CHAPITRE VII
APPLICATION DE CA LANGOE CNIVERSELIE A L'ÉTCDE DES SCIENCES MEDICALES.
SI-
Impcrfecttoiis de la norneBclstare médicale*
Les sciences médicales sont assurément pleines d'intérêt et pour le corps social tout entier et pour chacun de ses membres en particulier ; les études profondes auxquelles est obligé de se livrer quiconque veut prendre rang parmi les hommes de savoir dans celle carrière peuvent être prolongées outre mesure ou même entravées, dans les circonstances les plus importantes, par le rempart insurmontable qu'opposent à tous les progrès Tinsuffisance et Tirrégularité du langage. Dans aucune autre branche de nos connaissances , les mots ne jouent un rôle aussi considérable; ils embrassent pour ainsi dire ici le cadre tout entier de nos idées ; il n'est guère, dans toutes les régions que la parole a dû explorer, de points si éloignés où la médecine n'ait pas été poser sa tente. C'est que l'humanité tout entière est sans cesse subordonnée à l'existence des individus qui la composent, et que la science qui embrasse l'homme physique ne peut négliger sans danger quelques-uns des matériaux offerts par la nature.
En jetant un coup d'œil sur nos grandes divisions (page 26), dans lesquelles sont rangées toutes les idées exprimées par les mots, on reconnaît bientôt la grandeur du théâtre sur lequel doit fooctionner la médecine. La première de nos lettres (a) représente toutes
MÊDECJISE. 211
les manières d'être de Findividu pris isolément; or que de choses dans ce grand canevas peut s'attribuer le médecin : non seulement le vaste cercle des maladies remplira les cases les plus importantes , mais il n'est pour ainsi dire rien qui soit indifférent à l'observateur dans l'existence et dans tous ses phénomènes, dans l'organisation du corps de l'homme, dans ses diverses apparences, dans les sensations et dans Faction de toutes ses parties. Parmi les manières d'être de l'individu pris dans ses rapports mutuels (e) se trouvera le corps médical lui-même chargé d'administrer les remèdes, de soulager l'humanité en pratiquant les opérations chirurgicales, ou en soumettant les patients au régime qui rétablira leur santé et rendra leurs douleurs supportables. Dans les manières d'être du monde moral (i), le monde physique ne reste pas absolument sans influence ; il a pu contribuer à développer l'idiotisme, la folie et tant d'autres misères qui attaquent l'intelligence. Les manières d'être des objets (o) ne sont pas toutes indifférentes au médecin ; quoique le plus grand nombre s'applique à l'exercice ordinaire de la vie, cependant il est telle propriété des objets qui intéresse à un haut degré l'art de préparer les remèdes. Il n'est pas jusqu'aux manières d'être du langage (u) qui ne puissent contenir tous ces traités ou ces savantes dissertations que les générations se lèguent successivement pour améliorer l'hygiène , la salubrité et les moyens d'apporter remède aux souffrances de l'homme.
Si des manières d'être nous passons aux êtres et aux objets, nous trouvons d'abord un embranchement considérable, celui des animaux (a), qui réclame pour lui seul toute une spécialité médicale ; pour Vart vétérinaire, dont l'avenir inconnu se lie incessamment aux besoins sociaux, nous avons dû créer des ressources aussi nombreuses que celles réservées à la santé de l'homme lui-même. Pour la santé des végétaux (c), si utile dans toutes les circonstances relatives à nos besoins, il se détachera peut-être bientôt quelque branche de la souche médicale, et les plantes comme les animaux s'adresseront à nous pour obtenir du soulagement dans leur désoifganisation ; en attendant, il faut déjà classer les nombreuses maladies qui attaquent les graines, les racines, et tous les végétaux
212 APPUCATION AUX SCIENCES.
domestiques. Les objets naturels (y) renferment les parties dont se compose le corps de l'homme, et par conséquent Fostéologie, l'analomie, tous les objets sur lesquels opèrent les chirurgiens, dentistes, oculistes, accoucheurs, etc. Les objets artiGciels de nécessité première (<») ne se rattachent à la médecine que pour la partie hygiénique ; mais les objets artiGciels de nécessité âecondaire (8) renferment tous c^s objets composés par les pharmaciens pour répondre aux ordonnances du médecin , et ces instruments sans nombre qui, depuis Hippocrate, se perfectionnent sans cesse pour réparer les désordres de la constitution ou de l'organisation humaine.
Puisque la science médicale, quelles que soient les classifications des idées, pénètre ainsi dans presque toutes les divisions, elle avait donc beaucoup à perdre sous le régime des langues mal faites, et elle aura d'immenses profits à retirer de la méthode rationnelle qui coordonnera ses découvertes.
Les hommes spéciaux dans quelque partie de la médecine n'ont pas besoin que nous leur rappellions les difficultés sans nombre dont la nomenclature de cette science est hérissée aujourd'hui. Les noms des parties du corps humain et tous ceux qui sont du domaine de la physiologie, de l'hygiène, de la pathologie, de la thérapeutique et de la matière médicale^ c'est-à-dire les mots qui composent le vocabulaire de la médecine, ne sont l'expression d'aucune méthode ; soit qu'ils aient été légués de peuple à peuple ou de génération à génération, sans qu'on ait aucune trace de leur origine, soit que, plus récents, ils aient été semés au hasard par leurs inventeurs, ils ne révèlent aucune suite d'idées, aucune analogie systématique qui permette à la mémoire de s'en emparer et à l'intelligence d'en tirer des principes ou d'en déduire ses conséquences. Aucune langue n'ayant jusqii'ici conduit méthodiquement ses radicaux pour les subordonner à la formation et à la liaison des idées qu'ils représentent, les termes qui nous sont venus de nos devanciers, dans quelque langue qu'ils aient écrits, ne sont pas plus favorables à la science que ceux dont nous sommes les créateurs ; les uns et les autres ont procédé de la même manière , c'est-à-dire au hasard.
MÊOECIME. 213
Quand nous reprocboos aux créateurs des termes de la science d'avoir forgé au hasard les expressions dont ils se servent, nous n'entendons pas qu'ils aient tous et toujours imaginé des mots qui ne se rattachent à aucune idée, ou de la matière qu'ils doivent figurer ou des circonstances qui accompagnaient leur création ; ce que nous voulons dire, c'est qu'en ne rangeant ces termes dans aucune classification ils les présentent isolément à l'esprit qui les reçoit à tout hasard sans saisir les rapports qui les relient entre eux. Ce n*est pas ainsi que procède la nature, notre grand modèle ; elle nous offre ses productions dans un cadre infini sans doute, ou dont les limites sont soustraites à nos regards, mais au milieu d'un ensemble dont les parties, enchaînées par des liens communs , semblent solidaires les unes des autres. Puisque dans notre faiblesse nous ne pouvons qu'imparfaitement imiter l'œuvre magnifique dont nous admirons les savantes dispositions, nous devions au moins suivre de loin cet exemple, surtout dans les nomenclatures qui servent de fondement aux sciences, et classer théoriquement chacune de nos découvertes, de manière à ce qu'elles figurent dans Tordre que leur assigne l'économie générale des systèmes reçus.
