QUATRIÈME CLASSE. NERF MIXTE. PNEUMO-GASTRIQUE
Il n’est pas de nerf dans tout le corps qui ait donné lieu à tant de travaux, d’hypothèses et de contradictions que le pneumo-gastrique.
Quoique ce nerf présente sur son trajet d’origine un ganglion, ce n’est pas un nerf exclusiTement sensible, comme l’a démontré M. Bernard ’, mais bien un nerf mixte?; ce qui renverse la théorie d’assimilation des nerfs crâniens aux nerfs rachidiens. Nous avons déjà indiqué l’influence du spinal sur la phonation et la différence tranchée et indépendante qui existe entre la fonction de ce dernier nerf et celle du pneumogastrique; nous n’y reviendrons plus. La section des nerfs laryngés inférieurs amène un trouble plus ou moins notable de la respiration; elle détermine une altération considérable de la voix , plus marquée® chez les animaux âgés que chez les jeunes, en raison de l’intervalle que laissent chez ces derniers les cartilages aryténoïdes entre eux ; ce qui permet les sons aigus par rapprochement de ces cartilages. Les troubles de la respiration sont dus à l’occlusion de la glotte, et cette occlusion tient, d’après M. Longet, à la paralysie des crico-arylénoïdiens postérieurs chargés d’ouvrir la glotte à chaque inspiration, et non pas à la contraction de l’aryténoïdien, comme le croit M. Magendie. Une expérience du premier de ces expérimentateurs démontre celte assertion; elle consiste à couper les deux laryngés supérieurs, puis à tirer le larynx en avant pour observer la glotte, qu’on voit se fermer par la division des laryngés inférieurs, sous l’influence de la pression atmosphérique. Dans tous les cas, les chiens soumis à la section des laryngés inférieurs n’en périssent pas.
Le pneumo-gastrique est le nerf moteur et sensible de la muqueuse qui tapisse les voies respiratoires. Pour s’en convaincre, il suffit d’instiller un peu d’eau dans la trachée-artère d’un animal; il en résulte une toux convulsive qu’on fait cesser, en coupant les cordons nerveux du nerf vague au cou; il y a plus, c’est qu’ensuite la muqueuse n’est pas impressionnable au liquide le plus caustique. Le galvanisme ou un irritant mécanique appliqué sur ces cordons provoque la contraction
< Mémoire cilé (voir Spinal).
- D'après Van Kempkn le glosso-pharyogien serait aussi un nerf mixte.
3 Legallois, OEuvres complètes.
du dédoublement musculeux de la muqueuse bronchique, très-sensible chez les mammifères de haute taille. Il est donc manifeste que c’est au pneumo-gastrique que la trachée, les bronches et le poumon doivent leur sensibilité générale et leur faculté motrice. Outre cette influence, ce nerf en a-t-il une autre sur les modes particuliers de sensibilité liés à l’acte intime de la respiration, et sur la cause prochaine de cet acte, la conversion du sang noir en sang rouge?
Le renouvellement de l’air contenu dans la poitrine est impérieusement exigé par la nature; cette invitation aux mouvements d’inspiration et d’expiration, est une sensation interne profonde, qui devient douloureuse si on lui oppose de la résistance; témoin l’extrême anxiété que l’on épouve bientôt, en suspendant ses mouvements respiratoires. Eh hien, quelques physiologistes ont cru, d’après leurs observations, que cette sensation était sous la dépendance du nerf vague, et cessait de se faire sentir par la destruction de celui-ci. Cette opinion a pour principaux défenseurs Bkachet’ et Arnold; d’autres pensent au contraire, Burdach, Reid, Longet, etc., que le besoin de respirer n’est pas anéanti, et ils donnent pour raison que les mouvements respiratoires n’en continuent pas moins après la section des nerfs vagues, que l’animal est dans une anxiété grande , et qu’il fait tous ses efforts pour introduire le plus d’air possible dans sa poitrine. Cette seconde opinion parait se rapprocher davantage de la vérité; cependant, il faut le dire, les inspirations deviennent moins fréquentes, aussitôt l’opération faite, sans qu’on puisse l’attribuer à l’affaiblissement qui en résulte. M. Longet attribue la conservation du besoin de respirer à l’influence puissante du bulbe rachidien qui agit malgré la section des nerfs, mais qui doit nécessairement avoir une expression d’action bien plus énergique parles impressions que les nerfs transmettent dans l’état normal.
