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CHAPITRE IX

Cervelet,

Le cervelet est uae masse nerveuse centrale, de la forme d’une spéroïde aplatie , occupant les fosses occipitales inférieures, se continuant avec la moelle allongée, la protubérance et le cerveau, séparé des lobes postérieurs de ce dernier organe par un repli de la duremère appelée tente du cervelet.

Il n’est pas de portion nerveuse à laquelle on ait assigné autant d’usages qu’au cervelet, preuve de l’ignorance où l’on est de ces usages. Analysons les travaux dont il a été l’objet. Le cervelet n’est point sensible aux irritations immédiates; s’il est le siège de douleurs violentes dans certains cas pathologiques, c’est ou biep par réaction des parties voisines, ou bien parce que cette sensibilité perçue s’est développée sous l’influence de la maladie, comme cela a lieu pour d’autres organes. L’irritation immédiate ne produit pas non plus de secousses convulsives. MM. Flourens, Bouiluud, Hertwig^ admettent ce fait. Si on enlève un hémisphère cérébelleux sur un mammifère, on obtient le même résultat que dans le cas d’enlèvement d’un hémisphère cérébral, faiblesse ou paralysie croisées ; l’effet est d’autant plus marqué que le mammifère est plus âgé chez l’homme. Les paralysies ayant pour cause une maladie du cervelet, présentent la disposition croisée, sauf dans quelques faits très-rares.

M. Flourens^, après de nombreuses vivisections, a découvert que le cervelet est l’organe coordinateur de mouvements. Quand sur un chien ou autre animal, on fait l'ablation de la moitié de chaque hémisphère cérébelleux, l’animal paraît comme ivre; quand op achève l’ablation, il tombe et ne peut plus faire de mouvements réguliers, bien que la volonté et la puissance contractile soient dans leur force.

1 Mémoire de l'Àc. des sc. Savants étrang., I. III, p. 270.

2 Recherches sur le syst. nerv., onv. cif.

M. Longet a obleau des effets semblables ea répétant ces expériences. Quatre observations pathologiques sont invoquées à l’appui de cette opinion, et démontrent un défaut d’équilibration comme symptôme, se rattachant à une lésion du cervelet dans trois cas, et à son absence congéniale dans le quatrième. Ces observations rendraient l’opinion de M. Floürens assez probable, si M. Andral, qui a rassemblé quatre-vingttreize cas de maladies du cervelet, n’en avait trouvé qu’un seul qui tende à confirmer l’opinion de M. Floürens; il est vrai que la majeure partie des cas cités par M. Andral sont des affections chroniques, et tout le monde sait que les masses encéphaliques peuvent s’habituer à la lésion pathologique et leurs fonctions, comme ledit Morgagni, survivre à leur désorganisation.

MM. Magendie, BodIlladd, Floürens, et avant eux Fodéra*, ont noté la tendance au recul, après la lésion profonde ou la soustraction du cervelet. M. Magendie explique ce phénomène par l’existence de deux forces opposées qui se contre-balancent dans l’état normal ; l’une siégeant dans le cervelet, l’autre dans le cerveau^; quand on supprime l’une, l’autre a toute sa puissance; de là recul pour les lésions du cervelet et propulsion pour la lésion des corps striés. Et d’abord ce mouvement est très-rare (cinq fois sur dix-huit expériences de M. Floürens, et M. Lafargüe ne l’a point obtenu sur dix essais qu’il a faits). Enfin sur les quatre-vingt-treize observations de M. Andral, on en trouve une seule, celle recueillie par Petiet, dans laquelle le malade avait une tendance à reculer. L’hypothèse de M. Magendie n’est donc pas assez justifiée. Que dire de l’opinion de Willis qui fait siéger dans le cerveau le principe des mouvements' involontaires? Ce n’est qu’une pure vue de l’esprit, sans preuve aucune.

Quant à l’opinion qui consiste à regarder le cervelet comme éminemment préposé à la sensibilité, nous devons nous y arrêter un instant à cause de la valeur scientifique des hommes qui l’ont acceptée ;

> Recherches sur le syst. nerv. Journ. vhys., 1. III. 1823.

- Nous avons déjà parlé de celle hypolhèse.

Lapeyronie, Saucerotte, Foville, Pinel, Grandchamp et Dügès. Il est bien cçrtain que les sensations ne dépendent pas exclusivement du cervelet; les vivisections que nous avons déjà mentionnées, le prouvent. D’autre part les cas pathologiques ne sont pas plus favorables. En effet, nous voyons M, Andral montrer, sur douze observations , une seule altération de la sensibilité (produits accidentels) ; sur dix cas de ramollissement la sensibilité a été tantôt abolie, tantôt normale, tantôt plus vive. Certes on ne peut pas dire que le cervelet est absolument étranger aux phénomènes de sensibilité, maison peut affirmer qu’il n’en est pas le siège exclusif.

Danç la très-grande majorité des malades du cervelet, l’intelligence se conserve intacte; les destructions du cervelet chez les animaux ne produisent aucune manifestation de trouble dans les phénomènes intellectuels.

Enfin, une dernière opinion qui est acceptée par les phrénologistes d’après Gall, c’est que le cervelet est l’organe de l’amour physique. Cette assertion s’appuie sur plusieurs observations peu certaines, et sur d’autres, au nombre de sept, dans lesquelles on note la coïncidence de l’érection avec un épanchement sanguin dans le cervelet. Or, cette coïncidence ne prouve rien. En effet, sur quinze cas de lésion avec compression de la moelle, l’érection du pénis a été observée huit fois, et trois fois sur treize autres cas ayant trait à des lésions de la portion dorso-lombaire : ce qui permet d’attribuer à la compression exercée sur la moelle par l’épanchemjent l’érection observée; enfin, on peut opposer les faits de. M, Andral ou celui d’Alexandrine Labrosse, qui n’avait pas de cervelet, et qui n’en avait pas moins l’habitude de la masturbation’.

L’anatomie comparée ne peut davantage être invoquée, puisque M. Leüret a démontré* que les raies, poissons qui s’accouplent, n’ont pas dans toutes les espèces des lamelles au cervelet, disposition que

‘ Floubens . Recherches, etc., p. 330 et suiv. 1842.

- Lrdret, OKU. cil., p. 219.

Gall avait cru favorable à son opinion. Quant à l’anguille, qui s’accouple aussi, son cervelet n’a pas de lamelles, et il y a chez elle moins de cervelet que chez la morue qui ne s’accouple pas. Enfin, M. Floukens a conservé un coq qu’il avait privé de cervelet, et chez lequel l’instinct de la propagation a persisté ; les organes sexuels n’étaient point atrophiés. L’opinion de Gall ne s’appuie donc raisonnablement sur aucune preuve plausible.

En résumé, nous ne connaissons pas les usages positifs du cervelet, et cependant il doit jouer un rôle assez important dans le système central; l’hypothèse donnée par M. Flobrens est celle qui parait le plus probable.

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