer dans sa famille.

» Quelques mois après, sous l'influence d'une » vive frayeur, la chorée devint beaucoup plus vio- » lente. L'impressionnabilité de la malade était » excessive; le contact le plus léger, l'agitation la » plus passagère, non-seulement provoquaient les » convulsions, mais encore leur donnaient une ra- » pidité et une force insolites.

» C'est dans ces conditions que cette jeune fille >» fut admise dans le service de M. Bouneau, à l'Hô- » pital des Enfants, le 1« décembre 1856. Quelques » jours après, elle commença les exercices gymnas- » tiques, qui furent suivis avec une grande régularité.

» Chaque jour, on pratiquait le massage et des » frictions sur toute la surface cutanée.

» Au début, il se manifesta une grande fatigue; » mais bientôt les forces revinrent; et dès le 15 dé- » cembre, les mouvements choréiques étaient beau- » coup moins fréquents et moins intenses.

„ Le 18 décembre, après une aménorrhée de dix- » huit mois, les règles se sont montrées.

» Pendant leur durée, on a cru devoir interrompre >, les exercices gymnastiques, qui ont été reprisle 22.

„ Le 28, on commença à faire marcher la malade ,, pendant une demi-heure chaque jour , au son „ d'une trompette, dans le but de l'aguerrir contre >, la musique. 11 se manifesta d'abord une agitation » excessive, qui ne tarda pas à se calmer.

„ Le 1- janvier, la malade quitta l'Hôpital des „ Enfants pour entrer à l'hôpital Necker, dans le . service de M. N. Guillot. Elle continue à suivre „ comme externe les leçons de gymnastique.

,, Le 20, les règles se sont montrées et ont duré « comme de coutume. Cette fois, les exercices n'ont

), pas été interrompus.

L'état de la malade s'est considérablement amé-

>, lioré depuis quelque temps. A partir du 26 jan- » vier, elle prend des leçons de danse.

„ Le 11 février, elle quitte l'hôpital Necker.

„ Depuis plusieurs jours, les mouvements cho- „ réiques ont complètement cessé, et l'état général

» est excellent.

„ Les exercices gymnastiques sont continués jus- >. qu'au 11 avril. Depuis cette époque, la guérison

» s'est maintenue intacte. La musique n'a plus l'in- » fiuence fâcheuse qu'elle exerçait avant le traite- » ment. Les règles se montrent tous les mois, et n l'état général est très-satisfaisant.

» Ces deux observations sont remarquables à plus » d'un titre. Et tout d'abord on ne peut s'empêcher » de reconnaître entre elles une grande analogie. La » frayeur, cette cause si commune des névroses » convulsives et en particulier de la chorée, a frappé » nos deux malades, et nous ne doutons pas qu'elle » n'ait joué le principal rôle dans la production des » accidents.

» Les mouvements choréiques, qui se sont mon- » très presque exclusivement chez la première de » ces deux filles, et d'une manière prédominante » chez l'autre, consistaient, comme nous l'avons dit, » dans une flexion du tronc sur les membres infé- » rieurs. C'est là un point qui m'a paru digne d'être ') signalé d'une façon toute spéciale ; car dans les » auteurs, je n'ai trouvé aucun fait semblable. Chez » les choréiques, en effet, les mouvements convul- » sifs, presque toujours bornés aux membres et à la » tête, ne sont que très-exceptionnellement limités » au tronc.

» Or, nous n'en doutons pas, chez Henriette

» P... les seuls muscles convulsifs étaient ceux qui >, servent à la flexion du bassin sur les membres in- „ férieurs. Le mouvement qui avait pour siège l'ar- „ ticulation du genou, était une conséquence de cen lui qui se passait dans les articulations coxo-fémo- » raies, puisqu'il ne se n>anifestait que lorsque ce ,) dernier arrivait à sa limite extrême.

„ Pour en finir avec les accidents convulsifs, je ferai remarquer que, sous l'influence des exer- « cices gymnastiques, la chorée, qui chez notre » première malade était tout à fait locaUsée, s'est ,) brusquement répandue dans tout le système loco- » moteur.

„ A partir de ce moment, une amélioration s'est „ manifestée. 11 semble que la maladie se soit afl-ai- » blie par cette dispersion.

„ Ce n'est pas là un fait isolé en pathologie; et, „ pour ne citer qu'un exemple, que quelques méde- „ cins ne trouveront peut-être pas trop éloigné de >> notre sujet, ne sait-on pas depuis longtemps que „ les rhumatismes mono-articulaires sont beaucoup plus tenaces que ceux qui sont disséminés dans „ une grande partie ou dans la totalité du système „ articulaire, et que si l'on triomphe des der- „ niers par une médication appropriée, on échoue

» au contraire bien souvent contre les seconds?

» Quelle est la nature des deux attaques, avec perte » de connaissance, dont fut atteinte Henriette P...?

)) Le doute ne semble pas permis. Si nous n'a- ») vous aucun détail précis sur la première, nous » affirmons que la seconde est un accès d'épilepsie » des mieux caractérisés.

» Une épilepsie bornée à deux accès est chose » rare, je le sais; aussi le fait m'a-t-il paru mériter » une explication ; voici celle que je propose.

» iN'oublions pas qu'après avoir subi la seconde » attaque, notre malade était choréique. N'est-il » pas permis de supposer que l'état morbide du )) cerveau, qui avait produit l' épilepsie, a déterminé » la chorée, se révélant ainsi, sans changer peut- » être de nature, par deux manifestations de » physionomies bien différentes? Quoi qu'il en soit » de cette hypothèse, le fait qui s'est produit chez » la malade est digne d'attention, et nous autorise à » rapprocher la chorée de l' épilepsie. On a déjà » noté plus d'une fois l'existence de ces deux afiec- » tions convulsives chez le même individu ; mais » ici leur parenté est mise hors de doute par le fait » de la substitution immédiate et instantatée ce » l'une à l'autre.

» J'arrive à la partie la plus importante du sujet, » au fait pratique.

» La chorée datait de douze ans et demi, chez ,) l'une de nos malades, et de six mois chez l'autre.

Dans les deux cas, on avait épuisé les médications » les plus usitées en pareille circonstance ; je veux ,, parler surtout des anti-spasmodiques, des narco- ,) tiques, de la strychnine, des bains sulfureux. Ce ,, sont les exercices gymnastiques, joints à un mas- „ sage et à des frictions énergiques, qui ont triom- ), phé de la chronicité et de la puissance de la ma- » ladie.

„ L'effet salutaire de ce dernier traitement s'est „ manifesté très-vite chez la deuxième malade; et „ le retour des règles, qui avaient disparu depuis ,> dix-huit mois, a été le premier indice d'un état „ meilleur. Chez l'autre, l'amélioration s'est accom- „ phe d'une manière plus lente, mais non moins » efficace.

„ Les massages et les frictions, tels que les prati- . que l'habile directeur du gymnase de l'Hôpital „ des Enfants, M. Laisné, auquel revient tout l'hon- « neur de ces deux guérisons, n'ont pas médiocre- „ ment contribué à améliorer l'état de nos deux

malades. Nous n'hésitons pas à recommander

» ces moyens conime secondant de la manière )) la plus efficace les exercices ordinaires de la gym- » nastique.

» Nous avons été témoin l'année dernière, à l'Hô- » pital des Enfants, d'une guérison obtenue à l'aide )j de ces manœuvres, qui, au début, furent em- » ployées d'une manière exclusive chez une fille de » treize ans, choréique pour la troisième fois. Un » état fébrile très-accusé et un défaut absolu de )) sommeil, avaient fait porter sur l'état de cette » jeune malade un pronostic des plus fâcheux.

