CHAPITRE VIII
Des lobes cérébraux.
Les lobes cérébraux constituent chez l’homme la masse la plus considérable du système nerveux central ; ils se présentent sous la forme de deux énormes renflements solides, qui recouvrent les organes encéphaliques dont nous avons déjà parlé, et le cervelet. On se fera une idée du volume de ces lobes, en comparant leur poids (1,050) à celui de l’encéphale tout entier (1,318). C’est le couronnement, pour ainsi dire, de l’axe cérébro-spinal.
Les lobes cérébraux ou cerveau proprement dit, car nous emploierons indifféremment ces deux expressions, sont l’organe des facultés supérieures, qui donne à l’homme l’empire du monde; c’est, comme l’ont proclamé saint Augustin, saint Grégoire, Kant, Trœller et tant d’autres philosophes, la condition matérielle de l’intelligence. Que l’organe disparaisse, n’impoiTe par quelle cause, la transformation des impressions sensorielles en idées, la possibilité de conserver ces idées, quand leurs impressions sont effacées, la puissance de les comparer, de porter des jugements, de créer enfin, par des combinaisons d’idées acquises, tout cela disparaît en même temps; il n’est guère besoin d’accumuler des preuves pour établir cette fonction, qui n’a jamais été contestée. Mais le cerveau n’est pas seulement le siège de l’intelligence , il tient encore sous sa dépendance les instincts, les sentiments et les passions. Admise sans contestation par beaucoup de physiologistes, cette proposition n’a pas été absolument acceptée par d’autres : ainsi Bichat et Nasse, tout en reconnaissant que le cerveau est le siège
des hautes fonctions de l’âme, prétendent que d’autres organes encore', ceux du bas-ventre et de la poitrine, par exemple, prennent part, jusqu’à un certain point, à ces fonctions, et que ces organes pourraient bien être le siège des passions. S’il en était ainsi, chaque passion, ayant siège dans tel ou tel autre organe, devrait dans son expression réagir plus spécialement sur lui que sur tout autre; mais si on étudie l’influence des passions sur les organes, on voit des effets très-variés être produits chez des individus différents; ainsi la colère, que je prendrai pour exemple, porte son influence tantôt sur le foie, tantôt sur l’estomac ou bien sur un autre viscère; la honte, le dépit peuvent produire ou la rougeur ou la pâleur du visage. Il n’y a de différence , du reste, bien tranchée pour les effets des passions sur les organes qu’en ce qu’elles sont excitantes ou déprimantes: dans les premières il y a tension extrême, mouvements convulsifs, principalement dans les muscles respirateurs, turgescence sanguine périphérique; dans les dernières, au contraire, tous les muscles sont relâchés, les traits du visage s’affaissent, les jambes tremblent, les mouvements volontaires peuvent être suspendus. En définitive, rien ne soutient l’hypothèse qui place les passions de l’âme ou, en général, certaines opérations de l’âme en dehors du cerveau, et c’est bien ce dernier organe qui est l’unique siège des facultés intellectuelles et affectives.
Si l’on éprouve peu de difficulté à démontrer que le cerveau est l’organe de l’intelligence des sentiments et des instincts, le travail n’est plus aussi facile quand on cherche à déterminer la part que telle ou telle portion prend à la production de tel ou tel autre phénomène affectii', intellectuel ou instinctif. Les essais pour arriver à ce résultat n’ont pas manqué, et cependant il faut bien l’avouer, les efforts des physiologistes ont produit bien peu de chose. Passons en revue les travaux entrepris dans cette direction d’idées ; mais avant notons un fait qui' paraît bien démontré : à savoir que, pour s’exécuter normalement, les phénomènes intellectuels n’ont pas besoin de l’intégrité de deux hémisphères; un seul peut suffire, l’autre étant privé d’action
sous l’influence d’une lésion quelconque ; je dis, peut suffire, et non pas suffit; car on a des exemples de lésion d’un seul hémisphère, qui a entraîne la perte de l’intelligence. De nombreux faits pathologiques prouvent l’assertion de cette suffisance d’un lobe cérébral pour la production des actes intellectuels. Je renvoie à l’ouvrage de M. Longet*, qui cite bon nombre de ces faits et qui en conclut, que des pertes de substance considérables des hémisphères, tant de la partie antérieure (lobe antérieur), que de la partie postérieure (lobe postérieur), peuvent exister sans dérangement dans l’intelligence, sans trouble dans les fonctions sensorielles; mais souvent dans ces cas les fonctions locomotrices éprouvent des atteintes plus ou moins graves, et des accès épileptiformes ou d’autres accidents en sont la conséquence.
