SYSTÈME NERVEUX DANS SON ENSEMBLE
Décomposer, puis reconstruire, telle est la marche de l’esprit humain pour découvrir la vérité ; telle est celle que nous avons dû suivre dans l’exposé critique des phénomènes fonctionnels assignés à cet ensemble si harmonique qu’on nomme système nerveux, mais si compliqué en même temps. Tous ces mille ressorts qui s’engrènent les uns
‘ La glande mammaire, par exemple, ne reçoit que des nerfs de la moelle.
2 Rehack et Muller, ouv. cit.
clans les autres pour engendrer en défieitive les forces variées dont la vie a besoin nous sont connus; il nous reste maintenant à rassembler par la synthèse toutes les pièces que l’analyse a dû éparpiller autour d’elle, afin de mieux apprécier la nature et la puissance de chacune.
Nous avons trouvé dans le système nerveux trois sortes d’organes : les uns producteurs de force active, les autres conducteurs, et les troisièmes, espèces de réservoirs ou de condensateurs de celte même force. Ce sont les masses centrales (axe cérébro-spinal), les nerfs proprement dits, et enfin le grand sympathique. Tous ces éléments forment un tout continu. Depuis les plus petites fihres isolées, sentinelles perdues jetées aux limites de l’organisme, jusqu’au foyer central qui résume toutes ces fibres en les réunissant en faisceaux, le système nerveux ne fait qu’un. Cette continuité, si nécessaire à l’harmonie de l’ensemble, contraste avec l’isolement remarquable de chaque fibre nerveuse; car, nous le savons, chaque fibre de nerf agit pour son compte, qu’elle transmette l’impression sensorielle ou qu’elle porte aux muscles l’incitation motrice. Il y aurait même, à en croire Valentin , continuité depuis la périphérie jusqu’au centre de perception, les hémisphères cérébraux. La découverte de cet isolement est une des plus belles conquêtes de la physiologie et de l’anatomie modernes.
Un autre bienfait des travaux de l’époque est d’avoir rattaché à l’axe cérébro-spinal, pour le soumettre à la loi commune, ce grand sympathique dont Bichat avait proclamé l’indépendance. Grâce aux efforts persévérants des Weber, desBuRDAcn, des Müller, des Longet, des Foville, les grandes lois de sensibilité et de mouvement des nerfs encéphalo-rachidiens sont venus trouver leur application au grand sympathique; l’influence des centres sur le système ganglionnaire a été mieux étudiée, mieux appréciée, et la réduction du système nerveux à l’unité a été proclamée.
Et non-seulement chacun des éléments propres que nous venons d’indiquer se suivent sans interruption, ou plutôt convergent vers un point central, comme un fleuve qui reçoit dans son cours les rivièrer.
et les ruisseaux voisins, maisengpre.au milieu de l’ensemble, deux sortes de substances, l’une grise, l’autre blanche, se suivent, s’embrassent, s’étreignent l’une par l’autre, et ne se quittent jamais : la première, pour beaucoup d’anatomistes, est la matrice de la force nerveuse * ; la seconde suivrait l’impulsion , obéirait. Mais rien encore n’a reçu la sanction de preuves positives, et jusque-là il faut s’abstenir de décider.
De la continuité du système naît l’harmonie d’action dont nous avons apprécié les phénomènes si variés, si nombreux et si remarquables, quand on les compare aux produits simples de la nature. Mais quelle est la cause, le principe dominateur qui transmet la sensation, la perçoit, excite l’irritabilité des muscles, préside aux actes organiques les plus intimes? En d’autres termes, nous avons entre les mains les rouages de la machine, nous sommes initiés à bon nombre de ses effets; pouvons-nous saisir l’agent qui lui donne l’impulsion? Certes, si la patience, unie à l’habileté, avait suffi pour faire découvrir la force nerveuse, il y a déjà longtemps que cette force serait connue et mesurée; mais, comme nous allons le montrer, en analysant les travaux entrepris dans cette direction, nous sommes bien loin du but.