» Les frictions et les massages agissent tout à la » fois sur les muscles et sur la peau , dont ils modi- » fient d'une manière très-puissante la circulation » et probablement aussi l'état nerveux. Mais il faut » qu'ils soient pratiqués fréquemment, et avec une » énergie capable de vaincre l'action musculaire » qui engendre les mouvements désordonnés de la » chorée. «

« Docteur PAIIROT. »

Au commencement de d858, M. Partout, avec lequel j'avais tenté les premiers essais à l'Hôpital des Enfants malades en 18/i7, est venu prendre la direction de la Salpétrière.

En voyant arriver dans cet immense établissement l'homme qui avait été si bienveillant et si sympathique pour l'introduction des exercices gymnastiques à l'Hôpital des Enfants, il me sembla qu'un nouvel élan allait être donné et que nos pauvres malades allaient profiter de ses bontés bien connues.

Nos prévisions ne furent pas trompées ; car le ik décembre 1858, une fête toute de famille eut lieu, à la Salpétrière, sous la présidence de M. le directeur général.

Le 1" janvier 1860, M. Husson était nommé directeur général de l'assistance publique; et dès ma première visite, je trouvai M. Husson extrêmementbon et bienveillant. Je puis dire ici, en toute sincérité, que cette visite me procura une grande satisfaction.

Dans le courant de février 1860, je reçus de M. le docteur Homolle la lettre ci-dessous, par laquelle il se plait à constater, un cas de chorée très-tenace guérie par nos soins, en 1858 et 1859.

Obsci'vtttiou 31.

Chorée guérie par les exercices gymnastiques.

» Je me fais un plaisir de reconnaître que » M"" P... C..., âgée de seize ans, à laquelle je » donne des soins depuis son enfance, a été affectée )) de chorée à plusieurs reprises, et que la dernière

récidive, plus grave et plus opiniâtre que les prô- » cédentes, ayant résisté aux traitements médicaux » les plus variés, institués soit par mon regretté

confrère le docteur Gillette, soit par moi, je l'ai » confiée aux soins de M. N. Laisné, directeur des » gymnases des hôpitaux et des Lycées Louis-le-Grand M et Saint-Louis. J'ai pu constater les effets les plus ') heureux des moyens employés par M. Laisné » (massage associé aux exercices variés) . Une gué- » rison solide et présentant tous les caractères de la »■ disparition complète et définitive des accidents » nerveux, s'est opérée dans un laps de temps ne » dépassant pas quatre mois , en même temps 1) que la croissance, le développement, l'amélioration » de la constitution, le retour de l'embonpoint et » des forces donnaient toute garantie pour l'avenir.

» Je certifie déplus, qu'en l'absence de M. Laisné, » le traitement a été dirigé avec autant de sollici-

). tude que d'intelligence, par M"« Clémentine » Lebègue, professeur au gymnase de M. Laisné et » dans les hôpitaux. »

Paris, le 18 février 1860.

Docteur HOMOLIiE, 7, rue Bonaparte.

Ici, je dois faire une remarque. M. le docteur Homolle, n'ayant pas eu besoin de s'occuper de cette fdle pendant un certain temps, a pu supposer qu'elle avait été guérie en quatre mois; mais nous, qui l'avons suivie et traitée pendant dix-huit mois, nous pouvons certifier, que la guérison , a duré tout ce temps; et comme ce traitement n'a pas eu d'autre exemple, dans notre longue pratique, je vais par exception, donner un aperçu de la patience , de la persévérance, des sacriiices , et des fatigues qu'il a fallu nous imposer, pour venir à bout de cette maladie tout exceptionnelle.

Voici ce traitement tout entier décrit aussi brièvement que possible.

Cette fille P... C..., est venue pour la première fois à l'Hôpital des Enfants malades, sous la recommandation de M. le docteur Homolle, le 5 janvier 1858; elle était choréique pour la cinquième fois.

Elle était petite, maigre; tous les muscles étaient comme atrophiés; le caractère était insupportable surtout avec sa mère; l'agitation était presque générale, mais cependant sans mouvements trop violents; elle put toujours marcher. La parole était assez difficile. Cette fille avait alors quatorze ans et demi. Nous employâmes de suite le massage et les frictions, joints aux ordonnances de M. le docteur Gillette ; et jusqu'au 13 février, elle ne reçut que trois séances par semaine. Du 15 février au 20 mars, elle reçut une séance tous les jours, sans qu'il s'opérât d'amélioration ; le 23 mars elle fut remise à trois séances par semaine. A partir du 1" avril, elle fut autorisée à suivre, comme à l'Hôpital des Enfants malades, nos exercices à THopital Sainte-Eugénie, afin qu'elle pût recevoir une séance tous les jours. Vers le 1" mai, malgré tous nos efforts, nous n'avions encore obtenu aucune amélioration sensible ; il y avait même plutôt diminution de force dans la partie droite, et surtout dans le bras; mais je dois ici des éloges bien mérités à Lebègue (Clémentine), pour sa persévérance à traiter cette fille, dont le caractère aurait pu nous rebuter cent fois, si nous n'avions pas été aussi pénétrés de la conscience de notre mission.

Vers la fin de mai, C... P..., ne pouvait presque plus se servir de son bras droit ; le 1" juin d'accord avec M. le docteur Gillette, nous la fîmes entrer à l'Hôpital des Enfants pour la soumettre exclusivement à un nouveau traitement, que devait lui faire subir ce vénérable docteur. Mais tout ce qu'il put faire pendant vingt-trois jours consécutifs, resta sans effet. Le 24 juin elle sortit de l'Hôpital plus malade qu'avant d'y entrer ; les forces du bras droit avaient encore diminué. J'allai la frictionner et masser huit jours de suite chez sa mère, mais sans obtenir d'amélioration ; le 8 juillet elle commença à suivre nos exercices dans les deux hôpitaux, en recevant à lafin de chaque séance, des soins particuliers. Du 22 août au 25 septembre 1858, époque des vacances, elle est restée chez sa mère ; le 26 septembre, elle revint aux exercices des deux hôpitaux. A ce moment, son état ne nous permettait pas de douter que si nous l'abandonnions elle ne guériraitjamais. Au commencement d'octobre, l'état était encore à peu près le même; nous étions fatigués de nous donner tant de peine pour cette fille, qui n'avait d'ailleurs absolument rien à nous rendre comme satisfaction morale. Je la fis venir chez moi tous les jours à partir du 16 novembre 1858, et outre les séances prises régu-

lièrement dans les deux hôpitaux, M"' Lebègue (Clémentine) la massa "et la frictionna à nu sur toute la partie thoracique pendant vingt-cinq, trente, et souvent quarante minutes. Ces massages étaient toujours terminés à l'eau froide. Il est utile de constater que C... P..., recevait tous ces soins si accablants pour nous, avec une insouciance singulière et presque avec répugnance ; elle parlait rarement, et dès qu'on cessait de lui faire quelque chose, elle se posait sur une chaise dans un coin du salon; il ne lui coûtait pas de rester quatre et cinq heures dans la même position, si on ne la dérangeait pas. A partu' de cette époque, comme la mère n'était pas heureuse et que je voyais la maigreur de sa fille persister, je lui fis prendre ses repas avec nous.

Vers le milieu de décembre, loin qu'on obtint des progrès, le mal semblait augmenter. Le bras droit tombait et pendait le long du corps, comme s'il eût été complètement paralysé; il était hors d'état de pouvoir servir. D'un autre côté, le caractère était devenu de plus en plus insupportable, et la seule améhoration que nous pussions remarquer se décelait dans le teint et la couleur des chairs. J'engageai M"" Lebègue à ne pas abandonner ce cas de chorée vraiment exceptionnel par ses formes et sa ténacité.