Pour n'avoir pas suivi cette marche, la médecine, comme tant d'autres sciences, s'est attardée dans la voie du progrès. Les étudiants ont perdu un temps précieux au milieu de ces termes plus ou moins étrangers dont ils ont dû surcharger leur mémoire. Ce lourd bagage ne leur a pas procuré les avantages qu'on doit attendre de provisions amassées laborieusement ; il leur a le plus souvent causé des préoccupations lorsqu'ils ont voulu conserver ou retrouver quelque objet de valeur ; il leur a occasionné des distractions dans les moments où ils devaient jouir de toute leur attention. Gomment, en effet, auraient-ils pu retenir dans toute la fraîcheur du souvenir ces expressions dont chacune pourrait avoir un historique particu* lier, oa exige pour être comprise la connaissance approfondie du grec et du latin.
C'est au grec qu'ont été empruntées les dénominations les plus nombreuses; c'est encore à cette langue qu'on a continuellement recours pour faire passer dans le langage les inventions ou les
21 /l APPLICATION AUX SCIENCES.
découvertes modernes ; par quelle singulière anomalie Tétude du grec vienl-elle , dans Tannée même où nous écrivons ces lignes , d'être retranchée du programme qui ouvre, en France, la carrière de la médecine? elle sera peut-être expliquée quand on demandera aux médecins de nos jours compte des radicaux dont ils se servent : ils ont conservé assez exactement les mots et leur signiCcation ; mais quant à leur origine et aux racines dont ils sont formés , ils n'en ont aucun souci. Faut-il leur en faire un crime? Non assurément : car eussent-ils consacré à ce travail philologique le temps précieux qu'ils doivent à la physique , à la chimie, à l'histoire naturelle et à tant d'autres sciences , ils seraient encore sans cesse exposés à feuilleter le dictionnaire pour retrouver le sens des roots qu'ils emploient. En effet , les expressions grecques qu'on rencontre dans les ouvrages classiques ne forment qu'une J)ien faible partie du matériel dont se composent les termes ooédicaux ; à moins d'avoir été initié aux traités spéciaux sur cette matière, un littérateur sera souvent forcé d'avouer son ignorance. La composition et la décomposition des expressions , au moyen des radicaux grecs , ne donneraient donc la clé du vocabulaire qu'à ceux qui auraient fait dans cette langue une étude toute spéciale.
Si nous justifions le programme du baccalauréat ès-sciences sur un point qui a pu choquer des susceptibilités respectables , c'est donc d'abord parce que nous reconnaissons qu'après de longs efforts une étude classique du grec n'éclairerait pas encore suffisamment un étudiant à son entrée dans la carrière médicale ; mais ensuite, et surtout, c'est parce que nous ne pouvons croire à la durée de la nomenclature actuelle.
En effet , les radicaux grées nous fournissent-ils toujours sur les objets à figurer des données que notre langue nous aurait refusées? éloignent-ils toute incertitude? renferment-ils une définition quelconque et suffisante de ces objets ? certes , si ces avantages étaient acquis au mode de formation des mots tirés du grec, nous mettrions quelque réserve dans la substitution de tout un système nouveau. Or , ces mots , péniblement extraits d'un idiome étranger , nous ramènent tout justement au même point que ceux dont nous ferions
MÈDECJNE. 215
emploi avec nos propres radicaux : c'est toujours un historique plus ou moins éloigné de la précision définitive de l'objet qu'il devient indispensable d'ajouter à l'explication des radicaux composants. Le mot hycide , qui est le plus souvent appliqué à un petit os situé à la base de la langue, ne p^ut à lui seul composer une expression déterminée, mais joint au mot qu'il qualifie, il peut nous rappeler un objet particuler. Vos hyoide est parfaitement connu des anatomistes , il leur représente un petit arceau os^ux attaché au cr&ne par des ligaments et composé de l'assemblage de plusieurs pièces susceptibles d'une certaine mobilité; eh bien, ces deux mots peuvent être remplacés par ceux-ci: os fourchu; ces derniers, comme les premiers, exigeraient sans doute une explication qui rappellerait la place qu'ils occupent , soit à la tête, soit & une portion déterminée du cr&ne, etc., mais ils laisseraient moins d'incertitude sur leur véritable signification. Qu'est-ce, en effet, que le mot hyoïde? c'est, d'après sa décomposition, la forme d'un upsilon (u, Miêç); or, il faut être averti qu'il s'agit de cette lettre prise comme majuscule oo comme minuscule; l'approximation déjà inexacte de la forme peut devenir beaucoup plus incorrecte par une fausse application de notre esprit. Outre cela , l'helléniste aura-t-il, du premier coup d'ceii, aperçu la signification que nous venons d'indiquer? n'aura-t-il pas compris , comme il était si naturel , que ce mot composé était formé par le génitif du mot grec vc, cochon, et signifiait ainsi forme de cochon; cette interprétation répondrait d'ailleurs à celle de l'apophyse de l'omoplate appelée coracaUdc (x6|M(£, tl^oc) , parce qu'elle ressemble au bec d'un corbeau. Cc^tte amphibologie est bien autrement sensible quand le mot grec luimême a plusieurs significations, ce qui est si fréquent dans cette langue ; comment le mot glénoide s'applique-t-il plutôt à une cavité superficielle et peu profonde dans laquelle s'emboîte la tète d'un os, qu'à tant d'autres significations, telles que forme de la prunelle , forme d'un rayon de miel , forme de poupée , ou même , en le faisant dériver de y^^vo^ , forme d'étoile , forme de lumière?
Quelquefois le radical , au lieu de mettre sur la voie de l'objet énoncé , induit en erreur celui qui poursuit sa signification à l'aide
de Téiymoiogie , parce qu'il prend le sens qui résulte des circens* tances dans lesquelles on le fait figurer : le woi trichame (rpixfiifioi^ chevelure), ^pplïquékh plique dite polonaise ^ rappelle suffisamment l'objet affecté de la maladie; mais il ne faudrait pas croire que le mot grec (O/siÇ , gén. rpixoç) présentât également partout l'idée de cheveux ou au moins du sommet où ils ont leur racine. Le trichiasis est une maladie des paupières , une affection des reins , ou même une maladie des mamelles; dans chacun de ces cas, l'idée de cheveu ou de poil se trouve impliquée dans l'espèce de maladie, maïs dans des conditions différentes : dans le premier , ce sont des cils qui . en se dérangeant, causent une irritation ; dans le second , c'est une substance assez semblable à du poil qui flotte dans l'urine ; enfin , dans le troisième, ce serait, suivant Aristote, un poil avalé qui, transporté par la voie de la circulation , causerait inflammation et suppuration à la mamelle. Cet exemple prouve assez que l'élymologie est loin d'être un guide assuré pour éclairer et conduire à la véritable signification du mot. Ne peut-il pas arriver que l'appréciation de la maladie, devenue différente par suite du progrès de la science, ne fasse dévier l'idée du radical qui s'y était attaché et ne constate une circonstance toule autre que celle dont le mot reproduisait le souvenir? c'est ce que nous pouvons voir tous les jours, et en particulier pour le trichiasis d' Aristote, si, comme le prétendent d'autres médecins, la cause ne réside que dans le lait caillé ^t grumelé dans le sein des nourrices. Le mot peut donc, par son radical, apporter ou la confusion ou l'erreur. Il est aussi dangereux quand il figure une circonstance assez éloignée et détourné notre attention du véritable objet qu'elle doit envisager : avec le même radical que nous venons de suivre dans diverses applications , on a aussi formé le trichismos^ et ici le mot cheveu ou poil joue un rôle tellement secondaire qu'il ne méritait pas d'apparaître. Trichismos signifie, en effet, fracture des os plats ; or , l'analogie avec le radical résulte d'une comparaison qu'il faut faire entre la fissure très-subtile dans ces fractures et l'épaisseur des cheveux.