Il est difficile d’apprécier la part qui revient au pneumo-gastrique
' Bech. cxp. sur les fond, du syst. nerv. gang., 2® édil. 1837.
2 Archives générales. Août 1840.
^Physiologie ,1. IX, resp.
el au grand sympathique dans la conversion du sang veineux en sang artériel ; ce qu’on peut seulement supposer des expérimentations, c’est que la lésion du pneumo-gastrique empêche l’hématose de se faire soit très-vite, soit après un espace de temps plus ou moins long. Que l’on sectionne les deux nerfs vagues au cou, et presque aussitôt l’hématose n’est plus possible, parce que la glotte se fermant, l’air ne peut plus être introduit en quantité convenable dans le thorax ou bien l’hématose est suspendue, parce que la contractilité des bronches étant abolie, il n’y a plus, pendant l’expiration, expulsion des cellules pulmonaires de l’air saturé d’acide carbonique’*, et la mort peut en être la conséquence en quinze ou trente heures. Afin d’empêcher l’asphyxie rapidement mortelle due à ce resserrement de la glotte, il est nécessaire d’ouvrir une voie large à l’accès de l’air, par la trachéotomie; alors, si l’animal ne succombe pas à la seconde cause que nous avons signalée, on peut remarquer que peu à peu les poumons cessent d’être perméables à l’air et au sang, et la mort en est la conséquence. A l’ouverture de l’animal, on trouve les cellules pulmonaires oblitérées par des concrétions sanguines, de la sérosité et des mucosités écumeuses; le parenchyme ressemble à celui du foie, il ne crépite plus; on y rencontre des ecchymoses, des extravasations sanguines plus ou moins considérables. Toutes ces altérations se forment dans un espace de temps très-variable®. Il est évident que dans ce cas la membrane muqueuse des extrêmes bronches n’étant plus ni sensible, ni motrice, laisse accumuler son produit de sécrétion ordinaire, le mucus, auquel se joint de la sérosité exhalée sous l’influence de la gêne de la circulation pulmonaire; l’absorption même est diminuée (M. Ddpüy dit abolie). Mais y a-t-il en même temps modification du sang par le défaut d’action propre du nerf vague? Le sang éprouve sans doute un changement, qui tient à la privation
> Dupdytren , Exp. touchant l’inf. que les nerfs, elc. Bibl. mêJ., t. XVII, p. d.
2CHOSSAT, Influence dusyst. nerv. sur la chaleur. Tbèse. Paris 1820. n” 126. — Sédiixot, Sur les fond, du pneumono-gas. Thèse. Paris 1829, n* 274.
3 M. Longet dit que ce temps ne dépasse jamais cinq Jonrs.
d’oxygène, mais il n’est pas possible de savoir si celle seule cause agit. Dans tous les cas, d’après les expériences de M. Longet, on sait que le sang est très-fluide après vingt heures; après trente-six heures, des caillots noirs de la consistance de gelée de groseille sont contenus dans les oreillettes; vers le troisième ou quatrième jour, les caillots sont solides, pâles, jaunâtres, enfermés entre les colonnes charnues des ventricules et des oreillettes.
Les phénomènes mécaniques de la respiration peuvent être influencés par l’irritation du pneumo-gaslrique; l’observation de M. Gendrin et les expériences de Romberg et de M. Cruveilhier tendent à le faire admettre.