En janvier 1859, le massage à l'eau froide fut continué. G... P... commença à cette époque à prendre un peu d'embonpoint ; le teint continuait à s'éclaircir ; mais elle ne pouvait encore rien faire de son bras droit. Pendant le mois de février, M»« Lebègue se trouvant trop fatiguée de ce long et pénible traitement, se borna à faire répéter à la jeune fille les exercices qui lui étaient les plus nécessaires. En mars, les massages à l'eau froide furent repris ; mais je fus souvent obligé de remplacer ^1""= Lebègue. Vers la fin de mars, les forces parurent revenir légèrement dans le bras droit; au commencement d'avril, sous l'influence d'une impulsion étrangère donnée à son bras. G... P... put porter la main droite sur la table et saisir une fourchette; mais le bras retomba aussitôt, sans qu'elle pût le retenir. Je profitai de cette circonstance pour engager de nouveau Lebègue à persévérer. Vers la fin d'avril, le caractère commença à s'améliorer quelque peu, grâce aux persévérants conseils de sa bienfaitrice ; ceci fut pour nous un. symptôme d'autant plus significatif d'une amélioration prochaine que l'appétit était excellent cà ce moment. En mai, G... P... commença à tenir sa fourchette assez de temps pour pouvoir porter quelque aliment à sa

bouche. Le massage à l'eau continuait toujours. En juin, elle commença à manger seule ; le caractère continua aussi à s'améliorer, bien qu'il fût encore souvent bien désagréable ; mais les mouvements désordonnés de la chorée générale disparaissaient sensiblement ; et, vers le milieu de juin, C. . . P, . . put se tenir un moment suspendue par les deux mains, à une barre placée au-dessus de sa tête. Au commencement de juillet, elle en était à s'exercer presque régulièrement ; le caractère s'améliorait aussi toujours ; et, vers la fin de juillet, la malade était assez bien pour qu'un petit peloton d'enfants pût lui être confié. A partir de ce moment, elle ne lut plus massée ni frictionnée.

En août 1859, je considérai cette malade comme parfaitement guérie, après dix-huit mois de soins assidus, pendant lesquels elle a reçu :

En séances d'exercices ordinaires à l'Hôpital des Enfants, 1858 et 1859 108 séances.

En séances d'exercices ordinaires à l'Hôpital Ste-Eugénie, 1858 et 1859. . . 229 —

En séances particulières à l'Hôpital des Enfants

En séances spéciales de massage et frictions chez moi 197

En séances de frictions chez sa mère. . 7 —

Total général des séances. . 656 séances.

A partir de ce moment, elle continua de venir dans les hôpitaux pour s'y exercer, et pour conduire un peloton d'enfants, jusqu'au 10 février 1863, époque à laquelle je me vis forcé de la rendre à sa mère, ne pouvant plus continuer à l'avoir complètement à ma charge.

Ce cas de guérison fait grand honneur, je puis le

dire, à M"' Lebègue (Clémentine) , qui a soutenu de longues fatigues et de grandes pertes de temps, pour l'accomplissement du devoir que ses fonctions lui imposent dans les hôpitaux. M^'-^ Lebègue y mit une bien rare abnégation ; car le caractère de la malade était si fâcheux et si rebelle qu'elle ne témoignait pas la moindre reconnaissance, quoi qu'on pût faire pour elle.

Mais je reviens à mon récit général, et je le continue.

Le 8 septembre 1860, eut lieu à la Salpétrière une cérémonie sous la présidence de M. Husson, directeur général de l'assistance publique, pour distribuer des prix aux malades des deux services de cet établissement.

Dans les premiers jours de janvier 1861, nous eûmes la profonde douleur de perdre subitement notre vénérable directeur de la Salpétrière, M. Par-

tout. Cette perte, jointe à celle de M. Dechaumont, nous enleva deux hommes qui, par leur cœur dévoué, leur sympathie pour les malades et leur profond savoir, ont fait le plus grand bien partout où ils ont passé.

En 1861 et 1862, les prix furent donnés, comme en 1860, à la Salpétrière ; et M. le directeur général de l'assistance publique, avec une bienveillante sollicitude , voulut présider lui-même ces cérémonies qui réveillent toujours, avec la même énergie, la reconnaissance et le courage de toutes nos malades.

Pendant ces deux années, des prix furent également distribués dans tous les autres établissements pourvus de gymnases.

Je ne crois pas devoir terminer le chapitre des Hôpitaux sans parler des personnes qui, par un amour admirable du bien, ont puissamment secondé nos efforts.

Avant tout, je déclare devoir la plus sincère et la plus profonde reconnaissance à MM. les docteurs, qui, dans toutes les circonstances où j'ai dû appliquer ces nouveaux moyens, ont toujours, et en tout temps, protégé nos labeurs, non-seulement par leurs conseils éclairés, mais encore par les paroles les plus encourageantes.

Je dois encore, au nom de l'humanité, et de grand cœur, remercier Messieurs les directeurs et économes des Hôpitaux, qui, depuis mon début jusqu'à ce jour, n'ont cessé de me prêter le concours le plus bienveillant, pour tout ce qui se rapporte à l'ordre, à la discipline, ainsi qu'à l'entretien de nos gymnases.

Je dois la même reconnaissance à toutes les dames, religieuses ou séculières, qui, avec tant de bonté, nous ont permis bien des fois de soigner librement les enfants qui leur étaient confiés.

Je dois, en outre, une reconnaissance toute particulière à M'"* la mère Amoureux, religieuse à l'Hôpital des Enfants, qui a pris l'initiative du traitetement de la chorée par la gymnastique. Je crois le fait assez intéressant pour le raconter tel qu'il s'est

passé ; le voici.

Dans les premiers jours d'octobre 18/i7, il y avait une dixaine de filles choréiques dans le service de cette bonne mère; toutes pouvaient encore se tenir debout et même marcher. 11 y avait quatre mois que j'avais commencé mes essais, lorsque M- Amoureux, qui m'avait vu à l'œuvre plus d'une fois (nos exercices avaient lieu sous ses fenêtres), vint me trouver un jour, et me dit avec une conviction qui

ne laissait entrevoir aucun doute. « Ah ! mon bon » monsieur , si vous pouviez prendre mes petites » danseuses (c'est ainsi qu'on appelle ordinairement >• les choréiques à l'Hôpital des Enfjints) , et les » faire participer à vos exercices, je suis certaine » que cela leur ferait grand bien et abrégerait beau- » coup leurs soulTrances, » Je déclare qu'à ce moment, je n'avais encore aucune idée du massage, et je n'étais pas plus avancé sur les effets salutaires des frictions, dont j'ai commencé à me rendre compte seulement vers le milieu d'octobre 18^7, à la suite d'un heureux hasard qui me fit rencontrer le volume de gymnastique médicinale et chirurgicale du docteur Tissot. Mais malgré mon ignorance sur la chorée, et pour satisfaire au désir d'ailleurs si louable qui m'était exprimé par M"'^ la mère Amouroux, je pris les dix filles qui se trouvaient à la salle Sainte-Catherine , et je les soumis aussitôt aux exercices. C'était en octobre 18/i7. Bien que je n'eusse aucune notion sur cette maladie, je m'attachai à diriger les exercices de manière à ramener l'ordre dans les mouvements ; je laisse à juger de mon embarras, en me trouvant en lace de dix enfants qui ne pouvaient se tenir un seul instant en place et dont plus des trois quarts ne parlaient

qu'avec grande difficulté. Quoi qu'il en fût, je m'en tirai assez bien en présence de cette vénérable dame, qui m'encourageait à chaque instant par de bienveillantes paroles. Cet essai fut connu très-vite de MM. les docteurs; et le h novembre 18/i7, il fut décidé que toutes les filles choréiques présentes à l'Hôpital seraient soumises exclusivement au traitement par la gymnastique. M. le docteur Sée fut chargé de tenir note des résultats, et le 15 du même mois, à neuf heures du matin, tous les docteurs, sans exception, purent constater l'état satisfaisant de ces enfants, après douze jours d'expérience. M. le docteur Sée a bien voulu faire connaître les résultats obtenus en les consignant dans un ouvrage qu'il apubliéen 185l,sous le titre de : De la cliorée et des affections nerveuses, par le docteur

