MÉTRORRHAGIE PENDANT L'ÉTAT DE VACUITÉ
L'indication la plus pressante est de s'opposer le plus promptement possible à l'écoulement du sang.
Ce précepte, dont on ne saurait méconnaître l'importance, lorsque la métrorrhagie est considérable, doit encore être suivi lorsqu'elle est peu abondante. Il n'est pas toujours facile de se rendre un compte exact de la quantité de sang qu'a perdu une malade. Les renseignements qu'on reçoit sont souvent erronés. En outre, il se présente des cas, dans les avortements provoqués, par exemple, où la malade et les personnes présentes peuvent avoir intérêt à cacher la vérité.
Qui ne sait d'ailleurs que la métrorrhagie la plus légère, la plus bénigne au début, peut se métamorphoser immédiatement, à un moment donné, en une métrorrhagie foudroyante, suivie de syncope et même de mort. Ces cas ne sont pas rares chez les femmes lymphatiques, et chez celles dont le sang est appauvri, soit par une alimentation incomplète, soit par des pertes antécédentes.
En présence de pareilles éventualités, le premier soin ne doit-il pas être de supprimer l'hémorrhagie dans le plus court délai ?
Voyons si les préceptes donnés par les auteurs rempliront bien ce but.
« Si l'hémorrhagie n'est pas très-abondante (Tardieu, Manuel de « pathol., p. 259, 1857), le repos absolu, les réfrigérants suffiront à « l'arrêter. Mais si elle a plus de violence, il sera bon de recourir à « une saignée du bras, aux ventouses appliquées aux lombes, aux « révulsifs sur les bras ou entre les épaules. Dans les métrorrha- « gies qui se prolongent et paraissent dépendre d'une fluxion « congestive permanente de l'utérus, le repos au lit, les bains « entiers ou locaux prolongés, de petites saignées si l'état général « le permet, et plus tard les toniques, les injections froides, les « ferrugineux et surtout les douches sulfureuses sur les lombes « constitueront les meilleurs moyens de traitement. On peut ajou- « ter dans tous les cas les agents hémostatiques généraux, tels que « les astringents, et enfin comme médicament spécial l'ergot de
174 MËTRORRHAGIE.
dl seigle, etc., dose de 4 à 8 grammes, continués pendant quelques « jours (Trousseau).
« Dans les cas rebelles, où la vie se trouve immédiatement cornet promise, on doit essayer le tamponnement. »
Examinons maintenant si l'ordre dans lequel les moyens susindiqués sont prescrits, est le plus utile au salut de la malade.
La métrorrhagie se manifeste dans des circonstances diverses, souvent opposées ; elle peut être déterminée par la pléthore, par l'anémie, par une affection organique, etc., et, dans tous ces cas, un traitement différent doit lui être opposé. Il faut donc, si l'on ne veut s'exposer à commettre une erreur regrettable, porter un diagnostic rigoureux de la forme que l'on a à combattre. Or, qui peut être sûr d'arriver à cette précision de diagnostic, pour ainsi dire par intuition; et c'est ce qu'il faut supposer. N'est-on pas souvent appelé auprès d'une femme déjà affaiblie par l'abondance de la perte de sang, et qui ne répond qu'imparfaitement aux demandes qu'on lui adresse? D'ailleurs, pendant le temps que nécessite un interrogatoire assez complet pour asseoir un diagnostic précis, le sang s'écoule, et chaque moment enlève à la malade une chance de salut.
Admettons cependant que l'on arrive immédiatement à un diagnostic rigoureux, quelles chances de salut ne sont pas enlevées à la malade pendant le temps qui s'écoule entre l'administration et l'action du médicament hémostatique. Que d'accidents consécutifs à une perte de sang exagérée! Ce n'est pas que chez les enfants que les hémorrhagies ont une influence déplorable ; il est des femmes de constitution lymphatique, nerveuse, qui ne se remettent jamais d'une hémorrhagie abondante. Comment pourrait-il en être autrement? A la suite d'une métrorrhagie abondante, les époques menstruelles sont souvent supprimées pendant plusieurs mois, quelquefois définitivement. Heureuses les malades, lorsque ces époques ne sont pas remplacées par une abondante leucorrhée ! Loin de nous la pensée de vouloir proscrire les moyens hémostatiques qu'on a coutume d'opposer à la métrorrhagie, avant de recourir au tamponnement, mais nous pensons qu'il faut intervertir l'ordre dans lequel ces divers moyens ont été prescrits jusqu'ici, et par les raisons que nous avons indiquées, supprimer l'hémorrhagie dans le plus court délai en lui opposant localement une barrière infranchissable.