Les battements du cœur s’accélèrent après la résection du pneumogastrique. C’est un fait qu’on ne peut attribuer ni à la frayeur des animaux pendant l’opération, ni à la section simultanée du nerf vague et du cordon cervical du grand sympathique; car l’animal devient insouciant, et chez les lapins il est facile de ne diviser qu’un des deux nerfs. Cela tend à démontrer que c’est par les filets cardiaques du pneumo-gastrique que l’encéphale modifie les battements du cœur dans les cas d’affection morale^.
C’est au moyen de fibres motrices et sensibles venant du nerf vague que l’œsophage est animé; on s’en assure en galvanisant l’extrémité du nerf: des contractions énergiques en sont la conséquence; la section amène une paralysie complète, et l’œsophage devient un tube inerte et insensible. La fonction de sensibilité est prouvée par la titillation de la muqueuse, qui, après la décapitation, produit des mouvements réflexes; mouvements qui cessent quand les nerfs vagues sont coupés.
Les nerfs vagues se rendant à l’estomac doivent y accomplir une fonction. On le prouve par l’expérience directe : en galvanisant, par exemple, leurs extrémités, on provoque des contractions qui, trèsfaibles et à peine sensibles quand l’estomac est vide, deviennent très-
< Traiiucl. des Maladies de la moelle d’ABEBCBOUBiB , our. cité.
^Bérabd, a., Die. de méd., éd., I. Vlll, p. 214.
énergiques quand l’eslonaac est plein*. Le nerf vague est donc le nerf moteur de l’estomac; si des observateurs ont nié ce fait, c’est qu’ils ont opéré au moment de vacuité de l’organe. Mais les nerfs splanchniques et les ganglions semi-lunaires peuvent bien ne pas être étrangers aux mouvements de l’estomac; afin de s’en assurer, la seule chose possible est de les irriter par les caustiques et par l’éleclricilé. Or les plus vives irritations de ces portions nerveuses du grand sympathique ne déterminent pas les plus légères contractions de la membrane musculeuse gastrique; au contraire, des contractions énergiques se manifestent dans l’intestin.
De même que l’acte respiratoire est sollicité par une sensation intime inhérente à l’organisation de l’appareil, de même les organes digestifs développent en nous, pour l’accomplissement de la fonction , deux besoins impérieux; ces besoins ou sentiments, résultat d’impressions internes perçues par l’encéphale, sont la faim et la soif. On est obligé de convenir qu’on ne sait où siègent ces sens internes, si on peut les appeler ainsi; il en est probablement d’eux comme du besoin de respirer; ils résident dans l’appareil nerveux central. Toutes les hypothèses dont ils ont été l’objet n’ont pas une base assez solide pour que nous les discutions.
Quant au rôle des nerfs vagues sur la digestion stomacale, on s’accorde à le considérer comme de«grande importance, parce qu’on observe toujours qu’elle est interrompue lorsqu’on résèque ces nerfs. Si l’on examine ce qui se passe pendant la chymification dans l’état normal, on voit ; 1® des mouvements contractiles répéiés'parcourir toute la surface de l’estomac, 2® un suc acide dis.solvant, dit suc gastrique, se sécréter en abondance. Sous l’influence de ces deux éléments aidés d’une température convenable, la dissolution des aliments s’opère, et la conversion en chyme s’effectue. Or, sur quel élément nécessaire, les nerfs vagj^s agissent-ils principalement, sur tous les deux à la fois ou
Lokggt, Ann. psychol. 1843.
