DES SIGNES ÉCBITS OU PHONOGRAPHIE
Nous devons à nos pères du respect et de la reconnaissance poar les découvertes qu'ils nous ont léguées ; leurs travaux nous ont mis en possession des immenses matériaux à Taide desquels nous reculons sans cesse les limites de notre bien-être ; mais il ne faut pas que nos égards pour les idées et les habitudes reçues nous empêchent de discuter le mérite des fondements sur lesquels nous élevons nos édifices. Or, les caractères dont se servent les peuples occidentaux pour représenter la parole par récriture, et l'assemblage de ces caractères composant ce que Ton nomme l'orthographe, sont-ils combinés de la manière la plus commode pour répondre aux besoins qu'ils doivent satisfaire ?
Pour qu'un système d'écriture remplisse les conditions désirables, il doit pouvoir être tracé avec facilité et promptitude, et lu de même. Examinons si le procédé usité aujourd'hui chez les peuples occidentaux jouit de ces avantages.
A l'exception d'une ou deux langues, telles que l'Espagnol et l'Italien, qui s'écrivent presque toujours comme elles sont prononcées, les autres langues ne mettent pas d'accord entre la prononciation et l'écriture ; ce qu'il faut d'étude pour peindre régulièrement la parole a donné même naissance à une science appelée orthographique, dont h difficulté ne peut être vaincue qu'après plusieurs années d'efforts persévérants. Nous comprenons que la séparation des mots de la phrase soit le premier effet de l'analyse grammaticale à laquelle tout être parlant doit être initié ; mais cette orthographe dite usuelle, cette série d'exceptions qui, sous prétexte de conserver l'historique des expressions, donne à
chacune d'elles un certain nombre de lettres sans valeur pour l'oreille et réservées exclusivement pour les yeux, cette difficulté qui arrête à l'entrée de la carrière quiconque n'a que peu de temps à employer pour la parcourir ; voilà ce dont on devrait débarrasser Tétude du langage chez tons les peuples. Les conséquences de cet embarras orthographique sont plus fatales qu'on ne pense à l'instmction du peuple : des enfants ont passé trois ans, quatre ans quelquefois, pour apprendre sans succès la lecture et l'écriture ; cependant on rencontre cbex ceux-là même qui échouent des idées développées, une intelligence heureuse et un fonds de jugement bien digne d'être cultivé ; mais la nature leur a peut-^re refosé cette souplesse spéciale de la mémoire qui saisit et retient des mots sans ordre, sans liaison, indépendants de toute signification. Si les parents sont assez fortunés pour faire persévérer ces enfants dans leurs études, arrivés à l'Âge et aux connaissances ou le jugement et la raison jouent le principal rôle, ils effaceront leurs camarades plus précoces, et, par la maturité de leurs réflexions, étonneront leurs instituteurs. Or, dans la campagne ou chez les artisans des villes, il est quelquefois impossible de laisser séjourner les enfants plus de deux ou trois ans dans les écoles. Eh bien, grâce à un langage écrit mal combiné, à des principes orthographiques livrés au hasard des conventions, voilà des hommes, destinés peut-être à éclairer leurs semblables , restés à l'état complet d'ignorance, et offrant cette singulière anomalie, trop souvent remarquée dans la société : l'ignorance unie à une intelligence supérieure.
Cette difficulté de la lecture et de l'écriture est encore précédée par celle des caractères même qui sont usités pour analyser l'une et l'autre. Aucune des analogies qui peuvent subsister entre les sons ou entre les articulations n'a été prévue ni ménagée* Il faut apprendre à reconnaître et à tracer de vingt à trente lettres détachées qui sont rangées dans un ordre aussi imprévoyant, aussi irrégniier; or, ce premier effort de l'enfant il ne faut pas moins que l'amour maternel pour en triompher. Malheureusement il y a encore bien d'autres efforts à faire pour s'approprier la combinaison de ces caractères entre eux, et là encore les législateura de l'alphabet ont
ou PHONOGRAPHIE. 681
laissé tocU, oa presque tout, à Tarbitraire des cooventions et de la routine. Les formes bizarres des lettres, pour être tracées régu- Uèremeot, offrent une autre dil&culté. Enfin, par combien de travaux ne faut-il pas avoir passé pour posséder ces deux mécanismes si compliqués : la lecture et récriture !
Démontrer les difficultés qui embarrassent la connaissance et le mécanisme de ces deux importantes études, c'est prouver qu'elles ne s'acquièrent que lentement et avec une grande dépense de temps; or, le temps est de tous les éléments de la vie de l'homme celui qui mérite le plus d*ètre ménagé.
S'il ^iste donc des enfants pour qui le temps ne soit pas un impérieux besdn, que Ton réserve pour eux le mode actuel àe lecture et d'écriture ; mais que l'enfant du peuple, s'il ne passe que deux ou trois mois à l'école, puisse, même après un temps aussi oourt, peindre sa parole et en retrouver la trace par la lecture.
Nom chercherons d'abord un système d'écriture appliquable & la Langue universelle, nous montrerons ensuite comment ses procédés s'appliquent à toutes les autres langues et nolai&ment au fran* çais.
S !•'• ■orltare spproprtée à la ljmmgm9 «BiveneUe.