On peut concevoir, sans que cela choque le moins du monde la raison, qu’il existe dans les lobes cérébraux des sièges spéciaux pour les diverses facultés du cœur et de l’esprit; mais entre cette vue raisonnable en elle-même et la démonstration d’une localisation quelconque il y a une distance énorme. Voyons si les preuves ont pa être accumulées en assez grand nombre pour détruire cette distance. Quelques faits d’idiotie congénitale, avec absence de lobes antérieurs, quelques observations médicales de perte de l’intelligence coïncidant avec une maladie des lobes antérieurs du cerveau, ont: fait pensera plusieurs physiologistes, à M. Bouillaud, entre autres, que les lobes antérieurs sont le siège de l’intelligence. Or à ces faits on peut en opposer une foule d’autres, qui démontrent que la lésion de l’intelligence peut coexister avec des lésions siégeant dans tous les points des hémisphères et même dans les corps striés. Que conclure? C’est que l’anatomie pathologique n’a pas encore pu démontrer une seule localisation. L’intelligence donc ne siège pas plus dans les parties^ antérieures des hémisphères que dans les parties postérieures, comme Neumann le pensait; d’après l’examen du cerveau de 50 aliénés.
> Anatom. et phys. du système nerveux , l. I, p. 668.
Les expériences sur les animaux ne prouvent pas davantage; en opposant les résultats obtenus par MM. Bouillaüd’, Flourens^ et Longet®, il ne nous sera pas difficile de légitimer notre assertion. M. Booillaud, en lésant la partie antérieure des hémisphères cérébraux sur des pigeons, des chiens et des lapins, a vu ces animaux présenter des signes irrécusables d’un idiotisme profond. M. Bouillaud n’a pas opéré sur les lobes postérieurs. M. Flourens dit à son tour qu’on peut retrancher soit devant, soit derrière, soit en haut, soit par côté, une portion assez considérable des lobes cérébraux, sans que leurs fonctions soient perdues; mais la perte de substance devenant plus considérable, dès qu’une perception est perdue, toutes le sont; dès qu’une faculté disparaît , toutes disparaissent. On voit d’après cela que M, Flogrens admet une solidarité complète entre les actes intellectuels. En est-il de même chez l’homme? Cela est fort probable, et c’est cette solidarité qui rend sans doute le problème de localisation si hérissé de difficultés. Cependant chez l’homme la perte isolée d’une seule faculté, comme le prouve la pathologie mentale, les autres facultés demeurant intactes, fait espérer que la séparation est plus distincte que chez les animaux. M. Longet a aussi expérimenté sur des chiens et des lapins : tantôt la désorganisation trop peu étendue n’offrait rien de particulier; tantôt trop profonde, elle était accompagnée de phénomènes complexes qui tuaient l’animal, ou .s’ils le laissaient vivre, rendaient l’observation impossible.
Ainsi trois observateurs et trois manières de voir différentes. Pouvons-nous raisonnablement faire servir ces expériences à prouver une localisation?
Au premier aspect la localisation semble pouvoir s’étayer de l’anatomie comparée. Ainsi l’observation que le développement des instincts sur l’intelligence est en rapport avec le développement des parties pos-
> Recherches expérim. Journal de phys., t. X, p. 91.
2 Recherches sur les fond., 2' éd., p. 98.
3 Anal, et phys.. I. I, p. 695.
térieures, peut nalurellement faire penser que les instincts siègent en arrière et l’intelligence en avant; d’autre part, le développement latéral du crâne étant plus considérable chez les animaux carnassiers et féroces que chez les animaux doux, paisibles et inoffensifs, on peut penser que le penchant à la destruction siège dans l’axe horizontal et transversal, et que l’augmentation de cet axe est due à un plus grand volume de l’organe qui le met en jeu. Mais, comme l’a prouvé M. La- FARGtJE*, s’il y a prédominance des lobes postérieurs, cela tient à des raisons d’équilibre; car plus les mâchoires sont volumineuses, plus il est nécessaire que le poids postérieur de la tête les contrebalance, et la preuve c’est que deux animaux de mœurs identiques diffèrent par le crâne, s’ils diffèrent d’attitude. Nous avons des exemples qui réfutent complètement les idées phrénologiques que nous avons exposées et qui résultent d’un examen non approfondi ; le castor est loin d’être sanguinaire, et cependant son crâne est conformé comme celui des carnassiers: c’est que le castor a une forte mâchoire, destinée à couper et à scier les branches les plus grosses et les plus dures. Des animaux carnassiers éminemment féroces, tels que la belette, le furet, ont une tête rétrécie au-dessus des apophyses zygomatiques; c’est que dans ces espèces animales, les membres antérieurs étant très-courts, il était nécessaire que le poids de la tête fût plus grand en arrière, pour que la station et la progression ne soient pas gênées.