sur uu seul? Les opinions sont partagées. Tiedemann et Gmelin auxquels on doit de si belles recherches sur la digestion, disent qu’il leur paraît très-probable que la sécrétion du suc gastrique est sous la dépendance du pneumo-gastrique. Müller* va plus loin; il affirme que la sécrétion du suc gastrique est régie par le nerf vague ; mais cependant il ajoute qu’après la section de ce nerf elle ne cesse pas entièrement, mais qu’elle diminue sensiblement. D’un autre côté, M. Brachet^ et Mayer pensent que le nerf vague n’est pour rien dans la sécrétion du' liquide digestif. Devant une divergence si complète d’opinions soutenues par des hommes également célèbres, quel parti prendre? Faire ce qu’a fait M. Longet, c’est-à-dire avoir recours à la méthode expérimentale, et s’environner de plus de précautions possibles pour que les résultats soient clairs, décisifs. D’expériences tentées dans ce but, il a été constaté par cet habile physiologiste qu’après la section des nerfs vagues, 1“ le suc gastrique continue à se sécréter, 2“ il est encore acide, mais rougit moins vite le papier de tournesol, 3“ les aliments peuvent être convertis en chyme, mais au bout d’un temps extrêmement long. M. Lqnget conclut de ces résultats que le ralentissement de la digestion doit être principalement attribué au défaut d’actions des fibres musculaires; que pour que la digestion s’accomplisse, il est nécessaire qu’il y ait frottement des parois de l’estomac contre les matières alimentaires, afin que la sécrétion du suc gastrique soit augmentée®; qu’enfin les matières ont besoin, par la pressioiï, d’être imbibées complètement du fluide dissolvant et poussées successivement dans l’intestin. 11 est vrai qu’on peut objecter à cette théorie les digestions artificielles de Spallanzani, de Réaumur et de Beaumont; mais y a-t-il, dit M. Longet, comparaison possible entre les quantités très-petites de substance alimentaire placées dans des boules creuses percées de trous,
■ Phys, du système nerveux, 1. I, p. 32-2.
2 Ouv. oilé, p. 262.
SBeaümont, dans ses expériences sur le suc gastrique, employait le frottement d'une sonde contre les parois de l’estomac pour s'ea procurer une plus grande quantité.
et une masse considérable d’aliments emplissant l’estomac? Nous admettons avec M. Longet que la contraction de l’estomac est une des conditions de la digestion, ‘et que la paralysie de l’organe peut, à la rigueur, suffire pour expliquer l’arrêt de la chymification; mais nous croyons que la section des pneumo-gastriques a aussi une certaine influence sur la sécrétion du suc gastrique. Il est à désirer que des analyses chimiques comparatives, bien faites, viennent dissiper le doute qui règne encore sur cette question.
Pour ce qui est de l’absorption stomacale, on rencontre de nouvelles contradictions. M. Brachet veut que cette fonction soit abolie, tandis que M. Longet prouve qu’elle est conservée. L’action sur le foie est encore à l’état de problème.
En résumé, il n’est pas deux observateurs qui se soient rencontrés dans l’appréciation des conséquences de la lésion des nerfs vagues. En voulez-vous encore un exemple? MM. Begin et Sédillot ont pu conserver pendant un mois et un mois et demi des chiens chez lesquels les pneumo-gastriques avaient été réséqués, tandis que, d’après M. Longet, la mort arrive toujours avant le cinquième jour écoulé. Il est vrai qu’il faut convenir avec ce dernier, que les contradictions si nombreuses peuvent tenir à ce que : 1“ le tissu particulier de cicatrice intermédiaire aux nerfs a pu manquer; 2“ ce tissu, s’étant développé, a servi de conducteur; 3“ il y a eu suppléance par une anastomose considérable qui existe quelquefois entre les laryngés supérieur et inférieur.
Quoi qu’il en soit, il faut n’accepter qu’avec la plus grande réserve les résultats d’expériences où l’erreur est si facile, surtout (|uand la pathologie, comme dans cette circonstance, ne vient pas vous éclairer de son flambeau.
CHAPJTRE 111.
Grand sympathique.
