‹ Appréciation des travaux les plus récents sur les fonctions du système nerveuxChapitre 12 sur 22 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Enveloppes des centres nerveux, liquide céphalo-rachidien et mouvements du cerveau.

L’axe cérébro-^spinal est protégé dans toute son étendue par des enveloppes, La première, en procédant de dehors en dedans, est l’enveloppe solide, en partie mobile, en partie fixe; elle est constituée par le crâne, qui contient l’encéphale, et la colonne vertébrale, qui renferme la moelle épinière. Cette protection par des parties dures était nécessaire à des organes nerveux aussi importants et d’une ténuité si délicate. Sans entrer dans plus de détails sur l’enveloppe osseuse des centres nerveux, nous dirons qu’il n’est pas possible de réunir mieux les conditions de protection avec celles de mobilité et d’attitude. La seconde enveloppe est fibreuse : c’est la dure-mère qui, adhérente aux os du crâne, leur sert de périoste interne; elle contient dans l’épaisseur de ses deux lames des canaux veineux, qui jouent un rôle dans la circulation de la tête, et envoie des prolongements fibreux destinés à soutenir les diverses portions de l’encéphale. C’est ainsi qu’elle sépare par sa grande faux les hémisphères cérébraux entre eux; par sa tente, le cervelet des lobes cérébraux postérieurs, et enfin, par sa petite faux.

les deux hémisphères cérébelleux. Elle se prolonge dans le canal rachidien el forme là une enveloppe large à la moelle épinière. Cette membrane n’est point contractile, comme on l’a prétendu; elle h’est même point sensible dans la majeure partie de son étendue. La troisième membrane d’enveloppe est l’arachnoïde, qui tapisse toute la surface extérieure des centres nerveux et la face interne de la duremère, tant cérébrale que rachidienne; elle ne pénètre pas dans les ventricules, comme le pensait Bichat. Comme toutes les séreuses, l’arachnoïde paraît en rapport avec les mouvements de l’organe qu’elle recouvre; sa cavité est remplie d’une vapeur qui peut se condenser après la mort. La pie-mère vient après l’arachnoïde; appliquée immédiatement sur les centres nerveux et pénétrant dans leurs cavités, c’est la membrane nourricière de l’axe cérébro-spinal; elle donne plus de consistance aux centres nerveux, à la moelle principalement, et parait produire par sécrétion le fluide céphalo-rachidien.

M. Magendie fait jouer un très-grand rôle au liquide céphalo-rachidien ; il le eroil d’une nécessité indispensable à l’exécution des fonctions nerveuses; car, dit-il, si on l’évacue chez un animal, on voit survenir une extrême faiblesse, de la torpeur, des mouvements irréguliers; quelquefois l’animal tombe sans pouvoir se relever. Si, au lieu d’évacuer le liquide, on vient à en ajouter de nouveau, on produit tous les phénomènes de compression. L’opinion de M. Magendte avait été aceeptée par la plupart des physiologistes qui ont répété ses expériences, lorsque M. Longet’, dans ces derniers temps, voulant évacuer le liquide céphalo-rachidien sur un animal, fut étonné de voir apparaître tous les accidents décrits par M. Magendie, à la suite de la simple division des muscles de la nuque. De nouveaux faits produisirent le même résultat. Il n’est donc pas possible d’attribuer à l’évaeuation seule du fluide qui nous occupe les troubles qUe l’on observe à sa suite puisque la simple division des muscles de la nuque les produit.

’ Longrt, Annales psychologiques . ISiSo.

Du reste, après viugt-quatre heures, les accidents cessent dans les deux cas, ce que M. Magendie attribue à la production d’un nouveau liquide. En lisant la note de M. Longet, je me suis rappelé un fait dont j’avais longtemps cherché l’explication. Voici ce fait ; Dans une affaire malheureuse de notre guerre d’Afrique, un soldat du 24® de ligne reçut un coup de yatagan qui lui divisa les muscles de la nuque dans toute leur étendue; il tomba sous le coup et ne put plus mareher. On l’apporta à'I’ambulance, où sa blessure fut examinée avec soin; car on supposait, en raison de la faiblesse musculaire, une lésion profonde. Les muscles seuls étaient atteints; la section en était nette; l’écoulement de sang avait été peu considérable. Le lendemain nous fûmes étonnés de trouver le malade levé; la cicatrisation ne fut arrêtée par aucun accident.

Le liquide céphalo-rachidien doit cependant être nécessaire pour exercer une pression uniforme sur le système nerveux central. M. Magendie pense qu’il est encore destiné à protéger les gros troncs artériels contre la compression que le cerveau peut produire par sa pesanteur sur leurs parois. Nous verrons qu’il est animé d’un mouvement en rapport avec la circulation de la tête.