C'est donc selon nous par le tamponnement qu'il faut débuter, et si ce précepte n'a pas encore été formulé, c'est sans doute à cause de la difficulté d'application et de l'infidélité du procédé usité dans la pratique, ainsi que des graves inconvénients qui lui sont inhérents.
Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de consulter les livres d" ^r.tftologie.
MÉTRORRHAGIE. 175
« Pour pratiquer le tamponnement, y est-il dit, les praticiens « se servent de plusieurs substances propres à être accumulées dans « le vagin, de manière à en occuper exactement toute la capacité « et à empêcher ainsi mécaniquement la sortie du sang (filasse, « étoupe, coton, laine, amadou). La substance la plus convenable « est la charpie ; elle réunit en effet aux qualités propres à arrêter « le sang toute la souplesse convenable pour éviter de blesser les « parties. On en forme des boulettes que l'on introduit les unes « après les autres, après les avoir enduites d'une substance grasse « qui offre le double avantage de favoriser leur introduction et « d'empêcher que le tampon ne soit aussi facilement imprégné par « le sang.
« Ces boulettes doivent être introduites jusque dans le col de « l'utérus et maintenues en place par une quantité variable d'au- « très boulettes, de manière à remplir toute la cavité vaginale. « Une boulette plus grosse que les autres doit être placée au niveau « de la vulve, de manière à l'obturer complètement. Un bandage « en T complète l'appareil.
a Chez certaines femmes, il est nécessaire d'employer une quan- « tité de boulettes tellement grande qu'on ne s'imaginerait jamais « qu'elle pût être tout entière contenue dans le vagin.
« En général, ce mode de tamponnement arrête l'écoulement « du sang; seulement au bout de quelque temps, il se fait à tract vers le tampon un suintement sanguinolent produit par la partie « la plus séreuse du sang qui le pénètre plus facilement. Ordinai- « rement, ce suintement ne constitue pas une hémorrhagie; ce- « pendant, s'il devenait plus considérable, il faudrait retirer le « tampon en entier et en introduire un nouveau, en ayant soin de « serrer davantage les boulettes de charpie.
« La présence du tampon, outre une douleur plus ou moins « grande, détermine des effets fâcheux relativement au cours des « matières fécales et surtout de l'urine ; en effet, la compression que « ce tampon exerce sur le rectum et sur l'urèthre peut mettre obsa tacle à la miction et à la défécation; cet inconvénient met alors « dans la nécessité de retirer ces corps étrangers en totalité ou en « partie.
« Le séjour du tampon de charpie dans le vagin lui fait con- « tracter une odeur qui bientôt devient de plus en plus infecte. A « raison de cette circonstance, il devient nécessaire de le retirer « de temps en temps, c'est-à-dire à douze heures environ d'in- « tervalle, pour le réappliquer ensuite si l'hémorrhagie persiste.
« Lorsque le tampon a séjourné longtemps dans le vagin, et que, « pénétrées de sang, les boulettes de charpie qui le composent se « sont durcies et agglomérées les unes avec les autres, cette extrac-
176 MÉTRORRHAGIE. v
« tion devient difficile et occasionne de grandes douleurs à la ma- « lade, même lorsqu'on a pris la précaution de faire des injections « d'eau tiède. » (Dict. en 50 vol.)