On donne ce nom à un ensemble de petits ganglions nerveux disséminés dans le tronc du crâne au bassin, reliés entre eux par des filets
nerveux, qui se croisent et se dirigent dans tous les sens, en accompagnant les vaisseaux sanguins artériels, et communiquent avec toutes les paires spinales^ et avec la majeure pa’rtie des nerfs crâniens. Cet appareil nerveux que son aspect général, si différent du reste du système, a tenu pendant longtemps isolé de l’axe cérébro-spinal, y est rattaché tous les jours par de nouveaux faits et de nouvelles observations. C’est cette tendance à la centralisation que nous allons voir dominer dans les travaux des physiologistes modernes.
La sensibilité dans le grand.sympathique est tellement obtuse que plusieurs observateurs la lui refusent^;; cependant elle existe bien manifestement, comme il est possible de s’en assurer en irritant soit les ganglions, soit leurs filets de communication. Souvent le développement de la sensibilité se fait tardivement; mais celle-ci va en croissant, et peut prendre, si l’irritation est continue, une assez grande intensité ; nous sommes tous les jours témoins, dans certaines maladies, des sensations douloureuses éprouvées dans les organes qui reçoivent seulement des nerfs du grand sympathique. Cependant dans l’état normal les impressions sensitives du système nerveux ganglionnaire ne sont pas transmises au centre de perception, mais on peut avoir la preuve qu’elles existent réellement. N’avons-nous pas dit quelque part, à propos des fonctions de la moelle, je crois, que des mouvements réflexes sont la conséquence de l’excitation de la muqueuse intestinale, lorsque l’encéphale a été enlevé, et que ces mouvements réflexes ont lieu tout aussi bien dans les muscles qui reçoivent des nerfs directement de la moelle épinière que dans ceux qui sont animés par les branches des ganglions du sympathique? Il est bien évident d’après cela qu’il y a impressions produites et de plus direction de ces impressions sur la moelle, puis impulsion motrice émanée de celle-ci et suivant vers les muscles l’une des deux roules que nous venons d’indiquer; le parcours de ce cercle se conçoit très-bien, sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir
1 Par des racines sensilives et motrices. Mülier , Panizza, Bkclabd, Breschet, etc.
: . 2BICHAT, Lobstkin et M.T)dpuy d’Alfort.
le centre percevant. C’est celte particularité qui caractérise le grand sympathique; car dans les mouvements réflexes survenant à la suite d’irritation des nerfs directs de l’axe cérébro-spinal, la conscience est informée des impressions sensitives. On voit, d’après cela, que les ganglions nerveux n’isolent pas les nerfs et n’empêchent par leurs impressions d’arriver non-seulement à la moelle épinière, mais encore à la conscience. Ces ganglions eux-mêmes ne paraissent pas posséder en propre la puissance réfleclive, comme on pourrait le supposer d’après l’idée que ces petites masses nerveuses sont des centres d’action indépendants; en effet, détruisez sur une grenouille décapitée la moelle, et l’excitation de l’intestin ne produira plus de phénomènes réflexes’.
Mais si l’action réfleclive par les seuls ganglions, manisfestée par des mouvements, n’est pas possible, peut-elle avoir lieu par des sensations dans des points plus ou moins éloignés du lieu impressionné vivement? Tout le monde connaît ce fait d’observation vulgaire, que les irritations des vers causent du prurit au nez et à l’anus, que les inflammations chroniques des voies urinaires occasionnent des démangeaisons au gland. Il est impossible de démontrer mathématiquement que les ganglions ne sont pour rien dans cette transmission; ce qu’il y a de certain, c’est que toutes les fois qu’une sensation réflective se fait sur des nerfs sensibles rachidiens, rien ne prouve que les ganglions servent d’intermédiaire. Bien plus, il est souvent impossible de concevoir que la transmission n’a pas lieu par les centres, lorsque les effets sensibles se manifestent dans des points très-éloignés de la cause: ainsi l’influence sympathique d’une affection du bas-ventre sur la vision, peut-elle s’expliquer par la transmission au moyen des seuls ganglions? Lors même qu’on admettrait quelques filets tenus du système ganglionnaire, allant à la rétine, cela ne paraîtrait pas suffisant pour rendre un compte exact du phénomène, qu’on concevrait au contraire très-bien si le nerf optique tout entier traversait un ganglion. De même qu’on
' Cependant Hehlk, Anat. générale , 1 . II, p. 39, n'esl pas de cet avis.
peut concevoir une sympathie purement et simplement ganglionnaire entre deux parties recevant exclusivement, ou à peu près exclusivement, des nerfs du grand sympathique, un point de la muqueuse intestinale, par exemple, avec un autre point plus ou moins éloigné de cette même muqueuse.
