APPLICATION DE LA LANGUE LNIVERSELLE A L'ÉTUDE DE LA BOTANIQUE
Voici assurément la science qui peut le moins se passer d'une bonne nomenclalure ; les êtres qu'elle doit soumettre à son examen sont si nombreux , les accidents divers qui les différencient sont si multiples, les idées qu'ils suggèrent si abondantes, qu'on peut craindre que la parole ne puisse répondre à tant de besoins et coordonner tant de matériaux. L'insuffisance du langage, tant qu'il n'a pas usé méthodiquement de ses ressources , semble avoir condamné celte science à rester stationnaire. Les plus savants concentrent leurs efforts sur quelques points où ils rencontrent encore la difficulté que nous signalons , mais où ils trouvent pourtant des objets d'étude pleins d'intérêt : ceux-ci, comme les amateurs de quelques variétés, s'attachent à étudier, à réunir, h coordonner, à nommer même certaines plantes qui n'ont entre elles que des nuances peu différentes. Ils croient avoir découvert ce qui a été découvert cent fois avant eux , et la science n'avance pas d'un degré , malgré les efforts studieux auxquels ils se livrent. Des botanistes exercés dans les travaux de la chimie ont à coup sûr trouvé le meilleur moyen de tirer quelque parti de cette science ; ils analysent les principes substantiels de certaines plantes et en tirent des sucs nourriciers ou salutaires qui rendent de véritables services à l'alimentation ou à la médecine. Certes ce sont là de véritables avantages pour la société; mais ils sont produits par d'autres science» que par la botanique proprement dite. Pour celle-ci, semblable à ces corps d'un volume si considérable qu'on ne peut ni les embrasser, ni les étieindre, elle échappe aux travaux des natura-
130 APPLICATION ADX SCIENCES.
lisles. Â peine si Ton peut faire le tour de celle branche colossale des connaissances humaines, l'esprit en est réduit à s'arrêter au milieu de tant de termes confus , et les derniers venus peuvent à peine , malgré leurs recherches persévérantcts, profiter des secours apportés par leurs devanciers à leurs études et à leurs observations.
Toutefois des botanistes de haute valeur ont compris tout ce qu'il y aurait d'avenir pour la science, s'ils pouvaient classer tous les êtres de manière à conduire par l'analyse au nom de l'individu. C'est à ce but que tendaient Linnéc et Lamark. Leur espril méthodique a laborieusement étudié les caractères qui pouvaient, à l'aide du scalpel, présenter des similitudes et des différences sur lesquelles on baserait un système. Lamark, après avoir épuisé les caractères de la fleur et de la corolle s'est attaqué à l'ovaire, aux étamines , aux feuilles, à la hampe même, etc. ; ses ingénieux travaux ont inspiré le goût de la science à ceux qui pénétraient avec répugnance dans cet obscur dédale. Linnée a coordonné les végétaux avec une telle simplicité que son système a été généralement adopté ; enfin Jussieu, par sa méthode naturelle, en imprimant et associant entre elles les plantes qui ofl'rent des rapports communs plus nombreux et plus importants, a imprimé à la botanique une impulsion dont le mouvement se fera sentir longtemps et doit être la source de véritables progrès.
Mais, nous n'hésitons pas à le dire, ces eflbrts n'auront jamais la fécondité qu'ils doivent produire tant que le langage ne s'associera pas à l'œuvre de l'analyse et ne fixera pas algébriquement dans la mémoire les données analytiques de l'étude. C'est cette grave lacune qui a paralysé à sa naissance l'admirable système de Linnée : lui qui avait si bien établi l'échafaudage de ses divisions, lui qui avait parfaitement réparti toutes les plantes dans leurs vingtquatre classes, qui les faisait descendre si aisément dans leurs ordres, puis dans leurs genres, puis dans leurs espèces, et qui nous avait ainsi fait assister au spectacle de décomposition analytique dont Cuvier devait plus tard ofi'rir la prodigieuse harmonie ; il s'est trouvé, plus encore que ce dernier, sinon entravé dans la marche de son génie , au moins arrêté dans Icssor qu'il devait im-
primer à son système, par les embarras du langage et par Tinsuffîsance des mots pour seconder cette importante analyse. Cependant, comme Ta dit un savant professeur (1) , l'opération à laquelle il nous<;onvie < est tout à fait semblable à la recherche d'un mot « dans un dictionnaire, où, pour trouver un mot donné, on est « obligé de chercher successivement la première, la seconde, la • troisième et les autres lettres du mot. » Cette perspective du système de Linnée est un véritable aperçu de notre théorie , qui définit les mots à mesure qu'elle les crée ; il n'y avait donc qu'un pas à faire après la classification de Linnée, et il semblait si naturel qu'il fût fait que le même professeur ajoute immédiatement, comme complément de cette première idée : « Un système botanique n'est « en quelque sorte qu'une table alphabétique de matières , où les « différents caractères de classe, d'ordre, de genre et d'espèce « jouent le rôle des lettres de Valphabet. »
La théorie du langage non seulement remplit l'attente des hommes qui ont entrevu le véritable problème à résoudre pour opérer eflScacemeot sur les nombreux matériaux offerts par l'histoire naturelle, mais elle leur apporte en même temps des ressources inconnues jusqu'ici et dont ils devront retirer un grand profit. En effet, notre méthode appliquée à la botanique nous permet de répéter ce que nous avons dit au sujet de la zoologie : 1"* elle classe les végétaux suivant les rapports de similitude ou de différence qu'ils présentent au botaniste, de telle façon que leurs caractères distinctifs soient tracés par le nom qu'on leur attribue ,' depuis le type le plus général jusqu'à la particularité la plus spéciale ; 2"^ elle enregistre avec soin tous les phénomènes que cette science a observés, les distingue de tout ce qui est étranger , les classe et même les définit parle terme dont elle détermine la signification ; 3*> elle prévoit les progrès de la science et ordonne les matériaux avec lesquels elle construit son édifice, de manière à ce que ces progrès prennent tout naturellement leur rang dans Téconomie du système, sans en contrarier la disposition et l'harmonie.