Cuvier s’exprime ainsi dans son Règne animal'^ : « H y a grande ap- « parence que c’est par un fluide impondérable que les nerfs agissent.... «tous les fluides animaux étant tirés du sang par sécrétion, il n’y a « pas à douter que ce fluide nerveux ne soit dans le même cas, ni que « la matière médullaire ne le sécrète. » Tous les physiologistes s’accordent sur ces points; mais lorsqu’il s’agit de déterminer quel est cet agent, c’est alors que les dissentiments commencent. Pour ceux-ci c’est une force mi generis^ pour ceux-là c’est un fluide identique au fluide électrique; pour d’autres enfin c’est seulement une modification de ce dernier, comme le fluide magnétique.
Les partisans de la théorie électrique donnent pour principales rai-
' M. Longet, dans des expériences sur la moelle, a vu que des irritations ne produisaient pas le moindre effet sur la partie grise centrale.
sons: 1° l’électricité peut suppléer la force nerveuse, en déterminant la contraction des muscles; 2® on peut faire digérer par le galvanisme des aliments dans l’estomac d’un animal, dont les pneumo-gastriques sont détruits* ; 3“ on peut aimanter des aiguilles en les plaçant dans un muscle en contraction 4 ’ on a pu constater des courants électriques de la peau aux membranes etc. Si la force nerveuse peut être suppléée par l’électricité, pourquoi l’aptitude à la contraction s’épuiset-elle chez un animal vivant alors qu’on entretient un courant galvanique continu? Pourquoi cette aptitude reparaît-elle quelque temps après ? c’est-à-dire que l’électricité fait, à l’égard des nerfs, ce que ferait le premier irritant venu. Quant à la digestion artificielle par le galvanisme, on peut aussi bien la déterminer avec le premier irritant venu*. M. Donné peut avoir constaté de l’électricité dans le corps humain , cela n’a rien d’étonnant; quand on étudie les liquides chimiques de toutes sortes qui l’imbibent, on en trouve d’acides et d’alcalins qui doivent nécessairement, quand on les fait communiquer par un arc métallique, donner lieu à la production de courants électriques; mais cela ne prouve pas que les nerfs y contribuent. Pour ce qui est de l’aimantation des aiguilles, M. Müi.i.er^ d’abord, et MM. Longet et Mat- TEUcci® ensuite, ont obtenu des résultats négatifs de leurs expériences ; ces derniers avaient opéré sur le sciatique d’un cheval. Il est donc évident que le fluide nerveux n’est pas identique au fluide électrique. Si l’on ne voulait pas s’en tenir à ces preuves, qu’on y ajoute les expériences de M. Person’, qui ne laissent aucun doute sur la non-existence des courants électriques dans les nerfs®. Mais de ce que, d’après ce mé-
> Wilson, Philip., On exper. inq.. etc. 1818.
2 Vavasseür , Beraddi, Ann. univers, dimed. Mai 1829.
3Donné, Ann. de chimie, i. LXVIl, p. 398.
"♦Milne Edwabds , Arch. méd.. I. VII, p. 197. 1825.
5 Physiologie, t. I, p. 556.
6 Annales psychologiques. 1843.
^ Sur l’hypothèse des courants. Journal de physiologie exp. 1830.
« Une ligature appliquée sur un nerf laisse passer Vélectricité et intercepte le fluide nerveux (Mülleb).
moire, on n’a pas pu constater de l’électricité dans les organes nerveux, faut-il en conclure que le principe actif n’est pas une modification de l’électricité, comme le magnétisme? Raisonnablement ce n’est pas possible. Dans tous les cas, s’il en est ainsi, la modification est encore à trouver; c’est toujours encore un fluide sui generis, qui procède par oscillation ou autrement, et qu’on a bien fait de laisser de côté pour étudier ses effets. C’est cette impulsion plus sage vers les phénomènes sensibles, appréciables, qui a fait éclore ces magnifiques travaux sur la mécanique des nerfs, comme l’appelle dans son langage énergique un des chefs de la physiologie allemande.