Si nous prenons maintenant un exemple de l’application du système deGALL, l’organe du meurtre, que cet observateur fait résider dans les circonvolutions latérales, moyennes et inférieures du cerveau; ce qui naturellement donne une largeur proportionnelle plus grande au crâne des oiseaux et autres animaux carnassiers. Nous voyons que rien n’est moins prouvé que l’existence de cet organe dans le siège assigné par Gale , par l’augmentation proportionnelle de l’axe transversal. En effet, M. Lelut^ a démontré les propositions suivantes: 1“ Les
' Archive! générales, t. 1, 1830, p. 265.
‘■i Appréciât, de laphrénol. Arch. générales. 1838. Gaielte méd. 1835.
oiseaux frugivores, carnassiers, insectivores ont le cerveau et le crâne d’égale largeur, proportionnellement à leur longueur; 2“ les oiseaux de proie ont bien le crâne plus large, mais cela tient indubitablement au développement considérable de l’oreille interne et du globe oculaire ; 3“ les mammifères carnassiers n’ont pas le cerveau et le crâne plus larges, proportionnellement avec leur longueur, que les mammifères frugivores ; c’est le contraire plutôt qui paraît avoir lieu ; 4® enfin les comparaisons individuelles des oiseaux et des mammifères, de mœurs différentes, conduisent au même résultat que l’appréciation en masse. Nous pouvons donc résumer toute cette discussion en disant que la preuve d’anatomie comparée manque à la localisation des fonctions psychiques du cerveau.
Puisque aucune espèce de preuve n’existe pour affirmer les hypothèsesde localisation qu’une foulede physiologistes ont proposéeset dont la plus spécieuse est celle du docteur Gall; et que même des faits opposés tendent à les repousser, nous devons conclure qu’on ne peut jusqu’à présent assigner aucun point exact dans telle ou telle partie du cerveau à telle ou telle faculté, soit intellectuelle, soit affective. Ce qu’on peut au plus dire, c’est que le développement de l’intelligence est en rapport avec le développement du cerveau, avec le nombre et la profondeur des circonvolutions et peut-être avec l’épaisseur de la substance grise’ ; qu'ainsi plus le cerveau est volumineux, plus les circonvolutions sont profondes et nombreuses; plus la substance grise est épaisse, plus l’intelligence est grande; dernier fait, très-douteux, sur lequel nous reviendrons. Peut-on mesurer à l’extérieur cette puissance intellectuelle et juger de spn plus ou moins grand développement? L’angle de Camper et celui de Daubenton ne donnent que des résultats peu certains. La proportion de l’aire de la face aléaire du crâne, proposée par Cuvier , est un moyen meilleur, mais il est loin d’être infaillible.
< Il est encore permis de supposer, d'après les faits pathologiques, que c’est à la substance grise qu’est dévolu le pouvoir intellectuel.
Les phénomènes psychiques, bien qu’ils soient plutôt du ressort de la philosophie, appartiennent cependant assez au physiologiste pour qu’il doive en faire une étude approfondie, et soumettre au jugement de sa critique les divers systèmes successivement proposés. Ici la marche de physiologie empirique n’est plus possible, et c’est aux idées spéculatives à poursuivre. Deux principaux systèmes cosmologiques se partagent les opinions des philosophes de l’époque. Le premier consiste ® admettre que la vie intellectuelle et l’organisation sont sous la dépendance d’essences spirituelles implantées dans l’organisme. Ces essences spirituelles sont enchaînées à la matière qu’elles règlent et dirigent; c’est d’elles que dépend cette harmonie zoologique si remarquable, qui nous permet de reconstruire un être organisé tout entier, bien que nous n’en possédions qu’une partie. C’est, en d’autres termes, l’âme, qui a de plus cette propriété de se diviser sans jamais s’affaiblir. Platon et ses disciples, les néoplatoniciens, les mystiques ont tous fait partir leur philosophie de ces idées actives. Le second système soutient que le principe vital est inhérent à la matière, que ce n’est qu’une propriété de cette matière qui n’en jouit, du reste, qu’à certaines conditions de composition, de structure et de forme. Quand la matière pénètre au sein des corps organisés, elle se trouve placée dans des conditions favorables au développement de son principe vital latent, absolument comme le calorique à l’état de combinaison devient calorique libre dans des conditions déterminées. Un être organisé meurt-il, suivant ce système, la matière reprend son principe vital de combinaison, si je peux m’exprimer ainsi, pour que plus tard, sous les influences favorables, ce principe vital devienne libre. Giordano Bruno a exposé avec la plus grande lucidité ce système panthéistique de l’âme du monde qui n’est pas, du reste, sortie du hasard, mais bien émanée de l’esprit de Dieu. Il était nécessaire de donner ces idées générales avant de s’occuper de la vie intellectuelle.