L’encéphale est-il animé de mouvements? Lorsqu’on applique le doigt sur les fontanelles d’un enfant nouveau-né, on sent des mouvements dont le cerveau paraît être le siège; la même sensation est éprouvée lorsqu’on touche le cerveau d’un animal, après avoir enlevé une portion de crâne, que la dure-mère soit conservée ou non. On a conclu de ces faits que le cerveau est le siège d’une espèce de locomotion ; la conclusion est légitime, mais seulement pour les deux cas indiqués : existence de fontanelles, ou perte de substance du crâne. Hors ces conditions, les mouvements du cerveau sont-ils encore possibles? Comme la cavité osseuse du crâne est invariable, pour qu’il y ait mouvement, le contenu, cerveau , pie-mère , liquide emplissant exactement la cavité, il est indispensable ; 1° qu’il se fasse un vide entre la duremère, qui adhère au crâne, et le cerveau; 2° qu’une force motrice s 7

agisse au moment où le vide se fait. S’il se fait un vide, il doit avoir lieu pendant l’inspiration. En effet, à ce moment le sang veineux qui remplit les sinus est aspiré dans la poitrine et descend dans l’oreillette droite, par le chemin des jugulaires et de la veine cave inférieure; en même temps le sang artériel ralentit son mouvement, ce qui est appréciable dans les carotides, et le fluide céphalo-rachidien reflue dans le réservoir du rachis, comme on peut s’en assurer chez les animaux. Or, bien qu’il j ait aspiration du sang veineux des sinus, cês sinus ne diminuent pas d’une manière appréciable de volume en raison de leur disposition anatomique; d’autre pari, les expériences de Bakry celles de Bichat et de Weitbrecht, prouvent que le volume des artères est inappréciable par le fait du ralentissement de la circulation pendant l’inspiration; ensuite le reflux du liquide céphalo-rachidien est peu marqué, car il ne se fait presque qu’aux dépens de l’aspiration de la portion de ce liquide contenue dans les ventricules. On peut donc conclure qu’il y a peu de changement dans les fluides contenus. Que se passe-t-il pendant ce temps dans le cerveau? Celui-ci reçoit moins de sang artériel, et perd davantage de sang veineux; il doit par conséquent diminuer de masse ou de volume, et s’il diminue de volume, le vide doit se faire entre la dure-mère et lui. Pour résoudre la question, M. Botjrgougnon ^ a inventé un petit instrument très-ingénieux, composé d’un tube en verre terminé par un ajustage en acier dont la surface extérieure est creusée d’un pas de vis ; au milieu du tube est placé un robinet, au bas se trouve un levier coudé, mobile autour d’un axe transversal, et pouvant exécuter des mouvements latéraiÀ de va et de vient; le niveau de l’ajustage est débordé par une petite plaque faisant suite à la branche horizontale du levier. Cet appareil est vissé dans une ouverture pratiquée au crâne d’un chien, et l’on emplit d’eau la moitié du tube. Que la plaque soit en rapport avec les circonvolutions ou avec la dure-mère : les résultats sont les mêmes ;

> An exper . inquires in to the natura , Londun 1816.

2 Thèse. Paris 1839.

taat que le robinet est ouvert, le liquide s’abaisse pendant l’inspiration et s’élève pendant l’expiration; le levier a des battements en rapport avec les contractions du cœur. Si l’on ferme le robinet, la colonne liquide reste parfaitement immobile. Le vide ne se fait donc pas; le cerveau ne diminue pas de volume; c’est sa masse seule qui se raréfie dans l’inspiration, et l’on peut dire que le cerveau ne se meut pas quand la boîte osseuse est intacte. Il y a plus : c’est que tous les observateurs ont remarqué que le maximum d’élévation correspond à l’expiration.

Or le vide ne pouvant se faire, il s’ensuit que la force motrice agit sur

l’organe au moment où il n’existe pas d’espace dans lequel il puisse se

mouvoir, tandis qu’elle devrait agir quand ce vide supposé existe. •

C’est ce qui explique la tendance aux encéphalocèles quand une issue

est ouverte à l’expansion.

Les mouvements du cerveau chez les enfants qu’on peut constater aux fontanelles sont de deux sortes; les uns correspondent aux contractions du cœur, les autres aux mouvements respiratoires; ces derniers sont plus étendus.

M. Flourens’ a montré par des expériences, que le sang veineux qui reflue dans l’encéphale pendant l’inspiration, vient snrtout des sinus vertébraux; car, si on ouvre ces sinus, les mouvements diminuent et cessent.

La moelle épinière participe-t-elle à ces mouvements? A en juger par les vivisections, la question doit être résolue par la négative. En effet, quand on ouvre le canal rachidien sur un chien, on ne remarque pas le plus petit mouvement dans les inspirations les plus fortes; or, si la moelle ne se meut pas après l’ouverture du canal rachidien, peut-elle se déplacer lorsque le canal est intact ? La seule supposition à faire, c’est qu’elle contient plus de liquides et est plus gonflée au moment de l’expiration. La moelle est susceptible d’allongement; elle s’allonge dans la flexion et revient sur elle-même dans l’extension ; la différence a paru à M. Longet être de trois centimètres environ.

1 Recherches du syst. nerv., p. 360.

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