Ce que nous venons de remarquer sur deux ou trois radicaux pris au hasard, s'observerait sur beaucoup d'autres empruntés au grec
OU au lalio ; la nécessité de ces emprunts prouve donc tout au plus i'indigence des langues qui y ont recours. Pourquoi les observateurs se sont-ils jetés dans cette voie? Pourquoi n'ont-ils pas ramassé sur leur route les matériaux propres ^ caractériser leurs idées ? Peut-être objectera-t-on qu'à son début la médecine a été livrée à l'empirisme et que l'étrangeté de mots inconnus à la foule répond mieux h toutes les doctrines qui craignent l'examen. Mais depuis longtemps cette science a, comme la chimie, rompu avec le charlatanisme grossier et marche sérieusement à la conquête de la vérité. Si donc les efforts qu'elle fait tous les jours, ses découvertes importantes, l'indépendance absolue des membres qui la cultivent n'ont pu tirer un meilleur parti soit des langues vivantes, soit des idiomes éteints, grec et latin : nous devons conclure que la formation des langues pèse de tout son poids sur cette science comme sur toutes les autres.
Cependant, de temps à autre, l'esprit de méthode inspire des hommes d'élite, et il surgit alors quelque système qui donne naissance à une nomenclature plus ou moins rationnelle. Cet accident heureux dans la vie d'une science se produit assez souvent chez les Allemands: leur langue, plus voisine que toutes les autres d'une langue vraiment théorique , leur permet d'organiser telle ou telle classification que les racines sctxonnes transforment bientôt. en nomenclature ; mais l'imperfection de ces racines elles-mêmes , qui, dérivées du sanscrit, n'ont pas conservé la pureté et la simplicité de leur souche , donne lieu à des inconvénients tout aussi graves. La myographie française , basée sur des rapprochements analogues, va nous en fournir un aperçu.
Au milieu de cet amas confus de mois, auxquels la médecine a été puiser en France, la myogrnphie , ou la description des muscles, s'est distinguée par un caractère particulier d'ordre et de méthode dans la nomenclature de ces organes. Le grec , le latin et le français font encore le fonds de cette nomenclature, et obligent ainsi la mémoire à se chaîner d'éléments hétérogènes , ou l'intelligence à faire des excursions dans le domaine philologique ; mais ce travail achevé, l'esprit éprouve quelque satisfaction dans la désignation
218 APPLICATION AlU^ SCIENCES.
des objets. Eo effet , comme les extrémités des muscles , ou leodineuses , ou aponévroliques , font mouvoir en divers sens les os sur lesquels ils sont implantés , il a paru rationnel de composer pour ces organes des noms qui rappelassent les os eux-mêmes qui sont mus par leur contractililé. Par ce procédé , le système musculaire s'est emparé de dénominations logiques qui , si elles ne se rattachent pas encore suffisamment à l'ensemble de l'organisation humaine, au moins offrent déjh l'apparence de ce lien qui enchaîne les parties au tout dans les créations naturelles. Le mot sphénopalatin est composé d'un mot grec (a^pi^v, coin) et d'un mot lalio {paîadnus); chacun de ces mots ne désigne son objet que par la vertu d'une comparaison : le premier , parce que Tos dit impair qui forme les cavités nasales, orbitaires , temporales, etc., est enchâssé contre les autres os comme un coin; le second, parce que, disent quelques auteurs, les dents sont rangées autour de la voûte parabolique du palais comme des pieux (paît). Il est donc vrai qu'outre la connaissance des deux langues mortes , il faut se rendre compte de leur application ; mais quand les radicaux sont devenus familiers, quand l'idée de muscle se Joint à leur signification sous cette forme, muscle sphénopalatin , l'esprit a une connaissance complète de l'objet énoncé en le rapportant k l'assemblage dont il fait partie. Les mots muscle cépheHopharyngiehy muscle épistaphylin ^ muscle stemo-mastoidien y eic.^ appartiennent seulement à l'origine grecque, comme les mots muscle lombo'huméral , muscle lambo-abdominal , muscle sacrospinal, etc. , dérivent du latin seulement, comme enfin ceux de colonne charnue^ som-^pineux , pUmti-souS'phalangien , peuvent être tirées d'une source française; les uns et les autres exigent sans doute , outre l'aperçu de leur situation respective, une certaine déduction philologique; mais ils n'entraînent l'esprit dans aucune considération détournée de leur objet principal; ils le conduisent directement sur le lieu même où cet objet a un rôle h jouer, et soulagent la mémoire par le souvenir des faits qui sont dessinés par les mots.
Ces efforts de la science attestent les besoins qu'elle voudrait satisfaire; ils sont un hommage rendu à la théorie que nous lui apportons; mais leur insuffisance va devenir évidente.
Pourquoi cette nécessité de faire précéder notre mot composé de ridée de muscle? C'est qu'en nous transportant au milieu des parties sar lesquelles notre attention est éveillée, il faut l'arrêter sur celle de ces parties qui doit tomber sous notre examen. Telle est l'impuis^ sance de l'expression composée qu'elle a besoin d'un auxiliaire pour fixer et définir l'idée. Pourquoi, s'il a semblé utile de composer un terme qui prenne à partie les objets en contact avec l'idée qu'il exprime, le mot muscle lui-même, pris dans sa généralité, ne se liet-il pas, par la composition de son radical, avec l'idée générale dont il relève ? Pourquoi ne distinguons-nous pas s'il s'agit du muscle d'un animal ou de quelque fibre d'un végétal ? Pourquoi, si nous reconnaissons une des parties d'un animal, ne pouvons-nous dire de quel animai, etc/T Ces diverses questions nous feraient remonter à la théorie que nous allons expliquer tout à l'heure.
U est une objection encore plus sérieuse que Ton peut faire à cette nomenclature des muscles comme à toutes celles qui sont copiées sur ce modèle : c'est la difficulté de présenter à l'esprit dans le langage l'objet ainsi ajusté à ses parties environnantes. Sans doute BD mot pourrait toujours être remplacé par la phrase entière qui le définirait; cependant noire esprit rejette cette forme, et parce qu'elle De peut être utile qu'à ceux qui font connaissance avec l'idée, et parce que, dans l'intérieur des pensées composées ou dans le raisonnement, cette idée occupe alors une place disproportionnée au rà\e qu'elle doit y remplir. L'inutilité d'un membre de phrase dans le discours serait déjà un inconvénient; mais dans l'explication d'une science hérissée toujours de diflicultés, elle devient un obstacle contre lequel l'intelligence vient se heurter. La création d'un mot est indispensable toutes les fois qu'une idée connue se présente fréquemment dans le discours, ou lorsque l'objet qu'il détermine figure^ un tout suffisamment appréciable. Privé de cet élément, l'esprit est détourné dans la voie de ses recherches par la périphrase qui Tégare dans les circuits de la phrase ; le but lui échappe quelquefois, ou, s'il l'atteint, c'est après une fatigue stérile; l'attention émoussée ne pénètre plus avec la même sûreté dans l'intérieur des pensées abstraites; la mémoire se c4]arge de maXériaux qui en*
travent sa marche; rinlelligence enfin attribue, comme malgré elle, une portée mal mesurée à Fidée développée, et suit avec difficulté les conceptions ou les descriptions les plus simples.
La création d'un mot est donc d'une importance plus grande qu'on ne peut l'imaginer pour la progression des sciences; mais les mêmes motifs qui la rendent nécessaire imposent aux novateurs une grande réserve et une sérieuse réflexion. Les mots nouveaux reuaédieront donc surtout aux inconvénients que nous venons dé signaler : ils seront proportionnés à la forme habituelle des autres expressions, et, s'ils doivent figurer des idées vraiment nouvelles, ils devront aussi ne pas affecter un extérieur, ou embarrassant ou démesuré, dans les proportions de la phrase.