Enfin, et ceci n'a pas été signalé, le tampon reste rarement appliqué pendant le nombre d'heures précises où il est utile. Retiré trop tôt, il n'a pas eu le temps de tarir la source de l'écoulement sanguin, et l'hémorrhagie reparaissant, la réapplication de l'appareil devient de nouveau indispensable ; retiré trop tard, lorsqu'on veut éviter ce premier inconvénient, il donne lieu à la décomposition putride des diverses pièces de l'appareil, décomposition dont la phlébite peut être la conséquence.
Il suffit de lire les lignes qui précèdent pour comprendre le peu de faveur dont a joui le tamponnement avec les bourdonnets de. charpie. Mais nous persistons à croire que le tamponnement pratiqué par un procédé simple, fidèle, indolore, inoffensif, doit, comme nous l'avons déjà dit, être employé dans la métrorrhagie de prime abord, en reléguant au second plan toute autre espèce de traitement.
Simplicité, fidélité, absence de douleurs et d'accidents consécutifs, tels sont les résultats qu'on obtient de l'application de la pelote à
tamponnement vaginal, que représente le dessin ci-joint.
C'est une sonde en caoutchouc vulcanisé, terminée à son extrémité, fermée par un renflement pyriforme peu sensible dans l'état de vacuité, renflement qui, par l'insufflation, peut prendre un développement considérable, ainsi que cela est indiqué par le pointillé.
Cet instrument , dont nous avons donné la description (voir le mot Epistaxis), est d'une extrême simplicité; son application est très-facile et très-prompte; son efficacité n'a jamais fait défaut.
Manière de se servir de la pelote à tamponnement vaginal.
On introduit la pelote vide d'air; alors, soit au moyen d'un insufflateur, soit avec la bouche simplement, on insuffle la pelote, qui peut prendre un volume assez considérable pour remplir exactement et même refouler la cavité vaginale, sur laquelle elle semoule exactement, sans cependant exercer de pression douloureuse. II suffit de fermer le robinet qui se trouve à l'extrémité de la sonde, ou de serrer cette extrémité avec un fil de soie, lorsqu'il n'y a pas de robinet, pour que le développement de la pelote subsiste indéfiniment; mais avant de fermer ainsi l'extrémité de la sonde, il est convenable de déterminer, avec les doigts seulement, son occlusion
MÉTRORRHAGIE.
provisoire. Souvent ce n'est pas du premier coup que l'on atteint le degré exact d'insufflation nécessaire : trop peu insufflée, la pelote n'agirait qu'incomplètement; trop insufflée, elle pourrait être douloureuse. Au bout de quelques minutes d'examen, on est fixé sur le volume définitif qu'on doit laisser à la pelote.
Lorsque , au bout de quelques heures, d'un jour, etc., on a lieu de penser que l'iiémorrhagie est arrêtée, on ouvre le robinet avec précaution et l'on donne issue à une portion de l'air contenu dans la pelote ; si l'hémorrhagie reparaît, on réinsuffle la quantité d'air qu'on vient de retirer; si l'tiémorrhagie ne reparaît pas, ce qui est le plus ordinaire, on continue à laisser s'échapper l'air, et lorsque la pelote est vide, elle est retirée aussi facilement qu'elle a été introduite.
La même manœuvre est indiquée lorsque la miction et la défécation se trouvent entravées, ce qui n'arrive que dans les cas où on a dû donner un grand développement à la pelote.
Première observation, publiée par M. le docteur Diday. — La pelote à tamponnement vaginal, en caoutchouc vulcanisé, procure un succès tellement rapide, que je n'hésite pas à la recommander de la manière la plus pressante dans les cas de métrorrhagie, semblables à celui que je vais rapporter.
Madame B..., âgée de cinquante-cinq ans, petite, maigre," affaiblie, avait eu, il y a trois mois, plusieurs métrorrhagies de peu d'importance, pour lesquelles elle ne consulta point.
Appelé, pour la première fois, auprès d'elle, le vendredi 26 octobre, à huit heures du matin, j'apprends que dès la veille, sans causes bien appréciables les perles étaient revenues plus considérables que la première lois. L'écoulement sanguin, suspendu pendant le nuit, avait reparu avec une nouvelle force le matin.