Le grand sympathique donne l’incitation mobile à un grand nombre défibrés musculaires; mais les mouvements qui en résultent ne sont pas soumis à l’empire de la volonté; nous avons vu au contraire que les mouvements provoqués par les nerfs cérébro-rachidiens sont tous volontairement possibles; différence essentielle caractéristique de ces deux sortes d’éléments nerveux. Les mouvements des organes animés par le sympathique, peuvent même se eonserver pendant quelque temps, mais à un plus faible degré, lorsqu’on a détruit les moyens d’union des muscles avec le reste du nerf et avec l’organisme tout entier: le cœur séparé du corps privé des ganglions cardiaques, continue de battre pendant plusieurs heures chez les reptiles, expérience qui conduit à admettre une indépendance dans de certaines limites en faveur du système ganglionnaire; cela n’empêche pas les organes centraux d’exercer une influence des plus marquées sur la puissance motrice de ee système’. Mais le type et la cause première des mouvements involontaires siègent dans cè dernier appareil nerveux, et lui appartiennent en propre. Il n’est même pas nécessaire qu’un ganglion soit conservé pour que les filets nerveux eontinuent à jouir de la propriété excito-motrice, puisque nous venons de voir que le cœur séparé et du corps et des ganglions cardiaques, est pendant quelque temps animé de contractions rythmiques.
Les contractions déterminées dans les organes auxquels le sympathique se distribue ne sont pas passagères ; elles persistent souvent pendant longtemps, ce qu’on peut voir en galvanisant l’intestin d’un animal : le maximum de contraction se manifeste le plus ordinairement
1 Voir les chapitres de la moelle et de VEncéphale.
quand la cause d’irritation a cessé d’agir. L’influx nerveux a donc une marche plus lente dans les nerfs ganglionnaires. L’irritation , pour produire son effet, n’a pas besoin de porter son action sur les nerfs euxmêmes; appliquée soit aux centres nerveux, comme nous l’avons vu, soit aux ganglions, desquels les nerfs émanent, elle n’est pas moins suivie de contractions plus fréquentes et plus énergiques. Un morceau de pierre à cautère posé sur le ganglion cœliaque, augmente la vivacité du mouvement péristaltique des intestins.
Nous avons montré que la conservation de l’axe cérébro-spinal est indispensable, dans l’état normal, à la conservation de la puissance du grand sympathique. C’est donc dans le premier que le second puise sa source d’activité. Nous avons établi que le grand sympathique pouvait, étant isolé de l’organisme, conserver pendant quelque temps sa force motrice : de ces deux observations il est impossible de ne pas conclure que le système ganglionnaire reçoit du système central une somme déterminée d’influx nerveux, etqu’une fois cette somme reçue, il la conserve et l’écoule suivant ses besoins, ayant toujours une réserve pour les circonstances où la source d’innervation n’est plus aussi abondante.
La question des mouvements réflexes liés au grand .sympathique a déjà été abordée; il ne nous reste plus qu’à mentionner la réflexion des impressions de la vie animale sur les filets ganglionnaires. On a des exemples de cette action réfléchie dans la contraction des vésicules séminales pendant le coït, les modifications des battements du cœur qui accompagnent les émotions vives, les impressions agréables ou douloureuses.