(1) M. G. Dclafoîssc , auteur d'un Cours élémentaire d*Uis(oire naturelle.
Wl APPLICATION AU\ SCIENCES.
1 Nous allons d'abord revenir un instant sur notre mode de for- « mation pour les radicaux ; les quelques mots que nous allons en « (lire 'seront suffisants pour rappeler à ceux qui l'ont étudié les « principes généraux sur lesquels nous nous appuyons , et pour 0 guider, dans Tinlelligence de ce qui suivra, les personnes qui a n'ont jamais pris connaissance de notre ouvrage (4).
« Le principe sur lequel nous fondons notre théorie des radicaux « est celui-ci : pour qu'un mot exprime réellement une idée , il faut « que V analyse de ce mat renferme l'analyse de Vidée qu'il repré- « sente. Il est donc nécessaire que les caractères ou les lettres dont « le mot est composé figurent les catégories diverses auxquelles le « mot peut être rattaché , depuis la plus générale jusqu'à la plus « particulière. De cette manière, en efl'et, les lettres mêmes du mot « donneront la définition de sa signification.
« Pour obtenir ce résultat, on peut partager toutes les idées con- « tenues dans les mots en un certain nombre de divisions repré- « semées dans le langage par des lettres ; la première lettre d'un u mot indiquera dans quelle grande division d'idées il faudrait « ranger celle qu'on veut exprimer. Si on partage de nouveau la « grande division , qui comprend une catégorie d'idées , en plu- 0 sieurs divisions moins compréhensives , ces classes pourront être « représentées par la seconde lettre du mot, et celle-ci figurera 0 ainsi une idée moins générale que celle exprimée par la première « lettre. En opérant de même pour une troisième division ou une « troisième lettre, on se rapprochera davantage de l'idée qu'on en- « visage ; enfin , en continuant , s'il est nécessaire » ces subdivi* « sions , on arrivera à déterminer suflBsamment l'idée qu'on veut « exprimer. Par exemple , a au commencement d'un mot- peut ex- « primer la manière d'être des individus; j peut, parmi ces ma- « nières d'être , déterminer l'idée de la sensation ; si maintenant , « parmi ces sensations, celle de la vue est attribuée à la lettre e , « le radical aje exprimera la même chose que les trois lettres du if mot vue , avec celte différence que aje nous apprend que la vue
(1) Voir le deuxième Tolume de noire Cours complet de Lnn§ue vniverseUe,
ROTAMQLE. 133
« est une manière d'êlre- des individus quaqd ils éprouvent une sen- « sation particulière à Torgane de la vue.
o Les divisions successives que nous opérons dans notre théorie « sur une idée plus générale sont, autant que possible, en nombre c décimal, c'est-à-dire qu'une grande division contient dix classes, • une classe dix ordres, un ordre dix genres, etc.
« Le caractère algébrique ou , plus simplement , la lettre qui c figure une grande division, est une voyelle; celle qui représente « une classe est une consonne ; celle qui indique un ordre est une « voyelle , et ainsi de suite en faisant alterner les consonnes avec « les voyelles.
« Ces lettres, dites radicales, sont au nombre de vingt : dix
consonnes et dix voyelles ; en voici le tableau :
ta 8
è ain
ô ou
pe
ke te
fe che
« Voyelles : a e i o u « Prononcez : a é i o u
« Consonnes : b g d v j « Prononcez : be gue de ve je
« Les dix voyelles suivies des dix consonnes donnent cent radi- « eaux ; ceux-ci suivis d'une voyelle en donnent mille de trois « lettres ; une consonne de plus produit dix mille radicaux de « quatre lettres , et ainsi de suite. De sorte que , d'après ce sys-
• tème décimal , il y aurait cent millions de mots de la longueur de
• celui-ci : « avarice, »
SI"
IVomenclatore des Téfrétaax.
La nomenclature des végétaux aurait pu, comme nous l'avons dit plus haut, résulter de la méthode de classification de Linnée. Cet illustre naturaliste présente un cadre complet sur lequel nous n'avions qu'à modeler notre système pour obtenir une définition de chaque végétal et préciser les espèces par l'algèbre de notre nomenclature. Nous n'aurions pas reculé devant cette tâche si la
13Zl APPLICATION AUX SCIJ-NCES.
science était restée où ce savant Tavait fait parvenir. Or, elle a évidemment progressé avec la méthode de Jussieu, et cette méthode est trop en harmonie avec les conditions de notre système pour que nous consentions à lui préférer un mode de classification qui, pour être plus fini, est loin de donner pleine satisfaction à Tintelligence. D'ailleurs, s'il est prouvé que la méthode dite naturelle est un progrès, et que l'établissement des familles par la subordination des caractères est, plus qu'aucun système, l'expression exacte des rapports que présentent les espèces comparées entre elles, notre mode de formation de radicaux doit se prêter à cette nouvelle théorie, si elle veut conserver le caractère d'utilité pratique et d'universalité que nous considérons comme son principal avantage. Ce sont donc les familles de Jussieu et de ceux qui ont poursuivi son œuvre qui vont servir de base à notre nomenclature. Nous comprenons tout ce qu'il y aurait à dire sur les perfectionnements que ce système a déjà subis, et nous n'avons pas la prétention d'opter en faveur du procédé de cet auteur contre les améliorations incontestables que des savants y ont apportées ; nous choisissons le chef d'Un système pour montrer comment on peut plier nos radicaux à ses idées théoriques. Nous croyons donc que des naturalistes devront compléter dans l'intérieur des familles ce qui est incomplet et inachevé, qu'ils modifieront même, comme l'a déjà fait M. de Gandolle, l'ordre de ces familles et leur point de départ ; nous leur montrons seulement comment ils pourront user de l'instrument que nous leur confions pour importer dans le langage et graver ainsi dans l'esprit les principes de leur cla3sification.
