‹ Applications de la théorie du langage qui donne naissance à la langue universelleChapitre 72 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

APPUGATION DE LA LANGUE UNIVERSELLE AUX MONNAIES, AUX POIDS ET AUX MESURES CHEZ LES DIFFÉRENTS PEUPLES.

Les monnaies, comme les poids et les mesures, chez lés diflférenU peuples, devraient depuis longtemps être ramenées à runiformité. Depuis que le commerce est activement établi entre les peuples, cette divergence dans les mesures et dans la valeur de Tunité qui sert aux échanges entraîne de nombreuses et de graves difficultés. Maintenant surtout que la vapeur, sur la terre comme sur la mer, rapproche les distances et ne forme plus qu'une grande nation commerciale de tous les habitants du globe, les causes d'erreur deviennent si Tréquenles qu'il parait plus urgent que jamais d'y chercher le remède.

L'adoption d'un système uniforme de monnaies et de poids et mesures ne suppose pas seulement la perfection de ce système, il faut encore que la routine ou le patriotisme inintelligent de certains peuples ne viennent pas faire obstacle à cette réforme; or, quand on songe qu'en France seulement il a fallu des efforts permanents et de longues années pour arriver à l'uniformité des poids et des mesures, on est en droit de craindre que le monde entier ne se soumette pas facilement à l'introduction d'un système unique qui contrarierait les habitudes des transactions locales.

La Langue universelle doit sans doute hâter l'ère d'unité qoi semble se préparer pour la société humaine , et, par conséquent, contribuer à ramener toutes les fractions des connaissances utiles à la vie sociale vers les mêmes principes; mais si nous la considérons aussi bien comme un moyen de transition que comme le lien qui réunira les nations dans un même faisceau, il est indispensable qu'elle se prête à cette double combinaison.

MONNAIES, POmS ET MESURES. &59

Autant qu'il est donné d'enlr'ouvrir le livre de l'avenir, on peut y voir que le système métrique ou une méthode analogue fondée sur la base du système décimal, prévaudra sur les systèmes établis. Plusieurs peuples se font initier à la connaissance des unités métriques et se proposent de les mettre en usage. Cet hommage rendu à l'initiative française sera tôt ou tard imité par les peuples lès plus jaloux de leurs institutions, et, tôt ou tard aussi, l'unité que nous rêvons pour ces moyens de transaction prévaudra contre l'indifférence ou l'aveugle opiniâtreté. Notre procédé, qui a lui-même pour base le système décimal, répondra donc au moment donné à ce besoin commun. Mais comme l'instant qui réunira les nations sur le même système peut être ajourné, même en supposant l'adoption de la Langue universelle, il importe que celle-ci accompagne les idées actuellement reçues, et, par sa transformation appropriée à chaque système, ménage la transition vers l'uniformité qui est le but. C'est d'ailleurs le caractère particulier de notre théorie : elle montre partout l'unité à laquelle on doit tendre dans les classifications et dans la nomenclature ; mais en attendant la réalisation de ce projet, elle s'empare des données actuelles, soit dans les lettres, soit dans les sciences, et transforme dans une nomenclature régulière et intelligible pour tous, les idées irrégulières ou trop diverses qui arrêtent les efforts de l'inteiligence.

Nous pourrions ici présenter la transformation de toutes les monnaies, de tous les poids, de toutes les mesures qui sont usitées dans les quatre parties du monde ; les bornes de ce volume nous interdissent ces développements ; mais la marche générale de transformation que nous allons offrir en quelques roots suffira pour ouvrir la voie à toutes les applications possibles.

Toutes les nations civilisées s'accordent entre elles sur les deux points qui importent le plus à leurs relations commerciales : sur la base de la numération et sur la base des échanges. Les nombres

pouvant être écrits ou nommés d'une manière différente et exiger ainsi une connaissance dont Fhabitude fait aisément triompher» an moins le travail considérable de l'esprit, qui résulterait de bases de numérations divergentes, n'est pas nécessaire : la base décimale entraîne toutes les, intelligences sur le même terrain et aplanit déjà une des plus grandes difficultés que le commerce inlernational aurait pu rencontrer. De même tous les peuples sont d'accord sur la base des échanges : l'or, l'argent et le cuivre. Pourquoi faut-il que là s'arrête depuis si longtemps la tendance vers l'uniformité, et que les différentes monnaies ou d'or, ou d'argent, ou de cuivre offrent des valeurs si différentes entre elles !

Nous le savons, la difficulté de s'entendre sur l'unité peut mettre obstacle à l'adoption des monnaies uniformes ; mais puisque le système décimal est appliqué pour énumérer ces unités, quelles qu'elles soient, n'était-il pas naturel de prendre aussi les unités décimales des différents ordres pour règle, de subdiviser ces différentes unités suivant les diviseurs exacts de la base 10, et de mettre ainsi les monnaies d'accord avec le système numérique dont elles subissent la loi ? Si ce progrès si simple, si naturel^ pouvait se réaliser, la connaissance de toutes les monnaies d'an peuple ne dépendrait plus que de celle de l'unité dont il fait emploi. Que le Français ne se hâte pas de condamner les autres peuples ! Lui, le fondateur de cet admirable système métrique qui sert d'origine à la valeur de ses monnaies, c'est d'hier et même d'aujourd'hui qu'il les régularise et les rend conformes à la base de la numération décimale.