La nomenclature des muscles, telle que l'ont faite les médecins fraix^ais, malgré sa supériorité sur celle des autres branches de la même science , n'a pas réussi à surmonter cette grave difficulté.
Il était déjà fâcheux d'être obligé d'exprimer le muscle le plus facile à déterminer par deux mots, de cette manière : muscle labial, muscle glossien, muscle pharyngien, muscle hyoïdien, muscle staphy^ Un, muscle rhomboïde, muscle crural, muscle péronier, etc. Celte forme, en effet, détruit l'unité de l'idée par la distinction des deux mots et embarrasse le discours ; mais cet embarras redouble quand le muscle est représenté par une double notion ou par sa double attache, tels que : le muscle alveolo-labial, le muscle glosso-pha" ryngien, le muscle pharyngo-palatin, le muscle coraco'hyoidien, le muscle thyrO'Staphylin^ les muscles sur et sous-costaux, les muscles vaste-externe et vaste-interne , le muscle {péronéo-saustarsien , etc. N'est-il pas évident que le discours perd de sa netteté au milieu de ces mots indigestes et que la pensée exprimée par la phrase est comme étouffée sous le poids de ses dénominations. Que seraitce si nous citions ici les muscles qui empruntent leur nom à une triple notion : le muscle hyo-condro-glosse , le muscle crico' arthénmdien-latéral , le muscle crico-thyro-pharyngien , le muscle stylo-cérato-hyoidien , le muscle petro-salpyngo-staphylin , le muscle scapulo'huméro-olécranien , le muscle petit-femorocalcanien , le muscle peronéosus-métatarsicn, etc. Une fois lancée dans cette voie
la oomeoclature o'a plus de limiles ; elle peut aussi bien désigner on objet par une phrase entière ; aussi trouvons-nous dans la myograpbie des noms encore plus compliqués, tels que : le muscle hyo-glosso-^fosi'phaiyngien , le muscle sus-opti-sphéno-scléroticien , le muscle moyen ou grand sur-marillo-labicU , le muscle grand ou petit trachélo'saus'occipital ; enfin on a poursuivi ces désignations jusqu'à ces termes : muscle epicondylosus-phalangettien du petit doigt, muscle peronéo saus-phalangettien du premier orteil (en latin : peroneo-infra-phalangeltianus primi digiti pedis)^ etc.
Il suffit d'exposer cette nomenclature pour faire comprendre de quel matériel elle surcharge la pensée exprimée par la parole ; or , si cette dernière doit tendre autant que possible à suivre Tesprit dans son rapide essor, on ne peut disconvenir qu'elle oublie ici le but proposé. Cependant, ainsi que vous l'avons dit, il y a dans ces désignations des muscles une idée théorique dont il ne faut pas se dessaisir ; elle reste dans cette branche d'anatomie comme uu de ces phares lumineux placés pour avertir des passes navigables et des écueils qu'il faut éviter.
D'ailleurs, à côté de ce système, si imparfait qu'il soit, les autres parties de la médecine sont couvertes de ténèbres pour la désignation des phénomènes : quelques essais de classification , ou restés k l'état d'ébauche, ou dénués de cette vertu qui entraîne les esprits les plus rebelles , ont apparu sans causer d'autre mouvement dans la science que l'introduction de plusieurs lermes nouveaux qui étaient aussi bien exprimés par les devanciers. Les tentatives , au lieu de faire avancer la nomenclature , ont donc retardé son avenir : ici ce sont des termes synonymes français comme : excroissance, élevure, enflure , extumescence , tumeur, ou bien : congestion , engorgement , engouement, obstruction, etc. ; là des radicaux grecs se mêlent à des mots français pour exprimer les mêmes faits : la fièvre bilieuse ou gastrique, ou méningo-gastrique, la fièvre bulleuse ou pemphigus, \^ fièvre continente ou synoque, la fièvre inflammatoire ou angiothénique; la fièvre jaune est tantôt fièvre tonique, idLïiiùi fièvre adyna-^ mique OU bilieuse, tantôt, etc. ; celui-ci appelle fièvre vésicatoire \e pemphigus ou la fièvre bulleuse ; celui-là, mécontent du mot al»
gide, abandonne la fièvre algide pour la fièvre phricode ; cet aaire exprime par adéno-méningée la fièvre muqueuse ou la fièvre pitui*^ teuse, etc. Celle confusion, que nous sommes impuissants à esquisser, se rencontre dans toutes les parties de la médecine. Sans examiner si ce résultat est dû à l'empirisme de quelques médecin» qui ont cru atlirer Taltention du public par la nouveauté de leurs expressions, ou s'il est créé par des besoins réels qui cherchaient leur satisfaction, nous le rappelons aux hommes de la science et nous leur demandons s'ils ne doivent pas ardemment désirer qu'une nomenclature placée sur des bases inébranlables vienne soutenir leur édifice.
Cette science, dont les progrès sont incessants, réclame il est vrai une grande mobilité dans l'expression, puisqu'elle indique les aperçus si différents de chacun des savants; c'est pour cela, suivant nous, que l'on doit poser des fondements solides sur lesquels les vérités et les erreurs, les connaissances acquises ou qui restent à conquérir puissent impunément être agitées sans que les données les plus générales et les plus sûres soient ébranlées^
D^nne novTelle IVomenelature*
Nous avons, dès le début de nos réflexions sur la nomenclature médicale, indiqué les nombreux points de contact qu'elle devait avoir avec toutes les divisions du langage; nous avons indiqué som* mairement comment elle se rattache à tous les embranchements de notre grande classification ; il faut maintenant pénétrer plus avant dans cette nouvelle théorie et exposer les principaux cadres dans lesquels nous rangeons les divers éléments dont se compose la médecine.
« Nous allons d'abord revenir un instant sur notre mode de for- « mation pour les radicaux ; les quelques mots que nous allons en «( dire seront suffisants pour rappeler à ceux qui l'ont étudié les
« principes généraux sur lesquels nous nous appuyons , et pour « guider, dans Tintelligence de ce qui suivra, les, personnes qui « n'ont jamais pris connaissance de notre olivrage (1).
« Le principe sur lequel nous fondons notre théorie des radicaux « est celui-ci : pour qu'un mot exprime réellement une idée , i7 faut « que l'analyse de ce mot renferme l'analyse de l'idée qu'il repré- « sente. Il est donc nécessaire que les caractères ou les lettres dont « le mot est composé figurent les catégories diverses auxquelles le « mot peut être rattaché ^ depuis la plus générale jusqu'à la plus « particulière. De cette manière, en effet, les lettres mêmes du mot a donneront la définition de sa signification.
« Pour obtenir ce résultat , on peut partager toutes les idées con- « tenues dans les mots en un certain nombre de divisions repré- « seotées dans le langage par des lettres ; la première lettre d'un « mot indiquera dans quelle grande division d'idées il faudrait
• ranger celle qu'on veut exprimer. Si on partage de nouveau la « grande division, qui comprend une catégorie d'idées, en plu- « sieurs divisions moins corapréhensives , ces classes pourront être
• représentées par la seconde lettre du mot, et celle-ci figurera « ainsi une idée moins générale que celle exprimée par la première « lettre. En opérant de même pour une troisième division ou une « troisième lettre, on se rapprochera davantage de l'idée qu'on en- « visage; enfin, en continuant, s'il est nécessaire, ces subdivi- « sions , on arrivera à déterminer suffisamment l'idée qu'on veut « exprimer. Par exemple , a au commencement d'un mot peut ex- «t primer la manière d'être des individus; j peut, parmi ces ma- « nières d'être, déterminer l'idée de la sensation; si maintenant, a parmi ces sensations, celle de la vue est attribuée à la lettre e , « le radical aje expriaiera la même chose que les trois lettres du « mot vue, avec cette différence que aje nous apprend que la vue « est une manière d'être des individus quand ils éprouvent une sen- « sation particulière à l'organe de la vue.