Nous acceptons ici le mode de classification qui donne naissance aux familles naturelles : ces familles ont des analogies nombreuses qui, tout en aidant l'étudiant et par conséquent la mémoire, offrent encore des généralités par lesquelles la Langue universelle conduit l'esprit jusqu'à l'idée particulière qui est l'objet de sa recherche. Pour faire voir comment nous avons réparti dans notre division décimale les iS classes de Jussieu , nous allons reproduire ici la formation des radicaux de la septième grande division de la Langue universelle, car nous ne pouvions réserver moins d'une de nos
grandes divisions à une branche si considérable de rbistoire naturelle. Tout mot exprimant un végétal commencera donc par la voyelle c (prononcez ê) qui signiGe 7 ; les deux lettres suivantes se déduisent de notre théorie des radicaux à laquelle nous emprunterons son tableau et les réflexions qui 1% précèdent.
CLASSES DE LA SEPTIÈME DIVISION (f).
Les classes de cette division sont rangées d'après la méthode de Jussieu, c'est-à-dire qu'elles désigneront les végétaux suivant les trois catégories auxquelles donnent lieu la disposition des feuilles séminales, premières feuilles de la plante, que Ton nomme aussi cotylédons.
i* La première classe contient les plantes qui sont dépourvues de ces premières feuilles, et qui ont été nommées pour cette raison acotylédones tb
Les deux classes suivantes renferment les plantes qui naissent avec un seul cotylédon, que Ton appelle monocotylédones, et qui sont distinguées par la position des étamines.
2« Celle qui renferme les plantes monocotylédones dont les étamines sont insérées autour de l'ovaire, et prenant le nom de mono^ périgynie fg
^ Celle où sont placées les autres plantes monocotylédones, c'est-à-dire qui ont les étamines insérées au-dessous de l'ovaire {mo' nohypogynie)^ ou au-dessus (monoépigynie), La première de ces divisions occupe sous celte classe les ordres caractérisés par les voyelles douces, et la deuxième division, les ordresque fournissent les voyelles fortes; réunies elles forment notre troisième classe cd
Les sept classes qui suivent sont réservées aux dicotylédones, dont le nombre est si considérable , savoir : les six premières à celles dont les fleurs sont bisexuelles ou hermaphrodites, et la dernière à celles dont les fleurs sont unisexuelles.
Les six classes des plantes dicotylédones dont les fleurs sont hermaphrodites seront distinguées par le nombre des pétales, savoir :
Deux classes pour les dicotylédones sans pétales (apétales) :
4^ Celles dont les étamines sont attachées aiuour de Tovaire sur le même pian horizontal, nommées péristaminies, ..... cv
5<> Celles dont les étamines sont attachées sur le réceptacle an niveau ou plus bas que l'ovaire (hypostaminies) ou sur le pistil luimême (épisiaminies) cj
Deux classes pour les dicotylédones qui n'ont qu'un seul pétale (monopétales) ;
6* Celles dont la corolle est attachée autour de la paroi interne du calice, et qu'on appelle pour cette raison péricorolle, . . . cp
7» Celles dont la corolle est attachée sous l'ovaire (hypocoroUc) ou «ir l'ovaire à son sommet (épicorolle) ; ces dernières ont reçu le nom de synanthérie, qnand les anthères sont réunies, et de chorisanlhéries, quand elles sont distinctes; les deux divisions sont réunies dans une seule classe cc
Deux classes pour les dicotylédones qui ont plusieurs pétales fpolypétales) :
80 Celles dont les étamines sont attachées autour de l'ovaire sur une des enveloppes florales (péripétalie) et
9° Celles dont les étamines sent attachées au-dessous de l'ovaire (hypopétaliè) ou au-dessus (épipétalie) sf
10<> Les plantes dont les fleurs sont unisexuelles et sur des sujets distincts, sont nommées diclines ch
TABLEAU DES CLASSES DES RADICAUX DE LA SEPTIEME DIVISION (f).
PLAFITE8.
Acotylédones eb
MonocotylédonesiP^^y''": «
{hypo et epigynes td
apétales (périgynes cV
à étamines \ hypo et epigynes., . tj
monopétales (périgynes cp
Dicotylédones J à corolles \hypo et epigynes., , tc
polypétales (périgynes et
à étamines \ hypo et epigynes,. , tf
\diclines ih
Jusqu'à ce qu'une classificatioa, aussi bien coordonnée que celle
de Cuvier pour les animaux, ait été appliquée aux végétaux, nous
rangerons les ordres d'après le tableau qui suit. On remarquera
qu'il ne renferme que les familles dites naturelles , telles qu'on les
' envisage aujourd'hui d'après Jussieu.