Les caractères dont nous nous sommes servi dans les deux volumes de notre théorie, paraîtront sans doute suffire aux besoins du langage ramené à la forme nouvelle que nous proposons; si donc nous offrons ici un système nouveau d'écriture, on doit le considérer comme un procédé sténographique qui permettrait, en deux ou trois semaines, à tout homme connaissant ce langage nouveau, s'il devenait usuel, de lire et d'écrire avec une extrême facilité.
Gomme on a dû le remarquer, le langage, ramené & la forme théorique qui donne naissance à une Langue universelle, ne pressente aucune difficulté pour l'orthographe : en effet, il offre des sons et des articulations caractérisés par une seule lettre, et
chacune des lettres représente une idée ou radicale ou grammaticale. Parmi les sons se trouvent des voyelles qu'on figure ailleurs comme des diphtongues, mais que nous acceptons comme sons primitifs : telles sont les voyelles 8, y, â, ê, 6, û qui se prononcent en français ou, ain, an, eu, on, un ; parmi les consonnes est Tarticulation h ( prononcez cb ) qui se traduit souvent par plusieurs lettres, en anglais sh, en allemand sch. Mais les sons ne doivent donner naissance à aucune diphtongue ou à aucun son composé de plusieurs et ramené à Tunité : car celte fusion altérerait Tidée qu'ils sont chargés de transmettre ; il en est de môme pour les articulations: les consonnes ne peuvent se fondre entre elles pour produire une articulation composée dans laquelle disparaîtrait Tune d'elles ou qui détruirait toutes les parties composantes. La nécessité de conserver la pensée exprimée par une lettre arrête toutes les corruptions de ce genre. II est vrai que notre procédé ne répudie pas le rapprochement des voyelles entre elles et même des consonnes formant articulation composée ; mais ce rapprochement* combiné de nfanière à conserver distinctement tous les caractères, a, par lui-même, une signification qui commande l'attention et ne permet ni d'abroger ni de supprimer aucune des parties.
Ce que l'on appelle vulgairement l'orthographe n'a donc d'antre objet dans la Langue universelle que de peindre, par le signe graphique, l'articulation ou le son qui frappe Toreille. Ce principe, qui n'admet pas d'exception, réduit l'écriture à l'expression k plus simple qu'on puisse désirer.
L'enfant et l'homme mûr que l'on veut initier à l'écriture et à la lecture, n'ont d'abord d'autre élude à faire que celle qui leur fera distinguer les sons des articulations. Soit donc que l'on fasse prononcer à l'enfant celte petite phrase : Da gipla lacos lilro ydajero (1), ou à l'homme mûr, ce vers de Racine : A idotea tey ilv»y Va pba ydfvoa locupli (2) ; l'un et l'autre sauront, dès la première
(1) TransformaUon de la phrase française : Je veux courir dans la camp4igne.
(2) TransformaUon du vers français : Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
ou PHONOGRAPHIE. /iSS
leçoo, faire exactement la distinction entre les sons elles articulations de mots qui se présentent toujours avec la même simplicité.
Dans cet exercice nous ne faisons pas entrer la connaissance de la syllabe, ni même du mot ; nous supposons que la langue, passée à Tétat usuel, soit parlée par Télève sans qu'il ait encore d'idées théoriques sur les expressions qu'il emploie. Certes, ramenée ainsi à une séparation pure et simple de sons et d'articulations, la leçon donnée au campagnard le plus mal disposé à l'étude ne peut manquer d'atteindre son objet en moins d'un quart d'heure (1).
La seconde leçon a pour but d'ordonner les sons et de les retenir dans l'ordre que la théorie impose : cet ordre est combiné de telle manière qu'ils peuvent, par une analogie presque évidente, se rappeler à la mémoire sans la moindre peine. Ils se divisent : i^ en sons que nous appelons doux, savoir :
a, e, i, 0, u (2), qu'on peut faire correspondre avec les doigts de la main gauche ;
2* En sons que nous nommons forts, parce qu'ils exigent un effort un peu plus grand de l'organe de la parole, savoir :
a, «, y, w, 8 (3), qu'on peut faire correspondre avec les doigts de la main droite ;
3"* En soqs que nous nommons grammaticaux par oppposition à ceux qui précèdent et qui servent à former les radicaux dans notre théorie, savoir :
(1) Pour que l*arUculaUon soit disUncte, quand on l'isole, ii faut la faire suivre du son sourd de Ve muet.
(3) LV se prononce comme Vé fermé.
(3) Ds se prononcent en français : â, i, ain, ô, ou; nous consenrons ici les caractères admis dans notre théorie ; mais U ne faut pas oubUer que le maître prononce et ne met pas ces caractères sous les yeux de relève.
Tout est étroitement lié dans notre système : l'étude de ces dix lettres est une véritable leçon d'arithméUque, en même temps qu'eUe initie i la lecture et à récriture*
llSk DES SIGNES ÉCRirS
à, é, ê. 6, û (i); qu'on peut noter sur la main gauche, l'index de la main droite se portant successivement sur chacun des doigts de l'autre main (S).