Une autre question, annexe de celle-ci, est de savoir en quoi consiste la différence d’action des nerfs moteurs et des nerfs sensibles. Tient-elle au mode de propagation ? Dépend-elle des organes où se distribuent les nerfs? Dépend-elle de ceux-ci? Ce qui est certain, d’après ce que nous avons dit, c’est que le mode de propagation est différent, puisqu’il est centripète pour les nerfs du sentiment et centrifuge pour les nerfs du mouvement. Mais là est posée la limite du certain : le principe nerveux reflue-t-il des nerfs moteurs au centre? Y a-t-il un mouvement inverse de l’action centripète des nerfs sensibles? C’est ce que l’on ne peut pas savoir jusqu’à présent, puisqu’aucun effet matériel ne doit être manifesté en raison de l’isolement des fibres dans toute leur étendue *. Rien, du reste, ne peut nous guider : l’action nerveuse produit ses résultats ordinaires; ils tombent sous nos sens, nous leur donnons une valeur. Quant à la manière de les provoquer, nous avons beau chercher dans les centres qui produisent la force et dans les nerfs qui la conduisent, ce qui s’y passe pendant l’action, nous ne voyons rien ; la fibre paraît toujours inerte. C’est à l’appréciation de cette inconnue que la science s’arrête.
Le système nerveux est soumis à des alternatives de repos et d’activité; c’est sa condition de vitalité, les décharges actives et nombreuses
' Les fibres nerveuses sensibles et raolrices ne s’anastomosent qu’avec leurs congénères à la périphérie do corps.
que comporte la vie aaimale ue peuvent pas continuellement avoir lieu, sans péril pour la vie tout entière; aussi un besoin siégeant probablement dans l’axe cérébro-spinal, indique au moi percevant la nécessité de diminuer l’état actif des centres nerveux; et le sommeil, paralysie momentanée de l’appareil nerveux de relation, vient donner à la force nerveuse le temps de se réparer. La vie de nutrition se continue, mais avec moins d’énergie par l’influence du grand sympathique, qui écoule avec les intermittences réglées ou non de repos et d’action, pour les besoins des viscères sous sa dépendance, l’influx nerveux qu’il a condensé pendant la veille*. Cet état de repos peut n’être absolu ni pour les fonctions intellectuelles; de la production de rêves et de visions, ni pour les fonctions musculaires volontaires; les personnes qui dorment à cheval ou debout et les somnambules en sont des exemples.
Une condition est plus indispensable encore, s’il est possible, que le repos pour l’exercice normal des admirables prérogatives du système nerveux ; c’est le conflit régulier du sang artériel avec la fibre nerveuse, et tout ce qui modifie la circulation dans les centres et dans les nerfs en trouble les fonctions ; chaque jour l’occasion de 'se pénétrer de cette vérité se présente à nous, dans les asphyxies, les tumeurs qui compriment les vaisseaux, les hémorrhagies, etc. Mais il est quelques observations dues à des travaux modernes que nous devons signaler^. Tout le. monde sait que le sang des centres nerveux leur arrive du polygone artériel de la base du crâne; il semble, d’après cela, que les artères communiquant entre elles par de larges anastomoses doivent se suppléer mutuellement; cette suppléance se fait bien, mais pas toujours d’une manière suffisante, surtout quand les artères n’ont pas été préparées de longue main à la suppression du cours du sang dans l’une d’elles. D’observations curieuses de ligature des artères carotides et
' Voir Grand sympathique.
- VirtCKNT. The laneet, t. Il, p. 570. — Sédillot. Obs. liq. car. Ga%. méd. 1842.
d’expériences faites sur les vertébrales d’animaux*, il résulte: 1“ que la ligature d’une carotide a été suivie de mort par accidents cérébraux; les symptômes étaient particulièrement le délire, le coma et les convulsions; 2“ que la ligature des deux carotides a été suivie de mort par lésions fonctionnelles de l’encéphale (une fois sur deux) ; 3® qu’enfin les ligatures des vertébrales ont été suivies de dyspnée, d’accélération des battements du cœur et de faiblesse musculaire; la sensibilité et les mouvements volontaires étaiént conservés. Il semble, d’après cela, que la circulation carotidienne est surtout en rapport avec les fonctions intellectuelles, tandis i^ue la circulation vertébrale se lie principalement aux fonctions respiratoires. M. Maigniem^ pense que le corps thyroïde est destiné à comprimer les carotides et à diminuer l’abord du sang dans les lobes antérieurs; d’après lui, chez les crétins le développement postérieur du cerveau est très-considérable par la compression énergique des goitres, qui nuit au passage du sang dans les artères carotides, et laisse aux artères vertébrales tout le soin de la circulation cérébrale. Si l’opinion de M. Maignien était fondée, ce serait une preuve de plus en faveur de ce que nous avons dit. La ligature des troncs artériels des membres supprime, comme on le sait, la faculté motrice des parties où ces troncs se distribuent.