On me montra un vase de nuit à moitié rempli de sang liquide, dans lequel nageaient de volumineux caillots. Un drap plié en huit, placé depuis une heure sous le siège, est entièrement traversé. Ventre mou, sensible à la pression; pouls serré, rapide, peu résistant; angoisses vives, frissons irréguliers et de courte durée.
La malade, pleine de courage, n'avait pas voulu se mettre au lit : je m'abstiens de pratiquer le toucher et je la fais coucher. 45 décigrammes de seigle
-178 METRORRHAGIE.
ergoté, en quatre prises, de demi-heure en demi-heure ; injections faiblement poussées, et aspersions sur le ventre, la vulve et les cuisses avec de l'eau froide vinaigrée ; larges sinapismes sur les seins, les bras et entre les deux épaules.
À onze heures, l'état n'a pas changé; je prescris, en outre, une potion avec extrait de ratanhia (6 grammes) et sulfate de quinine (4 décigrammes), manuluves presque bouillants. L'hémorrhagie continue avec une intensité inquiétante.
A deux heures de l'après-midi, je constate une aggravation très-sensible. Quoique couchée, presque découverte, et arrosée d'eau froide, la pauvre femme ne peut ni se soulever, ni tousser sans rendre un caillot presque rutilant et du volume de mon poing ; il en sort plusieurs en ma présence. Une toux nerveuse, dont elle est habituellement fatiguée, renouvelle à chaque instant cette perte.
Découragée, sentant tout le péril, la malade a envoyé chercher un prêtre; elle ne cesse de recommander aux voisins , réunis près d'elle , ses enfants éplorés; et la sueur froide, les tintements d'oreille, le pouls de plus en plus précipité, ne confirment que trop, à mes yeux, ses sinistres pressentiments.
L'indication urgente de tamponner ressortait tant de la gravité même du cas, que de l'insuffisance des remèdes déjà employés. Je me décidai à le faire, et l'entrepris avec la pelote à tamponnement de M. le docteur Gariel. Cet appareil, excessivement simple, construit en caoutchouc vulcanisé, représente une petite vessie, terminée par un long tube. Vide et roulée sur elle-même, la poche a une grosseur et une longueur bien au-dessous de celles du petit doigt. Je le graissai, et l'introduisis, conduit sur l'indicateur, aussi profondément que possible dans le vagin. Puis, tout en le maintenant toujours en place du bout du doigt, je soufflai avec la bouche dans le tube resté en dehors. Je donnai ainsi à la vessie une dilatation, dont j'avais pris l'idée par une insufflation préalable, et ce petit corps, que j'avais pu faire pénétrer presque inaperçu, prit instantanément une ampliation telle, qu'il constitua une sphère d'environ 33 centimètres de diamètre. Je retins l'air en liant l'extrémité du tube avec un fil.
Aucun moyen contentif ne fut nécessaire pour fixer cet obturateur, adhérent par son volume même. L'hémorrhagie, à l'instant suspendue, rendit inutile la continuation d'autres remèdes. Je me bornai à commander le repos et le silence absolu autour de la malade.
Aucune douleur ne se développa ni dans le ventre, ni aux parties génitales. Le moral rassuré ramena un peu de sommeil, et je pus permettre quelques bouillons légers. Tout allait parfaitement bien ; mais le souvenir que je gardais de cette hémorrhagie presque foudroyante , m'engagea à attendre jusqu'au 28 matin, avant de toucher l'appareil. Ce jour,là, je me contentai même de laisser échapper une partie de l'air insufflé.
Nulle perte de sang ne s'étant reproduite, j'enlevai l'appareil le 29 au matin, après avoir d'abord fait le vide en aspirant avec la bouche à l'orifice du tube, afin de donner au corps qui allait sortir le plus petit volume possible. Il fut extrait sans aucune difficulté; il était resté en place près de soixante-quatre heures.
Depuis lors, jusqu'aujourd'hui 1 0 novembre, les forces sont revenues lentement, mais d'une manière graduelle. La malade a pu quitter le lit, marcher, aller du ventre; elle a eu plusieurs fois par jour des accès très-laborieux de sa
MÉTRORRHAGIE. 179
toux habituelle, sans que la moindre goutte de sang ait reparu. Un écoulement d'abord roussâtre, maintenant blanc et de moins en moins abondant, est le résultat prévu et inoffensif de l'opération et de ses suites.