Quelque limitée que puisse être l'intelligence de notre élève ou la nature même de sa mémoire, nous ne lui ferons pas l'injure de supposer qu'il éprouve la moindre difficulté à prendre possession de ces trois séries de sons. D'ailleurs nous lui ferons remarquer les analogies qu'elles offrent entre elles, et nous lui ferons suivre sur ses doigts ces analogies. Il lèvera successivement les doigts de la main gauche pour la première série, ceux de la main droite pour ht seconde ; et il portera successivement l'index de sa main droite sar les doigts de sa main gauche pour la troisième série. An reste, il sera exercé aussi longtemps qu'il sera nécessaire pour qu'il soit^* tièrement familiarisé avec l'ordre de ces sons.
Dans la troisième leçon, on apprendra à l'élève à ordonner les articulations comme il a déjà fait pour les sons. Or, comme l'ordre que nous proposons est exactement copié sur le modèle offert dans la seconde leçon, ii doit en résulter qu'une étude favorisera l'autre.
La première série, composée des articulations dites douces, sera : be, gue, de, ve, Je (3), qu'on peut faire correspondre avec les doigts de la main gauche.
La deuxième série, composée des aniculalions dites fortes, sera : pe, ce, le, fe, he (li).
qu'on peut faire correspondre avec les doigts de la main droite.
(1) Ht se pronooceut en français : an, e, eu, oh, un; c'est toujours le maître qui prononce sans montrer ces caractères.
(2) Dans la langue universelle nous faisons très rarement usage de cet Toyeflet grammaticales ; nous les conservons plutôt comme des réserves qu*on peut emprunter au besoin ; mais ellct sont importantes pour TappRcation que nous aUont filtre tout à itieure à la langue française.
(3) Le g, devant toutes les lettres, se prononce en français comme gm ; on dira donc, en se servant de Ve muet : be, gue, de. ve,Je.
(4) Le c, devant toutes les lettres, se prononce en françab comme it, et le A comme ch ; on dira donc avec Ve muet : pe, ke, te, fe, che*
ou PHONOGRAPRIE. A85
La troisième série, composée des articulations dites grammaticales, par opposition à celles qui précèdent et qui servent h former les radicaux dans notre théorie, sera :
le, me, ne, re, se (1), on peut noter ces dernières sur la main gauche, Tindex de la main droite se portant successivement sur chacun des doigts de l'autre
Cette leçon, préparée par la précédente, ne peut offrir aucun embarras. Or, là se bornent tous les efforts de mémoire indépendants de l'écriture que nous demandons à notre élève.
Ce qu'il lui faut de souvenirs et d'attention pour les signes graphiques ou pour l'écriture est bien plus simple encore.
En effet, deux signes suffisent pour noter tous les sons et toutes les articulations : l*" un trait en ligne directe ; 2<» un trait arqué semblable à celui qui ferme une- parenthèse.
Le trait en ligne directe prend quatre positions différentes : l"" horizontale, — ; 2<» oblique en descendant à gauche, /; Z^ oblique en descendant ù droite, \ ; b9 verticale, | .
Il ne semble pas possible de réduire à un plus petit nombre de données et à des principes plus simples la peinture des sons et des articulations. On va voir qu'en adoptant, en outre, des conventions aussi simples, aussi faciles à retenir, nous allons résoudre sans peine le problème que nous nous sommes posé.
Concevons d'abord l'existence d'un point, soit que nous en fassions la marque avec l'extrémité de notre plume, soit, comme nous le demanderons plus tard, qu'il ait été d'avance fixé sur le papier.
Convenons maintenant que les traits placés à la gauche de ce point, c'est-à-dire qui le précèdent, figurent des akticijlations, et que les traits placés à sa droite, c'est-à-dire qui le suivent, figurent les SONS.
Convenons de plus : 1* que les traits placés au-dessus de la
(1) La proooDcUUon de cette série est tome française.
ligne où est situé le point Ggurent les sons doax et les articulations douces; 2^ que les traits placés au-dessous de cette même ligne figurent les sons forts et les articulations fartes ; et 3* que les traits placés sur la ligne même du point figurent les sons grammaticaux et les articulations grammaticales.
Ce point et les conventions relatives au trait renferment la soin* tion de la question.
En effet, le trait peut être disposé symétriquement dans les quatre positions que nous avons indiquées par rapport au point ; d'abord à sa gauche, en haut, en face, et en bas ; puis à sa droite : en haut, en face et en bas. Si nous ajoutons à ces quatre positions du trait un trait de départ aisé à reconnaître par sa forme arquée, qui serait celle d'une virgule ou d'un petit arc de cercle, nous aurons cinq traits répétés trois fois : à droite pour les voyelles et à gauche pour les consonnes ; c'est-à-dire que nous pourrons faire distinguer les 15 coosonnes et les i5 voyelles de la Langue universelle.
C'est ce que représente la figure 7. La première rangée de signes à la droite du point et au-dessous représente a, e, i, o, u ; la troisième rangée du même côté et en-dessous figure les fortes a, c, y, u, 8 ; et la rangée du milieu, en regard du point et toujours à sa droite, les grammaticales â, é, é, â^ û. Cette disposition est parfaitement symétrique à la gauche du point pour les articulations. De cette manière, le trait arqué ) à droite rappelle les sons a, â^a.; et à gauche les articulations 6, l, p ; le trait oblique mené de droite à gauche /, signifie, à droite, i, é, y ; et à gauche, rf, n, f. Le trait horizontal — exprime à droite du point les sons e, é, c, et à gauche g, m, c ; le trait oblique \ mené de gauche à droite, figure à la droite du point o, ô, &>, et à sa gauche v, r, f ; le trait vertical | indique à la droite du point u, i2, 8, et à sa gauche j, s, h.