G. Sée, 1851.

Mais là ne devaient pas se borner nos tentatives. 11 y avait aussi dans la salle de la bonne mère Amouroux, une pauvre fille nommée B... M..., qm était prise d'une agitation telle que tous ses membres, ses bras, satête et ses jambes, semêlaient ensemble au point de prendre fréquemment des positions qu'il seraitimpossiblede décrire. M- Amouroux désira que je la prisse au gymnase; je ne re-

fusai pas positivement; mais M""=Amouroux voyant mon hésitation prit une couverture, fit mettre l'enfant dedans et la fit descendre au gymnase portée par quatre bonnes. Devant un pareil exemple, je ne reculai plus. Le temps éiait heureusement magnifique ; je fis étendre la couverture sur le sol, et j'essayai, avec d'autres personnes, de faire prendre un peu de repos à cette fille, en la maintenant un instant dans l'immobilité. C'est là pour la première fois que j'essayai d'appliquer sur cette enfant quelques massages et frictions, d'après les indications que j'avais déjà puisées dans l'ouvrage de Tissot. Puis la bonne mère voulut que l'enfant prît les poignées de la balançoire brachiale, quoiqu'elle fût dans l'impossibilité de le faire. Voyant ma crainte de quelque accident , M""= Amouroux mit ses propres mains sur celles de l'enfant, et les tint sur les poignées pendant que nous la faisions aller. Nous eûmes beaucoup de mal à placer les mains de cette enfant, qui ne cessait de gesticuler en pleurant ; et je la balançai tant bien que mal, la bonne mère Amouroux ne cessant de l'encourager en protégeant ses mouvements. Bien que la volonté de l'enfant fût complètement inerte en cette circonstance, nous recommençâmes la même manœuvre les jours

suivants. Le quinzième jour, cette lille se tenait déjà assez bien pour venir au gymnase en donnant, par précaution, le bras à une de ses compagnes. A la trente-sixième séance, elle quittait l'Hôpital parfaitement guérie. J'ai vu cette fille bien des fois depuis sa guérison ; je l'ai connue mère de trois beaux enfants, et elle n'avait plus rien ressenti de cette

maladie. ,

Les autres filles que j'avais prises en même temps qu elle étaient aussi toutes guéries, après un séjour plus ou moins long à l'Hôpital. Ce sont ces heureux essais, tentés sur la chorée, qui ont fait ajouter à M. le docteur Bouneau, au bas du rapport du 11 novembre 1847, ainsi que je l'ai déjà dit :

« Nous avons appliqué la gymnastique à d'autres >, maladies que les scrofules. Des essais tentés con- ,) tre plusieurs affections nerveuses, la cliorée prin- „ cipalement, ont donné de bons résultats et en pro- » mettent de meilleurs. »

Telle est la vérité sur les premières applications de la gymnastique aux choréiques de l'Hôpital des Enfants malades. M-" la bienveillante mère Amoureux fut toujours aussi bonne, durant les seize ans pendant lesquels j'ai souvent soigné, sur la demande de Messieurs les docteurs, des enfants de son service.

Je ne puis terminer ces justes éloges sans parier d'une autre personne d'éJite, que le hasard a placée au milieu de nos pauvres idiotes de la Salpé- Irière, comme pour compenser le fléau dont elles sont atteintes. Je veux parler de M"" Nicolle, institutrice de ces enfants, qui n'a cessé, pendant seize ans, de se consacrer entièrement au soulagement physique et moral de ces infortunées. Placée, toute jeune encore, au milieu d'elles, dans l'endroit le plus retiré de la Salpétrière, elle embrassa tout d'abord, avec le feu d'un jeune et bon cœur, la mission qui venait de lui être confiée. Plus tard, elle devint, non-seulement l'institutrice, mais on peut encore ajouter la mère et l'amie de toutes ses élèves. Il serait trop long de faire une liste des sujets qu'à force de soins délicats et pénibles, elle a contribué à retirer d'un état d'abrutissement presque complet ; mais je ne puis m'empêcher dédire que bien des enfants qu'on aurait pu croire, au début, vouées à une réclusion perpétuelle, sont devenues, sous sa direction, des êtres, non pas seulement dociles, mais encore des employées intelligentes, soulageant les malades recueillies dans l'établissement où elles étaient destinées à végéter toute leur vie. Quand on a suivi, comme je l'ai fait, pendant seize ans de

suite, les efforts presque surnaturels d'une femme qui a su s'imposer les plus rudes privations pour secourir les autres, on se demande quelles dignes récompenses, parmi celles dont les hommes disposent, pourraient être offertes à tant de mérite.

Il m'est encore impossible de ne pas remercier, d'une façon toute particulière, l'intelligente et dévouée M^' Delsinnes, surveillante des épileptiques, qui n'a cessé depuis dix ans de me prêter son bienveillant concours, tout en se dévouant avec une persévérance admirable au soulagement des pauvres malades qui lui sont confiées.

Voilà, ou à peu près, toutes les personnes dont j'avais à rappeler ici le souvenir. Maintenant, comme je n'ai jamais eu d'autre appui pour me soutenir dans mes longues années d'expérience que cette sympathie générale, je déclare qu'elle a été pour moi un puissant motif d'encouragement, et qu'elle m'a souvent aidé à supporter des fatigues et des sacrifices qui eussent été, sans elle, au-dessus de mes forces.

Je ne voudrais pas ici plus qu'ailleurs entrer dans des détails qui pourraient paraître trop personnels ; mais je crois, dans l'intérêt public, devoir citer quelques cas remarquables de guérison obtenus dans

le cours de notre longue pratique, sur des sujets regardés ordinairement comme incurables. Par ce court exposé, on pourra voir combien il faut toujom-s se tenir en garde contre des accès qui sont simulés quelquefois avec une telle force de volonté qu'il est impossible, même à l'homme de science le plus expérimenté, de discerner si la maladie est feinte ou réelle.

Il est bien entendu que je n'avance rien de mon autorité privée, sur la nature des maladies, et je les signale simplement telles qu'elles ont été constatées au registre médical.

Je déclare de plus que, bien qu'il soit souvent constaté sur le registre médical, que la guérison ou l'amélioration ait eu lieu sous l'influence des exercices gymnastiques, je suis loin de prétendre que ces guérisons, d'ailleurs très-remarquables, nous appartiennent exclusivement; car à côté des soins assidus prodigués par nous à ces intéressantes malades, M. le docteur de service n'a jamais cessé de diriger leur santé.

OliHervatIo» n" a«.

Extrait du registre médical.

1° L... E..., épileptique hystérique, entrée à la

Salpétrière le -2/1 janvier 18Û9 ; sortie guérie le 30 octobre 1853.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette fille était une de celles qui tombaient le plus souvent, quelquefois six et huit fois par jour. Elle s'est mariée peu de temps après sa sortie de la Salpétrière; elle a eu plusieurs enfants dont deux sont vivants. Cette femme n'a plus ressenti aucun symptôme de son ancienne maladie; c'est une de celles qui ont gagné un prix, pour avoir lutté contre les accès. 11 en est parlé dans le Compte moral de 1851 , page 157.

Observation n" »»•

Extrait du registre médical.

00 A... L..., épileptique, entrée à la Salpétrière le 31 mars 18à9; sortie guérie le 28 juillet 1851.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette fille s'est mariée quelque temps après sa sortie; elle a eu quelquefois à souffrir de fortes douleurs épi gastriques, surtout pendant ses grossesses ; elle est mère d'un enfant, qui se porte bien.

et elle n'a pas éprouvé de rechute de son ancienne maladie. C'est encore une de celles qui ont gagné un prix pour avoir lutté contre les accès, et dont il est parlé dans le Compte moral de 1851, page 157.

Observation n° 34.

Extrait du registre médical.

3° M... C..., épileptique, entrée à la Salpétrière le '20 avril 1850 ; sortie guérie le 10 avril 1852.