Ainsi, nous le voyons, ce système nerveux, si prépondérant, si dominateur dans l’organisme, est à son tour soumis à des besoins impérieux : il lui faut du repos et du sang. Ce n’est en définitive qu’un instrument plus parfait peut-être que ceux qui entrent dans la machine humaine, mais qui a besoin de subir la loi du principe de la vie. Cherchez-le dans les premiers jours de la vie embryonnaire. Où le trouvez-vous? Nulle part : vous le voyez par les yeux de l’esprit dans le cytoblastème qui le contient à l’état virtuel, mais au même titre que les os, que les muscles.îPlus tard, quand commence à apparaître sur l’axe de la membrane proligère le premier rudiment de la
' Aslet Coopbb-Bébabd, Ph., Carotides, Vict. de méd., I. VI, p. 427, etc.
- Examinateur médical. 1842.
moelle épinière, est-ce de ce point central que tout le reste s’irradie? Ce point central domine-t-il déjà l’organisme? Rien de tout cela ; le nisus formativm a encore sa toute-puissance, et toute partie nerveuse est créée en place; aucune ne s’allonge pour constituer un système continu. Mais lorsque cette soudure est opérée, les rôles changent; la force formatrice, le principe vital, aut quocumque alio nomine voceris, s’est donné un maître. Pour rendre les actes vitaux plus parfaits, elle est devenue esclave. Déjà au milieu de la vie fœtale des impressions sont ressenties, sans conscience, c’est vrai, mais n’en produisant pas moins des mouvements énergiques. Bien avant ce temps-là, les fonctions intérieures sont sous la dépendance de l’élément nerveux. L’évolution complète se continue, l’accroissement s’opère; mais si c’est toujours par la force métabolique des cellules, c’est le système nerveux qui a.ssiste à cette transformation, qui y préside, qui l’active, qui l’arrête, quoique probablement par lui-même incapable de le produire. Je ne sais si je me trompe, mais il doit en être ainsi pendant toute la vie : depuis la découverte de Schwan, n’est-il pas possible d’assigner dans la vie nutritive un rôle bien secondaire à l’élément nerveux? Que plus ou moins de sang soit conduit à un organe, nul doute que la manière d’être, l’état fonctionnel de cet organe n’en soit influencé : au système nerveux doit appartenir en propre celte influence; mais qu’il y ajoute le mouvement moléculaire intime que nous appelons nutrition et sécrétion, il est permis d’en douter, surtout en nous rappelant la toute-puissance de la force formatrice dans l’œuf , la minime part que prend le système nerveux à la vie embryonnaire, et la succession régulière et éternelle des âges. 11 sera sans doute bien difficile de donner la mesure exacte de la part que prend la puissance nerveuse dans les actes les plus profonds de l’organisation, mais je crois que les idées que je viens d’émettre, bien qu’elles n’aient pas de démonstration rigoureuse, n’en seront pas moins le point de départ de la mesure de cette influence.
Je ne m’arrêterais pas sur le développement successif des organes
du système nerveux chez l’homme, si l’opinion du passage successif de l’encéphale par les diverses formes qu’on rencontre chez les adultes des classes animales inférieures, n’avait pas été soutenue par quelques hommes de mérite, en Allemagne surtout. Certainement ces vues sont très-ingénieuses et donnent une explication assez plausible des arrêts de développement. Mais, comme l’a démontré Baër ’, elles n’ont pas de fondement : l’erreur tient à ce que dans les premiers temps le fœtus humain ressemble au type général des vertébrés. Plus tard, à ce type qui se conserve, viennent s’ajouter les différences propres à l’espèce, sans qu’il y ait transition par les diverses espèces du même ordre.
Maintenant que nous avons résumé l’état actuel de nos connaissances sur le système nerveux, nous laisserions notre travail incomplet, si nous ne le terminions pas par l’appréciation des moyens qui ont servi aux brillantes découvertes dont notre siècle s’honore. Nous avons déjà vu que, laissant de côté les vaines spéculations de l’esprit, notre époque s’est renfermée dans l’observation rigoureuse des faits, qu’elle a cherché à les accumuler le plus possible, et seulement après cette récolte abondante, elle a permis à l’induction de réclamer sa part de travail. Or, les faits physiologiques viennent de plusieurs sources; l’anatomie comparée, les faits pathologiques, les expériences sur les animaux, l’anthropotomie, les sciences alliées, la physique et la chimie, apportent leur contingent à l’observateur.
