RÉTRACTION MUSCULAIRE
Le chloroforme est appliqué sur l'articulation malade à la dose de dix grammes, sur une compresse trempée dans de l'eau tiède.
La première sensation est une douleur très-vive de cuisson et de brûlure : la douleur dure peu.
Au bout de sept à huit minutes d'application, la compresse imbibée de chloroforme est enlevée, la peau est légèrement rosée et presque insensible au contact de la pointe d'une épingle.
La compression établie dans ces circonstances, au moyen des bandes et des pelotes de caoutchouc vulcanisé (voir le mot Compression rémittente), produirait sans doute les plus heureux résultats. {Bulletin général de thérapeutique, p. 274, 1850.)
Rhumatisme articulaire chronique.
Genouillère simple. — - Genouillère à compression rémittente. (Voir ces mots.)
Rétraction musculaire.
Au moyen de lanières de caoutchouc vulcanisé, véritables muscles inorganiques, on peut, dans les cas de paralysie ou d'atrophie, créer des antagonistes aux muscles qui ont conservé leurs propriétés de rétraction.
Supposons une tendance à la flexion permanente de l'avant-bras sur le bras; il suffit, pour la vaincre, d'insérer dans une gaine qu'on placera sur ou sous le vêtement une bande de caoutchouc vulcanisé, de largeur, d'épaisseur et de longueur variables, suivant le degré de force qu'on veut obtenir ; la longueur doit toujours être moindre que celle de l'avant-bras. Cette bande sera cousue avec la doublure du vêtement au niveau de l'aisselle ; elle sera garnie de tissu de toile ou de coton dans cette partie pour lui donner de la solidité; elle se terminera par une partie évasée, dans laquelle seront pratiquées quatre ouvertures circulaires pour le passage de l'indicateur, du médius, de l'annulaire et de l'auriculaire.
Lorsque l'appareil sera en place, il y aura lutte permanente des extenseurs avec les fléchisseurs, et les premiers auront toujours l'avantage lorsqu'on saura proportionner la force à la résistance à vaincre. — Docteur Gariel. (Mémoire déjà cité.)
Rotule (fractures de la).
Les fractures de la rotule sont transversales, obliques ou longitudinales.
Nous ne nous occuperons pas des fractures obliques ou longitudinales, parce que, dans ces cas, les fragments, maintenus en contact par les liens fibreux qui les recouvrent, présentent peu de déplacements; mais nous donnerons un soin particulier à la description des moyens propres à empêcher le déplacement des fragments qui accompagne toujours les fractures transversales.
Disons d'abord que, jusqu'à ces derniers temps, les indications de remédier au déplacement des fragments n'ont été que trèsimparfaitement remplies par le kiastre, l'appareil en 8 de chiffre de M. Velpeau, le bandage unissant des plaies en travers, l'appareil de Boyer, l'appareil de Baudens. Ces appareils présentent le grave inconvénient de ne prendre qu'un point d'appui insuffisant sur les deux fragments de la rotule ; de plus, exerçant une compression assez forte sur le tendon du triceps et sur le tendon rotulien, ils font exécuter aux fragments un mouvement de bascule qui porte les surfaces fracturées en avant ; il en résulte que quand les fragments sont en contact, ils ne sont affrontés qu'en arrière et qu'il existe un écartement assez grand en avant. De plus, la pression qu'ils exercent étant plus forte en dehors qu'en dedans, à cause de la disposition anatomique de l'os, il en résulte que l'affrontement est complet en dehors, et qu'il existe un écartement en dedans.
M. le professeur Malgaigne (Anatomie chirurgicale) s'est demandé s'il n'y aurait pas moyen de rapprocher les deux fragments de la rotule en même temps qu'on les empêcherait de subir l'inclinaison dont nous venons de parler. C'est pour obtenir ce résultat qu'il a inventé l'appareil auquel il a donné le nom de griffe, sorte de double airigne implantée d'une part dans le tendon rotulien, audessus du bord supérieur de l'os, et d'autre part dans le ligament au-dessous du sommet de la rotule ; cette double airigne étant implantée dans deux plaques d'acier, jouant l'une sur l'autre, et pouvant être rapprochées et fixées au moyen d'une vis de pression.
Que M. Malgaigne ait réalisé un grand progrès, qu'il ait par son procédé obtenu des résultats satisfaisants, cela n'est douteux pour personne: cependant on ne peut nier que malgré son apparente fixité, dans un certain nombre de cas, l'instrument ne se déplace,
qu'il ne glisse sur la rotule, qu'il n'éraille la peau, enfin, que ce ne soit un moyen violent et pénible à supporter.
Frappé de ces inconvénients, M. Trélat a pensé qu'en évitant tout traumatisme, on pourrait utiliser cette action de la griffe qui ramène bien parallèlement les fragments l'un vers l'autre.