Nous ne tentons pas ici de déterminer un mouvement décisif vers celte unité si désirable ; fidèles à notre point de vue, nous cherchons à faire connaître d'abord, par le nom qui les différencie, toutes les monnaies ayant cours, et nous montrons ensuite comment se déduiraient les noms distinctifs de ces objets dans le cas où ils seraient les mêmes chez tous les peuples.

L'application à la théorie de la Langue universelle esttoute simple, et les principes sur lesquels repose cette application ayant élé

POIDS ET MESURES. /i6i

décrits dans toutes les parties de ce volume, il serait inutile de les reproduire.

Or, la monnaie est un objet : elle doit donc avoir pour initiale une des voyelles y, &>, 8 ; cet objet est artificiel ; il se trouve donc dans l'une des deux divisions o), 8 ; il n'est pas d'une utilité première ; donc il est caraclérisé par la lettre 8.

Parmi les classes de cette division, la monnaie doit occuper un des premiers rangs : car si elle ne fait pas partie des objets de première utilité, c'esl-à-dire si elle ne constitue ni l'habitation, ni la nourriture, ni le vêtement, ni même le mobilier proprement dit, nous devons avouer qu'elle prend dans la vie sociale une importance telle qu'elle conduit à la satisfaction de tous ces besoins. Aussi, dans la grande division 8 se place-t-elle immédiatement après la classe b, qui résume dans toute sa généralité la division ellemême. Le radical 8g signifie donc monnaie^ autrement dit : objet artificiel de nécessité secondaire (8) destiné à figurer la valeur des objets et à faciliter l'échange commercial (g).

|o Pour définir par les lettres qui suivront les deux radicales 8g les espèces de monnaies difiérentes, nous allons supposer d'abord le cas le plus simple : celui où tous les peuples auraient les mêmes monnaies. La solution du problème qui en résulte sera en même temps applicable à cette uniformité qui, nous l'espérons, se réalisera tôt ou tard.

Dans cette première supposition, la nomenclature ne sera pas compliquée : car si elle présente une simple série d'objets indépendants les uns des autres, les dix voyelles qui suivront établiront des relations entre leurs valeurs ; et les dix consonnes suivantes désignant quelque chose de plus spécial, fourniront ainsi la définition de cent espèces de monnaies. Par exemple, la lettre a' étant affectée aux transactions faites à l'aide d'un billet qui vaut un payement en espèces, les neuf autres lettres pourraient être prises trois à trois pour les métaux que la société accepte pour symboles de l'échange. La série des monnaies serait alors déterminée dans ma tableau de cette espèce :

ex.

h62 MONNAIES,

/ papier «ga. '^

|8ge, la plus forte.

8gi, celle qui vient ensuite.

8go, autres.

s\ argent j^g», celle qui vient ensuite. iS j ^«g«> autres.

|8gy, la plus forte.

8g6>, celle qui vient ensuite.

8g8, autres.

Admettons, pour fixer les idées, que les monnaies françaises fussent universellement adoptées : 8ga serait notre billet de banque; 8ge la pièce de 40 fr. ; 8gi la pièce de 20 fr. ; et 8go les autres^ pièces en or ; 8gu la pièce de 5 fr. en argent ; 8ga la pièce de 2 fr. , et 8gi les autres pièces en argent ; enfin »gy la pièce de 10 centimes; 8gu celle de 5 centimes, et 8g» les autres pièces en cuivre. Les consonnes b, g, d, etc., achèveraient aisément celte nomenclature en descendant de la valeur la plus considérable b jusqu'à la plus faible h. On compléterait ainsi le système français : 8gob la pièce de iO fr. ; 8gog la pièce de 5 fr. en or; 8gib la pièce d'un franc ; 8gig le demi franc ; 8gfd la pièce de 20 centimes ; 8g8b la pièce de deux liards {\) ; 8g8g celle d'un liard ; 8g8d celle d'un centime.

Ce système définit non seulement la matière dont se compose la pièce, mais encore le degré de la valeur d'une pièce dans cette matière. Le radical 8gid signifie donc : (8) objet artificiel de nécessité secondaire, (g) servant à usage de monnaie, (u, «, g,) en argent, (c) n'arrivant qu'après les deux plus fortes pièces de ce métal, (d) et dans cette série la troisième. Ainsi, 8gcd est la cinquième pièce d'argent pour la valeur, c'est-à-dire la pièce de 20 centimes.

(1) Nous acceptons les monnaies ayant cours aujourd'hui, quoiqu'eUes doi^enl disparaître par suite de la réforme qui se poursuit*

Page 1