L'examen attentif de la figure 7 en dira plus que nos explications et fera mieux ressortir les analogies.
Il nous reste, comme on le voit, une source non encore explorée de signes relatifs à notre point : ce sont les traits qu'oQ pourrait tracer perpendiculairement au-dessous ou au-dessus de lui. Nous avons, dans notre théorie du langage, annoncé que nous
ou PHONOGRAPHIE. li%l
réservions pour Tavenir de cette science des lettres telles que le th anglais ou le ch allemand. Nous réservons également les signes de la position au-dessus ou au-dessous du point pour noter les articulations et les sons qui correspondront à cette introduction de caractères nouveaux. Aussi, comme Tarticulation z (prononciation française) figure quelquefois comme grammaticale dans notre théorie, nous la représenterons par le trait vertical au-dessus du point, de cette manière I .
Le point dans récriture annonce un son isolé, ou un son joint à son articulation. Lorsque deux articulations sont de suite, elles peuvent figurer toutes deux à la gauche du point, en ayant soin de placer celle qui précède dans la prononciation avant celle qui la suit ; on peut en faire autant de deux sons qui se trouvent rapprochés dans le langage. Il n'y a rien d'obligatoire dans ce cas que le goût et la clarté.
C^ La figure(7)(i<> et 2*) ofl're récriture des deux phrases que nous
avons citées plus haut : !<> da gipla lacos tit ro ydajero ; 2" a idotea tey ilvuy va p8a ydivoa locupli.
La formation des radicaux dans la Langue universelle et la manière dont les grammaticaux s'y adaptent, donnent une précieuse indication sur les mots de notre théorie et sur leur signification à la lecture. Aucune des langues que nous pourrions soumettre à cette sténographie ne présenterait des avantages aussi évidents, parce qu'aucune langue n'a eu l'idée de distinguer entre les lettres celle$ qui doivent servir à l'une. ou h l'autre de ces deux analyses.
Si la Langue universelle, telle que nous l'avons conçue, était généralement adoptée et devenue usuelle, assurément quiconque la parlerait, enfant ou homme mûr, sans s'être rendu compte de la moindre idée théorique, pourrait, en moins d'une demi-heure, connaître les principes que nous venons d'exposer, et s'y familiariser en moins de quinze jours; combien de temps faut-il consacrer aujourd'hui à ces mêmes exercices ! Au reste, nous allons examiner si, en appliquant la base de notre théorie aux langues que l'on parle en Europe, nous n'obtiendrions pas quelques heureux résultats.
Eerltvre appropriée à 1» proBoaelatfOB éea dtgfer— tei l»B|r«M et MotUBmeat à celle da fraaçata»
L'applicatioo qae nous nous proposons de bore des principes qui précèdent à une langue quelconque conduit à la solution du pnH blême qui peut être posé ainsi :
Représenter par des symboles particuliers les phrases artiatUes dans une langue quelconque de la manière la plus simple et avec la plus facile exécution.
Puisqu'il est vrai que, sans connaître les premiers mots de la granmaire, sans savoir distinguer les mots, ni même les syllabes qui composent une phrase, les hommes sans éducation de tous les pays comprennent et font comprendre leurs pensées par le seul secours de la pratique, il doit aussi exister une méthode toute pratique de figurer sans les procédés orthographiques, sans Tanalyte des mois et de^ syllabes, les sons et les articulations qui frappent notfe oreille. Cette méthode doit précéder toutes celles qui donnent le secret du langage par Texamen analytique de toutes ses parties : carpuisqu'en entrant dans la vie l'homme n'a besoin que d'habitudes pour produire par la parole ces phrases, correctes ou incorrectes, dont le sens, facilement saisi par ceux qui l'enteoreot, lui vaut la satisfaction de ses besoins ; de même, au début de la peinture de la parole par l'écriture, une ébauche imparfaite, mais synthétique doit précéder l'image fidèle et analytique du discours écrit.
Le besoin du langage parlé se satisfait à l'âge où l'enfant n*a d'autre souci que celui de manifester ses désirs ; le besoin du langage écrit , non moins impérieux peut-être , n'est compris qu'au moment où le travail de la vie sociale impose déjà aux jeunes gens des occupations prolongées qui leur laissent à peine le temps nécessaire pour ce genre d'instruction. L'état d'ignorance dans lequel sont plongés , chez tous les peuples, les deux tiers de la popuhtioo, résulte ainsi et de la nécessité d'enlever promptement l'enfant k ses
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loisirs, et de la difficulté des études qu'il doit parcourir. Pour ceuii qui ne peuvent sacrifier que fort peu de leur temps à leur instruction , il faudrait donc qu'un système d'écriture , démontré en quelques heures et suffisamment appliqué en quelques semaines , leur procurât , s'ils ne peuvent obtenir plus , au moins la possibilité de représenter synlhétiquement leur pensée par l'écriture comme ils la représentent par la parole. Ce genre d'instruction , si nous le ramenions à un état aussi mdimentaire , devrait être obligatoire pour quiconque peut diriger une plume: car l'impuissance de communiquer sa pensée k un absent est une des plus grandes, misères sociales; elle entraîne trop souvent des abus, des désordres, qui sont funestes aux individus coupables de cette ignorance , à leurs amis , à leurs parents et quelquefois à la société tout entière.