La vie intellectuelle diffère essentiellement de la vie végétale, et cette différence tient à ce qué la première est sentie, a lieu avec conscience ;
leur seul lien d’analogie, c’est leur concours commun à la production de l’harmonie. Dans la vie intellectuelle, l’action est moins dépendante, quoique ne dépassant pas certaines limites.
Analysons le travail le plus simple de l’intellect ; des objets situés hors de notre sphère individuelle, donnent lieu à la perception d’images qui sont reproduites et combinées de plusieurs manières, l’esprit reconnaît ce qu’il y a de plus général dans ces diverses perceptions, et il en résulte une idée; qu’il y ait contact, froissement parallèle entre deux idées ou un plus grand nombre, ou d’une idée et d’une impression visuelle nouvelle, il en résulte la pensée. Par quoi cette filiation, est-elle amenée? Par un force inhérente à la nature organisée qui rend nécessaires ces diverses combinaisons. Ce que je viens de dire des impressions produites par les corps sur l’appareil visuel, je puis le dire des autres sens; en dernière analyse il se fait incessamment des actions réfléchies de l’extérieur à l’intérieur. Outre ces phénomènes il en est d’autres qui s’opèrent sans conscience, mais qui sont liés à la force créatrice d’un organisme déterminé, ces phénomènes nouveaux font réaliser des actions toujours les mêmes sous l’influence de leur impulsion irrésistible, ce sont des instincts. C’est à un instinct propre que les oiseaux obéissent en faisant des nids pour leurs petits; c’est'sous l’influence de l’instinct que le ver à soie se creuse pour sa transformation une si riche prison , que l’instinct encore lui apprend à ouvrir pour chercher l’accouplèment : ainsi deux séries de phénomènes bien remarquables: les idées et les instincts.
Les idées proviennent-elles de l’application de uos sens seulement, ou bien ont-elles d’autres sources? Tout le monde connaît ce principe d’Aristote qui n’admettait pas les idées innées, nihil est in intellectu, quod non priüs fuerit in sensu. Plusieurs philosophes ont adopté cette manière de voir, Condillac entre autres; 1^ majeure partie des penseurs ont admis, au contraire, les idées innées; Kant reconnaît quatre catégories : idées de quotité, de qualité, de relation et de modalité.
Nous avons assisté à la formation d’une idée simple, et la production
de la pensée, c’est-à-dire l’abstraction faite sur plusieurs éléments d’idées simples, c’est cette possibilité d’abstraire qui caractérise l’intelligence de l’homme et qui n’est propre qu’à lui. Les animaux n’ont que des idées simples, pouvant quelquefois s’associer : ainsi un chien pourra très-bien s’habituer à apercevoir que des objets de diverse nature peuvent être portés sur la tête, mais il n’en déduira jamais l’idée de coiffure. L’intellect est doué non-seulement de la propriété de convertir une impression en idée, mais encore de reproduire à volonté les idées acquises. Cette action cérébrale se nomme mémoire. Quand on associe des idées ou quand on les déplace, on met en jeu l’imagination, autre attribut de l’esprit. La comparaison, et le jugement qui résulte d’une comparaison, actes intellectuels plus difficiles que celui qui consiste à imaginer, sont produits par la réaction mutuelle de plusieurs idées les unes sur les autres. Ce que l’on nomme en général sentiment, est une idée, une notion générale ou un jugement ayant acquis un pouvoir dominateur ou régulateur; ainsi le sentiment du beau, le sentiment de l’honneur, etc. Certaines idées produisent des impulsions, des penchants : lorsquel’idée d’une douleur, par exemple, vient à être conçue, il se manifeste une tendance à la fuir; si'le penchant renconti'e des obstacles, il en résulte de la peine; du plaisir, si le penchant est satisfait. Les passions ne sont que les exagérations de ces penchants ; il faut, pour qu’une passion surgisse, que le penchant soit contrarié ou favorisé par des idées. Il faut encore que l’idée de nousmême entre en jeu. Enfin nous sommes libres de suivre ou non la direction de nos penchants.