La supériorité de ce mode de tamponnement me paraît de tout point incontestable. En voici les motifs principaux :
1 ° La simplicité de l'appareil et la rapidité de l'exécutiou tiennent, sans cloute, le premier rang. Avec un corps ne pesant que 15 grammes, mou, flexible, qu'il peut rouler et placer sans peine dans sa poche, dans son portefeuille, dans sa trousse, le praticien se trouvera extemporanément en mesure de remplir l'indication. Il deviendra très-probablement le vade mecum de tout accoucheur, un peu répandu. Quant à la promptitude du manuel opératoire, elle est telle que l'opération, de son commencement à sa véritable fin, ne dura pas plus de temps que la lecture du petit paragraphe dans lequel j'en ai donné ci-dessus la description. Toutes les autres cavités ou conduits, naturels et pathologiques, se prêteraient, sans plus de difficultés, à l'application de ce moyen.
2° La malade ne souffre ni pendant, ni après. Au lieu de l'interminable et douloureuse introduction successive de bourdonnets de charpie, ce bouchon, surface douce et lisse, est placé en un instant. Avec la charpie, il faut, si l'on veut obtenir la continuation de l'action hémostatique, exercer ensuite une compression de bas en haut, qui refoule incessamment l'utérus, distend ses ligaments, fatigue son tissu et y entretient ainsi la fluxion qu'on voulait éviter. Puis, la bande qui doit serrer le ventre, pour prêter appui au bandage en t, destiné à soutenir la charpie, est une nouvelle source de douleurs pour la patiente. Enfin, la charpie, dont on a distendu le vagin, échauffe la région et y appelle le sang. Avec notre ballon, rien de semblable. Un corps léger, aérien, à parois beaucoup moins épaisses que la plus mince feuille de papier, est le seul tampon. Ce tampon n'agit, comme moyen oblitérateur, que par la pression qu'il détermine latéralement. En troisième lieu, aucune bande , aucune ligature n'est nécessaire pour le fixer.
3° Sphérique et régulière quand on la déploie à l'air libre, la vessie de caoutchouc se moule, au contraire, sur les parties, avec lesquelles elle se trouve en contact au moment où on l'insuffle. Par là se trouve remplie la double condition d'une oblitération complète, quelque anfractueux, irrégulier, inégalement dilatable que soit le contour du canal à oblitérer; puis celle non moins importante d'une pression répartie de la manière la plus exacte sur tous les points de la surface à comprimer et, par conséquent, exempte du danger de produire une pression trop forte ou la gangrène.
4 80 MÉTRORRIIAGIE.
4° Si, pour un motif quelconque, on veut diminuer la pression, on réalise immédiatement ce but en laissant sortir une petite quantité de l'air introduit. Cette faculté précieuse permet de faire passer le vagin, graduellement et par les degrés les plus insensibles, de l'état de canal hermétiquement fermé à celui de conduit tout à fait libre. Elle rassure le chirurgien sur les dangers d'une cessation trop brusque de l'action hémostatique. Les caillots obturateurs, d'abord exactement soutenus, ne sont abandonnés que peu à peu à euxmêmes. L'hémorrhagie, cependant, menace-t-elle alors de reparaître? A l'instant , sans rien déplacer, une seule insufflation rétablit dans toute leur intégrité les conditions primitives de sécurité.
5° Imperméable, incorruptible, ce petit ballon est resté soixantequatre heures au milieu de la chaleur humide, d'un sang en travail de décomposition, sans rien perdre de sa force, ni de son élasticité. Je l'ai, depuis lors, insufflé plus de vingt fois jusqu'à ses dernières limites, pour le montrer à quelques confrères... Il conserve néanmoins toutes ses propriétés, et me servirait pour une nouvelle occasion, aussi bien que pour celle-ci. Sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, sa supériorité ressort, évidente, sur la vessie animale, qui, vide ou pleine d'eau, avait été proposée pour le même usage.