La solution de ce problème semblait n'intéresser que la curiosité; envisagée sous ce nouveau point de vue» elle s'élève h la hauteur d'un fait important. Or, on a déjà pu deviner comment l'application de notre mécanisme doit nous y conduire. Nous allons, avant d'exposer comment il se prête aux besoins des autres langues , le mettre au service de la langue fhinçaise.
Les voyelles et les consonnes radicales, c'est-à-dire les lettres qui servent à former les radicaux, ont été extraites de l'alphabet usité chez tous les peuples; les consonnes grammaticales appartiennent également à toutes les langues : c'est pourquoi tous ces sons et toutes ces articulations se retrouvent dans la langue française. Les voyelles grammaticales , ménagées pour les exigences extraordinaires de la Langue universelle, pourraient seules être inconnues dans quelques pays ; mais elles sont toutes reçues et usitées dans la prononciation française. Nous avons donc déjà quinze sons et seize articulations de la langue française à notre disposition , et tout ce qui a été dit dans le $ précédent deviendra applicable à la solution que nous cherchons.
Les quinze sons de la Langue universelle qui se retrouvent dans le français se résument ainsi :
a, é, i, 0, u, doux.
â, ô, in, ô, OU, forts.
an, e, eu, on, un, grammaticaux (1).
Les seize articulations que nous avons aussi énumérées dans la Langue universelle sont :
be, gue, (le, ve, je, douces.
pe, ke, te, fe, che, fortes.
le, me, ne, re, se, ze, grammaticales (2).
Les signes que nous avons choisis pour représenter ces sons et ces articulations conserveront encore leur valeur, et le même tableaa en offrira Tensemble ; la figure 7 donne ce tableau avec la prononciation française.
Les signes à la droite du point déterminent les sons , et ceux à
la gauche , les articulations. La première ligne , en dessus , présente
les sons doux; la dernière, en dessous, les sons forts, et la ligne
intermédiaire les sons grammaticaux, tine disposition identique est
' adoptée pour les articulations.
Jusqu'ici nous n'avons fait qu'emprunter à récriture de la Langue universelle ce qui 'lui appartenait, et nous sommes restés au milieu des signes qui seraient communs à tous les peuples; il nous reste à distinguer les sons et les articulations qui ont une spécialité que la langue universelle n'a pas dû s'approprier.
Les quinze sons que nous avons classés ci-dessus sont suffisamment distincts pour que les oreilles les moins exercées ne puissent les confondre entre eux; mais il en est d'autres auxquels certains peuples attachent une différence marquée , quoiqu'elle ne soit sensible qu'après une attention soutenue. Ces sons peuvent être envisages sous deux points de vue différents : comme nuances qui donnent
(1) Nous employons les caractères français qui expriment la pronondatloo. Les sons in, an, on, un, sont pris ici dans leur prononciaUon nazale, c'est-à-dire que la consonne n ne s*y fait pas entendre.
(2) Nous employons ici les articulations et non pas les lettres françaises : g est toujours gu, comme c est toujours k : giroflée devrait aUisi être écrit ji^flét^ et cimenter serait sous cette forme simenter.
ou PHONOGRAPHIE. /i9i
à la langue son rythme et son harmonie propre , ou comme caracté* ristiques des mots et intéressant leur signification.
Gomme nuances donnant à une langue son coloris, nous nous permettrons de les négliger, de même que les langues modernes négligent en général l'accentuation qui pourrait figurer, comn^e cela a lien dans le grec, sur la lettre qui en est affectée. Les Italiens et \e» Anglais doivent attacher le plus grand prix à leurs accents : eh bien ! ils n'en chargent pas même leurs livres imprimés, et cela n'empêche pas que le lecteur ne les rétablisse aussitôt qu'il traduit l'écriture à l'aide de la parole. Le lecteur de notre écriture sténographique rétablira aussi les nuances auxquelles il est familier et que nous n'aurons pas notées. Ce à quoi nous tenons surtout, c'est que la pensée exprimée par la phrase parlée parvienne à notre esprit par le chemin le plus court ; il nous restera plus tard à examiner comment on fixerait sur le papier au besoin toutes ces nuances phonétiques.
Mais les sons qui caractérisent la signification des mots ne peuvent être omis sans compromettre le sens de la phrase : ils constituent une portion essentielle de la prononciation, et, à ce titre, doivent être reproduits par l'écriture.
C'est d'après ce jugement que nous allons clore la liste des sons qui méritent un signe distinctif dans la prononciation française.
Il y a, au commencement de quelques mots français, une aspiration qui joue un rôle assez important dans la prononciation ; cette aspiration a surtout pour effet d'empêcher ou l'élision de la voyelle qui précède, ou l'enchaînement de l'articulation qui se lie ordinal* reroent au mot suivant. Puisque nous représentons la prononciation dans notre écriture sans faire la séparation des mots, nous n'avons pas à nous préoccuper de cette aspiration ; elle restera exprimée dans notre peinture de la parole par le rapprochement des sons qui ne se contractent jamais : on écrira les héros comme on prononce ces deux mots sans se préoccuper de 1*5 qui finit le premier mot et sans avoir égard à Vh qui commence le second. Nous ignorons même, en peignant les sons, s'il existe des caractères appelés lettres qui soient depuis longtemps chargés d'en rappeler le souvenir.