REMARQUES PARTICULIÈRES

C'est de cette fille qu'il est question à la page 135 ; je l'ai vue bien des fois après sa sortie ; et elle n'avait jamais eu la fantaisie de renouveler ses fausses attaques, lorsque je la vis il y a peu de temps.

Observation n° 35.

Extrait du registre médical.

à°B... A..., épileptique, entrée le 29 novembre 1850; sortie le 28 février 1852, améliorée mais non guérie.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette lille était tellement bien guérie qu'elle

s'est mariée peu de temps après sa sortie; elle a eu successivement trois enfants, bien portants. Venant de perdre son mari, et restant presque sans ressource, elle sut vaincre ces dilîicultés avec un courage et une résignation admirables ; elle s'est remariée depuis, et elle se porte aussi bien que possible. Jamais, même dans les plus tristes circonstances, cette femme n'a ressenti aucune atteinte de son ancienne maladie. C'est encore une de celles qui ont gagné un prix pour avoir lutté contre les accès, et elle est citée dans le Compte moral de 1851, comme ayant été reçue fille de service dans la maison, après saguérison.

Observalion u" »«.

Extrait du registre médical.

5° B... L..., hystérique et chlorotique, entrée le 8 septembre 1851 ; sortie guérie le 6 juin 1852.

REMARQUES PARTiCULIÈRES.

C'est de cette fille qu'il est parlé- dans le rapport de M. le docteur Becquerel, page 151 ; elle est effectivement sortie guérie ; mais comme elle se trouvait quelque temps après dans une assez grande mi-

sèi-e, je la fis entrer le l" novembre J 852, comme fille de service, dans l'Hôpital où elleavait été traitée anciennement comme malade. Elle rendit bien quelques bons services ; mais cela ne dura pas longtemps; car à la suite de grimaces ridicules (elle cherchait à simuler la folie), nous fûmes obligés de la remettre au rang des malades dans le courant de mars 1853. Il est bon de constater que cette fille, presque sans instruction, était douée d'une intelligence exceptionnelle. Au commencement d'octobre, elle trouva, quoique étant encore malade, à la Salpétrière, une place de somnambule, qu'elle accepta. Elle sortit le 1/i du même mois, pour entrer en fonctions, et s'y fit, en peu de temps, une position lucrative. Elle se maria quelques années après ; elle a, depuis longtemps, un enfant qui se porte bien : et cette femme n'a plus rien ressenti de son ancienne aftection .

Observation u» «9.

Voiià déjcà cinq cas qu'il était bon de signaler; en voici un sixième, non moins intéressant.

0» Au commencement de 1851, il y avait dans le service une employée âgée de 2/i ans, D. A. A., qui

était atteinte d'accès nerveux très-violents, qu'elle avait éprouvés depuis 1847, à la suite de frayeurs, son mari ayant été broyé sous une voiture devant elle. La menstruation était presque nulle depuis le commencement des accès. Cette femme me fut recommandée, et je m'y attachai tout particulièrement. A l'époque où je la pris pour la première fois, le 18 mars 1851, les accès allaient en augmentant. Je lui fis d'abord faire beaucoup d'exercices; puis je la frictionnai fortement huit à dix jours, avant l'époque ordinaire de ses règles, qui reparurent le 2/1 avril, c'est-à-dire, trente-six jours après le commencement du traitement. Le mois suivant, je procédai de la même façon, et les menstrues parurent de nouveau dans de meilleures conditions. Le troisième mois, je ne fis que quelques frictions, et elles vinrent cette fois sans aucune difficulté. Pendant ce temps, cette malade s'exerçait beaucoup avec nos enfants, et elle avait déjà vu ses accès s'éloigner et s'apaiser peu à peu. En jain de la même année, j'ai vu cette femme se défendre d'un accès qui allait la prendre, avec un courage admirable; et je puis certifier que, quand on n'a pas été témoin de luttes semblables, on ne peut y crou-e qu'avec beaucoup de peine. En eiïet, j'ai vu cette

leuiine avoir le visage pourpre, et élouflei- par moments comme si on l'eût étranglée ; je l'ai vue se débattre pendant qu'on la délaçait, en étendant ses bras fortement en tous sens. Puis, frappant des pieds, et répétant souvent avec difficulté ces mots : « Ah! je vais tomber! » Je lui répondais d'un ton un peu brusque : « Allons donc ! vous seriez moins » courageuse que les enfants; cela n'est pas pos- » sible. » Puis, je lui appliquais, ce qui fait généralement du bien aux personnes qui suffoquent de cette façon, de légers coups réitérés sur toute la surface du dos, la main à plat; et après quelques minutes de cette manœuvre, tout était fini sans accident plus grave. Depuis ce moment, l'apparition des crises devint plus rare; elle avait aussi plus de force pour s'en défendre; car, depuis juin jusqu'à la fin de décembre 1851, elle n'a éprouvé que deux commencements de crise, dont elle a su se rendre maîtresse, avec moins de difficultés que précédemment. Le 10 avril 1852, elle eut une petite crise, dont elle ne put se défendre, à ce qu'elle nous dit. Le 6 juin 1852, elle eut encore une légère crise, aussitôt après s'être couchée; mais elle me déclara franchement qu'elle était furieuse contre elle-même de ne pas s'être levée pour la combattre, espérant

qu'elle l'aurait ainsi domptée. A paiiir de cette époque, elle n'a plus éprouvé qu'un léger malaise le 16 mai 1853 ; puis, elle continua de se bien porter, et fit son service avec dévouement. Depuis lors, elle a pu aller bien des fois faire de longs voyages pour conduire des malades à leur destination ; et jamais, dans aucune circonstance, elle n'a rien ressenti de sa maladie antérieure. Elle est aujourd'hui sous-surveillante; ce qui prouve qu'elle n'a pas perdu de son activité.

observation «<> 3S.

Exilait du regis&e médical.

7" B. C, épileptique, entrée pour la première fois, le 23 décembre 1851 ; sortie le 23 février 1853 ; rentrée pour la deuxième fois, le 23 juin 1853 ; sortie, améliorée, le 5 avril 1856.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette fille a toujours été parfaitement depuis sa dernière sortie, et ses parents sont, on ne peut plus satisfaits de sa conduite. Elle n'a plus rien ressenti de son ancienne maladie, et elle est sur le point de

se marier. Ainsi qu'elle, ses parents nous témoignent très-souvent leur reconnaissance, pour les soins tout particuliers que nous avons donnés k leur bonne fille.

Ob.oerrntion n"

Extrait du regish^e médical.

8° V. L., épileptique simple, entrée le 31 janvier 1852 ; sortie le neuf août 1853.

REMARQUES PARTICULIÈRES

C'est cette fille qui a avoué la simulation de ses accès ; il en est parlé plus haut, page 100. Elle s'est également mariée quelques temps après sa sortie de la Salpétrière ; je l'ai vue plusieurs fois depuis; elle a eu plus d'une épreuve à supporter, et elle est restée seule avec un enfant, qui se porte bien. On peut affirmer, je crois, que si cette fille n'avait pas avoué la fausseté de ses accès, elle les aurait renouvelés pour retourner à la Salpétrière, dans certains moments de misère, où elle ne savait véritablement pas comment elle pourrait sortir d'embarras.

OitHcrvutlon n" **»■

Exlrail du registre médical,

9° G. V., épileptique, entrée le 3 juillel 1852 ; sortie, guérie, le 3 octobre 1853.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette fille s'est mariée quelque temps après sa sortie de la Salpétrière; elle a, en ce moment, trois enfants, et n'a plus rien ressenti de sa maladie antérieure.

Observation n» 4».

Extrait du registre médical.

10° B. 0., épileptique, entrée le 13 novembre 1852; sortie, notablement améliorée, le 26 septembre 185Zi.