6° Gonflé au tiers, au quart de son extensibilité naturelle, le ballon de M. Gariel a le même poli de surface et à peu près la même résistance qu'il prendrait étant distendu autant que possible. Une vessie animale, au contraire, reste molle, dépressible, plissée à sa surface tant qu'on ne l'a pas insufflée à l'excès. Conclusion : il faudrait, pour trouver dans celle-ci un moyen de tamponnement, que le vagin eût été d'avance moulé sur elle, tandis que la vessie de caoutchouc semoule, dans tous les cas, sur le vagin.
7° L'appareil dont je parle pourrait parfaitement satisfaire au problème, jusqu'ici insoluble, du tamponnement à l'intérieur de l'utérus, dans les pertes qui suivent immédiatement l'accouchement. Si l'on n'ose pas recourir au tamponnement dans cette grave circonstance , c'est qu'on sait bien , qu'en empêchant la perte externe, on ne ferait que substituer un péril caché à un danger apparent. En effet, les parois delà matrice ont alors une dilatabilité telle que le sang, s'il est retenu par l'occlusion de l'orifice vaginal, peut s'épancher dans la cavité utérine en quantité assez considérable pour entraîner la mort. Mais les conditions seraient toutes différentes si, au lieu de se borner à boucher le col, on pouvait déployer à l'intérieur de la cavité utérine une poche de même dimension qu'elle, dont les parois iraient s'appliquer exactement sur sa surface interne et y exercer, sur chaque point, la compres-
METRORRHAGIE. 4 84
sion hémostatique. Or, c'est ce qu'on pourra très-aisément pratiquer avec un ballon de caoutchouc, un peu plus grand que celui dont je me suis servi. Cet appareil, qui transformerait la matrice en une boîte à double fond, serait laissé en place tant que les parois utérines resteraient dans l'état d'inertie; puis, à mesure que leur contractilité stimulée renaîtrait, le chirurgien, surveillant son retour, lâcherait peu à peu l'air insufflé et laisserait le retrait désiré de l'organe s'accomplir graduellement, sans permettre cependant à l'écoulement sanguin de reparaître.
8° Le tamponnement du vagin, tel qu'il se pratique aujourd'hui, n'est pas seulement douloureux et pénible quant à son exécution, fatigant dans ses suites, il pèche surtout par insuffisance. Au bout de deux heures au plus, les bandes se sont déjà relâchées ; un peu plus tard, la charpie, pénétrée par les liquides, glisse et laisse couler le sang entre elle et le vagin. Bref, si le danger presse, on est obligé de faire soutenir à l'extérieur l'appareil par la main d'un aide, ou de le réappliquer deux fois dans les vingt-quatre heures. Le mécanisme, dont je viens de donner une idée, remédie à ces défectuosités flagrantes. Sûre autant que facile, l'oblitération est réelle, exacte, et dure aussi longtemps que le chirurgien le désire. Serait-il téméraire d'affirmer que, renouvelée par un meilleur procédé, la méthode, prendra dorénavant plus d'extension, inspirera moins de répugnance aux médecins, et qu'au lieu de la réserver, comme à présent, pour les cas désespérés, ils l'utiliseront, dès le début de toute perte un peu sérieuse? Quant à moi, cette réforme me paraît des plus rationnelles et des plus probables. En changeant de moyens et de nature, l'obturation vaginale verra nécessairement ses indications modifiées et agrandies; et j'en ai la conviction, ce n'est point à un perfectionnement instrumental que doit se borner le bien réalisé par cette invention, grâce à laquelle on peut, songeant au passé et à l'avenir de cette opération, dire hardiment :
Le tamponnement sera désormais une vérité. (Gazette médicale de Lyon, 1849, p. 252. — 15 novembre.)