Une coosidératioD semblable nous fait abandonner les différentes manières d*écrire le même son : ai, é, eb, e(, eta, se prononcent comme é ; ô, au, eau, aulx, aux, etc. , se prononcent comme ô ; ai, è, est, ait, aient, etc., se prononcent comme ê, etc. ; nous ne connaissons qu'une manière d'écrire ces sons, parce que l'oreille les entend de la même manière sans que l'esprit confonde les intentions que l'orthographe prétend expliquer.
Les sons t et û pourraient peut-être réclamer une dbtinction particulière : car ils semblent, par le prolongement de la voix, figurer deux t et deux u; mais ce sont là des nuances peu sensibles qui sont le plus sou^nt oubliées dans la conversation sans le moindre dommage, et qui n'affectent jamais la signification des roots.
Dans cet examen, que nous sommes forcé de faire rapidement ici, mais que nous avons sérieusement entrepris et effectué, nous ne trouvons qu'une diphthongue qui mérite d'être spécifiée par un nouveau signe : c'est la diphthongue oi dont le son est si mal figuré par les deux lettres composantes. Elle pourrait, il est vrai, se trouver exprimée par les deux sons cm et a ; mais elle se rencontre trop souvent formant avec une articulation une seule syllabe, pour que nous ne cherchions pas à l'exprimer plus simplement. Quant aux diphthongues ié, iê, ien, ion, etc., elles sont figurées si simplement par les deux signes qui rendent chacun des sons, qu'elles peuvent rester sans inconvénient dans la règle générale.
Nous n'avons donc à joindre aux règles que nous avons posées plus haut, et qui composent ce qu'on pourrait appeler la phonographie universelle, que cette règle particulière aux sons français :
La diphthongue oi se figure par le trait vertical placé aurdessoMS de la ligne dans la direction du point phonographique (I).
Les articulations françaises se rencontrent aussi natureUemeot avec celles que nous attribuons à la Langue universelle ; elles se peindront donc de la même manière. Les rapprochements de ces
(1) Nous nommons ainsi le point qui nous sert à représenter, par les direction du trait, les sons et les articulations.
ou PHONOGRAPHIE. 6^5
articulations, qui ont souvent lieu dans cette langue, n*ont pas besoin d'être représentés par un seul signe : car notre notation est si simple que le nouveau symbole serait plus compliqué que nos deux ou trois signes rapprochés suivant notre règle générale.
Cependant, en parcourant les diverses combinaisons des artictK laiions, nous en trouvons deux qui semblent mériter une attention particulière : ce sont celles qui sont exprimées par les lettres x et gn. La première pourrait, il est vrai, être caractérisée par un signe nouveau; mais, outre que les deux articulations auxquelles elle donne lieu, gz et cs^ sont rendues aussi simplement par les deux signes représentatifs de g et de z, ou de c et de s, il faudrait, pour satisfaire à cette doub}e articulation, composer deux signes nouveaux différents, ce qui compliquerait la notation ramenée à une simple règle générale. Nous nous abstiendrons d'innover pour cette lettre dont nous reproduisons sans peine le double effet : car le ^ ou le c sont peints par un trait horizontal; or le z étant, comme nous l'avons dit dans le paragraphe précédent, marqué par le trait vertical placé au-dessus du point, et Vs par la verticale à gauche du point, nous avons, pour la peinture de cette articulation, un petit angle droit Ç^) dont l'ouverture est dirigée en bas pour gz, ou dont l'ouverture est dirigée en haut pour « ( J).
Il en est autrement pour l'articulation gn ; elle ne peut être exprimée par aucun de nos signes, quand elle se prononce dans les mots : enseigne, vigne.
Il est indispensable que nous lui prêtions un caractère figuratif tout particulier. Gomme le trait horizontal représente déjà ^ à la gauche de notre point (^J, il parait naturel qu'on lui fasse figurer gn au-dessus du point ( -7 ).
Nous avons donc encore à joindre à notre phonographie universelle cette règle :
Varticulation française gn se figure far le trait horizontal placé au dessus du point phonographique.
Ces deux règles, ajoutées à celles qui appartiennent à toutes le» langues, constituent la phonographie française.
h9k DES SIGNES ÉCRITS
Celle pbonographie, qui est une vériiMe sténographie, est aussi simple dans son applicalion que dans ses principes. Chaque point fornae au moins une syllabe, puisqu'il comprend au moins une articulation et un son. Quanfl on lui attribue plusieurs sons ou plusieurs articulations, on les place dans l'ordre de la prononciation après ou avant le point. Lorsqu'une syllabe est terminée par une articulation, comme dans les mots : art, sur, cette finale se trouve reportée au point suivant
Enfin à ces règles générales, qui s'appliquent à la phonograpbie de toutes les langues, nous en ajouterons une qui concerne spécialement le français : c'est la possibilité de supprimer l'e muet (I) ou de l'exprimer quand le besoin s'en fait sentir. C'est le goût et même la fidélité dans la reproduction de la prononciation qui doit guider pour cette suppression*
On voit, à la figure 9, un exemple de cette phonographie française : c'est le début de VOde de Le Franc de Pompignan, sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau. Les quelques vers que nous citons jettent une clarté suffisante sur les particularités qui laisseraient quelque incertitude dans la pratique.