« Les divisions successives que nous opérons dans notre théorie
(1) Voir le deaxième volume de notre Cours complet de Langue universelte.
« sur une idée plus générale sont, autant que possible, en nombre o décimal, c'est-à-dire qu'une grande division contient dix classes, « une classe dix ordres, un ordre dix genres, etc.
« Le caractère» algébrique ou , plus simplement , la lettre qui a figure une grande division, est une voyelle; c^lle qui représente « une classe est une consonne; celle qui indique un ordre est une « voyelle , et ainsi de suite en faisant alterner les consonnes avec « les voyelles.
<c Ces lettres, dites radicales, sont au nombre de vingt : dix «> consonnes et dix voyelles ; en voici le tableau :
« Voyelles : aeiou. ac yw8 « Prononcez : aéiou âêainôou
« Consonnes :bgdvj p'ctfh « Prononcez : be gue de ve je pe ke te fe che
« Les dix voyelles suivies des dix consonnes donnent cent radi*
• eaux ; ceux-ci suivis d'une voyelle en donnent mille de trois « lettres; une consonne de plus produit dix mille radicaux de t quatre lettres, et ainsi de suite. De sorte que, d'après ce sys- « tème décimal , il y aurait cent millions de mots de la longueur de
• celui-ci : « avarice^ »
Dans les applications que nous faisons de notre théorie aux autres sciences, nous réclamons instamment une classification des savants, et nous suivons avec nos éléments les détours et les divisions les )[)lus multipliés de cette coordination des idées scientifiques ; il n'en sera pas de même ici : car la nomenclature médicale devant se faire jour sur les points les plus opposés du langage , embrassant à la fois les idées les plus diverses et s'attaquant aux grandes généralités comme aux spécialités les plus étroites, il devient nécessaire ou qu'elle subordonne les autres parties du langage à son système, oa que son rôle important soit prévu par le nomenclateur. Nous avons rempli cette dernière condition : l"» la physiologie , ou l'étude des individus pris isolément considérés dans leurs différentes manières d'èire, ainsi que la pathologie ou plutôt la nosologie,, sont comprises
dans noire première division A, et constiluenl ce grand embranchement qui relève tout entier de son domaine ; 2* la portion de la pathologie qui traite des causes et des symptômes des maladies, les opérations effectuées , la thérapeutique ou Fadministration des remèdes, enfin les fonctions diverses qui résultent de l'application de la médecine sont contenues dans notre seconde division E; c'est, en effet, dans cet embranchement que nous classons toutes les manières d'être des individus considérés dans leurs rapports mutuels ; or, l'exercice de la médecine suppose le sujet sur lequel se pratique Topéralion médicale ; il est donc une suite de l'organisation sociale déterminée dans notre système par la lettre E. F^ troisième division I, qui enregistre les manièi'es d'être du monde moral, renfermerait certaines maladies dont l'intelligence est affectée ; mais nous considérons dans cette division les désordres moraux à un autre point de vue que celui delà médecine, et nous les abandonnons comme les autres à la classification des maladies. Dans la grande division des manières d'être des objets se trouvent les propriétés médicales qu'on peut leur reconnaître. Dans la huitième division, où le signe Y est le symbole qui caractérise les objets naturels , tontes les parties du corps humain énumérées en anatomie prendront leur place ; enfin , parmi Tes objets artificiels de nécessité secondaire 8 se trouveront tous les objets dont la médecin^ fait emploi, soit pour adoucir les douleurs, soit pour soulager les parties lésées, soit même pour faciliter les nombreuses opérations chirurgicales auxquelles les patients sont soumis.
L'ordre suivant lequel ces différents objets vont être traités ne sera pas celui qui est indiqué par les lettres alphabétiques figurant les grandes divisions : afin de suivre scrupuleusement la marche de l'esprit humain dans ces graves études, nous débuterons par les résultats auxquels nous conduit l'anatomie, c'est-à-dire par l'examen des parties dont se compose le corps de l'homme ; nous exposerons ensuite la physiologie et la nomenclature des maladies , et nous terminerons par l'énumération des objets qui constituent principalement ce qu'on appelle la matière médicale. Cette marche, qui est commandée par l'analyse, base de tout notre système, fera ressortir
renchatnement des parlies de notre travail, et sa simplicité en fera saisir les principales dispositions.
S ni.
TVomenclature Anatomlqne.
Le travail anatomique conduit à distinguer, en les analysant, toutes les parlies qui forment la structure du corps de l'homme. Ces parties sont disposées entre elles avec une harmonie si parfaite que l'observateur reste confondu devant la combinaison méthodique qui les unit. Prétendre égaler la nature avec les ressources de Tart serait une chimère ridicule ; ce serait avec le 6ni chercher à composer Tinfini ; mais suivre son modèle et s'en approcher le plus près possible n'est pas irréalisable ; faire ses efforts pour atteindre ce bat limité, est un devoir pour quiconque a foi dans la science et veut favoriser sa marche.
Puisque tous les objets dans le monde semblent rattachés entre eux par des liens communs, une nomenclature générale de ces objets doit également unir par des anneaux plus oumoins étroits les termes qui les figurent à l'esprit. Nous n'avons rien négligé pour procéder de cette manière : de même que le monde physique et le monde moral, quoique opposés l'un à l'autre, sont pourtant soumis à une subordination mutuelle, de même les manières d'être du monde moral, représentées par la lettre initiale I» ont une opposition marquée par la forte correspondante Y, qui figure les objets physiques que la nature met à notre disposition.
Tout mot commençant par Y (prononcez ain) annonce donc nn objet naturel : or, les parties du corps humain devant être placées dans cette grande division, nous connaissons la première lettre des radicaux que nous cherchons.
Les objets naturels renferment bien d'autres sujets d'étude que le corps de l'homme ; nous n'arrivons à celui-ci qu'après avoir jeté un coup d'œil sur le monde entier, sur les globes célestes , sur l'atmosphère qui nous environne, et sur la surface de notre terre.
Placé dans la cinquième classe» le corps de l'homme aura pour figuraiiveia lettre j.
Le radical yj (prononcez ainj) exprime donc le corps de l'homme; il place celle idée dans la situation relative qui. lui convient dans Tensemble des choses créées ; il sert de point de départ à la nomenclature anatomique, de sorte que tout radical dont les premières lettres seront yj indiquera quelque partie du corps de Thomme. Le j, comme on le verra tout à Theure^ dans la grande division des iodividualités, désignera la sensation (aj), qui n'est pas le moindre caractère de l'homme physique; cette relation et beaucoup d'autres servent à relier entre eux , et aussi dans notre mémoire , les éléments de nos connaissances ; c'est aussi dans la cinquième grande division que se trouvent les manières d'être du langage, de cet artifice merveilleux dont l'exercice paraît être le privilège exclusif de r humanité.
De la classe yj nous descendrons dans les différents ordres qui lui appartiennent , en faisant suivre ces deux caractères des lettres a, e, i, o. M, a, I, y, «, 8.