REMARQUES PARTICULIÈRES

L'amélioration de l'état de cette fille fut tellement complète qu'elle n'a jamais rien ressenti de son ancienne maladie, depuis sa sortie de la Salpétrière; et, il y a quelques jours seulement, nous recevions encore une lettre d'elle, où elle nous expri-

mait de nouveau toute sa reconnaissance pour les soins que nous lui avons donnés. Elle termine sa lettre en nous assurant que jamais sa santé n'a été aussi régulière qu'en ce moment.

Observation 43.

Extrait du registre médical.

11° C. J., épileptique simple, qui était entrée à la Salpétrière le 6 janvier 1851 , est également sortie le 23 juin 1855.

REMARQUES PARTICULIÈRES

Cette fille n'a comuiencé à se livrer aux exercices que le 17 octobre 1853; c'est l'époque à laquelle a commencé la gymnastique, dans le service des épileptiques, auquel elle appartenait. Aussitôt après sa sortie, cette fille entra en place dans la division même où elle avait été guérie. Depuis lors, tout en faisant parfaitement son devoir, elle n'a jamais cessé de rendre de véritables services aux malades, en les conduisant aux exercices gymnastiques, et en me remplaçant même, au besoin, dans la direction de ces exercices ; ce qui lui a déjà valu plusieurs récompenses de la part de l'Administration.

OliHCi'vatlon n» 4».

12°, J'ajoute aux observations précédentes que, pour la troisième fois, une jeune fille, nommée J..., âgée de 13 ans, entrée comme épileptique le H août 1860, vient d'avouer tout récemment qu'elle n'avait jamais eu d'accès que par sa propre volonté. Comme elle est encore au nombre des malades, je ne puis rien prévoir sur son avenir. Ainsi, depuis l'aveu de C... M..., c'est le troisième sujet qui a le courage d'avouer la fausseté de cette maladie, regardée, avec juste raison, comme étant des plus redoutables.

Je pourrais accumuler des détails analogues h ceux que je viens de rappeler sur un bien plus grand nombre de malades, et surtout je pourrais y ajouter encore les beaux résultats obtenus par M"^ Nicolle sur les enfants arriérées. Mais, afin d'éviter l'ombre même du doute, j'ai préféré ne mentionner que des sujets qu'il nous est possible de voir quand bon nous semble, et qu'on pourrait, si on le voulait, consulter personnellement sans la moindre difficulté.

Comme on peut le remarquer, sur douze malades, trois ont avoué qu'elles n'avaient pas de mal sérieux : et cela était vrai.

Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que les trois flUes que nous réunîmes à la fin de novembre 1850, pour les encourager à combattre leur mal, en leur promettant des récompenses, si elles réussissaient, ne sont plus retombées dans aucun accès ; elles ont eu quelquefois à souffrir; mais elles ont pu résister, et elles ont dominé leur maladie.

Enfin, pour compléter les observations déjà constatées, et dans l'espérance que ces documents pourront être utiles, je reproduis les dernières observations faites sur des cas de chorée, qui ont été guéries tout récemment dans le service de M. le docteur Blache.

Les voici.

Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie 2S novembre 1864 (n» 48). Travaux originaux, Médecine pratique.

Chorées graves (observées dons le service de M. Blache); guérison rapide par les massages et la gymnastique méthodiquement appliqués, par M. Blache fils.

« Nous venons d'avoir sous les yeux, dans l'espace de deux mois, trois cas de chorées graves, qui ont présenté des phénomènes fort curieux et insolites, dont la guérison a été due à des frictions et à

des massages très-habilement pratiqués par M. Laisné, professeur de gymnastique à l'Hôpital des Enfants. Ce mode de traitement complète d'une façon très-heureuse la thérapeutique de la danse de Saint- Guy par la gymnastique.

„ M. Blachc, dans son rapport à l'Académie de médecine sur le traitement de la chorée (18 juillet 185Zi), insiste tout particulièrement sur l'emploi des mouvements passifs, qu'on fait exécuter aux enfants trop agités pour prendre part aux exercices d'ensemble, même quand ils sont au lit.

» En 1858 (voy. Gazette des hôpitaux, n" 7, janvier), M. Parrot cite deux observations de chorées rebelles, pendant plusieurs années, à toute espèce de traitement, et qui cédèrent définitivement à l'emploi de la gymnastique et des frictions sur les membres.

„ Les trois observations que nous rapportons ici, montrent encore une fois'de plus le grand avantage qu'on peut retirer de ce traitement de gymnastique, dans les chorées graves, puisque les trois enfants pour lesquels on l'a employé présentaient des symptômes alarmants, contre lesquels les moyens ordinaires avaient échoué.

„ Obs. I. - La nommée Rose L..., âgée de 13

ans, entrée le 17 mai's 186^, dans le service de M. Blache, à l'Hôpital des Enfants, d'une constitution assez forte et d'une bonne santé habituelle, ressentit dans les commencements de mars les premières atteintes de sa chorée, qui débuta par quelques mouvements involontaires dans le bras gauche. Presque en même temps, un gonflement douloureux apparut au poignet droit et au genou du même côté. C'était la première fois qu'on voyait chez cette enfant une manifestation rhumatismale. Quand on l'amena à l'Hôpital, les gonflements articulaires avaient disparu, et l'agitation localisée des membres supérieurs n'était pas très-marquée.

» L'auscultation du cœur ne révélait aucun bruit de souffle, et l'état général était bon. Pendant un mois, l'agitation n'augmentait pas; mais l'enfant semblait dépérir ; elle était dans un état d'apathie et de langueur dont sa famille s'étonnait. Son caractère avait changé, et sa figure exprimait la tristesse. Elle rougissait dès qu'on lui adressait la parole, puis fondait en larmes, si l'on insistait pour obtenir une réponse.

» Le 17 avril, elle eut un accès de fièvre assez violent, qui fut suivi d'une roséole. Cette éruption disparut en deux jours, sans avoir apporté aucune

modification à son état d'hébétude. Son agitation choréique semblait plutôt avoir augmenté et coïncidait avec une faiblesse très-marquée. On voulut la lever ; elle ne put se tenir debout, et quand elle fut assise elle se laissa glisser à terre sans essayer de se relever. Depuis quelque temps, elle parlait peu; à partir de ce moment, elle ne dit plus un seul mot ; et, comme elle était incapable de faire aucun mouvement volontaire, on la faisait manger ; bientôt on s'aperçut qu'elle n'avalait plus qu'avec une grande difficulté.

„ Le 25 avril, la déglutition des solides étant devenue tout à fait impossible, on se contenta de la faire boire; il fallait même se servir d'une cuiller, et avec précaution; il arrivait assez souvent qu'on provoquait la toux, et l'on voyait alors les boissons revenir par le nez.

« Ce fut le 26 avril que, pour la première fois, voyant échouer toute médication interne, on se décida à la soumettre aux frictions et aux massages. Voici comment procède M. Laisné, le professeur de

gymnastique.

„ L'enfant étant couchée sur son lit, il fait d'abord un massage général des membres, et plus particulièrement des muscles du tronc, avec percussion légère de la main à plat sur les muscles du dos et sur

les masses sacro-lombaires ; frictions sm' les parties latérales du cou avec massage modéré des muscles sterno-mastoïdiens, et frictions sur la partie antérieure du larynx. Pendant cinq jours, ces massages furent répétés pendant une heure et amenèrent un peu de mieux. L'agitation sembla se modérer, et l'on put commencer, au bout de quelques jours, après les séances de massages, à faire exécuter à l'enfant des mouvements passifs.

1) Dans ces sortes de cas, voici la méthode de M. Laisné. Aidé de quelques personnes, il maintient d'abord l'enfant immobile pendant quelques minutes ; puis il commence par faire exécuter des mouvements rhythmés et très-réguliers. Ainsi, les bras de la petite malade étant en supination, le professeur saisit les poignets, et plie l' avant-bras sur le bras qui porte celui-ci directement en avant, puis en haut, et replace l'avant-bras dans l'extension. Arrivées au bout de cette course, les mains se trouvent élevées parallèlement au-dessus de la tête ; de là elles sont ramenées à leur point de départ, toujours suivant une mesure à trois temps bien accentuée.

