CHAPITRE H
Moelle allongée.
La moelle allongée, mieux appelée bulbe rachidien , continue en haut la moelle épinière avec laquelle elle forme un angle très-obtus à sinus antérieur, et a sa limite supérieure fictive à la protubérance. Elle participe aux fonctions de la moelle, c’est-à-dire qu’elle transmet les impressions et le principe des mouvements volontaires; elle possède à un haut degré la puissance réflective et elle est sensible aux excitations immédiates. Outre ces propriétés communes, le bulbe rachidien a des actions propres que nous allons examiner. D’abord il n’est pas simple conducteur des mouvements respiratoires, mais bien le foyer central et l’organe régulateur de ces mouvements. M. Flourens a démontré manifestement qu’il y a un point dans le bulbe qui gouverne les mouvements de la respiration; il suffit que ce point demeure attaché à la moelle épinière pour que les mouvements du thorax persistent; il suffit que ce point reste continu à l’encéphale pour que les mouvements de la tête soient conservés; c’est, dit M. Flourens, le nœud vital du système nerveux, comparable au collet des végétaux. Galien* savait qu’il existait au commencement de la moelle un endroit dont la section détruit la vie; Lorry^ fixe ce point entre la deuxième et la troisième vertèbre cervicale; Legallois, dans ses nombreuses expériences sur la moelle, fut conduit au même.résultat; aussi Percy®, dans son rapport à l’institut, après avoir été témoin des expériences de cet ex-
< De anat. adminisU, I. VIII, cap. IX , éd. de Kühn..
2 Acad, des sciences, mém. Slrang.. t. III, p. 366.
3 OEuvres complètes de Legallois. 1830 , t. I, p. 259.
périmentateur, afïirme-l*il que le premier mobile, le principe de tous les mouvements inspirateurs, a son siège vers cet endroit de la moelle allongée qui donne naissance aux nerfs de la huitième paire. Or, ce n’est pas parce que les nerfs vagues naissent de ce point que le bulbe est le premier mobile de la respiration, puisque la destruction de ces nerfs ne fait pas mourir immédiatement. M. Flocrens est arrivé à une délimitation plus précise, car il conclut de ses vivisections que la limite supérieure du point central se trouve immédiatement au-dessus de l’origine de la huitième paire, et sa limite inférieure trois lignes à peu près au-dessous de cette origine^; du reste, l’étendue est en rapport direct av^c la grandeur de l’animal. Il est facile, sur un jeune chien, de s’assurer de ces faits; enlevez successivement cerveau, cervelet, couches optiques, tubercules quadrijumeaux, protubérance annulaire, les mouvements respiratoires se continueront ; mais lorsque vous aurez intercepté par deux incisions transversales un tronçon du bulbe renfermant les filets de la huitième paire et quelques filets du spinal, aussitôt tous les mouvements respiratoires cesseront, et l’animal périra asphyxié. 11 est donc bien démontré que le principe des mouvements inspirateurs réside dans le bulbe rachidien et non pas dans la moelle épinière ou le cerveau; mais ce siège est-il dans tous les faisceaux nerveux ou seulement dans quelques-uns? M. Longeï suppose que le faisceau latéral du bulbe, si pénétré de substance grise et si riche de vaisseaux , ayant sous sa dépendance les Corps olivâires, est chargé de cette fonction. Malheureusement Ce n’est qu’une hypothèse ingénieuse, comme celle de M. Dugès^, qui pense que les olives sont liées à l’exercice de la voix; comme celle de M. Serres®, qui admet que l’olive est excitateur des mouvements du cœur, le corps restiforme excitateur de la respiration pulmonaire, et ce cordon intermédiaire excitateur de l’estomac.
' Sur des lapins.
^Physiologie comp., t. I, p. 360.
■i Anal. comp. du cerveau, l. II, p. 717.
Nous avons dit que le bulbe rachidien, comme la moelle, conduit les impressions et transmet le principe moteur volontaire; mais y a-t-il dans le bulbe séparation des faisceaux moteurs et des faisceaux sensibles? Si l’on en juge par les autopsies faites dans des cas de lésions de l’organe dont nous étudions les fonctions, et par la disposition anatomique des cordons nerveux qui continuent la moelle épinière, rien n’est plus certain que cette séparation ; mais la preuve expérimentale est impossible à donner. Une autre question intéressante est de savoiisi la transmission dn cerveau à la périphérie par l’intermédiaire de la moelle allongée est directe ou croisée. Les réponses des expérimentateurs sont un peu contradictoires. D’après M. Flodrens^, les effets sont directs; M. Magendie cite un fait à l’appui de cette opinion ; M. affirme, à la suite d’une expérience faite sur un mouton , que les effets sont directs dans les faisceaux postérieurs et croisés dans les faisceaux antérieurs. On explique ces contradictions par la grande difficulté de ces sortes de vivisections qui amènent un tel trouble dans les phénomènes respiratoires que les résultats, au point de vue qui nous occupe, sont inobservables. L’opinion qui parait avoir pour elle le plus grand nombre de preuves, est celle de M. Calmeii.. En effet, elle est appuyée par l’anatomie , qui nous fait voir que les faisceaux antérieurs s’entrecroisent seuls et en partie seulement, dans le bulbe, tandis que les faisceaux postérieurs (corps restiformes) continuent à marcher séparément ; les observations faites par M. Oluvier d’Angers^ y ajoutent encore un nouveau poids.
M. Magendie a fait une observation qui se rattache à la physiologie de la moelle : c’est la déviation des yeux et le tournoiement du côté de la lésion chez les animaux auxquels il avait coupé l’un des corps resti-
‘ Recherches, p. lit. 2' édition.
Journal des progrès, t. XI, p. 100.
3On observe, dit cet auteur, dans certaines attéralions de la partie -antérieure de la moelle allongée des effets croisés, semblables à ceux qui résultent des mêmes altérations dans le cerveau : lésioni à droite, paralysie à gauche et> néclpsoqaemenif.
formes. M. Longet peuse que dans ces expériences la section ne s’est pas limitée au corps restiforme, mais a atteint la colonne latérale du bulbe qui préside aux mouvements et donne insertion, en arrière des tubercules quadrijumeaux, au nerf pathétique.