Le second, le troisième, le quatrième et le sixième mot du premier vers offrent des e muets; nous les avons conservés partout où le poêle s'en- sert pour les faire contribuer au nombre des syllabes; mais nous les supprimons à la fin des vers, comme dans la
(1) On remarquera le rapprochement qu*on peut faire pour Ve muet da français avec le son sourd que le sanscrit adopte k la suite de ses eoii8omie&. Ce n*est pas la seule analogie que notre pbonographie rencontre avec cette langw originelle : les articulations composées par un seul signe synthétique, la séparation profondé des sons et des articulations, la peinture exacte de la prononciation, et surtout cette peinture indépendante de la distinction des mots et qui ^^ produit ainsi, avec précision et sans analyse, la phrase parlée, sont des preuves certaines que nous remontons k Torigine du langage, terrain où nous deroos rescontrer toutes les langues primiUves. Nous [ferons voir aUleurs que cette analogie dans la reproduction de la parole avec le sanscrit n*existe pas moins pour la créatiop dé nos radicaux et pour les formas grammaticales dont nous les eRtooruns.
ou PHONOGRAPUIE. ll9S
prose, partout où il oe sont pas notés par la prononciation. G*est, en général, celle-ci qui fait loi, et il est sans doute préférable, dans les vers'où les syllabes sont comptées, d'exprimer ce son muet sur lequel la voix est obligée de s'arrêter.
Le premier mot du second vers prouve ce que nous avons avancé au sujet de la lettre x : qu'elle est suffisamment figurée par les articulations qui la composent et qui présentent la forme du sommet d'un angle droit.
Les derniers mots des cinquième et sixième vers donnent deux exemples de l'exception que nous avons admise au sujet de l'articulation gn.
Le mot bois» dans le sixième vers, présente aussi l'exemple du son exceptionnel que nous avons cru devoir distinguer.
Enfin le dernier mot de cette citation montre comment il faut procéder pour peindre la prononciation : car la finale eurs n'est pas figurée par les caractères eu dont le son est exprimé dans ces mots : jeu, peu, vœu ; mais par le signe de l'e muet caractérisant en réalité le son eu dans ce mot.
On voit donc que la phonograpbie française, comme celle de la Langue universelle, ne demanderait que bien peu de temps pour être comprise et appliquée. Cette étude devrait précéder l'étude de la lecture et de l'écriture, que nous appelieroAs orthographique pour la distinguer de la première. Nous ne croyons pas être en dehors de la vérité en avançant qu'elle n'enlèverait pas plus d'un mois aux enfants qui fréquentent les écoles ou aux hommes mûrs qui voudraient s'y faire initier.
Cette connaissance, acquise en si peu de temps, ofl're d'abord uu avantage bien précieux : celui de permettre à tout français d'exprimer ses idées par écrit comme il les émet par la parole. Sans doute les vices de prononciation se trouveront ainsi consignés sur le papier, et la main, appesantie par le travail, aura encore quelque peine à tracer ces barres si simples dont la disposition est calculée en faveur des intelligences les plus rebelles et des mouvements les moins réglés ; mais la lecture des ouvrages écrits avec ces caractères, la certitude de se faire comprendre avec des signes qui sont familiers^
&06 DES SIGMES ÉCBITS
deviendront an cncouragemenl qui stimulera les hommes les plus apiilhique^. 0' ailleurs, ramenée h celte forme primitive, la langue écrite s'imposera coipme une nécessité, et il deviendra aussi aisé et aussi utile d'être éclairé dans ÇQ vestibule des connaissances de l'homme, qu'il est commun aujourd'hui de savoir ajouter ou retrancher les unités contenues dans les pièces de la mpnnaie usoelle*
Les hommes plus instruits et qui auront étudié la langue orthographique ne dédaigneront pas cette forme de la parole : car ils sont trop souvent intéressés à tracer rapidement leur pensée sur le papier pour ne pas apprécier l'avantage d'user d'un pareil procédé. Pour eux, cette écriture sera la sténographie la plus simple, la plus commode et dont la lecture offre le moins d,'embarras. En effet, la séparation des signes des 4eux côtés du ppi^t. phonograpbique, eo distinguant catégoriquement , l'articulation du son, ne donne lie» h aucune méprise ; l'erreur, qu^ elle se produira, ne portera que sur des irrégularités appréciables et où il sera facile de porter la rectiûcation. D'ailleurs, ui^e fois p^u^enu sur le terrain de la sténographie, il sera aisé de faire de upavelles conveptions pour sop* primer les syllabes allongées dont la forme revient iréquemmeot, de &orte qu'après avoir été la peintjygre m0me de la parole, qoM% écriture reproduira encore aux yeux la^ prompt^ude avec laquelle. elle se communique àToreille (i).