Les lettres indiquant un nombre pair, g, v, p, t, annoncent toujours les ordres de la nomenclature que l'on détermine par le caractère de périgynie; les lettres impaires, d,j, c, f, annoncent au contraire la détermination de Vhypogynie pour les cinq premières . voyelles douces, et de l'épigynie, pour les cinq voyelles fortes. Le cinquième ordre des consonnes impaires est, ainsi que le dixième de toutes les classes, réservé, sous ce litre autres, à la dénomination des familles qui ne sont pas exprimées dans les ordres précédents ; de sorte que la lettre u, après d, j, c, f, ne signifie pas autre chose que : autres familles qui ne sont pas comprises dans les Cidres qui précèdent. Il en est de même de la voyelle forte 8 après toutes les consonnes. De plus, quand le nombre des familles ira toujours croissant, par suite du nombre déjà connu ou des découvertes postérieures , les voyelles ti et 8 annonceront la suite numérique des familles déjà classées. Tant que le nouveau nombre ne dépassera pas dix, il y aura contact entre les voyelles u et 8, flguraot le titre autres, et les neuf premières voyelles qui correspondent aux chiffres 1,2,3, etc 9 (i) ; quand le nombre dépassera
dix , les voyelles et les consonnes se succéderont alternativement comme dans tout le reste de notre système. Les mots cdubi, cv8go indiquent : le premier, la treizième famille (bi) après cdo; le second, la vingt-quatrième famille (go) après cVa>. De cette manière, les quatorze classes que nous formons, et qui sont équivalentes aux quinze classes de Jussieu, pourront contenir chacune plus décent familles et 8*élever ainsi bien au-delè des besoins de cette théorie. En achetant la nomenclature, les lettres qui continueront l'analyse des familles commenceront régulièrement par le retour des consonnes.
(1) Vêir la formation des nombres , page 53.
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Hais le système de Jussieu restera imparfait tant que les savants n'auront pas apporté l'ordre au milieu de ces familles, en tombant d'accord sur les genres et les espèces que comprend chacune d'elles. Que si , par impossible , cet accord ne s'effectuait pas , et si la science était condamnée à tourner sans cesse dans le même cercle , ne pourrions-nous pas, en rapprochant le système de Linnée de celui de Jussieu, enfanter une nomenclature dont l'exactitude serait au moins satisfaisante , et qui donnerait une définition suffisante des espèces et de leurs sous-divisions.
Nous sommes, en effet, parvenus, avec Jussieu, à la troisième partie du nom de la plante , et jusque-là tous les botanistes paraissent à peu près d'accord ; mais les généralités étant épuisées pour la création des familles naturelles , rien n'empêcherait de revenir à une méthode artificielle qui a le mérite incontestable d'être également fondée sur l'analyse. La lettre que nous devrions joindre au nom de famille de Jussieu serait donc caractéristique de la classe de Linnée. Celui-ci consacre vingt classes aux plantes à fleurs hermaphrodites, trois aux fleurs unisexuelles , et une aux plantes dont les fleurs sont invisibles. Pour disposer ces vingt-quatre classes suivant notre système décimal, on pourrait peut-être ranger sous la lettre 6 les 10 premières classes de Linnée; la ii«, ou la dédocandrie , serait caractérisée par g; la i2« par d, et ainsi de suite, en réunissant toutefois la 14* et la 15« sous la lettre j, les trois classes 16% 17« et i8« sous la lettre p, et les trois classes 2i*, 22« et 23«, fondées sur la séparation des organes reproducteurs, sous la caractéristique f. Cette quatrième lettre ajouterait une connaissance importante à celle des trois premières, puisqu'elle nous enseignerait le nombre des étamines de la fleur, leur insertion, leur mode de réunion, la séparation des pistils, etc.
Voici le tableau des classes de Linnée avec l'application des consonnes décimales qui les formulent :
1 Monaodrie . . . \. . . . a
2 Diandrie. ...].... e
3 Triandrie. . . . 1. . . . i U Tétrandrie ... f ... . o
5 Pentandrie. .
6 Hexandrie* . .
7 Heptandrie. .
8 Octandrie. . . . f . . . . y
9 ËDDéaudrie. . 40 Décandrie. .../.... 8
b indique que Ton considère uniquement le nombre des étamines ; et les lettres qui sont en regard déterminent ce nombre d'après la nomenclature arithmétique de la Langue universelle.
il indique le nombre et la proportion inégale des étamimes.
il indique les différents modes de soudure des étamines , entre elles ou avec le pistil.
iX Dodécandrie . .g 12 Icosanderie. . .d is Polyandrie. . . v l(i Didynamie. .
i5 Tétradynamie.
16 Monadelphie .
i7 Diadelphie . .
i8 Polyadelpbie .
19 Syngénésie. . .c
20 Gynandrie . . . t
21 Monœcie. . . . ) . ,. , , .• j
x^ . . f . indique la séparation des organes re-
25 Polygamie . . . ( Producleurs.
26 Cryptogamie . .h
Ces consonnes , ajoutées aux lettres caractéristiques des familles naturelles, nous ramènent au système de Linnée. Nous avons donc tiré de la classification de Jussieu un immense profit, et nous allons puiser à celui de Linnée de nouvelles connaissances et de nouvelles définitions. Ainsi, le mot cvcbea, qui doit définir le laurier, nous apprend d'abord par la lettre s que nous avons affaire à un végétal ; par la lettre v, que cette- plante a deux cotylédons, qu'elle est sans corolle et que ses élamines sont sur le calice ; par la troisième lettre i, qu'elle a tous les caractères des laurinées , et comme cette lettre signifie 7, il nous montre son rang parmi celles des dicotylé-
BOTANIQUE. Ul
dones apétales périgynes, ce qui est un nouveau secours pour notre mémoire. La lettre b nous indique une des dix premières classes de linnée, et la lettre w (dans le calcul c'est le nombre 9) nous fait compter les neuf étamines de la fleur du laurier.