Deuxième observation. (Docteur Patte.) — Madame Aud..., âgée de quarante-quatre ans, rue Rochechouart, 21 , sujette depuis plusieurs mois àdes pertes de sang abondantes, fut prise, dans les premiers jours de février 1851, d'une véritable métrorrhagie, accompagnée de tous les symptômes de l'anémie, tels que gastralgies très-douloureuses avec gonflement considérable du ventre, spasmes, syncopes, mouvements désordonnés dans les membres inférieurs. La magnésie, le bismuth, le codéine, le sirop d'écorecs d'oranges amères, les eaux de Vichy, le quinquina, les pilules de musc et de valériane, les topiques froids, furent employés successivement sans succès.
Le 26 février 1851, l'hémorrhagie prit une telle intensité que je dus la com-
*82 METR0RRHAG1E.
battre par le tamponnement, tel qu'il est décrit dans les Traités de Chirurgie. A la suite de cette hémorrhagie, les bruits de souffle qui existaient déjà dans les carotides s'accrurent encore, en même temps que survinrent des éblouissements, des vertiges et une aggravation dans la fréquence et l'intensité des mouvements nerveux.
Le lendemain, 27 février, nouvelle hémorrhagie, plus abondante encore que celle de la veille, qui chasse le tampon et est suivie de syncopes fort alarmantes. Le tamponnement fut rendu astringent par une très-forte solution d'alun, dont j'eus soin d'imbiber les bourdonnets de charpie; mais dans la nuit ce nouveau tamponnement céda encore, se laissant traverser par une abondante quantité de sérosité légèrement rougie. Les syncopes se rapprochaient, un froid glacial s'emparait des extrémités, la malade était si faible qu'elle ne pouvait articuculer aucune parole.
Le 28 février, dès le matin, je fis l'application de la pelote à tamponnement en caoutchouc vulcanisé, de concert avec M. le docteur Gariel ; immédiatement nous fûmes maîtres de l'hémôrrhagie, et nous pûmes satisfaire aux indications que présentait l'état de la malade (quinquina, eaux de Spa, de Russang, fer réduit par l'hydrogène).
Au bout de six semaines, les forces -étaient revenues, les règles reparurent avec régularité et sans exagération, et aujourd'hui (mars 4 855), madame Aud... jouit, d'une santé parfaite.
Troisième observation. (Docteur Patte.) — Le 3 février 4854, je fus appelé à Saint-Quentin pour donner mon avis sur madame X., qui éprouvait, six semaines après une couche laborieuse, une hémorrhagie abondante et incoercible. Mon honorable confrère, M. le docteur Dumoncheaux, médecin en chef de l'Hôtel-Dieu, m'ayant écrit que la malade était atteinte d'anémie et de chlorose, et que divers moyens hémostatiques avaient déjà été mis en usage, je me munis, avant de quitter Paris, d'une pelote à tamponnement en caoutchouc vulcanisé.
A mon arrivée, la malade me parut dans un état plus alarmant encore que
celui de madame Aud ; il y avait des spasmes incessants, des convulsions,
des vertiges, des hallucinations, etc..
L'application de la pelote à tamponnement supprima incontinent l'hémôrrhagie, et la sûreté, la simplicité de l'agent hémostatique donnèrent le temps d'employer méthodiquement les moyens généraux de traitement. Par le quinquina, le fer, les toniques, etc., madame X. était, trois mois après, complètement rétablie. — Depuis cette époque, elle a toujours été bien réglée et n'a eu aucune nouvelle hémorrhagie.
Depuis quinze ans que la pelote à tamponnement vaginal est entrée dans la pratique médico-chirurgicale, son emploi méthodique a toujours été suivi de la cessation immédiate de l'hémorrhargie dans les cas semblables à ceux que nous venons de spécifier.
Nous ne saurions donc trop le redire; la pelote à tamponnement vaginal a une action instantanée que ne possède aucun des hémostatiques connus. Loin de nous cependant la pensée de vouloir pros-
MÉTRORRHAGIE. 183
crire les autres hémostatiques; ils peuvent et doivent être employés concurremment ; car ils n'ont pas une action immédiate, et ne peuvent servir qu'à prévenir le retour de l'hémorrhagïe.
MÉTRORRHAGIE SYRIPTOMATIQUE D'UNE AFFECTION ORGANIQUE DE