Je ne m’étendrai pas davantage sur cette partie psychique de la physiologie du cerveau; mais il était indispensable de montrer les opinions actuelles des philosophes sur l’analyse de l’entendement. Nous nous sommes contenté de faire un choix, sans discuter, parce que, comme nous l’avons dit, il est nécessaire ici d’accepter des hypothèses, et que la démonstration physiologique empirique n’est plus possible.
Les lobes cérébraux ne sont pas sensibles; les irritations immédiates n’y produisent pas la moindre douleur. On peut s’en assurer en expérimentant sur des animaux, ou en lisant les observations de plaies de tête, dans lesquelles on voit qu’il a été possible d’exciser des portions considérables des hémisphères, sans que le blessé ait ressenti la plus petite impression.
Une irritation chimique ou galvanique intense de ces lobes ne détermine pas de convulsions; les vivisections le prouvent manifestement pour les animaux ’. Nous avons vu déjà que l’on pouvait enlever les hémisphères cérébraux sans que la perception de la lumière soit détruite; il en est de même de la sensibilité générale. Il est probable que la perception du son a encore lieu chez les animaux privés d’hémisphères. M. Lonset est porté à admettre que le goût, dans ces cas, est aussi conservé. Il déduit de ses expériences qu’il est probable qu’on découvrira un jour à la base de l’encéphale ün nombre de foyers perceptifs égal à celui des instruments chargés de recueillir les impressions périphériques ; mais que dans l’état actuel de la science il y aurait de la témérité à proposer telles ou telles localisations Néanmoins le cerveau est toujours l’organe de perfectionnement où les sensations doivent aboutir pour avoir tout leur effet et être appréciées à leur juste valeur.
Les observations faites sur des personnes atteintes de maladies des hémisphères cérébraux Conduisent à admettre une grande puissance de ces hémisphères sur les mouvements volontaires, tandis que cette puissance décroît à mesure que l’on descend l’échelle animale. Ainsi les poissons et reptiles privés de lobes cérébraux ne paraissent point avoir perdu leurs mouvements; il en est à peu près de même pour les oiseaux; les mammifères sont plongés dans une sorte de somnolence,
■ Eq est-il de même pour l’homme? Ou ne saurait trancher la question d'une manière absolue. Dans tous les cas, ce qu’il y a de certain, c’est qu’une simple incision ne détermine pas de convulsions.
- Floijrkns, Anat. et phys.. p. 653, 1.1.
mais toute manifestation de perceptivité et de volonté n’est pas détruite K II n’en est pas moins vrai que dans l’état normal l’incitation qui produit les mouvements naît principalement, sinon exclusivement, dans les lobes cérébraux; mais quelle partie, de la substance blanche ou de la substance grise, est le siège de ce pouvoir incitaleur? MM. F 0 VIU.E et Gkandchamp pensent que c’est la substance blanche, tandis que MM. Calmiel et Bottex^ exhibent des observations de paralysie générale à la suite d’aliénation mentale qui correspondaient à la seule lésion de la substance grise; M. Parchappe a fait la même observation. Entre ces deux opinions contradictoires il faut s’abstenir. Ce qu’il y a seulement de certain à l’endroit de l’incitation motrice, c’est qu’elle procède d’un hémisphère droit au côté gauche et vice versâ. Si quelques observations pathologiques sont venues constituer des exceptions à cette règle générale, c’est qu’il existait sans doute quelque variété anatomique, analogue à celles que l’on a eu occasion de constater dans l’état normal.
Il nous reste à résoudre un dernier problème : c’est de savoir si un ordre déterminé de mouvements n’a pas de siège spécial dans le cerveau ; en se rappelant que nous avons montré l’impossibilité où l’on était de localiser le mouvement, considéré d’une manière générale dans l’une ou l’autre substance des hémisphères, on doit penser que la localisation de l’incitation motile dans des organes séparés n’est pas plus possible. En effet, bien que M. Bouillaud, qui a cherché à faire pour les muscles ce que Gall a fait pour les facultés de l’âme et de l’esprit , ait cru avoir découvert dans les lobes antérieurs l’organe qui agit volontairement sur les muscles servant à la parole, les faits impitoyables d’anatomie pathologique sont venus démontrer qu’il n’y a rien de positif encore dans les localisations proposées pour les principes actifs des mouvements volontaires.
! Gerdy, Bullelin de l'Aead.. l. Y, n" 17, p. 247.
- Du iiége et de la nature des maladies mentales. 1833.