Les mousses et les fougères qui seraient confondues dans la même classe de Linnée » celle des cryptogames , se trouvent distinguées par leur nom de famille : elles auront pour nom cbch, cba>h ; tbi indiquant la septième famille des acotylédones , et cboa la neuvième , tandis que la lettre h finale représente la cryptogamie de ces végétaux
Nous pourrions multiplier les exemples , mais ceux que nous Tenons de présenter à l'appui de ces deux systèmes combinés prouvent suffisamment que notre méthode se prête aux classifications les plus variées. A plus forte raison aurions-nous pu suivre les divisions appliquées au système de Jussieu. Ainsi les rosacées qui, dans la classe des dicotylédones polypétales à étamines périgynes, sont au dix-septième rang, sont figurées par cttto» (8 qui équivaut à 0 représentant autres, et «a 9) ; les tribus de celte famille seront ttteb pour les rosées, ctHug pour les pomacées, ct8&>d pour les fragariées, ctb<h>p pour les âmygdalées, etc. On sait d'ailleurs qu'en ^ ajoutant une, deux ou trois lettres , on obtiendrait dix, cent, mille, sous-divisions pour ces tribus. Nous pouvons donc pourvoir à tous les besoins de la science.
Quant aux avantages attachés à cette nomenclature^ nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit au sujet de la nouvelle nomenclature zoologique. (Voir page iiO.)
Sn.
Nous pouvons dire des parties des végétaux ce que nous avonsdit de celles des animaux : que leur nombre est infini et qu'il est nécessaire, pour que les mots répondent k un pareil besoin, que la langue se prête k la variété prodigieuse des formes qu'elle doit
exprimer. Or^comme dous l'avons dit sur ce même sujet, en traitant des parties de Tanimal, le naturaliste, dans quelque pays qu'il soit placé, ne trouve jamais un instrument assez souple, assez fertile en créations pour répondre à de semblables nécessités. Certaines langues, comme le sanscrit, le grec, Vallemand et même Vajiglais, trouvent dans la composition de leurs radicaux quelques ressources dont elles usent avec avantage. Mais, d'abord, elles sont bientôt épuisées par les matériaux sans nombre qu'elles sont obligées de nommer ; ensuite la signification incertaine qui résulte de cette alliance de mots est plus propre à induire en erreur qu'à favoriser les souvenirs. Cette incertitude a tant de fois fait nattre des inconvénients graves, que les Allemands ont imaginé des roots d'une longueur démesurée pour donner, par les termes mêmes, des symboles de l'objet qui ne permissent pas de le confondre avec tout autre objet. Ces efforts, couronnés de si peu de succès, prouvent combien la science a besoin d'une langue bien faite; ils attestent l'impuissance non pas des créateurs de système, mais des nomenclateurs. Or, la science est étroitement liée à la nomenclature qui fixe dans Tesprit les progrès incessants dus à ses observations.
D'autres langues, parmi lesquelles nous placerons le français , ayant recueilli çà et là les mots qu'elles emploient, ont perdu la trace des radicaux qui leur servent de base, et sont contraintes de puiser à des sources étrangères la désignation des objets par la parole. Celles-là obligent trop souvent les savants à employer des périphrases pour reproduire les objets de leurs études, ou elles imaginent des mots qui n'on^pas d'analogie connue avec les objets, ce qui rend l'entrée de la science presque inabordable. C'est ainsi que les mots cuticule, lenticelles, cotylédon^ bulbille^ parenchyme^ stomates^ stipules^ cupule^ spathe^ etc., finissent par composer une langue dont la clé est dans les langues étrangères d'où ces mots sont tirés ; quand on connaît ces langues on n'a encore qu'une aptitude incomplète pour expliquer celle-ci : car les diverses significations de ces mots peuvent s'appliquer à des objets différents et ne déterminent en réalité qu'un point de vue dont il n'est pas toujours utile d'êlre préoccupé. Les périphrases qu'on est souvent
forcé d'employer et de varier retirent à cette étude cette forme exacte dont les sciences naturelles doivent avant tout être jalouses. Tantôt il est question d'un calice gamosépale, tantôt d'un calice à sépales soudés ; quelquefois les soudures appliquées aux carpelles verticillés et aux ovaires, produisent un ovaire multiloculaire polystyle; quelquefois les carpelles sont soudés par les ovaires et les styles à la fois : on dit que Vovaire est multiloculaire monostyle, à stigmate divisé, ce qui veut dire que l'ovaire a plusieurs loges, un seul style et plusieurs stigmates.
Notre nomenclature des parties des végétaux devra apporter de la clarté et de la méthode dans ces diverses descriptions : l'esprit ne se contentera plus de ces vagues aperçus qui glissent dans la mémoire parce que l'intelligence n'a pas achevé son travail. Forcés de nous rendre un compte exact de chacun des caractères qui entrent dans la composition d'un mot, nous ne ferons un pas en avant que lorsque celui qui précède sera terminé. I.a séparation profonde qui s'établira entre la partie didactique ou matérielle et la partie intellectuelle sera un guide sûr et une méthode commode pour faire progresser sans Confusion ces deux parties de la science.
Voici comment nous parvenons, h l'aide de notre nomenclature, h classer les objets si nombreux que le végétal nous présente quand nous procédons à son analyse :
Une des grandes divisions de la Langue universelle est consacrée aux objets que nous appelons naturels : la lettre y (prononcez ain) est la caractéristique de cette division. De même que tout mot commençant par la voyelle t indique un végétal , de même l'initiale y figure un objet naturel. A ce titre, y doit renfermer toutes les parties du végétal. Nous avons déjà vu que cette même lettre comprenait les parties de l'animal; on verra, dans notre application à la médecine, qu'elle sert aussi à classer les parties du corps humain.
