CLASSE. NERFS MOTEURS
Tous ces nerfs ont des propriétés communes aves les nerfs rachidiens ; leur excitation mécanique ne donne pas lieu à de la douleur; leur section paralyse le mouvement des parties qui en reçoivent des filets; le galvanisme appliqué à leurs extrémités périphériques provoque des contractions musculaires très-apparentes.
§ 1". Nerf moteur oculaire commun.
Insensible à son origine, il devient bientôt impressionnable à la douleur en recevant des anastomoses de nerfs sensibles. Tout le monde connaît la tension douloureuse qui suit les mouvements violents et prolongés des muscles de l’œil. Quand on a coupé ce nerf, la paupière est tombante; il se produit un strabisme externe, la pupille se dilate et l’iris reste immobile; on s’explique très-bien ces phénomènes par la distribution anatomique des filets du nerf. Dans la paralysie du nerf optique l’iris reste immobile sous l’influence de la lumière, parce que les mouvements de cette membrane musculeuse ne reçoivent plus la réaction du nerf sensoriel ; on peut dans ce cas ^ comme nous l^avons établi plus haut, la faire se mouvoir en irritant le bout encéphalique du nerf optique divisé; mais pour que le mouvement ail lieu, il faut s 9.
que le nerf moteur soit intact; nous avons aussi noté l’influence momentanée de la lésion de la cinquième paire sur la pupille. Ce qui est fort curieux, c’est que la galvanisation du bout périphérique du nerf ne provoque pas de contraction de l’iris; cela est dû sans doute à la présence du ganglion ophthalmique qui, intermédiaire aux fibres d’origine et aux nerfs ciliaires, empêche que l’effet ait lieu comme dans les parties où la distribution des filets nerveux est directe. M. Mül- LER a montré que l’iris suit dans ses mouvements ceux des muscles de l’œil : qu’ainsi elle se contracte, quand, en fermant l’un des deux yeux, on tourne l’autre en dedans; elle s’agrandit quand on le tourne en dehors. Si les deux yeux convergent, le rétrécissement devient aussi petit que possible, qu’on regarde de loin ou de près; si, au contraire , on rend aux yeux leur parallélisme, les muscles tombent dans l’inaction et la pupille s’agrandit. 11 résulte de là que nous pouvons remuer volontairement l’iris par sympathie. La contraction du petit oblique, faisant tourner la pupille en haut et en dedans, l’iris doit nécessairement se contracter, d’après ce que nous avons dit; c’est pour cela qu’on la trouve resserrée pendant le sommeil, l’ivresse et les accidents nerveux;, états pendant lesquels la contraction du petit oblique a lieu involontairemeut. Dans les paralysies du nerf moteur oculaire commun qu’on a occasion d’observer chez l’homme, tous ces phénomènes disparaissent quand la paralysie est bien complète*.
§ 2. Nerf pathétique.
Le nerf pathétique, d’après MM. GrÉRm et Szokalski^, sert à imprimer un mouvement rotatoire au globe de l’œil dans les inclinaisons de la tête de côté, dans le but de corriger ces mouvements, de faire que les rayons lumineux impressionnent des points synesthésiques de la rétine, et de prévenir la diplopie. Dans ce cas le muscle petit oblique
1 A moins , cependant, que le ganglion ophthalmique ne repoive exceptionnellement on filet do moteur oculaire externe, car dans ce cas la pupille peut être contractée.
2 De Vinf. des mus. obi Gand. 1840.
d’un côté, est congénère du grand oblique du côté opposé. Cette théorie est appuyée de deux observations fort curieuses que l’on trouve tout au long dans le mémoire de M Szokalski.
§ 3. Nerf moteur oculaire externe.
Il est possible de constater que ce nerf est moteur en le détruisant; que, insensible aux irritations, il provoque des contractions dans le muscle droit externe, quand on le galvanise,
§ 4-. Nerf facial.
Le nerf facial préside à la contraction de tous les muscles de la face; c’est à tort que Bell a pensé que les mouvements des joues et des lèvres dépendent de la petite racine du trijumeau. Sa section détermine la paralysie de tous les agents moteurs du visage; ce dont on peut mieux s’assurer encore quand l’animal qui sert à l’expérience a été empoisonné avec de la noix vomiqueL L’excitation galvanique détermine la manifestation de contractions dans les muscles des paupières, des narines, des lèvres, des oreilles, des joues, tandis que cela n’a jamais lieu par l'excitation du trijumeau. Le facial est complètement étranger à la transmission des impressions tactiles de la face : on peut en effet brûler fortement la peau de cette dernière, la déchirer lorsque le trijumeau est détruit, sans que l’animal, objet de l’expérience, manifeste la plus légère douleur. Par induction on peut penser que le nerf qui nous occupe est insensible aux irritations immédiates, comme tous les nerfs motiles; mais on n’a pu faire l’expérience directe dans le crâne. S’il devient sensible après sa sortie du canal de Fallope, cette particularité est due à l’accolement de quelques fibres de la cinquième paire. Ce qui le démontre, c’est qu’après la division de cette paire dans le crâne, le nerf facial devient insensible à toute irritation; c’est que. si vous coupez toutes les branches du facial seul, vous observez, en pinçant
> Backer , Comment, ad quœsl. phys., ütrecht 1830.
bouts encéphaliques et bouts périphériques, que la sensibilité y est égale, excepté pour la branche moyenne; phénomène que nous n’avons pas encore observé et qui tient à des anses anastomotiques se dirigeant du sous-orbitaire vers l’origine du facial.