Voici la description de l'appareil proposé par M. Trélat :
Lorsque le gonflement inflammatoire a été apaisé par les moyens appropriés, je taille deux plaques de gutta-percha, longues de 10 à 12 centimètres, larges aune extrémité de 6 centimètres environ, et à l'autre de 3 à 4 centimètres. Une épaisseur de 5 à 6 millimètres est parfaitement convenable. Le membre étant maintenu dans l'extension forcée et la cuisse fléchie à 45 degrés sur le bassin, les deux plaques, préalablement ramollies dans l'eau chaude, sont déposées sur chacun des fragments, de telle sorte qu'elles se regardent par leur extrémité la plus large, et moulées, avec les doigts mouillés, sur les contours de la rotule.
Le moule, trempé dans l'eau froide, reprend promptement la résistance normale de la gutta-percha, et est fixé au niveau des extrémités les moins larges par une bandelette de diachylum médiocrement serrée, qui fait une ou deux fois le tour du membre. Sans cette précaution, au moment où on applique la griffe, chaque plaque se relèverait par sa pointe, et la griffe cesserait immédiatement d'agir.
On ramène alors à l'aide des doigts les deux plaques l'une vers l'autre, et on implante fortement dans chacune d'elles la moitié correspondante de la griffe.
Il ne reste plus qu'à faire agir la vis et à maintenir ainsi plaques et fragments rapprochés au degré voulu.
Le membre est alors déposé dans une gouttière.
L'appareil de M. Trélat paraît en effet remplir le même office que celui de M, Malgaigne, tout en supprimant l'implantation des airignes dans le tissu même de la rotule : c'est celui auquel nous donnerions la préférence. Nous avons cependant pensé que le dernier mot n'était pas dit sur le traitement des fractures transversales de la rotule, et qu'il y avait lieu de modifier ce traitement sinon en lui. substituant un appareil entièrement nouveau, au moins en le complétant par des moyens auxiliaires dont il sera facile de comprendre l'importance.
Quelques considérations sur le mode de production de l'écartement des fragments ne seront pas inutiles pour faire apprécier le rôle de ces moyens auxiliaires.
Il est une cause spéciale qui rend compte de l'écartement de ces fragments, et de la présence d'un tissu intermédiaire plus ou moins large. Cette cause dérive de l'action des muscles qui, dans les autres
fractures, agissent de manière à rapprocher les fragments et même à les faire chevaucher, tandis que, dans les fractures de la rotule, ils déterminent le retrait du fragment supérieur, tandis que le fragment inférieur, sur lequel n'est exercée aucune contraction musculaire, ne subit de déplacement que dans la position verticale, et cela par le seul fait de son propre poids.
C'est donc sur le fragment supérieur que doivent porter tous les efforts de la coaptation. Il y a cependant lieu de bien maintenir en place le fragment inférieur qui, par les raisons indiquées plus haut, tend à subir dans la position horizontale, non un mouvement de déplacement en bas, mais un mouvement de bascule d'arrière en avant.
En résumé, les indications à remplir sont :
1 ° D'éviter, au début du traitement, la compression qui est à la fois dangereuse et inutile.
En effet, les premiers temps du traitement sont toujours perdus pour la consolidation : nous croyons qu'il faut les employer uniquement à simplifier les conditions locales, à éditer les contractions des muscles, à prévenir l'engorgement sanguin et l'arthrite traumatique.
On obtient tous ces résultats en employant les réfrigérants et la position sur un plan incliné.
D'un autre côté on évite au malade la fatigue et les souffrances que détermine l'appareil au commencement du traitement. A ce moment, en effet, le malade éprouve des douleurs plus ou moins vives, comparables à des piqûres d'épingle; la compression tendra presque toujours aies exagérer. Le malade souffrira en pure perte, et cessera souvent de pouvoir supporter l'action de l'appareil, précisément au moment où celle-ci devient efficace. En effet, c'est après un certain délai, dix ou quinze jours, que la consolidation commence à s'effectuer. A cette époque les muscles ne se contractent plus, le gonflement a presque complètement disparu, il en est de même de la douleur.
2° De s'opposer aux contractions du muscle triceps fémoral en établissant depuis les condyies du fémur jusqu'à la partie supérieure de la cuisse une compression modérée, régulière et durable. Cette compression ne peut être obtenue qu'à l'aide du caoutchouc vulcanisé, soit qu'on se serve de bandes, soit qu'on emploie un cuissard ; c'est à ce dernier moyen que nous donnons la préférence ; nous avons indiqué il y a déjà longtemps, et un chirurgien des plus distingués de Paris, M. Morel-Lavallée, a bien voulu constater les avantages de cette compression, dans un mémoire intéressant. M. Morel-Lavallée a employé les tissus élastiques dans quatre cas consécutifs de fracture de la rotule, tous suivis de consolidation,