Nous venons de résoudre quelques questions importantes que les travaux modernes ont puissamment contribué à élucider; mais il reste encore bien des ombres dans le tableau. Ainsi on ignore à quoi tient le mouvement péristaltique qui est propre aux fibres musculaires dépendantes du grand sympathique; on suppose bien que le système ganglionnaire n’est pas simplement conducteur, mais encore mos 11.
teur^, par sa portion ganglionnaire; cependant on n’a pas la mesure de cette puissance. On ne sait pas si c’est aux ganglions qu’est dû le défaut d’influence de la volonté; et tant d’autres points encore, sur les quels règne la plus grande incertitude.
C’est surtôut à l’égard des effets organiques du grand sympathique que nos connaissances sont peu nombreuses; nous sommes réduits le plus souvent à nous contenter de suppositions raisonnables. Ainsi lorsqu’une sensation détermine une sécrétion dans un organe éloigné, nous supposons que le cerveau et la moelle servent d’intermédiaire; si c’est une transmission morbide d’un point à un autre, suivant le genre des organes, nous supposons l’intervention du grand sympathique seul ou des grands centres nerveux. La supposition la plus vraisemblable, c’est l’attribution presque exclusive de l’influence végétative au grand sympathique : cependant ici encore nous voyons intervenir l’axe cérébro-spinal , puisque l’atrophie est la conséquence fréquente des paralysies cérébrales et rachidiennes. Nous allons, malgré toute la difficulté du sujet, lâcher de découvrir l’influence du système nerveux ganglionnaire sur les principaux actes internes de la vie.
A. Poumons. Par voie d’exclusion on peut raisonnablement admettre que l’hématose est principalement sous la dépendance du grand sympathique; bien que dans ces derniers temps il y ait eu une tendance à réduire à une action purement chimique la transformation du sang veineux en sang artériel, il est très-probable qu’il se passe quelque chose de vital dans ces phénomènes, qu’il y a nécessité d’une condition de certaine dose d’influx nerveux. Du reste, ne résulterait-il de l’action nerveuse que des modifications nécessaires dans le mouvement du sang dans les capillaires pulmonaires, que ce serait déjà quelque chose. La sécrétion des voies respiratoires paraît encore êti e régie par .le grand sympathique, puisque la section des nerfs pneumo-gastriques ne la fait pas cesser. Quant à ce qui est de la nutrition du poumon, il y a
> Exemple des fœtus amyélencéphales.
dissidence : Dupüytren, qui a réséqué chez un chien un nerf vague tout • entier , et chez un autre un nerf vague et la moitié du second, n’a pas aperçu de changement notable dans la nutrition des poumons. M. Magendie au contraire, a trouvé, à la suite de semblables expériences, le poumon, du côté du nerf divisé, dans un état d’altération tel qu’il était devenu impropre à la respiration. Faut-il attribuer cette imperméabilité à la paralysie des bronches ou à la lésion de la nutrition? On est plus disposé à admettre la première que la .«ieconde cause, si on juge par analogie.
B. Cœur . Le grand sympathique est le nerf qui produit dans le cœur ce mouvement rythmique si régulier, nécessaire à l’entretien delà vie. C’est dans les ganglions que la force nerveuse motrice est principalement accumulée pour satisfaire à la dépense constante qu’eu font les fibres musculaires. Mais attribuer aux ganglions exclusivement la production de cette force serait aller trop loin. Les centres nerveux fournissent un fort contingent, et leur destruction, comme nous l’avons montré, fait bientôt cesser l’action du cœur, en tarissant les sources où les nerfs et les ganglions de cet organe puisent incessamment. Cette assertion ne peut pas être contestée chez l’adulte ; chez le fœtus, on peut concevoir que dans des conditions de monstruosité les ganglions nerveux suffisent pour le moment à l’entretien de la circulation.