La section du facial trouble l’exercice de la vue, de l’odorat, de la gustation et de l’audition. En effet, ce nerf se distribuant à tous les orifices, il est facile de concevoir les conséquences de son défaut de contraction. Comme c’est lui qui anime le muscle du marteau dans les hémiplégies faciales, la susceptibilité auditive devient grande, parce que la membrane du tympan ne peut plus être tendue dans les sons forts, et Saviart a montré que cette tension est nécessaire pour amortir la violence des vibrations. Une remarque digne d’intérêt est la distribution du facial, non-seulement aux orifices extérieurs, mais encore probablement aux orifices de l’arrière-bouche et du larynx, par les anastomoses de ce nerf avec le glosso-pharyngien et le pneumo-gastrique. S’il en était ainsi, ce serait un nerf respirateur, dans une acception plus étendue que ne l’entendait Ch. Bell. Quant à la corde du tympan , qui a un trajet si remarquable , elle est pour M. Bernard un nerf auxiliaire du goûtC M. Longet^ la considère comme la racine motrice du ganglion sous-maxillaire et la croit destinée à animer, en passant par le ganglion de ce nom, d’une manière indirecte les canaux des glandes salivaires. Les observations de médecine des lésions du facial chez l’homme confirment pleinement tout ce que nous venons de dire de ses fonctions.
§ 5. Nerf spinal
La difficulté d’agir sur les extrémités encéphaliques des nerfs vague et spinal avait empêché de s’assurer au juste de la nature des fonctions de ces nerfs. Aussi s’était-on servi plutôt de l’induction pour les classer, que des faits produits par l’expérimentation. MM. Biscaorr et Longet
' Annales psychologiques. 1843.
- Anal, et phys. du sysl. nerveux, t. II, p. 457.
avaient supposé que ces nerfs constituent une paire crânienne analogue aux paires rachidiennes, que le pneumo gastrique est la racine sensible, et le spinal la racine motile. M. Bernakd* étant parvenu, par un procédé ingénieux, à expérimenter facilement sur les insertions originelles de ces nerfs, a montré : 1“ que leur assimilation à une paire rachidienne n’est pas fondée, puisque le pneumo-gastrique est en même temps moteur et sensible; 2“ que le nerf spinal est exclusivement moteur, quoiqu’il naisse dans le sillon collatéral postérieur; 3“ que ce dernier est tout à fait indépendant du nerf vague; 4“ qu’il régit la phonation; 5° qu’il est plutôt anti-respirateur que respirateur. Nous allons analyser le travail de M. Bernard, qui nous paraît avoir assigné au spinal ses véritables fonctions. En coupant les racines du spinal d’un côté, la voix devient rauque; elle est abolie complètement par la section des racines de l’autre côté, et ce qu’il y a de curieux, c’est que la respiration n’est aucunement gênée. Sauf la perte de la voix, il semble qu’il ne s’est rien passé d’extraordinaire chez l’animal soumis à l’expérience; tandis que si la paralysie du larynx est produite par la section des filets du pneumo-gastrique, la glotte se forme et l’asphyxie en est la conséquence. Différence capitale entre les deux espèces de paralysie. Lorsque la racine externe seule est divisée, la voix se conserve; l’on remarque seulement qu’elle est entrecoupée par des inspirations plus fréquemment qu’avant la section , comme si l’animal était essoufflé par une longue course. Coupe-t-on seulement la racine interne, la respiration n’est pas influencée, mais la voix est perdue. Ces expériences, répétées grand nombre de fois, ont donné toujours le même résultat. Il est donc permis d’en conclure que le nerf spinal paraît être l’organe de la phonation; sa racine interne, qui naît si près du pneumo-gastrique, se distribue aux parties où va le pneumo-gas- Irique et anime les muscles du larynx, sans influencer la respiration; sa racine externe, naissant à côté des nerfs rachidiens, se distribue aux
Archives générales de méd. Avril 1844.
mêmes muscles que ces derniers nerfs; seulement au lieu de servir à la respiration, comme eux, elle sert à fixer le thorax, à interrompre le mouvement respiratoire, suivant les besoins de la phonation. C’est donc plutôt une puissance antagoniste qu’une puissance congénère. Enfin on peut, par le galvanisme, provoquer des contractions dans les muscles où se distribue le spinal, et s’assurer que sa section ne fait manifester aucune sensation douloureuse. Tels sont les résultats auxquels M. Bernard a été amené; les conclusions que l’auteur tire de ses expériences paraissent rigoureuses. Cependant, tout en les acceptant, nous réclamons de la part des physiologistes de nouveaux essais, afin de leur donner force de loi.
^ 6. Nerf grand hypoglosse.
Le nerf grand hypoglosse est complètement insensible aux irritations dans le crâne; si on le galvanise, il provoque des contractions dans les muscles où il se rend. Il est destiné à donner le mouvement à la langue; aussi son altération para lyse-t-el le cet organe, comme on peut s’en assurer en lisant une observation très-intéressante, insérée dans la Revue médicale française et étrangère (t. Il, p. 646. 1838). Dans cette observation la faculté gustative était parfaitement conservée pour toutes espèces de corps sapides, en même temps que la sensibilité tactile; le mouvement était seul détruit. A l’autopsie on trouva une lésion de l’hypoglosse, causée par une tumeur hydatide. Si l’on résèque le nerf chez un chien , par exemple, la langue ne se remuant plus, l’action de laper est devenue impossible, la déglutition ne peut plusse faire, et l’on retrouve entre la langue et le palais le bol alimentaire qu’on y a placé quelques heures auparavant.