La seconde lettre des radicaux étant une des dix consonnes b, g, d, etc., les classes yb, yg, yd expriment celles qui appartiennent aux objets naturels. Or, parmi ces dix classes, il y en a une destinée à ordonner tous les objets qui font partie du corps de l'homme (yj) ; une autre qui contient toutes les parties des ani-
iUU APPLICATlOiN AUX SCIENCES.
maux (yp) , et une troisième qui désigne tous les objets analogues chez les végétaux. La première de ces classes est ordonnée suivant une certaine distribution qui se présente fréquemment dans le cours de notre théorie ; la seconde emprunte à la première sa coordination ; la troisième établit une correspondance entre ses ordres et ceux que Ton a trouvés chez Tbororoe et chez les animaux, de telle façon qu'une légère attention suffira pour que la mémoire tire un grand proût de cette corrélation. On verra, à Tarticle de la médecine , ce qui concerne les parties du corps humain ; on a vu , dans notre application h la zoologie, ce qu'il y avait à dire sur les parties du corps de l'animal ; nous allons nous arrêter ici seulement sor la manière dont se subdivisent les parties du végétal, et sur le rapport qui peut s'établir entre ces parties éi celles de l'animal.
SEPTIÈME CLASSE DE LA HUmklIB OITISION (yc). Objets naturels relatifs aux Végétaux.
io Les objets naturels, prcTpr^menr dits, relatifs aux végétaux, sont les plantes, les herbes, les arbrisseaux, les arbustes, les /broussailles, les buissons, etc yca
2"* La charpente du végétal est dans la semence à l'état rudimeqlaire; celle-ci contient le germe, le pollen, l'amande, la graine, le pépin, la bouture, le drageon, etc yce
S<» Le tissu du végétal est formé de filaments , membranes , etc. ; il sert d'enveloppe, comme la coque, l'écale, la cosse, étc . yci
ti^ Le produit principal du végétal, c'est le bouton, l'œil, le bourgeon; les feuilles, le pétale ; la fleur, les corolles, l'étamine, l'anthère; le fruit, le légume, l'épi, l'oignon, etc. . .'..,. yco
5^ Son corps, c'est sa tige^ quelquefois herbacée comme l'épi, le
• tuyau, la hampe, le pédoncule; quand elle sert de nourriture aox
bestiaux, c'est le fourrage, la paille, le foin; dans l'arbre, c'est le
tronc, la souche, etc yca
6* La partie supérieure du végétal , c'est la branche depuis le brin, la broutille, la baguette, jusqu'aux branches-mères, sousmères; détachée, ce sera l'émonde, la ramée, etc yc«
nOTÂNlQUE. iA5
7^ La partie inférieure, c*est la racine, dont la partie supérieure est la souche; le collet, et la partie postérieure le chevelu, la radicelle, etc yci
8® Le végétal présente des fibres et de nombreux accessoires : les épines , les nœuds , les échardes , stipules , argots , cossons , nilles , etc ycy
9» Les vaisseaux sont épars ou réunis par faisceaux au milieu des tissus; ils sont cylindriques, en chapelet, ponctués ou poreux, rayés , annulaires, spiraux , etc yc<u
î^ Enfin, les sucs et les sécrétions des végétaux ont des pro* priétés importantes, ce sont : les gommes, les résines, les extraits huileux , comme Toléagine ; visqueux , comme le glutten , la glu ; «▼ec des propriétés enivrantes » comme l'alcool, etc. . . . . yc8
OBMtt D'ibiss M LA SKPTitifB cuan.^0àjeti nmtwrtlt retatifi mue Véçétaux (yc%
Proprement dits yca
Semence yce
Tissus yci
Produit principal yco
Tige ycu
Branche yc«
Raçjne ycc
Fibres et accessoires. ... ycy
Vaisseaux yc»
Sucs et sécrétions yc8
Quand on compare ce tableau avec ceux que nous avons offerts k la page 147, et qui ordonnent les parties matérielles de l'homme et des animaux, on est frappé par le rapprochement qu'on peut faire entre les ordres des classes yj et yp et ceux de notre classe yc. En effet , l'ordre yca, de même que les ordres yja et ypa pour Thomme et les animaux , considère le végétal sous le point de vue général que présente son ensemble; l'ordre yce est affiecté à la semence, qai contient la charpente du végétal dans son état mdimentaire; il
iU6 APPLICATION AUX SCIENCES.
est donc parallèle avec les ordres yje et ype, qui renferment respectivement les parties de la charpente de Tbomme et des animaux. Le tissu yci est parfaitement homologue aux tissus de l'homme et des animaux yji , ypi. Le végétal n'a pas, comme l'homme et l'animal , un siège pour les sensations où semble se faire le travail de la volonté; mais ces transformations régulières qu'il éprouve et qui font succéder les feuilles aux yeux, les fleurs aux boutons et les fruits aux fleurs, ne sont pas sans analogie avec les effets de la vie animale dont la tète, yjo, ypo, semble élaborer les divers phénomènes : nous remplaçons donc convenablement la tète, cette partie qui fait défaut dans le végétal , par les principaux produits (yco) de son organisation. Quant au corps du végétal, ce sera la tige , ycu ; elle est, en effet, analogue au corps ou tronc de Thomme et de l'animal, yju, ypu. Les membres supérieurs et inférieurs de l'èlre animé, yja, ypa, et yjt, yps, trouvent encore un parallélisme dans la partie supérieure du végétal, ycoc, qui est meublée de branches, et dans la partie inférieure, yjt, qui s'attache au sol et que Ton nomme ra-cines. Les trois derniers ordres sont analogues à ceux des deux classes auxquelles nous les comparons : car le végétal a , comme l'èlre animé, des fibres et dès parties accessoires, des vaisseaux , des sécrétions et des sucs particuliers.
L'harmonie que la nature semble avoir mise dans le règne animal et le règne.végétal a donc, autant que possible, été transportée dans la Langue universelle, et la troisième lettre du radical des mots qui peignent quelque partie d'un végétal ne sera difficile à déterminer pour personne, mais encore moins pour ceux qui auront connaissance soit de la zoologie, soit de la médecine.