Tout ce que nous venons d'exposer sur la peinture des sons de la langue française peut être semblablement appliqué à la phonographie des autres langues; celles-ci, comme le français, après avoir •épuisé les combinaisons fournies par la Langue universelle, trouveront, dans les signes réservés en-dessus et en-dessous du point» des ressources nouvelles pour tous les besoins spéciaux qu'elles éprouveraient. Quelquefois une nuance de prononciation devra être notée dans un idiome quand elle peut être négligée dans un autre ; cette nécessité une fois constatée, nous avons pour y pourvoir soit les, signes réservés, soit l'addition d'un crochet ou de toute autre form^
(1) On comprend que le sténographe se servirait d*un papier sur lequel des Ugiie»
de points seraient tracées à l'avance.
oc PHONOGRAPUIE. ^97
arrondie aux traits qui produisent le son ou l'articulation analogue. Ainsi, le th anglais serait bien figuré par te signe qui représente s avec l'addition d'un crochet à la base ; de même le ch allemand serait noté par un crochet k la base du signe horizontal qui exprime k ; enfin, ces articulations pourraient emprunter les signes de réserve, savoir : l'oblique de droite à gauche pour th et l'horiiontal pour le cK Les principes une fois établis, les conséquences se développent d'elles-mêmes, et nous avons en réalité posé les bases d'une phonographie et d'une sténographie universelle.
APPENMGB.
Sn r^échissant aux avantages qui pourraient résulter d'une notation exacte de la prononciation pour l'étude des langues, on est conduit à rechercher quels seraient les divers moyens qui conduiraienL à ce but. Celui que nous indiquons dans ce chapitre est assurément le plus simple et le plus expéditif. Nous en avons expériatenlé quelques autres qui peuvent avoir également des avantages. Afin de favoriser les essais qui seraient tentés sur cettematière, nous allons indiquer brièvement les deux notations qui semblent répondre, comme celle k laquelle nous nous fixons, au but vraiment important de l'uniformité de l'alphabet phonétique. Toutes deux sont fondées sur notre division des caractères et des signes alphabétiques en séries décimales :
1» Le premier système est conforme à la notation musicale au moyen des portées de cinq lignes horizontales : l'espace interli* néaire serait consacré à l'une des deux parties de la prononciation, et la ligne elle-mêoie à l'autre partie. Supposons que nous affections les lignes aux articulations et les espaces interlinéaires aux sons. L'alphabet de la Langue universelle, c'est-à-dire la distinction que nous établissons entre les douces, les fortes et les lettres dites grammaticales, procurera une notation analogue à celle que nous présentons à la figure 10. L'inclinaison d^ droite à gauche fournit les douces a, e, i, o, u, entre les lignes, et b, g, i, v, j, sur les
/i9S APPENDICE.
lignes ; le trait vertical est affecté aux fortes a, i, y, u, 8 entre les lignes, etp, c, t, f, h sur les lignes ; enfin rinclinaison de gauche à droite distingue les grammaticales 4, é, ê, â, û entre les lignes, et I, m, n, r, s sur les lignes.
Ce système offre toutes les ressources pour les combinaisons des signes qui reproduiraient les nuances de la prononciation; la place assignée à chaque son et à chaque articulation permet de varier les formes des signes de manière à leur faire figurer toutes les nuances désirables. D'après des conventions et des raisonnements analogues à ceux que nous donnons plus haut, on écrirait dans ce système le vers de Racine: « Un bienfait reproché tint toujours lieu d*offeose», comme on peut le voir à la figure il. On observe pour la lecture et récriture cette marche : les signes indiquent la prononciation en les prenant de gauche à droite, et pour ceux qui sont sur une même ligne verticale, en allant de haut en bas.
2^" De même que la notation musicale peut être facilement convertie en chiffres, de même, et à plus forte raison, celle qui résotte de nos séries décimales accepterait cette transformation et produirait un alphabet chiffré qui pourrait aussi se plier aux diverses nuances de la prononciation. Il suffirait de convenir qu'une série des radicales serait désignée par les neuf chiffres et par le zéro ; que l'autre série aurait la même représentation, avec un point sur chaque chiffre ; enfin que les grammaticales formeraient une troisième série spécifiée par un point sous chaque chiffre. Les nuances seraient produites, comme dans le système précédent, par des indications nouvelles au-dessus des chiffres.
Supposons, en effet, que les voyelles radicales a, e, i, o, u, «, c, y, 6), », soient figurées par les chiffres i, 2, 3, 6, 5, 6, 7, 8, 9, 0; que les consonnes correspondantes reçoivent les mêmes chiffres pour caractéristiques, et qu'elles aient un point au-dessus pour les distinguer des voyelles ; enfin, que les cinq premiers chiffres, avec un point placé dessous, représentent les consonnes grammaticales, et les cinq derniers les voyelles grammaticales ; la notation sera formée, et le vers qui nous a servi d'exemple s'écrira de cette manière :
APPENDICE. k99
01 3897&76(iA()2888050/ii385&965
ou en séparant les mots :
0 î 3897 Amm 88 8050& 138 3 &965
Celte écriture et la lecture qai en est In suite ne donneraient aucun embarras à ceux qui ont étudié notre théorie arithmétique et qui la mettent en pratique : car ils sont déjà familiarisés avec cette représentation des voyelles et des consonnes radicales ; ils n'ont donc plus à faire connaissanôe qu'avec la transformation des grammaticales.