Avant d'introduire les savants au milieu de notre système ^ nous ne saurions trop leur répéter qu'après avoir assigné à chaque idée générale la place qu'elle doit occuper dans le grand cadre du langage, nous ne prétendons pas leur imposer une classification théorique. Chaque science doit recevoir telle coordination que les hommes spéciaux lui assigneront. Nous montrons par notre travail que cette classification est possible, et nous le prouvons par un exemple frappant. Quoique cette réalisation nous ait pu coûter d'efforts, nous l'abandonnerons sans surprise ni regret, aussitôt qu'une théorie plus méthodique ou plus appropriée à la science aura été proposée # Notre
but est avant tout de conduire dans une voie nouvelle qui présente une source inconnue de progrès ; le paradigme que nous offix)ns ici et dans toute notre théorie a été mûrement élaboré, mais s'il peut subsister jusqu'à c*e qu'un plan meilleur l'ait remplacé , il ne doit prétendre qu'à ce genre de succès, et il laisse le champ libre à toutes les classifications fondées sur des principes plus conformes à l'esprit de la science.
ORDRES DE LA aNQUlÈME CLASSE DE LA HUITIÈME DIVISION (yj).
Le premier ordre (a) est, dans tout noire système, composé des idées les plus générales ; il figure donc ici la signification la plus étendue et la moins particularisée des objets tirés de la nature de Thomme ; ce sont les substances propres des viscères ; les cartilages, les fibres, les tendons, les ligaments, les réseaux, les plexus, les ganglions, les capsules, les gaines; l'expression la plus large des excroissances, des canaux et des ouvertures ; enfin , les restes du corps après la mort (1) yja
Le second ordre (e) , consacré à la charpente du corps de Vkamme, donne en réalité naissance à la nomenclature ostéologique ; il con-
(1) Presque tous les mots contenus dans cet ordre pourraient être considérés comme des manières d'être des objets, et ainsi reportés à la grande division o; mais, outre qu'il est avanUgeux pour la science de trouver autour de aoijes termes qu'elle emploie et de ne pas trop diviser ses matériaux, H n'est pas moins certain que ces manières d'être se traduisent presque immédiatement en objets : les mots graisse, ganglion, vaisseau, valvule, etc., sont des manières d'être qui figurent en réalité des objets. Il ne faut pas oubUer, toutefois, que notre système permet de les considérer comme objets dans la division y, ou comme manières d'être dans la division o ; ce double point de vue précise nettement Hntention de c^lul qui se sert de telle ou telle expression. Cette note s'applique à toutes les idées qui peuvent ainsi être envisagées sous un double aspect.
tient, avec le squelette entier, toutes les parties qu'on distingue, soit dans la tète, comme Tos pariétal, l'os temporal, Tos sphénoïde, l'os etbmoïde , etc.; soit dans le trçnc, comme le sternum , l'omoplate, laclavicutejes vertèbres, etc.; dans les membres, comme l'humérus , le fémur, le cubitus , le radius , le tibia, le péroné , etc. ; enfin , les cavités , les apophyses et les appendices des os. . . yje
Le troisième ordre (i), comprend la dermographie, ou les di* verses parties de la peau; son tissu, les téguments, le derme, l'épiderme, etc. ; les excroissances: pupille, tubercule, lentille, verrue, ampoule, loupe, etc.; les excroissances inflammatoires: exanthème, phygma, pustule, phygéthlon, panaris, etc. ; les objets naturels sur et sous la peau; les objets accidentels : meurtrissure, caroncule, crevasse, désquammation, etc., etc yji
Le quatrième ordre (o) est fourni par la céphalotomie , ou la dissection analomique de la tête ; il renferme la tète proprement dite : cr&ne , vertex , bregma , sinciput , occiput , etc. ; la bouche : lèvres, langue, filet, amygdales, mandibules, etc.; l'œil: paupières, cornée, uvée, conjonr.tin, cryslallin, rétine ou ampbiblestroîde, etc.; le cerveau : cervelet , arachnoïde , dure mère , pie mère , episphérie censorium, etc.; et toutes ces nombreuses parties de la gorge , de Toreille , des cheveux, des dents , de la face et du cou. . , . yjo
Le cinquième ordre (u) est réservé k toutes les parties du tronc dont la tète ne fait plus partie; il donne la dénomination des différents organes qui rentrent dans la composition de cette fraction importante du corps humain , les organes de la circulation : cœur, péricarde , oreillette , scrobicule , valvule tricuspide ou triglochine , etc. ; les organes de la respiration : poumons , bronches , plèvres , médiastin, etc.; les organes de la nutrition : œsophage, estomac, gaster, colon, épiploon, etc.; les organes de la reproduction ; les voies sécrétives, les parties antérieures ou postérieures qui se manifestent extérieurement, enfin les parties irrégulières ou spéciales yju
Le sixième ordre (a) est destiné aux membres supérieurs , depuis l'acromion, ou l'extrémité de l'épaule, jusqu'à l'extrémité des doigts yj«
Le septième ordre (i) flgure les parties des membres inférieurs^ depuis l'ischion jusqu'à l'extrémité des orteils yjc
Le huitième ordre (y) est l'éauméralion des divers muscles qui sont attachés aux os et les font mouvoir en sens divers ; ce sont les muscles exprimés par leurs Tonctions générales ; releveur , fléchisseur, curvateur, abducteur, extenseur, etc.; ceux qui sont en rapport avec la bouche: labial, glossien, styloglosse, hypoglosse, maxillo labial, sphéno palatin, etc. ; les muscles de la face : fronto nazal , nazo palpébral , mentolabial , peaucier , etc. ; les muscles de la tète et de toutes les autres parties du corps yjy
Le neuvième ordre (w) s'applique aux vaisseaux qui conduisent le sang : veines et artères ; et à tous les autres conduits ou canaux : chylifères, hépatiques, cholédoques, cystiques, etc yja>
Enfin , dans le dixième ordre (8) , nous rangeons les sucs et sécrétions; les sucs nourriciers : sang, chyle, chyme, etc.; les sécrétions ou liquides, comme : salive*, morve, larmes, bile, etc.; ou solides, comme: stéatôme, mélicéris, excrément, cérumen, etc.; enfin, les corps étrangers qui résident dans le corps humain , fruits de quelques sécrétions irrégulières, comme : pierre ou calcul, etc. yj8
Comme on le voit , les ordres ou la troisième lettre des mots qui commencent par yj , ouvrent l'entrée de la nomenclature anato* mique ; l'étudiant le moins versé dans cette science discernera sans peine, en voyant un mot écrit ou en l'entendant prononcer, s'il exprime quelque partie du corps humain (yj) ; il ne faudra pas une étude bien longue pour distinguer la signification des dix lettres qui forment les ordres yja, yje, yji, etc., c'est-h-dire pour retenir le petit tableau qui suit : ^
oaoïBs D*ioéE8 DB LA ciNQUihiE CLASSE. — Obitts uatvortU relatifs au corps de l'homme (yj).