C. Pharynx et œsophage. Le pharynx, rendu sensible et motile par le glosso-pharyngien, le pneumo-gastrique et le spinal, ne reçoit d’influence du grand sympathique que pour sa nutrition et la sécrétion du mucus qui le lubrifie. 11 paraît qu’il en est de même pour l’œsophage; cependant outre ces fonctions de nutrition et éle sécrétion, Muller et Valentin attribuent aux ganglions du cou et du thorax une partie des mouvements de l’œsophage. S’il en était ainsi, pourquoi la section de la huitième paire entraîne-t-elle la paralysie de l’œsophage, tout en laissant intacte la sécrétion? Pourquoi encore l’irritation du cordon de communication des ganglions cervicaux ne produit-elle pas de contractions quand on a bien soin de l’isoler?
D. Estomac. D’après ce que nous avons dit ailleurs, nous pouvons admettre que la sécrétion du suc gastrique est produite par le grand sympathique, et influencée fortement par les filets du pneumo-gastrique*.
E. Canal intestinal. Il est sous la dépendance immédiate du grand sympathique^; contractions, sensibilité et sécrétion. QuoiqueM. Bra- CHET admette que l’intestin reçoit l’impulsion nérveuse de l’axe céréhro-spinal d’une manière immédiate, nous maintenons notre dire; il n’y a pour nous que l’extrémité anale qui soit dans ce cas. Il suffit d’irriter par un caustique le plexus solaire, ou par le galvanisme les grands splanchniques, pour voir se manifester les mouvements péristaltiques de l’intestin.
F. Wessie. îl y a dans cet organe conflit pour l’exercice de sa fonction, des nerfs de la vie animale et de la vie de nutrition. Il est difficile d’assigner à chacun sa part exacte d’action : Il semble résulter de ce mélange de nerfs de deux espèces, que l’influence de la volonté ne se fait sentir qu’aprés une impression sensitive prolongée; ainsi ce n’est qu’à la suite du besoin que la contractilité volontaire peut le plus ordinairement être mise en jeu. Telle est au moins l’opinion de grand nombre de physiologistes. On ne sait pas bien s’il n’y a de soumis à la volonté que le col de l’organe ou bien si des fibres nerveuses volontaires s’étendent à tout le corps ; tout cela est encore problématique. Ce qu’on peut dire, c’est qu’en galvanisant les filets sympathiques qui se rendent à la poche urinaire, on observe des mouvements vermiculaires, ayant beaucoup d’analogie avec les contractions péristaltiques de l’intestin. La nutrition et la sécrétion des membranes est sous la dépendance de nerfs ganglionnaires.
G. Vésicules séminales. Elles sont animées par des filets du grand sympathique, mais toujours sous l’influence manifeste, quoique éloignée de la moelle épinière.
1 Voir 4' classe des ISerfs crâniens.
-Toujours avec la condition pour celui-ci de puiser son activité dans les centres nerveux.
H. Utérus. Cet organe ne reçoit de nerfs que du système nerveux ganglionnaire. Toutes ses fonctions sont donc sous la dépendance de ce système. Mais ici, plus peut-être que partout ailleurs, on peut voir les connexions intimes des nerfs sympathiques avec les centres nerveux. En effet, la section de la tige nerveuse rachidienne, au rapport de M. Brachet, interrompt le travail de parturition.
l. Sécrétions et nutrition. On s’accorde à attribuer au grand sympathique les fonctions sécrétives et nutritives; tout, du reste, le fait présumer. Mais dans certains cas, se demande M. Longet, n’y aurait-il pas de la part des nerfs céphalo-rachidiens une certaine influence même immédiate ^ ? La découverte de filets grisâtres^ dans la substance blanche de ces nerfs, en acceptant l’opinion que ces filets grisâtres soient dans le système nerveux général, chargés spécialement des sécrétions et de la nutrition, n’appuient-elles pas cette hypothèse? On ne sait pas, du reste, la plus petite chose positive du conflit des extrémités nerveuses avec les organes dans l’acte nutritif et sécrétoire.
DEUXIÈME PAÜTiE.