» Cette manœuvre est répétée un grand nombre de fois avec beaucoup de régularité.

» Les extrémités inférieures sont soumises à leur

tour à des mouvements analogues de flexion et d'extension, suivant une mesure à deux temps.

» Ce fut ainsi que, pendant plus de huit jours, on procéda à l'égard de la petite malade en question; au bout de ce temps, la dysphagie avait disparu ; l'agitation s'était modérée.

» Le 3 mai, l'enfant semble sortir de son état d'apathie et essaye de parler; elle commence à pouvoir manger sans étouffer. Mêmes massages, mêmes exercices durant une heure tous les jours.

M Le 9 mai, on la lève ; elle se tient bien assise et parvient à faire quelques pas.

» Le 12 mai, elle marche assez bien pour descendre au jardin et reprendre avec ses compagnes les exercices gymnastiques qu'on mesure à ses forces. Il n'y a presque plus d'agitation ; mais le bras droit reste paralysé, et la jambe droite est plus faible que la gauche. A partir de ce moment, on abandonne les massages généraux et les exercices couchés ; on se contente de frictionner chaque jour les membres du côté droit, restés plus faibles. La gymnastique, les bains sulfureux, du fer réduit et du vin généreux, constituent dès lors tout son traitement.

» Peu à peu son bras reprit de la force ; et main-

— 2tî3 —

tenant elle a recouvré de l'embonpoint , des couleurs, de la force, et il ne lui reste plus aucune trace de sa chorée.

» Obs. il — La nommée Louise D. . . , âgée de douze ans, entrée, le 17 mai 186/i, dans la salle Sainte-Catherine pom- une récidive de chorée.

» La première attaque de cette maladie remontait à trois ans. Dans la même année, elle avait été, à six mois de distance, deux fois reprise de cette maladie. Amenée les deux fois à l'Hôpital des Enfants, elle avait été rapidement guérie sous l'influence des bains sulfureux et de la gymnastique. Depuis cette époque , elle s'était toujours bien portée, lorsque, trois semaines avant son entrée (17 mai), elle fût prise, sans cause appréciable, des premiers symptômes de l'affection pour laquelle on nous l'amena.

') La mobilité de la figure fut chez elle le premier signe de chorée; les mouvements des membres, d'abord peu marqués, ne tardèrent pas à s'augmenter; enfin l'agitation devint excessive, et l'on se décida à l'apporter à l'hôpital.

» A son entrée, elle présentait tous les symptômes d'une chorée générale ; tous ses membres et sa figure étaient dans une agitation incessante. Elle

était incapable de prononcer seulement son nom ; elle essayait cependant de parler, mais ne pouvait y parvenir ; elle poussait des cris incohérents.

» Sans raison on la voyait rire ou pleurer tour à tour; sa figure était grimaçante et très-animée ; ses yeux injectés roulaient dans l'orbite ; ses pommettes étaient rouges, ce qui contrastait avec la pâleur anémique de l'intérieur de la bouche ; son pouls, assez fréquent, était faible et dépressible. Les battements de cœur, tumultueux, n'offraient pas à l'auscultation de souffle appréciable.

» Le 18, la nuit, très-agitée, s'est passée sans sommeil.

» Comme nous venions de constater sur la petite fille qui fait le sujet de la première observation, le succès des massages et des frictions, on confia cette nouvelle malade à M. Laisné. Après avoir essayé de la contenir et de la calmer, il pratiqua un massage et des frictions pendant trois quarts d'heure. Le reste de la journée, l'agitation de l'enfant fut extrême; cependant M. Laisné, étant revenu le soir, il la massa encore pendant quelque temps, et après cela l'enfant s'endormit.

» La nuit fut assez paisible.

» Le lendemain matin , l'agitation reparut, et

l'enfant poussait toujours des cris plaintifs. Son pouls, toujours un peu fréquent, était très-faible ; elle avait la plus grande peine à boire ; on lui donna du vin pur pour unique boisson.

» Nouvelle séance de massage et frictions pendant une heure. Dui^ant trois jours consécutifs, ce même traitement fut continué, et l'on put chaque jour constater une amélioration sensible. Et, comme le calme se rétablissait, M. Laisné, au bout de ces trois jours, fit exécuter à la jeune malade quelques exercices passifs, auxquels elle sembla apporter attention et prendre même un certain plaisir, malgré son agitation et la mobihté de sa figure, se souvenant des exercices gymnastiques qu'elle avait déjà faits lors de sa première attaque de chorée.

» Les séances de massages, frictions et exercices passifs, furent encore continuées pendant huit jours; et chaque matin, à la visite, on remarquait une notable amélioration. La mobilité des membres diminua d'abord ; puis ce fut la parole qui revint peu à peu; mais les mots étaient saccadés, et chaque parole semblait lancée avec effort. Enfin elle revint tout à fait à son état normal. Ce qui disparut en dernier, ce fut l'agitation de la face.

» Le 28, on la leva, et l'on cessa les massages.

„ Le 31, quinze séances avaient sum pour rétablir cette enfant; et, dès ce moment, elle fut assez bien pour pouvoir descendre au gymnase. Elle se rétablit rapidement et sortit entièrement guérie le 19 juin.

„ Obs. m. - Marguerite M..., âgée de dix ans et demi, entrée le 20 avril, fut atteinte, pour la première fois, d'une chorée, dont la cause paraît être une grande frayeur éprouvée par cette enfant trois semaines avant son entrée. D'une complexion délicate et petite pour son âge, la jeune malade est pourtant d'une bonne santé habituelle.

» Elle n'a jamais eu de rhumatismes.

„ A son entrée, on constate une chorée peu intense, mais particulièrement limitée au bras gauche. A l'auscultation, le cœur présente un bruit de souffle très-léger, qui accompagne le premier temps et se propage dans les artères.

„ Soumise au traitement ordinaire, loin de s améliorer, on vit peu à peu sa chorée augmenter et même se généraliser , sans toutefois acquéru- une grande intensité au point de vue de l'agitation.

„ Vers la fin du mois de mai, la chorée s'était tout à fait généralisée ; le caractère de l'enfant était changé ; elle était devenue fort apathique et restait

taciturne, comme étrangère à tout ce qui se passait autour d'elle. Elle était d'ailleurs très-faible, et ne pouvait marcher seule. Quand on l'interrogeait, elle ne répondait pas ; si on la pressait de répondre, elle faisait un mouvement des lèvres, jetait un regard hébété, puis détournait brusquement la tête et rentrait dans son apathie ordinaire. De jour en jour, la faiblesse allait en augmentant ; et son agitation choréique était peu marquée. Cependant sa figm-e était grimaçante, surtout quand on la faisait manger ; encore n'était-ce qu'avec la plus grande difficulté qu'on parvenait à lui faire avaler quelques cuillerées de soupe, en lui ouvrant la bouche de force et en les lui introduisant profondément.

» Le 8 juin, comme les phénomènes de dysphagie allaient tous les jours en augmentant, on se décida à la soumettre au traitement des massages. M. Laisné commença par des frictions sur tous les membres et un massage modéré sur les muscles du cou.

» Pendant huit jours, des frictions sur tout le corps et des massages furent pratiqués avec soin, et amenèrent graduellement la disparition de la dysphagie ; mais l'état d'hébétude et d'apathie persistait.

» On vit même quelques mouvements convulsifs dans les yeux, qui, joints à la pâleur de la face, à

la diminution de la sensibilité, et à la faiblesse et à la lenteur du pouls, firent penser à une affection cérébrale concomitante. (Calomel à dose fractionnée et grands lavements ; potion tonique).