Proprement dits yja
Charpente yje
Tissu yji
Tète yjo
Tronc yju
Membres sopérieurs yjoc
Membres inférieurs yjc
Muscles yjy
Vaisseaux yjw
Sucs et sécrétions yj8
Armé de cette connaissance , Thomme du monde le moins expérimenté se rendra un compte approximatif de l'idée représentée par le mot ; la langue pratique, c'est-à-dire les expressions usuelles du langage, l'auront d'ailleurs accoutumé à comprendre le sens de ces ordres sans même qu'il en ait appris leur disposition méthodique. Les mots organe, graisse, vaisseau, cadavre qu'il exprimera par yjabo , yjape , yjaci , yjafe lui auront depuis longtemps rappelé les objets naturels relatifs à l'homme dans leur généralité la plus étendue (1) yja
Les mots usuels squelette, articulation, crâne, mâchoire, humérus, fémur, rotule, etc., transformés par ceux-ci : yjebe, yjed, yjev , yjeYe, yjepe , yjece, yjecs, etc., rappellent la charpente du corps ou le radical yje
Les mots usuels épidémie, chair, enflure, verrue, ampoule, engelure, clou, pore, cicatrice, crevasse^ durillon, écorchure, eic.y transformés par ceux-ci: yjibeg, yjibo, yjigad, yjigo, yjig«, yjido, yjidf , yjive, yjipot, yjipi, yjicug, yjifi, etc., rappellent le tissu extérieur du corps connu sous le nom de peau^ ou le radical. . yji
Les mots usuels tête, bouche, lèvre, langue, palais, œil, paupière, prunelle, cerveau, ceiDelle, gorge, luette, gosier, oreille, tympan, sourcils^ cils, cheveux, barbe, dent, gencive, incisive, molaire, face, front, tempe, nez, narine, etc., transformés par ceux-ci : yjo, yjog.
(1) Nous supposons ici que la Langue unlverselie ait été fixée dans l'esprit conme nous apprenons la iangue maternelle piutôt par ia p:atique que par la théorie ; mate comme elle est, en réalité, la forme théorique de toutes les langues, eUe doit entrer dans la mémoire par le traraii de rinteiligence. Dans ce dernier cas, les mots usuels que nous citons ont été connus par la déduction méthodique, ec leur emploi fréquent dans la conTcrsaUon doit servir à familiariser ia mémoire avec la nomenclature sdentiique.
yjoge, yjogi, yjogo, yjod, yjode, yjodiv, yjov, yjovag, yjoj, yjoje, yjoji, yjop, yjopo, yjoce, yjoci, yjoco, yjoca. yjol, yjole, yjoiug, yjotuv, yjof, yjofe, yjofi, yjofo, yjofog, etc., rappellent le siège de nos sensalioDs, cette partie importante qu'on nomme tête , ou le radical yjo
Les mots usuels buste, poitrine, entrailles, cœur, estomac, intestin, foie, reins, côte, mamelle, ventre, nombril, bas ventre, dos, échine, fondement, etc., transformés par ceux-ci: yjube, yjubi, yjuby, yjuge, yjuvi, yjuvu, yjuv«, yjupe, yjuceg, yjuced, yjuco, yjucop, yjucu, yjute,' yjutib, yjutu, etc., rappellent toute cette partie du corps qui est indépendante de la tête et des membres, ou le radical yjn
Les mots usuels épaule, bras, bras droit, bras gauche, main, main droite, main gauche, poignet, doigt, pouce, index, majeur, etc., transformés par ceux-ci : yjobad, yjag, yjagab, yjogag, yj«v, yjavab, yjavag, yjaj, yjac, yj«ca, yj«ce, yj«ci, etc., rappellent les membres supérieurs ou le radical yja
Les mots usuels jambe , jambe droite, jambe gauche, genou, jarret, pied, pied droit, pied gauche, talon, orteil, etc., transformés par ceux-ci : yj«g, yjegab, yjtgag, yj«gi, yjtgo, yjsv, yjtvab, yjtvag, yjfj , yjsc, etc. , rappellent les membres inférieurs ou le radical, yji
Les muscles et les nerfs (1), quoique répandus avec profusion dans le corps de Fhomme, ne sont presque jamais distingués dans le langage usuel ; ce sera donc la théorie seulement qui se servira des nombreuses dénominations qu'exige leur connaissance ; ces mots muscle et nerf, transformés par yjyb et yjyf, seront les seuls qui, dans la conversation, rappelleront le radical yjy
Ce que nous venons de dire de Tordre précédent peut s'appliquer à celui-ci ; ce sont les mots artère et veine, transformés par yjcabe, yjubi, qui rappelleront, en dehors de la théorie, le radical. . yju
(1) Dans le 2* volume du Cours complet de Langue unif>enelie^ nous avions (page \9h) Indiqué les trois derniers ordres sous des titres différents de ceux que nous donnons ici ; le raisonnement nous a conduit à celte modification : car avec notre système, ce sera désormais l*inleUigence et non l'usape qui présidera à la créaUon ou à l'abandon des termes sclenUfiques.
MÊDEcir<m. 2S5
Enfin les mots usuels sang^ lait, sueur^ morve, larme, urine^ ex* a-ément^ crasse^ etc., transformés par ceux-ci : yjwg, yjHje, yj^pig, yj^pog» yjïipov, yjHpody yjbper, yj8Uk)b, yjHhtp, etc., rappelleront les sucs et sécrétions ou le radical yj8
Gomme on le voit par ces exemples, l'étude de la Langue usuelle, c'est-à-dire la plus simple analyse des mots le plus communément usités dans la conversation, nous fait pénétrer dans la théorie des sciences ; dans le langage se trouvent ainsi les éléments de toutes DOS connaissances, et celles-ci tendront à se vulgariser à mesure que notre procédé aura été compris et appliqué.
Nous voudrions pouvoir ici développer les genres d'idées qui dérivent des ordres indiqués ci-dessus ; nous suivrions dans ce développenaent la marche adoptée dans notre traité des radicaux où chaque classe donne naissance aux dix ordres qui en découlent ; mais les limites de ce volume, qui dépasse déjà toutes nos prévisions, nous force à présenter seulement le tableau synoptique de ces genres ; ce tableau met en évidence la quatrième lettre de tous les radicaux qui appartiennent à la nomenclature anatomique.
Ce tableau, qui peut être désigné par les deux lettres yj^ ajoute deux nouvelles lettres à ce radical. Il est Tormé par les ordres A»£, I, etc., qui sont rangés dans la première colonne verticale à gauche, et par les genres qui sont indiqués dans la première ligne horizontale h, g, d, V, etc. ; ces derniers caractères sont plus petits pour rappeler qu'ils doivent être placés après les autres. Chaque case a donc un nom déterminé, comme, dans l'analyse algébrique, un point est désigné par ses coordonnés. Les lignes horizontales ont pour appellation la grande lettre qui est à lenr gauche, et les lignes verticales les petites lettres qui sont à leur tète. De cette manière, une case qui est à la quatrième ligne horizontale (o) et à la troisième verticale (d), est désignée par od (1) et le mot yjod indique le nom de la case ^e ce tableau.
Les majuscules A, E, I, etc. (2), exprimaut les ordres d'idées que nous avons précédemment rangés dans un petit tableau ; les minuscules jointes aux premières complètent le radical poussé jusqu'au genre d'idées ou à la quatrième lettre. Le radical yjod, œil, s'analyse donc ainsi : objet naturel (y) appartenant au corps de l'homme (j) dans cette partie que nous appelons la tète (o), et plus spécialement l'objet nommé maintenant œil, oculus^ o^da^piôç, etc. . yjuv s'analyse: objet naturel (y) appartenant au corps de l'homme (j) situé dans cette partie du tronc dont la tète ne fait point partie (u), et servent comme organe de la nutrition (v) ; yjocd s'analyse: objet naturel (y) appartenant au corps de l'homme (j), particulièrement à ses membres supérieurs (a) et indiquant la partie antérieure ou l'avant-bras (d) etc.