Les forces du système nerveux n’étant pas comparables à rien de ce qui se passe dans la nature morte, les sciences physiques servent peu à la physiologie; il n’en est pas de même des autres moyens d’investigation. Examinons quelle part revient à chacun d’eux. L’anatomie comparée nous a fourni très-souvent la solution de questions qui, sans elle, eussent été insolubles; elle a été plusieurs fois invoquée pour renverser des théories qu’une observation incomplète et superficielle
I Babb , De oui animalium et hominis genesi. Leipzig 1827.
avait fait éclore; elle a pu bien souvent encore contrôler des connaissances acquises.
Les faits pathologiques ont produit d’immenses résultats; ils ont permis d’appliquer à l’homme les conclusions tirées d’expériences faites sur les animaux, après les avoir passées à leur creuset; seuls même ils ont conduit à des découvertes que la science aurait longtemps cherchées, s’ils n’étaient venus éclairer la route de leur flambeau. Mais si les services de la pathologie sont grands, il est nécessaire de mettre en regard de ces services, les déductions fausses que l’on a appuyées sur des observations mal faites. Heureusement que la médecine voit tous les jours diminuer ses causes d’erreurs, et que la détermination exacte des lésions cadavériques devient de plus en plus facile. La physiologie, dans sa marche ascendante, a besoin d’un appui solide, et des observations pathologiques bien faites lui sont indispensables. Sans elles, peu ou point de progrès possibles.
Les vivisections ou expériences sur les animaux doivent avoir une bonne part dans le partage des connaissances acquises; et n’est-ce pas naturel, puisqu’il nous est permis par elle de mettre à nu à tout instant du jour les phénomènes de la vie, de les dissocier, de les analyser. Mais tout en admettant les vivisections comme un moyen puissant de connaître, il faut faire des restrictions. L’animal que l’on opère, n’est pas dans les mêmes conditions d’organisme que l’homme; les souffrances qu’on lui fait éprouver, les opérations qu’on lui lait subir, jettent un tel trouble dans l’économie, que les phénomènes que l’on recherche peuvent être tout différents de ceux qu’on a l’habitude de constater : de là des erreurs, de là des allégations contradictoires que nous avons souvent mentionnées. Le trouble organique est quelquefois si grand, que deux observateurs d’un même fait l’interprètent de deux manières differentes et avec autant de raison l’un que l’autre. On se rappelle la discussion de l’Académie de médecine à propos du mémoire de M. NoNATSur les fonctions de l’encéphale : Pour convaincre ses adversaires, M. Bouillaud exhiba des pigeons qu’il
avait mutilés, et qui, selon lui, prouvaient que son opinion était fondée; M. Gerdy trouva dans les phénomènes qu’offraient ces pigeons des preuves convaincantes de l’opinion contraire.
Certes, aller aussi loin que certains physiologistes, et ne rien accorder aux vivisections, n’est pas raisonnable; mais il faut se mettre en garde contre les erreurs faciles de ces sortes d’expériences. Il faut d’abord les faire avec soin, en s’environnant de toutes sortes de précautions, et pour accepter leurs conséquences, attendre qu’elles aient fourni toujours les mêmes résultats et qu’elles aient la section de l’anàtomie pathologique. Alors s’il n’y a pas contradiction ailleurs, on peut les appliquer à l’explication des fonctions du système nerveux chez l’homme.
Enfin les recherches anatomiques poussées dans les plus minutieux détails déstructuré ont mieux fait connaître les éléments primitifs de couleur différente qui constituent le système nerveux, et ont contrôlé l’isolement des fibres que les expériences avaient indiquées. Cependant l’anatomie sur ce sujet n’est pas arrivée à son dernier mot ; de nouvelles découvertes lui sont réservées, et la physiologie s’appuyant sur ses découvertes, pénétrera plus profondément dans le mystère des fonctions nerveuses; c’est ma conviction, c’est aussi celle de M. Fovii-le, qui pense que le perfectionnement futur tiendra à des recherches d’anatomie normale et pathologique.