» Ces phénomènes cérébraux durèrent du 8 au 12 juin ; et, pendant tout ce temps, l'agitation choréique semblait avoir disparu. Néanmoins, les massages furent continués. Enfin, le pouls reprit peu à peu plus de force et de régularité ; l'hébétude disparut aussi de même; et, le 20 juin, elle commença à parler et à mouvoir ses membres elle-même. On insista alors sur les exercices passifs sans néghger les frictions générales ; les forces revenant un peu à l'enfant, on essaya de la lever.

» Le 22, elle se tenait debout et faisait quelques

pas.

,) Le 25, elle alla seule au jardin et au gymnase ; dès lors on cessa les massages et les frictions, chaque jour étant marqué par un progrès. Le peu d'agitation choréique qui avait persisté, après la disparition des phénomènes cérébraux, cessa totalement.

„ On insista principalement sur l'usage du fer, du vin de quinquina et sur les bains sulfureux; et aujourd'hui l'enfant a recouvré toute son intelligence et est dans un état de santé parfaite.

» Ces trois observations sont remarquables à plus d'un titre : le début, la marche, la diversité et surtout la gravité des symptômes, de même que le retour rapide à une santé parfaite avec un même traitement, tout y a un intérêt réel.

» Chacmie de ces trois chorées a eu son type distinct : dans les observations 1 et 3, la chorée apparaît pour la première fois, tandis que, dans l'observation 2, il s'agit d'une récidive.

» Ce n'est que dans le premier cas qu'il y eut apparence de phénomènes rhumatismaux, mais seulement au début et sans persistance. Pour aucune, il n'y avait eu d'antécédents de ce genre.

» L'agitation n'a pas été la même pour toutes ; ainsi, tandis qu'elle constituait le symptôme prédominant dans l'observation 2, elle n'était qu'un phénomène secondaire dans l'observation 1, et presque insignifiante dans la troisième.

» Les troubles de l'intelligence, bien évidents pour les trois malades, ont acquis, spécialement dans l'observation 3, des proportions extrêmes ; et cependant l'idiotie apparente, qui a existé plus ou moins dans tous les cas, n'a laissé aucune trace après la disparition de la chorée.

>) La perte de la parole et la dysphagie furent

très-marquées chez les trois sujets. C'est, en effet, cette dysphagie qui, portée au plus haut degré, est un des points les plus intéressants, en même temps qu'un des faits les plus graves de l'histoire de leur maladie.

» Nous ne nous arrêterons point ici à donner une interprétation physiologique de ce phénomène. Qu'il nous suffise de faire observer qu'il marque une perturbation nerveuse, plus profonde que les mouvements désordonnés des membres. La déglutition, en effet, appartient à l'ordre des mouvements réflexes, qui jouent un rôle si considérable dans la vie organique, et dont l'accomplissement régulier est indispensable aux fonctions nutritives.

,) Les phénomènes cérébraux graves, rapportés dans l'observation 3, seraient peut-être rangés par certains auteurs sous le nom de rhumatisme cérébral ; mais ici, selon toute apparence, le bruit de souffle que présentait le cœur était purement anémique, puisque, aujourd'hui que l'enfant a recouvré une santé parfaite, ce bruit a complètement disparu. La chorée est, en effet, dans la plus grande majorité des cas, une expression d'anémie, d'atonie et de faiblesse générale, qui survient chez des sujets d'un tempérament lymphatico-nerveux. Dans ces condi-

lions, il y a défaut de pondération entre le sang et le système nerveux. D'où il suit si souvent qu'un traitement général tonique satisfera à la principale indication thérapeutique, en s' attaquant directement à la cause.

» Les toniques forment le fond du traitement que M. Blache fait suivre aux choréiques, qui se trouvent toujours en grand nombre dans son service à l'Hôpital des Enfants. Voici en quoi ce traitement consiste : gymnastique méthodiquement employée et exercices rhythmés par le chant, les frictions et massages, selon l'indication et l'intensité plus ou moins grande de la chorée. Tous les jom-s, le dimanche excepté, un bain sulfureux avec 125 grammes de sulfure de potassium, à 28 degrés Réaumur, et d'une heure de durée. Chaque jour, quelques tasses d'infusion de fleurs de tilleul et de feuilles d'orangers. Du fer réduit et du vin de quinquina, selon le besoin ; nourriture substantielle et variée ; vin coupé avec de l'eau minérale de Bussang ou de Spa.

» La gymnastique est pour nous un des moyens toniques et thérapeutiques les plus puissants ; les frictions et les massages sont de nature à activer singulièrement l'action du système capillaire de

la peau et des tissus sous-jacents, et, partant, les phénomènes intimes de nutrition. Les exer^ cices passifs ont, en outre, une action toute spéciale sur le système musculaire. En effet , les mouvements sont combinés de façon que les muscles, dont les puissances sont synergiques, se trouvent mis en mouvement d'une manière régulière et simultanée. Ces organes, inhabiles à se contracter spontanément et avec régularité, semblent tout à fait passifs. Ainsi, on plie et l'on étend les membres sans que la volonté du patient concoure a produire ces effets ; le plus souvent même , elle semble s'y opposer, et on ne les obtient qu'en déployant une certaine force. Mais, au bout de sept ou huit séances, quelquefois même à la fin de la première, la main du professeur suit les contractions, qui viennent à son aide d'une manière réguhère. La volonté n'avait qu'un faible empire sur le sytème musculaire; chaque jour, cet empire augmente, en même temps que les mouvements anormaux vont en diminuant de fréquence et d'intensité.

„ Si maintenant, étant indiquée la manière dont nous comprenonsl'action simple et toute rationnelle de ce moyen thérapeutique, nous voulons apprécier son utilité au point de vue de la durée des traite-

ments, comparativement avec les autres moyens employés dans la danse de Saint-Guy, nous n'avons qu'à faire remarquer avec quelle rapidité ont disparu les phénomènes graves que nous venons de signaler dans nos trois observations, en rappelant que les auteurs fixent à deux mois au moins la durée des chorées graves.

» Et d'ailleurs, que faire dans des cas aussi rebelles? M, Trousseau traite la gymnastique de moyen accessoire, et il accorde plus d'importance à la médication interne. Les résultats toujours incertains et quelquefois nuisibles de tous les traitements proposés jusqu'à ce jour, nous font penser autrement, tout au moins pour les médications qualifiées de spécifiques. Le chloroforme, l'opium, la belladone, restent inactifs. L'électricité exaspère souvent les mouvements, par la douleur qu'elle provoque. Le sulfate de strychnine a eu quelquefois des inconvénients très-graves, et le tarte stibié est bien souvent contre-indiqué par l'état général du malade. M. Trousseau dit avec raison, dans sa clinique : (1 Pourquoi le tartre stibié, chez des individus faibles et délicats comme le sont en général les choréiques? »

» C'est donc précisément par l'emploi des toniques

et de la gymnastique que nous parvenons à modifier l'état général de nos malades, et que nous leur permettons de vaincre l'action excessive et irrégulière du système nerveux : Sanguis moderator

nervorum. »

Je termine ici toutes ces observations bien longues peut-être pour le lecteur, mais nécessaires au succès de la cause de la gymnastique dans les hôpitaux.

Quant aux personnes qui désireraient des détails plus circonstanciés, sur tous ces faits, nous les engagerons à consulter les ouvrages suivants :

1° Delà chorée et des affections nerveuses, par M. le

docteur Sée, 1851.

2° Le ComjJte moral de l'assistance publique, pour

3° Le Moniteur des Hôpitaux, du 1" août 1854, Du traitement de la chorée, par la gymnastique, par M. Blache, médecin à l'Hôpital des Enfants, mémoire lu à l'Académie de médecine.

40 Du traitement de la chorée par la gymnastique, par le docteur Blache, rapport lu à l'Académie de médecine le 10 avril 1855, par M. Bouvier, médecin à l'Hôpital des Enfants , membre de l'Académie impériale de médecine.

5° Le Compte moral de l' administration de l'assistance

publique, pour 1863, etc., etc.

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