A l'aide des dix ordres que nous venons de distinguer, nous ouvrons à la botanique un immense vocabulaire : en effet , une seule consonne à la droite de chacun de ces ordres procure dix radicaux, et ainsi les radicaux de quatre lettres sont au .nombre de cent, si ceux-ci sont encore développés en sous-divisions représentées par les dix voyelles a, e, i, etc., les radicaux de cinq lettres seront an nombre de mille; une nouvelle subdivision nous donnerait dix mille radicaux exprimant les diverses parties qui entrent dans la forma-
Uoo des végétaux; enfin, un mot de la longueur de celui-ci : roryl^dtm, admis dans notre nomenclature, supposerait Texistence de dix millions de radicaux au service de la langue du botaniste.
Cette quantité de radicaux serait loin de rassurer Téludiant si elle devait jamais composer le bagage du botaniste; mais, outre que Ton peut s'en tenir au nombre des termes usités jusqu'id , s'ils sont réellement suffisants, la Langue universelle, conduisant elle-même à la connaissance des mots, permettrait de décupler le nombre des mots reçus sans imposer un plus grand effort à la mémoire. Le mot ycovig signifie anthère ; mais quelle différence entre la connaissance du premier et celle du second 7 Pour celui-ci, il faut interroger une étymologie qui nous reporte sur Tétude de la linguistique et qui ne peut nous donner qu'un éclaircissement si vague qu'il nous induirait en erreur sur la partie désignée ; avec celui-là , au contraire , tout s'éclaircit : cet objet nalurel (y) fait partie d'un végétal (c) ; c'est un des principaux produits (o) delà fleur (v), et, dans la fleur, il fait partie de Tétamine (i) ; on voit au moins, si on n'a pas étudié les étamines, que c'est une des principales parties, puisqu'elle est la deuxième (g) dans la série décimale h, g , etc. f^ mot spongiole a, sans doute, une signification bien comprise par le botaniste, mais combien la partie qu'il désigne est peu définie pour l'étudiant ; d'abord il ne peut dire si c'est un végétal ou un animal : que s'il apprend que ce mot relève de la botanique, il ignorera s'il nomme un végétal même ou une partie du végétal, ou même si ce n'est pas une propriété attribuée h quelque individu de ce règne. Supposons qu'on Taverlisse qu'il est question de quelque partie du végétal; sur combien d'objets son attention ne se porterait-elle pas avant d'aborder au lieu même où il doit la rencontrer ? Toutes ces incertitudes disparaissent par notre procédé : dans yctjide nous trouvons l'objet naturel (y) qui appartient au végétal (c) dans la partie inférieure ou la racine (i) ; qui constitue non pas une racine , mais une partie de la racine (j), non pas au corps même de cette racine, mais h son chevelu (i) ; c'est sur une de ces fibres déliées (d) qu'on trouve un petit cône blanchâtre qui fait l'office de suçoir (e). Nos noms sont donc h la fois une définition et une théorie qui
intéressent encore plus rintelligence que la mémoire, et qui viennent au secours de Tune par l'autre. Ce que nous avons fait souvent valoir en présentant notre théorie du langage se présente ici comme ailleurs d'une manière frappante.
Le mot ycovig connu et fournissant à l'esprit la même idée que le mot anthère pour le naturaliste, nous procure bien d'autres ressources que ce dernier ; il nous rappelle la connaissance de six mots : 1" y est l'objet naturel; 2'' yc est le végétal ; 3» yco est le produit du végétal ; U^ ycov est la fleur ; 5° ycovi est Vétamine ; 6o ycovig est Vanthère. De même le mot yccjige» composé de sept lettres, nous rappelle la connaissance de sept mots : 1» y objet naturel ; 2° yc végétal ; S» ycc racine ; (i* ycij partie de racine ; 5« ycfji chevelu de la racine; 6° ycijid radicelle) V ycsjide spongiole.
Nous répéterons donc ce que nous avons dit sur ce même sujet à l'occasion de la zoologie : que le nom de toutes les plantes et ceux de toutes les parties qu'on peut distinguer dans chaque espèce sont, par notre procédé, créés avec une profusion dont la science aujourd'hui n'atteint pas la centième partie , et que , malgré cette multiplicité des termes, chaque mot porte avec lui sa définition avec une exactitude si rigoureuse et si aisée à saisir, que les plus savants na* turalistes, avec les anciennes dénominations, ne pourraient soutenir la concurrence de gens beaucoup moins habiles qui seraient armés de notre nomenclature.
SIM- MftBièrM «l'être reUtlTM »u Téyétel et à «m 9«r«lee.
La langue du botaniste ne se compose pas seulement des termes qui désignent les plantes et leurs parties : car les observations auxquelles se livrent les naturalistes les conduisent incessamment à des appréciations systématiques sur les végétaux, sur leur structure, sur leur organisation et mêmç sur leurs maladies. Si la Langue
BOTANIQUE. i&9
DDiverselle est disposée mélbodiqueraent et donne en réalité ia définition des mots qu'eljle emploie , il faudra que ce besoin, aussi impérieux que ceux auxquels nous avons déjà satisfait, reçoive luimême sa satisfaction.