Réciproquement, s'il fallait déterminer, sans avoir recours au dictionnaire, quelqu'une des parties du corps de l'homme, à l'aide de ta classification on y parviendrait aisément : le poignet est un objet
(1) voir aux appUcaUons de rariUiméUque : o signifie ktid 3.
(2) On remarquera que ces majuscules t>nt leur signification reproduite dans la colonne verticale b^ avec cette seule difl'ërence que nous ajoutons : proprement dit. Cela résulte de notre méthode qui nous fait toujours descendre du général au parUcuHer ; le premier genre ne difl^re de Vordre qui le renferme qu'en ce que celui-ci considère Tobjet d'une manière plus générale.
naturel (y) apparlenant au corps de l'homme (j), qui se trouve dans les membres supérieurs (a) et est placé au ciuquième genre d'idées (j) ; le mot transformé est donc yjaj. La lymphe est cet objet naturel (y) apparlenant au corps de l'homme (j), qui fait partie dès sucs et sécrétions (b) et qui figure dans sa spécialité au quatrième genre (v) ; le mot transformé sera donc yj^v.
Si l'idée est déterminée par la cinquième ou la sixième lettre, il faut d'abord passer par les quatre lettres que nous savons trouver; dans le cas où ses connaissances dans la nomenclature ne permettraient pas h l'homme du monde de pousseï^, sans le dictionnaire, jusqu'au nom défini de l'objet, la notion qu'il s'en formera satisfera presque toujours son esprit ; s'il ne pénètre pas comme l'homme de la science jusqu'au fond même de la signification, il en saisira suflSsamment pour suivre les raisonnements sur la matière et peutêtre pour prendre goût à la science. Il recule avec quelque effroi devant des mots de cette forme : kyste de Vathéràme , comet ethmoidal, acrochordoity conduit hygroblépharique^ muscle mylophat^ngien , etc. ; mais devant ceux-ci qui expriment les mêmes idées : yjajig, yjevug, yjigog, yjodep, yjyguc , etc. , il est d'autant mieux rassuré qu'il n'ignore pas que tous ces mots figurent des objets qui font partie du corps de l'homme (yj) ; que le premier détermine dans ce corps proprement dit (yja) une membrane particulière yjaj ; le deuxième, un os (yje) qui se trouve dans la tète (yjev) ; le troisième, un objet qui se rattache à la peau (yji) et figure une excroissance (yjig) ; le quatrième, une partie de la tète (yjo) , enfin l'œil yjod ; le cinquième, un muscle (yjy) qui est en rapport avec la bouche, yjyg, etc.
On a dû comprendre que l'initiale yj pouvait se supprimer dans l'étude même de l'anatomie, puisqu'elle signifie partie du corps de l'homme; il est vrai qu'en dehors de cette étude elle doit reparaître pour ne pas causer de confusion avec les autres classes caractérisées aussi par deux lettres. Cette observation s'applique à telle autre partie de l'anatomie dont on poursuivrait également l'étude : la nomenclature ostéologique étant annoncée par le radical yje, qui signifie ossement , toutes les fois qu'on se livrera à l'étude spéciale
MÊOECINE. 237
de Tosléologie, on pourra supprimer ces trois lettres initiales : ainsi jiepi siçmûe Vos cubitus; yjeviv, Vos sphénoïde ; yjeca, Vos sesatnoide; yjetub , la cavité glénoïde; yjefoj , Vapophyse coracoide , etc.; mais lorsque nous sommes assurés que notre idée se porte sur Tétude des os , il suffira d'énoncer ces mots par les lettres qui les définissent: pi, viv, c«, tub, foj, etc. C'est ainsi que dans certains cas, et lorsqu'il n'y a pas d'amphibologie, on supprime aujourd'hui le mot « os » et on dit le cubitus , le sphénoïde et peut-êire le sésamoide. Il est vrai qu'on ajoutera aux mots glénoïde , coracoide, etc., ceux qu'ils déterminent; pour nous, au contraire, les finales tub, fuj , etc., sont suffisantes, car le t indique une partie intérieure ou cavité , et le /'une éminence ou apophyse. De même, en ne perdant pas de vue qu'on s'occupe des muscles, le monosyllabe did indiquera le muscle optico-intusscléroticien; vîp, le temporoaunculaire; le mot pegaj figurera le muscle epicondylo sus phalangettien du petit doigt ; le mol cudu formulera le muscle métatarse sous phalangien du cinquième orteil ^ etc. ^
Lorsque le mot commence par une consonne, on reconnaît un genre d'idées, et lorsqu'il commence par une voyelle, on sait qu'il s'agit d'un ordre d'idées; celle dernière désignation semble préférable , parce que la description de telles parties du corps intéresse souvent des parties avoisinantes qui pourraient être confondues sans la lettre caractéristique de Tordre d'idées : les os que nous venons d'énumérer seront donc mieux transformés par epi , eviv , eca , etub, efoj, elc, et les muscles par ydid, yvip, ypegaj, ycudu , etc., en supprimant seulement les deux lettres yj, qui rappellent l'anatomie du corps humain.
La supériorité de notre procédé sur celui que le hasard a laissé introduire dans la science, est tellement évidente que nous pouvons nous dispenser de la faire ressortir. Chaque root, comme la science dont il relève, a son rang dans l'ensemble du langage; il introduit dans l'esprit une déduction méthodique qui conduit à l'idée qu'il exprime, et il porte avec lui sa définition. El pourtant là ne se bornent pas les avantages de notre nomenclature : les lettres , voyelles ou consonnes , ont entre elles des relations qui réveillent des ana-*
logies enire les idées et qui facilitent à chaque pas le travail de l'intelligence et celui de la mémoire.
La lettre e, qui caractérise la charpente du corps humain, est également affectée à celle du corps de l'animal , ype ; à celle du corps du végétal , yce ; à l'apparence de la constitution de l'individu , ave; on la verra figurer dans les maladies des os , afe, et dans un grand nombre d'ordres qui signifient quelque chose de semblable.
Les lettres i, o, u, oc, <, qui expriment: la peau, yji; la tète, yjo; le corps, yju; les bras, yja; et les jambes , yj«, se retrouvent fréquemment avec la même signification , soit que ces voyelles se présentent elles-mêmes dans les radicaux , soit que les consonnes correspondantes d , V , j , p , c les remplacent pour le même objet. Les apparences du corps de l'individu , qui nous ont déjà offert l'analogie , ave , pour la constitution , fournit encore avi pour la peau , avo pour la tête, avu pour le corps; de même l'analogie afe pour les maladies des os se poursuit pour les maladies de la peau, afi; pour les maladies de la tête, afo, etc. Les consonnes p et c, correspondantes de a et c, sont représentatives des membres supérieurs et des membres inférieurs dans ap et ac de la première division ; les muscles de la tête sont caractérisés par v (correspondante de o) « ceux du corps , des membres supérieurs et des membres inférieurs sont figurés par j , p , c (correspondantes de u, a, &) ; yjev, yjej , yjep, yjec, sont les os de la tête (v)j du corps (j), des membres supérieurs (p), et des membres inférieurs (c). L'examen du tableau yj offrira quelques-unes de ces analogies ; elles reparaîtront bientôt en étudiant la nomenclature des maladies , et on la retrouverait encore en suivant la théorie entière de tous nos radicaux.
La nomenclature anatomique se lie donc étroitement , par notre procédé , à toutes les idées du langage usuel ; elle offre un enchaînement qu'on n'avait pas encore pu lui procurer entre toutes ses parties; elle suit merveilleusement le travail de l'analyse , le seconde et fixe ses résultats sans la moindre peine dans l'esprit de l'étadiant.