Or, le végétal peut être considéré comme un individu , quoiqu'il ne jouisse pas de la propriété de locomotion qu'on attribue vulgairement à cette désignation de l'être. Npus l'avons rangé dans notre classification au-dessou§ de l'être animé (2* volume, page 17), et nous Tavons regardé comme confondu avec lui sous ce titre : être proprement dit. Son existence ne peut être comparée à celle des mioéraux , qui restent comme lui an lieu où la nature les a fait naître, mais qui n'ont pas, comme lui, cette circulation de sucs nourriciers qui ofi*rent une si grande analogie avec la vie animale. Puisqu'il nous apparaît comme un individu, il devra, comme celuici , jouir de certaines manières d'être que la science découvre à mesure qu'elle pénètre dans sa composition mystérieuse. Comme l'animal, il revendiquera donc sa place dans la grande division consacrée aux manières d'être de l'individu, c'est-à-dire qu'il fournira son contingent aux radicaux qui commencent par la lettre a.
En examinant le tableau des ordres d'idées compris dans la première division (1) , nous voyons en effet que le végétal occupe le septième rang dans chacune des classes dont les titres se trouvent répétés à la colonne verticale intitulée a. Ce numéro d'ordre (f) lui convenait d'autant mieux que c'est celui qui est affecté au végétal comme nous le voyons ici dans notre § 1^. Ainsi, le végétal étudié dans son individualité sera abt, dans son existence agi, dans son organisation adt ; son apparence sera déterminée par le radical initial, avt ; nous lui attribuons même un ordre que nous refusions à l'animal, l'ordre aji, qui- traite de ses sensations. Notre raisonnement, qu'on trouvera peut-être un peu subtil, est celui-ci : l'animal parait avoir des sensations analogues à celles de l'homme, et il
(1) Voir ce tableau daus le chapitre des applicaUons de la Langue univcrsetle i la médecine.
semblé impossible sinon qu'il existe, au moins que Ton découvre en lui une série de sensations différentes de celles que nous éprouvons ; le végétal, au contraire^ paratt privé de sensations, mais il existe certainement chez lui des phénomènes variés qui, d'après certaines analogies, pourraient au besoin être ordonnées parmi ces manières d'être. Il importait donc de ménager un ordre pour les phénomènes qui dénotent une dose particulière de sensibilité; il était d'autant plus naturel d'accepter cet ordre , qui n'offre qu'ua rapprochement encore éloigné avec l'idée de la classe, que les trois ordres suivants ne sont eux-mêmes que des rapprochements préparés en faveur de Tintelligence et de la mémoire, mais non pas commandés par la nature même de l'individu. L'acte des membres supérieurs apt, celui des membres inférieurs acc, et celui des autres parties du corps atc, s'appliquent, pour les membres supérieurs, aux parties supérieures de l'arbre, telles que les branches ; pour les parties inférieures, à la racine , et pour le reste, aux autres parties du végétal ; cette distinction a l'avantage de diviser les manières d'être de l'individu plus commodément, et pour ce qui le concerne spécialement et pour ses rapports avec les individus d'une autre nature. Enfin les ordres aff et abc, qui s'appliquent aux maladies des végétaux, complètent tout ce qu'il y aurait à dire sur leur individualité.
Pour achever la description des manières d'être du végétal, il faudrait répéter ce que nous avons dit précédemment sur les manières d'être de l'animal ; nous engageons donc le lecteur à recourir au S in de notre application au règne animal , et, en substituant partout l'idée et le mot de végétal à celui qui s*applique aux êtres animés, il reconnaîtra les avantages attachés à notre nouveau mode de dénomination.
<c Nous terminerons par quelques réflexions qui intéressent éga- <K lement les autres applications. Outre les ressources que nous proa cure la théorie que nous venons d'exposer, il en est d'autres qui « naissent de la formation même des mots grammaticaux et radia eaux qui composent la Langue universelle ; ces mots ont , en « effet , une série de dérivés dont le nombre centuple les richesses
« que nous venons d*éûumérer. La partie grammaticale (voir notre
a i^ volume) fournit pour chacun des radicaux que nous venons
9 de créer : Tadjectif, les verbes actif, neutre et passif, les parti-
« cipes présent et passif, et l'adverbe ; voilà donc sept nouvelles
« formes que chaque radical peut trjinsporter dans le langage de la
« science. Par exemple, tout radical commençant par une voyelle,
« et la consonne qui précède celle-ci indiquant Tespèce des mots
c dérivés grammaticalement , il en résultera que les expressions
« se multiplieront et donneront lieu à sept variétés. La partie radicale
9 de son côté (voir notre 2* volume, pages 261 et suivantes) pré-
c sente dix-huit modifications pour les radicaux, par la simple addi-
« tien d'une voyelle et Tintercalatiou d'une des six consonnes gram-
9 maticales après la première lettre ; ces modifications combinées
a avec les sept que nous fournit l'analyse grammaticale donneraient
c déjà un nombre de cent vingt-six modifications qui, multiplié
9 par chaque radical, produirait cent vingt-six fois plus de mots.
c Parmi ces modifications il y en aurait sans doute de superflues,
9 mais, sans compter les augmentatifs et les diminutifs, qui multi-
f plient par dix, cent, mille, etc., tous les radicaux de notre
c langue et qui peuvent être d'un emploi fréquent , il y a des mo-
« dificatifs d'une utilité permanente dont les sciences tirent un
« véritable profit t tels sont ceux qui sont relatifs aux études des
« diverses parties d'une théorie, aux individus qui se livrent à la
c recherche de quelque objet, qui rafleclionnent, qui le rejettent ,
9 qui le détruisent ; ceux qui remontent à la formation de l'objet
c indiqué par le radical, etc. Or, si nous entrions dans le système
9 que nous avons exposé (volume 2*, pages 283 et suivantes) sur
« la composition réciproque des éléments modificatifs des radicaux,
« nous produirions une suite de nouveaux radicaux qui multiplie-
9 raient les premiers par cent, mille et dix mille, etc., tout en con-
« servant, par la simplicité de leur formation, cet ordre métho-
c dique qui les fait entrer sans aucun travail dans le domaine de la
c mémoire et de l'intelligence. »